Sous-estimer les défis à relever pour éviter un avenir funeste

Sous-estimer les défis à relever pour éviter un avenir funeste, Bradshaw et al., 2021

Traduction quasi-automatique par DeepL de l'article « Underestimating the Challenges of Avoiding a Ghastly Future » - Perspective, Bradshaw et al., Frontiers in Conservation Science - Global Biodiversity Threats, 13 jan. 2021

[passages en gras rajoutés, les liens des références se trouvent dans l'article original, quelques ajouts explicatifs en italique entre crochets.]

Nous nous intéressons à trois problématiques environnementales majeures et préoccupantes qui ont reçu peu d’attention et nécessitent une action urgente. Premièrement, nous présentons les preuves que les conditions environnementales futures seront beaucoup plus dangereuses qu’on ne le croit actuellement. L’ampleur des menaces qui pèsent sur la biosphère et toutes ses formes de vie - y compris l’humanité - est en fait si grande qu’elle est difficile à appréhender, même pour les experts les mieux informés. Deuxièmement, nous nous demandons quel système politique ou économique, ou quel dirigeant est prêt à faire face aux catastrophes annoncées, ou même capable d’agir. Troisièmement, cette situation critique impose aux scientifiques la responsabilité extraordinaire de s’exprimer franchement et précisément lorsqu’ils s’adressent aux gouvernements, aux entreprises et au public. Nous attirons particulièrement l’attention sur le manque de compréhension des énormes défis à relever pour créer un avenir durable. Les contraintes supplémentaires exercées sur la santé, la richesse et le bien-être de l’homme diminueront paradoxalement notre capacité politique à atténuer l’érosion des services écosystémiques dont la société dépend. La science qui est au cœur de ces questions est solide, mais la prise de conscience est faible. Si elle n’apprécie pas pleinement et ne diffuse pas l’ampleur des problèmes et l’énormité des solutions requises, la société ne parviendra pas à atteindre des objectifs de durabilité, même modestes.

 

Introduction

L’humanité est à l’origine d’une perte rapide de la biodiversité et, avec elle, de la capacité de la Terre à abriter une vie complexe. Mais le grand public a du mal à saisir l’ampleur de cette diminution, malgré l’érosion constante du tissu de la civilisation humaine (Ceballos et al., 2015 ; IPBES, 2019 ; Convention sur la diversité biologique, 2020 ; WWF, 2020). Si les solutions proposées abondent (Díaz et al., 2019), l’ampleur actuelle de leur mise en œuvre ne correspond pas à la progression inexorable de la perte de biodiversité (Cumming et al., 2006) et des autres menaces existentielles liées à l’expansion continue de l’entreprise humaine (Rees, 2020). Les délais entre la détérioration écologique et les sanctions socio-économiques, comme dans le cas du dérèglement climatique par exemple (GIEC, 2014), empêchent de reconnaître l’ampleur du défi et de prendre les mesures nécessaires en temps voulu. En outre, la spécialisation et le cloisonnement disciplinaires favorisent la méconnaissance des systèmes adaptatifs complexes (Levin, 1999) dans lesquels s’inscrivent les problèmes et leurs solutions potentielles (Selby, 2006 ; Brand et Karvonen, 2007). L’ignorance généralisée du comportement humain (Van Bavel et al., 2020) et la nature incrémentale des processus sociopolitiques qui planifient et mettent en œuvre les solutions retardent encore l’action efficace (Shanley et López, 2009 ; King, 2016).

Nous résumons ici l’état du monde naturel sous une forme brutale pour aider à clarifier la gravité de la situation difficile de l’humanité. Nous décrivons également les tendances futures probables du déclin de la biodiversité (Díaz et al., 2019), du dérèglement climatique (Ripple et al., 2020), ainsi que de la consommation humaine et de la croissance démographique, afin de démontrer avec quasi-certitude que ces problèmes vont s’aggraver au cours des prochaines décennies, avec des impacts négatifs pour les siècles à venir. Enfin, nous discutons de l’inefficacité des actions actuelles et planifiées qui tentent de remédier à l’inquiétante dégradation du système de préservation de la vie sur Terre. Notre objectif n’est pas d’appeler à la capitulation, mais de fournir aux dirigeants une « douche froide » réaliste de l’état de la planète, essentielle pour planifier afin d’éviter un avenir épouvantable.

 

Perte de la biodiversité

Les transformations majeures dans la biosphère sont directement liées à la croissance des systèmes humains (résumés dans la figure 1). Bien que la disparition rapide d’espèces et de populations diffère en intensité selon les régions (Ceballos et al., 2015, 2017, 2020 ; Díaz et al., 2019) et si le risque d’extinction de la plupart des espèces n’a pas été correctement évalué (Webb et Mindel, 2015), certaines tendances mondiales sont évidentes. Depuis le début de l’agriculture il y a environ 11 000 ans, la biomasse de la végétation terrestre a été divisée par deux (Erb et al., 2018), avec une perte correspondante de à plus de 20 % de sa biodiversité d’origine (Díaz et al., 2019), ce qui indique que plus de 70 % de la surface terrestre a été modifiée par Homo sapiens (IPBES, 2019). Au cours des 500 dernières années, on a recensé plus de 700 extinctions d’espèces vertébrées (Díaz et al., 2019) et environ 600 extinctions d’espèces végétales (Humphreys et al., 2019), et il est clair que de nombreuses autres espèces se sont éteintes sans être répertoriées (Tedesco et al., 2014). La taille des populations d’espèces vertébrées qui ont fait l’objet d’un suivi au fil des ans a diminué en moyenne de 68 % au cours des cinq dernières décennies (WWF, 2020), certains groupes de populations étant en déclin extrême (Leung et al., 2020), présageant ainsi l’extinction imminente de leurs espèces (Ceballos et al., 2020). Au total, peut-être 1 million d’espèces sont menacées d’extinction dans un avenir proche sur les 7 à 10 millions d’espèces eucaryotes [cellules à noyau] estimées sur la planète (Mora et al., 2011), avec environ 40 % des seules plantes considérées comme en danger (Antonelli et al., 2020). Aujourd’hui, la biomasse mondiale des mammifères sauvages est inférieure de 25 % à celle estimée pour le Pléistocène supérieur (Bar-On et al., 2018), tandis que les insectes disparaissent également rapidement dans de nombreuses régions (Wagner, 2020 ; revues dans van Klink et al., 2020).

[Le Pléistocène supérieur a débuté il y a environ 126 000 ans et s’est achevé il y a environ 11 700 ans]

Résumé des principales catégories de changements environnementaux exprimés en pourcentage de changement par rapport au niveau de référence indiqué dans le texte. Le rouge indique le pourcentage de la catégorie qui est endommagée, perdue ou autrement affectée, tandis que le bleu indique le pourcentage de la catégorie qui est intacte, restante ou autrement non affectée. Les chiffres en exposant indiquent les références suivantes: 1IPBES, 2019; 2Halpern et al., 2015; 3Krumhansl et al., 2016; 4Waycott et al., 2009; 5Díaz et al., 2019; 6Christensen et al., 2014; 7Frieler et al., 2013; 8Erb et al., 2018; 9Davidson, 2014; 10Grill et al., 2019; 11WWF, 2020; 12Bar-On et al., 2018; 13Antonelli et al., 2020; 14Mora et al., 2011.

Les milieux d’eau douce et marins ont également été gravement endommagés. Aujourd’hui, il reste dans le monde moins de 15 % de la superficie initiale des zones humides par rapport à ce qu’elles étaient il y a 300 ans (Davidson, 2014), et plus de 75 % des rivières de plus de 1 000 km de long ne coulent plus librement sur l’ensemble de leur cours (Grill et al., 2019). Plus de deux tiers des océans ont été fragilisés dans une certaine mesure par les activités humaines (Halpern et al., 2015), la superficie des coraux vivants sur les récifs a diminué de moitié en moins de 200 ans (Frieler et al., 2013), l’étendue des herbiers marins a diminué de 10 % par décennie au cours du dernier siècle (Waycott et al, 2009 ; Díaz et al., 2019), les forêts de kelp [laminaires] ont diminué d’environ 40 % (Krumhansl et al., 2016), et la biomasse des grands poissons prédateurs est aujourd’hui inférieure d’un tiers à ce qu’elle était au siècle dernier (Christensen et al., 2014).

[Une forêt de kelp est une zone sous-marine densément peuplée de kelp, des macroalgues brunes [laminaires] poussant dans des eaux de climats tempérés et arctiques, sur des substrats solides, tels que des substrats rocheux. Le kelp, notamment par sa taille imposante, procure un habitat unique à bon nombre d’espèces marines. Certaines de ces zones figurent parmi les écosystèmes les plus productifs et diversifiés de la planète]

Avec une perte aussi rapide et catastrophique de la biodiversité, les services écosystémiques qu’elle fournit ont également diminué. Il s’agit notamment de la réduction de la séquestration du carbone (Heath et al., 2005 ; Lal, 2008), de la diminution de la pollinisation (Potts et al., 2016), de la dégradation des sols (Lal, 2015), de la dégradation de la qualité de l’eau et de l’air (Smith et al, 2013), des inondations plus fréquentes et plus intenses (Bradshaw et al., 2007 ; Hinkel et al., 2014) et des incendies (Boer et al., 2020 ; Bowman et al., 2020), et une santé humaine fragilisée (Díaz et al., 2006 ; Bradshaw et al., 2019). Comme indicateurs éloquents de la quantité de biomasse que l’humanité a transférée des écosystèmes naturels à notre propre usage, sur les 170 millions de tonnes estimées de biomasse vivante de vertébrés terrestres sur Terre aujourd’hui, la plupart sont représentés par le bétail (59 %) et les êtres humains (36 %) - seulement 5 % environ de cette biomasse totale est constituée de mammifères sauvages, d’oiseaux, de reptiles et d’amphibiens (Bar-On et al., 2018). En 2020, la production matérielle globale de l’activité humaine dépassera la somme de toute la biomasse vivante sur Terre (Elhacham et al., 2020).

 

La sixième extinction de masse

Une extinction de masse est définie comme la perte d’environ 75 % de toutes les espèces de la planète sur un intervalle géologiquement court, généralement de l’ordre de 3 millions d’années (Jablonski et al., 1994 ; Barnosky et al., 2011). Au moins cinq événements d’extinction majeurs se sont produits depuis le Cambrien (Sodhi et al., 2009), le plus récent d’entre eux s’étant produit il y a 66 millions d’années à la fin de la période du Crétacé. Le taux d’extinction de fond depuis lors a été de 0,1 extinction par millions d’espèces par an (Ceballos et al., 2015), alors que les estimations du taux d’extinction actuel sont supérieurs de plusieurs ordres de grandeur* (Lamkin et Miller, 2016). Les extinctions de vertébrés enregistrées depuis le 16e siècle - la simple pointe de l’iceberg de l’extinction réelle - donnent un taux d’extinction de 1,3 espèce par an, ce qui est, de manière conservatrice, 15 fois le taux d’extinction de fond (Ceballos et al., 2015). L’UICN estime qu’environ 20 % de toutes les espèces sont en danger d’extinction au cours des prochaines décennies, ce qui dépasse largement le taux de fond. Il est désormais scientifiquement indéniable que nous sommes déjà sur la voie d’une sixième extinction majeure (Barnosky et al., 2011 ; Ceballos et al., 2015, 2017).

[- un ordre de grandeur = x10, 2 ordres de grandeur = x100, etc.
- taux d’extinction de fond (background rate) = taux historique, taux moyen « normal » habituel.]

 

Dépassement écologique : Taille de la population et surconsommation

La population humaine mondiale a approximativement doublé depuis 1970, pour atteindre près de 7,8 milliards de personnes aujourd’hui (prb.org). Alors que certains pays ont cessé de croître et ont même diminué en taille, la fécondité moyenne mondiale continue d’être supérieure au taux de remplacement (2,3 enfants par femme), avec une moyenne de 4,8 enfants par femme en Afrique subsaharienne et des fécondités >4 enfants par femme dans de nombreux autres pays (par exemple, l’Afghanistan, le Yémen, le Timor-Leste). Les 1,1 milliard d’habitants que compte aujourd’hui l’Afrique subsaharienne - une région qui devrait subir des répercussions particulièrement sévères du changement climatique (Serdeczny et al., 2017) - devraient doubler au cours des 30 prochaines années. D’ici 2050, la population mondiale atteindra probablement 9,9 milliards d’habitants (prb.org), et selon de nombreuses prévisions, cette croissance devrait se poursuivre pendant une bonne partie du siècle prochain (Bradshaw et Brook, 2014 ; Gerland et al., 2014), bien que des estimations plus récentes prévoient un pic vers la fin de ce siècle (Vollset et al., 2020).

La taille importante et la croissance continue de la population sont à l’origine de nombreux problèmes sociétaux. L’impact de la croissance démographique, combiné à une répartition imparfaite des ressources, entraîne une insécurité alimentaire massive. Selon certaines estimations, 700 à 800 millions de personnes souffrent de la faim et 1 à 2 milliards sont sous-alimentées en micronutriments et incapables de fonctionner normalement, avec la perspective de nombreux autres problèmes alimentaires dans un avenir proche (Ehrlich et Harte, 2015a,b). Les grandes populations et leur croissance continue sont également des moteurs de la dégradation des sols et de la perte de biodiversité (Pimm et al., 2014). Une population plus nombreuse signifie que l’on fabrique davantage de composés synthétiques et de plastique jetables dangereux (Vethaak et Leslie, 2016), dont beaucoup s’ajoutent à l'intoxication croissante de la Terre (Cribb, 2014). Cela augmente également les chances de pandémies (Daily et Ehrlich, 1996b), cela alimente des luttes toujours plus désespérées pour des ressources rares (Klare, 2012). La croissance démographique est également le facteur de nombreux maux sociaux, de la surpopulation et du chômage à la détérioration des infrastructures et à la mauvaise gouvernance (Harte, 2007). Il y a une accumulation de preuves que lorsque les populations sont importantes et croissent rapidement, elles peuvent déclencher des conflits intérieurs et internationaux qui mènent à la guerre (Klare, 2001 ; Toon et al., 2007). Les causes multiples et interactives de la guerre civile en particulier sont variées, notamment la pauvreté, l’inégalité, la faiblesse des institutions, les griefs politiques, les divisions ethniques et les facteurs de stress environnementaux tels que la sécheresse, la déforestation et la dégradation des sols (Homer-Dixon, 1991, 1999 ; Collier et Hoeer, 1998 ; Hauge et llingsen, 1998 ; Fearon et Laitin, 2003 ; Brückner, 2010 ; Acemoglu et al., 2017). La croissance démographique elle-même peut augmenter la probabilité d’une implication militaire dans les conflits (Tir et Diehl, 1998). Les pays dont le taux de croissance démographique est plus élevé ont connu davantage de conflits sociaux depuis la Seconde Guerre mondiale (Acemoglu et al., 2017). Dans cette étude, un doublement approximatif de la population d’un pays a provoqué environ quatre années supplémentaires de guerre civile totale ou de conflit de faible intensité dans les années 1980 par rapport aux années 1940-1950, même après avoir pris en compte le niveau de revenu, l’indépendance et la structure par âge du pays.

Simultanément à la croissance démographique, la consommation de l’humanité en tant que fraction de la capacité de régénération de la Terre est passée de ~ 73 % en 1960 à 170 % en 2016 (Lin et al., 2018), avec une consommation par personne nettement plus importante dans les pays aux revenus les plus élevés. Avec la COVID-19, ce dépassement est tombé à 56 % au-dessus de la capacité de régénération de la Terre, ce qui signifie qu’entre janvier et août 2020, l’humanité a consommé autant que ce que la Terre peut renouveler sur l’ensemble d’une année (overshootday.org). Alors que les inégalités entre les personnes et les pays restent considérables, la classe moyenne mondiale s’est rapidement développée et a dépassé la moitié de la population humaine en 2018 (Kharas et Hamel, 2018). Plus de 70 % des personnes vivent actuellement dans des pays qui présentent un déficit de biocapacité tout en ayant un revenu inférieur à la moyenne mondiale, ce qui les empêche de compenser leur déficit de biocapacité par des achats (Wackernagel et al., 2019) et érode leur résilience future par une sécurité alimentaire réduite (Ehrlich et Harte, 2015b). Les taux de consommation des pays à revenu élevé continuent d’être nettement plus élevés que ceux des pays à faible revenu, nombre de ces derniers connaissant même une baisse de l’empreinte par habitant (Dasgupta et Ehrlich, 2013 ; Wackernagel et al., 2019).

Ce dépassement écologique massif est en grande partie dû à l’utilisation croissante des combustibles fossiles. Ces combustibles très pratiques nous ont permis de dissocier la demande humaine de la régénération biologique : 85 % de l’énergie commerciale, 65 % des fibres et la plupart des plastiques sont aujourd’hui produits à partir de combustibles fossiles. En outre, la production alimentaire dépend des combustibles fossiles, chaque unité d’énergie alimentaire produite nécessitant un multiple d’énergie fossile (par exemple, 3 fois pour les pays gros consommateurs comme le Canada, l’Australie, les États-Unis et la Chine ; overshootday.org). Ce phénomène, associé à la consommation croissante de viande à forte intensité carbone (Ripple et al., 2014), qui correspond à l’essor des classes moyennes, a fait exploser l’empreinte carbone de l’agriculture au niveau mondial. Alors que le changement climatique exige l’abandon total de l’utilisation des combustibles fossiles bien avant 2050, les pressions sur la biosphère risquent de s’intensifier avant la décarbonation, au fur et à mesure que l’humanité mettra en place des alternatives énergétiques. Les défis liés à la consommation et à la biodiversité seront également amplifiés par l’énorme inertie physique de tous les grands « stocks » qui façonnent les tendances actuelles : les infrastructures bâties, les systèmes énergétiques et les populations humaines.

Il est donc également inévitable que la consommation globale augmente au moins dans un avenir proche, d’autant plus que la richesse et la population continuent de croître en tandem (Wiedmann et al., 2020). Même si des catastrophes majeures se produisent pendant cette période, il est peu probable qu’elles affectent la trajectoire de la population avant le début du 22e siècle (Bradshaw et Brook, 2014). Même si le changement climatique lié à la population (Wynes et Nicholas, 2017) aggravera la mortalité humaine (Mora et al., 2017 ; Parks et al., 2020), la morbidité (Patz et al., 2005 ; Díaz et al., 2006 ; Peng et al., 2011), le développement (Barreca et Schaller, 2020), la cognition (Jacobson et al., 2019), les rendements agricoles (Verdin et al, 2005 ; Schmidhuber et Tubiello, 2007 ; Brown et Funk, 2008 ; Gaupp et al., 2020) et les conflits (Boas, 2015), il n’existe aucun moyen, éthique ou autre (à moins d’une augmentation extrême et sans précédent de la mortalité humaine), d’éviter l’augmentation du nombre d’êtres humains et la surconsommation qui l’accompagne. Cela dit, l’instauration de politiques de droits de l’homme visant à réduire la fécondité et à maîtriser les modes de consommation pourrait atténuer l’impact de ces phénomènes (Rees, 2020).

 

Objectifs internationaux manqués et perspectives d’avenir

L’arrêt de la perte de biodiversité est loin d’être une priorité pour tous les pays, loin derrière d’autres préoccupations telles que l’emploi, les soins de santé, la croissance économique ou la stabilité de la monnaie. Il n’est donc pas surprenant qu’aucun des objectifs d’Aichi pour 2020 fixés lors de la conférence de 2010 de la Convention sur la diversité biologique (CBD.int) n’ait été atteint (Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, 2020). Même s’ils avaient été atteints, ils n’auraient pas permis de réduire de manière significative le taux d’extinction. De manière plus générale, la plupart des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies liés à la nature (par exemple, les ODD 6, 13 à 15) sont également en passe d’échouer (Wackernagel et al., 2017 ; Díaz et al., 2019 ; Messerli et al., 2019), en grande partie parce que la plupart des ODD n’ont pas suffisamment intégré leurs interdépendances avec d’autres facteurs socio-économiques (Bradshaw et Di Minin, 2019 ; Bradshaw et al., 2019 ; Messerli et al., 2019). Par conséquent, le paradoxe apparent d’un niveau de vie moyen élevé et croissant malgré un tribut environnemental de plus en plus lourd coûte cher à la stabilité du système de survie de l’humanité à moyen et à long terme. En d’autres termes, l’humanité gère un système de Ponzi écologique dans lequel la société vole la nature et les générations futures pour payer l’augmentation des revenus à court terme (Ehrlich et al., 2012). Même le Forum économique mondial, qui est captif de la dangereuse propagande de l’écoblanchiment (Bakan, 2020), reconnaît aujourd’hui que la perte de biodiversité est l’une des principales menaces pour l’économie mondiale (Forum économique mondial, 2020).

L’émergence d’une pandémie prévue de longue date (Daily et Ehrlich, 1996a), probablement liée à la perte de biodiversité, illustre de manière poignante la façon dont ce déséquilibre dégrade à la fois la santé et la richesse humaines (Austin, 2020 ; Dobson et al., 2020 ; Roe et al., 2020). Les trois quarts des nouvelles maladies infectieuses résultant des interactions entre l’homme et l’animal, la dégradation de l’environnement due au changement climatique, à la déforestation, à l’agriculture intensive, à la chasse à la viande de brousse et à l’explosion du commerce d’espèces sauvages signifient que les possibilités de transfert d’agents pathogènes sont élevées (Austin, 2020 ; Daszak et al., 2020). Le fait qu’une grande partie de cette dégradation se produise dans les points chauds de la biodiversité, où la diversité des agents pathogènes est également la plus élevée (Keesing et al., 2010), mais où la capacité institutionnelle est la plus faible, augmente encore le risque de libération et de propagation des agents pathogènes (Austin, 2020 ; Schmeller et al., 2020).

 

Perturbation du climat

Les effets dangereux du changement climatique sont beaucoup plus évidents pour les populations que ceux de la perte de biodiversité (Legagneux et al., 2018), mais la société a encore du mal à y faire face efficacement. La civilisation a déjà dépassé un réchauffement global de ~ 1,0 °C par rapport aux conditions préindustrielles, et est en passe de provoquer un réchauffement d’au moins 1,5 °C entre 2030 et 2052 (GIEC, 2018). En fait, la concentration actuelle de gaz à effet de serre est supérieure à 500 ppm de CO2 (Butler et Montzka, 2020), alors que selon le GIEC, 450 ppm de CO2 ne donneraient à la Terre que 66 % de chances de ne pas dépasser un réchauffement de 2 °C (GIEC, 2014). La concentration de gaz à effet de serre continuera d’augmenter (par le biais de rétroactions positives telles que la fonte du pergélisol et la libération du méthane stocké) (Burke et al., 2018), ce qui entraînera un retard supplémentaire dans les mécanismes de réduction de la température, même si l’humanité cesse totalement d’utiliser des combustibles fossiles bien avant 2030 (Steffen et al., 2018).

L’altération du climat par l’homme est devenue mondialement détectable dans les conditions météorologiques d’une seule journée (Sippel et al., 2020). En fait, le climat mondial a égalé ou dépassé les prévisions antérieures (Brysse et al., 2013), peut-être parce que le GIEC s’appuie sur des moyennes issues de plusieurs modèles (Herger et al., 2018) et sur le langage du conservatisme politique inhérent aux recommandations politiques recherchant un consensus multinational (Herrando-Pérez et al., 2019). Toutefois, les modèles climatiques les plus récents (CMIP6) révèlent un réchauffement futur plus important que prévu (Forster et al., 2020), même si la société suit la voie nécessaire d’une réduction des émissions au cours des prochaines décennies. En général, les nations n’ont pas atteint les objectifs de l’accord de Paris conclu il y a cinq ans (Nations unies, 2016) et, bien que la sensibilisation et les préoccupations mondiales aient augmenté et que les scientifiques aient proposé des changements majeurs (dans la production d’énergie, la réduction de la pollution, la protection de la nature, la production alimentaire, l’économie, les politiques démographiques, etc.), une réponse internationale efficace n’a pas encore vu le jour (Ripple et al., 2020). ), une réponse internationale efficace se fait toujours attendre (Ripple et al., 2020). Même en supposant que tous les signataires parviennent à ratifier leurs engagements (une perspective douteuse), le réchauffement attendu atteindrait encore 2,6-3,1 °C d’ici 2100 (Rogelj et al., 2016), à moins que des engagements supplémentaires de grande ampleur ne soient pris et respectés. Sans de tels engagements, l’augmentation prévue de la température de la Terre sera catastrophique pour la biodiversité (Urban, 2015 ; Steffen et al., 2018 ; Strona et Bradshaw, 2018) et l’humanité (Smith et al., 2016).

Concernant les accords internationaux sur le changement climatique, l’Accord de Paris (Nations unies, 2016) a fixé l’objectif de 1,5-2°C à l’unanimité. Mais depuis lors, les progrès réalisés pour proposer, et encore moins suivre, les « contributions nationales déterminées prévues » (volontaires) pour l’action climatique post-2020 ont été tout à fait inadéquats.

 

Impuissance politique

Si la majorité de la population mondiale comprenait et appréciait réellement l’ampleur des crises que nous résumons ici, et le caractère inévitable de l’aggravation des conditions, on pourrait logiquement s’attendre à des changements positifs en politique et dans les politiques publiques pour répondre à la gravité des menaces existentielles. Mais c’est le contraire qui se produit. La montée de leaders populistes de droite est associée à des programmes anti-environnementaux, comme on l’a vu récemment par exemple au Brésil (Nature, 2018), aux États-Unis (Hejny, 2018) et en Australie (Burck et al., 2019). Les grandes différences de revenus, de richesses et de consommation entre les personnes et même entre les pays rendent difficile de faire que toute politique soit mondiale dans son exécution ou son effet.

L’un des concepts centraux de l’écologie est la dépendance à la densité [density feedback] (Herrando-Pérez et al., 2012) : lorsqu’une population s’approche de sa capacité de charge environnementale, le succès reproducteur moyen [average individual fitness] diminue (Brook et Bradshaw, 2006). Cela tend à pousser les populations vers une expression instantanée de la capacité de charge qui ralentit ou inverse la croissance de la population. Cependant pendant la majeure partie de l’histoire, l’ingéniosité humaine a augmenté la capacité de charge de l’environnement pour ce qui concerne l’espèce humaine, en développant de nouveaux moyens d’augmenter la production alimentaire (Hopfenberg, 2003), de développer l’exploitation de la faune et de la flore et d’améliorer la disponibilité d’autres ressources. Cette inflation a concerné la modification de la température grâce à des abris, à l’habillement, à un contrôle des microclimats, aux transports de biens depuis des endroits éloignés et, de manière générale, a impliqué la réduction de la probabilité de décès et de blessures grâce aux infrastructures et aux services publics (Cohen, 1995). Mais avec la disponibilité des combustibles fossiles, notre espèce a poussé sa consommation des biens et des services de la nature au-delà de la capacité de charge à long terme (ou plus précisément, bien plus loin que la biocapacité de la planète), rendant le rééquilibrage [réajustement] de [ce] dépassement - qui est inévitable - bien plus catastrophique s’il n’est pas géré avec soin (Nyström et al., 2019). Une population humaine croissante ne fera qu’exacerber ce phénomène, entraînant une concurrence accrue pour un réservoir de ressources toujours plus réduit. Les corollaires sont nombreux : réduction continue du caractère intact de la nature (Bradshaw et al., 2010 ; Bradshaw et Di Minin, 2019), réduction de la santé des enfants (en particulier dans les nations à faible revenu) (Bradshaw et al., 2019), augmentation de la demande alimentaire exacerbant la dégradation de l’environnement via l’agro-intensification (Crist et al, 2017), effets plus vastes et peut-être catastrophiques de la pollution mondiale (Cribb, 2014 ; Swan et Colino, 2021), une plus grande expression des pathologies sociales (Levy et Herzog, 1974), y compris la violence exacerbée par le changement climatique et la dégradation environnementale elle-même (Agnew, 2013 ; White, 2017, 2019), davantage de terrorisme (Coccia, 2018) et un système économique encore plus enclin à retenir la richesse restante entre de moins en moins d’individus (Kus, 2016 ; Piketty, 2020), un peu à la manière dont l’accroissement des terres cultivées depuis le début des années 1990 a concentré de façon disproportionnée la richesse entre les super-riches (Ceddia, 2020). Le paradigme prédominant est toujours celui qui consiste à opposer « environnement » et « économie » ; pourtant, en réalité, le choix se situe entre s’extraire de l’excès soit de manière élaborée soit par un désastre, car sortir de [cet] excès/dépassement est inévitable d’une manière ou d'une l’autre.

[- capacité de charge d'un milieu ou capacité porteuse
- succès reproducteur ou valeur sélective
- phénomène densité-dépendant et densité dépendance négative]

Compte tenu de ces fausses idées et de ces intérêts bien ancrés, la hausse continue des idéologies extrêmes est probable, cela limite la capacité à prendre des décisions à long terme prudentes, accélérant potentiellement un cercle vicieux de détérioration écologique mondiale et de ses problèmes. Même le tant vanté « Green New Deal » américain (Chambre des représentants des États-Unis, 2019) a en fait exacerbé la polarisation politique du pays (Gustafson et al., 2019), principalement en raison de la transformation en arme de l’« environnementalisme » en tant qu’idéologie politique plutôt que celui-ci soit considéré comme un mode universel d’auto-préservation et de protection de la planète qui devrait transcender le tribalisme politique. En effet, les groupes de protestation environnementale sont qualifiés de « terroristes » dans de nombreux pays (Hudson, 2020). De plus, la sévérité des engagements requis pour qu’un pays parvienne à des réductions significatives de la consommation et des émissions entraînera inévitablement des réactions négatives de la part du public et de nouveaux retranchements idéologiques, principalement parce que la menace de sacrifices potentiels à court terme est considérée comme politiquement malvenue. Alors même que le changement climatique à lui seul entraînera un lourd fardeau économique (Burke et al., 2015 ; Carleton et Hsiang, 2016 ; Auffhammer, 2018), voire une guerre (nucléaire ou autre) à l’échelle mondiale (Klare, 2020), la plupart des économies mondiales reposent sur l’idée politique qu’une contre-action significative est trop coûteuse pour être politiquement acceptable. Si l’on ajoute à cela les campagnes de désinformation financées dans le but de protéger les profits à court terme (Oreskes et Conway, 2010 ; Mayer, 2016 ; Bakan, 2020), il est peu probable que les changements nécessaires en terme d’investissements économiques à une échelle suffisante soient effectués à temps.

Bien qu’incertain et enclin à fluctuer en fonction des tendances sociales et politiques imprévisibles (Boas et al., 2019 ; McLeman, 2019 ; Nature Climate Change, 2019), le changement climatique et les autres pressions environnementales déclencheront davantage de migrations de masse au cours des prochaines décennies (McLeman, 2019), avec une estimation de 25 millions à 1 milliard de migrants environnementaux attendus d’ici 2050 (Brown, 2008). Étant donné que le droit international ne reconnaît pas encore légalement ces « migrants environnementaux » comme des réfugiés (Université des Nations unies, 2015) (bien que cela soit susceptible de changer) (Lyons, 2020), nous craignons qu’une vague de réfugiés réduise, et non augmente, la coopération internationale d’une manière qui affaiblira davantage notre capacité à atténuer la crise.

 

Changer les règles du jeu

Bien que nous n’ayons ni l’intention ni la capacité, dans le cadre de cette courte perspective, de nous plonger dans les complexités et les détails des solutions possibles à la situation difficile dans laquelle se trouve l’humanité, les publications fondées sur des données probantes et proposant des moyens de modifier le comportement humain au profit de toutes les formes de vie existantes ne manquent pas. Les questions qui subsistent portent moins sur ce qu’il faut faire que sur la manière de le faire, ce qui a stimulé l’apparition de nombreuses organisations qui se consacrent à ces recherches (par exemple, ipbes.org, goodanthropocenes.net, overshootday.org, mahb.stanford.edu, populationmatters.org, clubofrome.org, steadystate.org, pour n’en citer que quelques-unes). La gravité de la situation exige que des changements fondamentaux soient apportés au capitalisme mondial, à l’éducation et à l’égalité, notamment l’abolition de la croissance économique perpétuelle, l’estimation correcte du coût monétaire des externalités, l’abandon rapide de l’utilisation des combustibles fossiles, une réglementation stricte des marchés et de l’acquisition de la propriété, le contrôle du lobbying des entreprises et l’émancipation des femmes. Ces choix impliqueront nécessairement des conversations difficiles sur la croissance démographique et la nécessité de niveaux de vie décroissants, mais plus équitables.

 

Conclusions

Nous avons résumé les prédictions d’un avenir épouvantable fait d’extinctions massives, d’une santé humaine déclinante, de bouleversements liés aux perturbations climatiques (y compris les migrations massives qui se profilent) et de conflits liés aux ressources au cours de ce siècle. Pourtant, notre objectif n’est pas de présenter une perspective fataliste, car il existe de nombreux exemples d’interventions réussies pour prévenir les extinctions, restaurer les écosystèmes et encourager une activité économique plus durable à l’échelle locale et régionale. Nous soutenons préférablement que seule une appréciation réaliste des défis colossaux auxquels est confrontée la communauté internationale pourrait lui permettre de tracer un avenir moins dévasté. Bien que des appels plus récents aient été lancés à la communauté scientifique en particulier pour qu’elle soit plus loquace quant aux avertissements qu’elle adresse à l’humanité (Ripple et al., 2017 ; Cavicchioli et al., 2019 ; Gardner et Wordley, 2019), ceux-ci n’ont pas été suffisamment inquiétants pour correspondre à l’ampleur de la crise. Étant donné l’existence d’un « biais d’optimisme » humain qui incite certains à sous-estimer la gravité d’une crise et à ignorer les avertissements des experts, une bonne stratégie de communication doit idéalement ébranler ce biais sans induire des sentiments disproportionnés de peur et de désespoir (Pyke, 2017 ; Van Bavel et al., 2020). Il incombe donc aux experts de toute discipline qui traitent de l’avenir de la biosphère et du bien-être humain de ne pas édulcorer les défis écrasants à venir et de « dire les choses telles qu’elles sont ». Toute autre attitude est, au mieux, trompeuse, au pire, négligente et potentiellement mortelle pour l’entreprise humaine.

Revue de web de la semaine 1, 2023

Fil conducteur de la semaine, le principe de base des systèmes complexes : le tout est plus que la somme des parties. Si un article est indisponible, contactez-moi. Traduction automatique corrigée deepl.com.

 

Extraits :

La “polycrise” est peut-être un mot à la mode, mais elle pourrait nous aider à résoudre les problèmes du monde (anglais), Michael Murray Lawrence, 11 déc. 2022

Les commentateurs avertissent de plus en plus souvent que le monde est englué dans une “polycrise”, c'est-à-dire un enchevêtrement de crises qui touchent tous les systèmes mondiaux. Mais si nous avons le moindre espoir d'y échapper, nous devons réfléchir plus attentivement à ce que signifie réellement la polycrise.

« Jamais auparavant les activités humaines n'ont poussé les systèmes écologiques de la planète si loin dans le déséquilibre que tous les autres systèmes mondiaux sont en danger, de la production alimentaire au commerce mondial en passant par la sécurité internationale.

Certains chercheurs ont ajouté d'autres couches au concept de polycrise, soulignant qu'une polycrise crée des dilemmes dans lesquels les tentatives de résoudre une crise en aggravent une autre, comme lorsque les mesures de réduction de la pauvreté augmentent les émissions de combustibles fossiles. » Cascade Institute

 

 

Pourquoi les crises du climat et de la biodiversité sont liées (payant), Audrey Garric, Le Monde, 12 déc. 2022

De plus en plus de scientifiques appellent à aborder ensemble les deux questions, le réchauffement aggravant la destruction des écosystèmes – et vice-versa.

 « « La cause ultime de ces deux crises a à voir avec le modèle de société global, en particulier l’évaluation du progrès fondé sur la croissance ainsi que les systèmes institutionnels, de valeur et technologiques qui vont avec » (...)

Certaines zones auraient dépassé un point de non-retour. « Si beaucoup d’écosystèmes deviennent des sources permanentes de carbone, peu importe alors ce que fera l’homme pour réduire ses émissions, ces processus naturels seront trop forts »
 

Climat : « Les pays africains doivent considérer la nature géopolitique et géostratégique de l’énergie », La Tribune, 19 déc. 2022

Expert en développement durable et en énergie depuis bientôt 40 ans, le Professeur Youba Sokona est Vice-président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) qu’il a rejoint en 1990. Dans cette conversation avec La Tribune Afrique, il partage ses convictions sur la manière dont le continent devrait aborder ce tournant décisif de son développement face à la contrainte climatique.

« l'énergie est un moyen pour satisfaire les besoins socio-économiques. Il n'y a aucun endroit au monde où on a pu améliorer les conditions de vie des gens sans aborder convenablement la question de l'énergie. On ne peut rien faire dans la vie sans énergie. Résoudre la question de l'énergie, c'est résoudre à peu près 70 à 80% des problèmes d'un pays.

Quand on regarde toutes les tensions existantes dans le monde, il y a en toile de fond la question de la maîtrise de l'énergie. La crise ukrainienne, c'est quoi ? C'est l'énergie. Le problème de l'agriculture, c'est quoi? C'est l'énergie. (…)

On parle très souvent d'industrialisation. Mais l'industrialisation est liée à l'énergie. La grande question aujourd'hui est de savoir quelle est l'option énergétique qui permette d'industrialiser nos pays. Actuellement, ce n'est pas avec les énergies renouvelables que nous pouvons le faire.

Si nous ne résolvons pas l'équation de l'énergie, nous ne pouvons pas nous industrialiser. Même de manière impropre, il n'y a aucune possibilité pour l'Afrique de s'industrialiser sans avoir au préalable résolu la question de l'énergie. L'énergie est le ba.-ba de tout développement. Pourquoi hier les gens sont allés en Chine? Pourquoi aujourd'hui les Chinois délocalisent-ils en Ethiopie? C'est tout simplement parce que l'essentiel du système énergétique éthiopien -surtout l'électricité- provient de l'hydroélectricité, à un coût très bas.

Cependant, il y a des types d'industries à l'heure actuelle qui ne peuvent pas fonctionner avec le renouvelable. C'est le cas par exemple de l'industrie du ciment, de l'aluminium et tout ce qui concerne la sidérurgie … »
 

La transition écologique, un leurre doublé d’une chimère !, Fabrice Bonnifet, 3 janv. 2022

Lors de ses vœux du Nouvel An, Emmanuel Macron a martelé que la France devait gagner la “bataille” de la transition écologique. On en est très loin, pointe Fabrice Bonnifet, membre du groupe Bouygues et président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, qui nous livre son nouvel édito.

«  La transition n’aura jamais lieu tant que nous n’accepterons pas de faire le deuil d’une économie ultra-financiarisée et mondialisée, qui refuse par essence de choisir entre l’essentiel et l’accessoire. En outre, on entend que la sobriété, c’est consommer mieux, comme si nous avions peur de dire qu’il nous faut désormais consommer moins, comme l’implorent tous les rapports du Giec.

On nous raconte que les énergies renouvelables (ENR) peuvent remplacer les énergies fossiles. Mais ouvrons les yeux ! Le mix énergétique mondial est encore aujourd’hui à 83% carboné, et depuis toujours, les différentes sources d’énergie ne se sont jamais substituées, mais se sont empilées. Dès lors, qui peut affirmer que nous allons pouvoir atteindre la neutralité carbone planétaire dans seulement 27 ans, grâce au remplacement de la totalité de la capacité de production thermique par son équivalent à base d’ENR ? (...)

il est urgent d’arrêter de mentir sur une pseudo transition qui factuellement n'existe pas, d’accepter enfin la réalité de la finitude du monde, d’avoir la lucidité de regarder l’implacabilité des faits avant d’émettre des opinions. Bref, la sagesse d’une véritable transition juste nous imposerait d’engager immédiatement une réduction planifiée et démocratique de la production et de la consommation dans les pays riches, pour réduire les pressions environnementales et les inégalités, tout en améliorant la qualité de vie de tous les citoyens du monde. Mais l'humanité ne fera pas cela (…) »
 

« Le mythe de la souveraineté énergétique » (payant), Jean-Baptiste Fressoz, déc. 2022

La complexité des chaînes de valeur de la production d’énergie – y compris nucléaire – rend inopérante l’idée d’une « indépendance » énergétique, observe l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique.

 

En Europe, le risque démocratique de la crise énergétique, La Tribune, 14 déc. 2022

La compétition acharnée qui se profile pour l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) entre l’Europe et l’Asie risque de provoquer des prix d’achat très élevés pour arracher les contrats, voire des pénuries. Et ce, dès l’hiver prochain. De tels scénarios constituent une menace pour les démocraties européennes. Car en fragilisant l’industrie - et l’emploi industriel -, la crise énergétique favorise la montée des extrêmes, de gauche comme de droite. Un risque d’autant plus grand que les pays européens sont pour l’heure incapables de s’accorder sur des réponses collectives pour faire baisser les prix de l'énergie.

« la crise énergétique pourrait porter le coup de grâce [à la démocratie en Europe] si le gaz venait à manquer ou si les prix actuels de l'énergie devaient s'installer dans la durée. Pourquoi ? Parce que, s'ils se confirmaient, de tels scénarios risquent fort de balayer l'industrie européenne et, par ricochet, l'emploi industriel, le meilleur rempart face à la montée des mécontentements sur lesquels surfent les extrêmes en tout genre. Quand l'industrie recule, la colère monte et les partis extrémistes aussi. En témoigne la poussée de l'extrême-droite depuis les années 1980, marquée par l'accélération de la mondialisation et son cortège de délocalisations. (...)

Ironie de l'histoire, cette menace sur l'industrie gagne du terrain au moment même où le mouvement de réindustrialisation enclenché ces dernières années commençait à porter ses fruits, en France notamment, et que l'Europe commence à prendre enfin conscience de l'importance de ce secteur d'activité pour assurer sa souveraineté. »


De l’état des lieux en termes de minerais au Low-Tech et à la sobriété, La pensée écologique, 14 déc. 2022

Entretien avec Emmanuel Hache, économiste à IFP Énergies nouvelles, directeur de recherche à l’IRIS

 « (…) le destin des matières premières minérales, des métaux et de l’énergie est en très large partie lié. Les métaux ont constitué un important levier des industries énergétiques carbonées (construction des infrastructures de production et de transport du charbon, du gaz et du pétrole), mais également des énergies renouvelables. Sans métaux, pas d’énergie et pas de métaux sans énergie. Il existe ainsi une relation symbiotique entre l’ensemble de ces ressources naturelles. (...)

en raison de la diminution de la concentration des minerais, notamment dans le secteur du cuivre, davantage de minerais doivent être extraits pour obtenir une même quantité de cuivre, avec en corollaire une hausse de la consommation d’énergie, d’eau et de déchets miniers. La taille des mines a ainsi tendance à augmenter au cours du temps, ce qui renforce les dégradations environnementales et l’empreinte d’un site minier. La question de la consommation en eau est de ce point de vue fondamentale, à la fois au regard de sa disponibilité, mais également de sa qualité.

En 2019, l’extraction de matériaux (biomasse, énergie, minerais métalliques et non métalliques) nécessaire à nos cadres de vie était d’environ 34 kg par tête et par jour au niveau mondial, contre 24 kg en 1980. Elle pourrait atteindre près de 45 kg par jour et par personne en 2060, avec la poursuite de l’urbanisation, le développement des infrastructures et la production de biens de consommation. Les seuls minerais métalliques ont vu leurs extractions multipliés par 3,5 au niveau mondial depuis 1970. Il faut donc ralentir de manière urgente notre consommation de matières premières et de manière plus globale ralentir nos styles de vie. Les pouvoirs publics doivent ainsi travailler à des politiques de formation à la circularité des biens de consommation, et encourager tous les leviers (recyclage, mobilité soutenable) permettant de diminuer les pressions sur les ressources en informant les consommateurs sur les conséquences invisibles des décisions de consommation. Des outils existent et doivent être développés, mais il faudrait aller encore plus loin ! Il faut parler de sobriété matériaux d’un point de vue global et changer l’ensemble des représentations attachées à la consommation et c’est un travail de longue haleine. L’enjeu est aussi bien réglementaire (bannir le jetable, légiférer sur le délit d’obsolescence programmée, etc.) que sociologique (représentations, mimétisme) et prospectif. (…) »


Métaux stratégiques : et si les pays producteurs se regroupaient en cartel du type OPEP ?, Emmanuel Hache, Pauline Bucciarelli et Valérie Mignon, Connaissances des énergies, 15 déc. 2022

« Les matériaux stratégiques ou critiques constituent ainsi aujourd’hui un enjeu majeur des politiques de décarbonation mondiales qui impose de réfléchir à trois questions :

la disponibilité géologique des minerais ; la dépendance stratégique des pays consommateurs ; la cartellisation de certains marchés de métaux, à l’image de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). »

 

Automobile : les trois raisons qui expliquent l’explosion des ventes de voitures électriques en Norvège, La Tribune, 4 janv. 2023

« la décision des gouvernements successifs de fortement subventionner l'achat de véhicules électriques (…)

les incitations à rouler en véhicules électriques : exemption de toutes taxes, notamment la TVA, réduction voire gratuité pour les tarifs des péages urbains de ferrys et de stationnement sur les parkings publics. (...)

« Ils ont eu une constance économique pendant 20 ans, exemptions fiscales sur bornes de recharges, des avantages sur l'autoroute. C'est cette cohérence dans le temps qui a eu un impact fort » (...)

Une deuxième explication de ce succès norvégien dans le passage au tout électrique peut se trouver dans le pouvoir d'achat des habitants nordiques. « C'est un pays avec de gros revenus. Le PIB par habitant en Norvège est de 80.000 dollars quand il est de 35.000 dollars en France »


Un nouvel ordre énergétique mondial prend forme (anglais, payant), Rana Foroohar, Financial Times, 3 jan. 2022

Le commerce mondial du pétrole se dédollarise lentement mais sûrement

Traduction de l'article

« "la naissance du petroyuan"(...)

"La Chine veut réécrire les règles du marché mondial de l'énergie", dans le cadre d'un effort plus large de dédollarisation des pays dits Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine), et de nombreuses autres régions du monde après la militarisation des réserves de change en dollars suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. (...)

Pour commencer, beaucoup plus de commerce pétrolier se fera en renminbi. (...)

La perspective d'une énergie bon marché attire déjà les entreprises industrielles occidentales vers la Chine. Il suffit de penser à la récente décision de l'entreprise allemande BASF de réduire son usine principale de Ludwigshafen et de transférer ses activités chimiques à Zhanjiang. Cela pourrait être le début de ce que Pozsar appelle une tendance "de la ferme à la table", dans laquelle la Chine tente de capter localement davantage de production à valeur ajoutée, en utilisant l'énergie bon marché comme appât. (Un certain nombre de fabricants européens ont également augmenté le nombre d'emplois aux États-Unis en raison des coûts énergétiques moins élevés dans ce pays). (...)

Les pétrodollars ont également accéléré la création d'une économie plus spéculative, alimentée par la dette aux États-Unis, car les banques débordant de liquidités ont créé toutes sortes de nouvelles "innovations" financières, et l'afflux de capitaux étrangers a permis aux États-Unis de maintenir un déficit plus important. (...)

il y a moins d'acheteurs étrangers pour les bons du Trésor américain. Si le pétroyuan décolle, cela alimentera le feu de la dédollarisation. Le contrôle par la Chine de réserves énergétiques plus importantes et des produits qui en découlent pourrait être un nouveau facteur important d'inflation en Occident. C'est un problème à combustion lente, mais peut-être pas aussi lente que certains acteurs du marché le pensent.  »

Combien va nous coûter le choc énergétique ?, Fipaddict, Alternatives Economiques, 20 déc. 2022

« Le coût de la crise énergétique correspond donc à la somme de deux effets : le ralentissement de la croissance en volume du PIB, d’une part, et la baisse du pouvoir d’achat de ce PIB en volume, d’autre part. (…)

Pour la France, la perte de revenu s’élève ainsi à 2,7 % environ sur 2022, soit près de 70 milliards d’euros. Elle s’approche même de 5 % en Allemagne et en Espagne.

Il s’agit donc d’un choc considérable : à titre de comparaison, le PIB a reculé de 3,9 % en France pendant la grande crise financière de 2008-2009. (...)

Un impact à long terme inquiétant

Ce qui devrait à mon sens nous inquiéter, c’est moins le niveau du soutien budgétaire à court terme que l’impact durable du choc énergétique sur le potentiel de production des économies européennes. (...)

Plutôt que de s’écharper sur le retour du « quoi qu’il en coûte », la priorité devrait donc être de débattre des moyens les plus efficaces pour permettre au tissu productif et aux ménages de s’adapter à des prix de l’énergie durablement élevés… et ce d’autant plus qu’après avoir renoncé au gaz russe en quelques mois, il faudra abandonner les énergies fossiles en trente ans !

Dans cette perspective, il est douteux que le maintien d’un bouclier tarifaire anesthésiant le signal-prix constitue une stratégie gagnante à moyen terme. La solution allemande consistant à subventionner uniquement la consommation de base des ménages et des PME, qui préserve l’incitation à réaliser des économies d’énergie, apparaît mieux calibrée aux défis qui s’annoncent. »

 

L’État et les länder détaillent plusieurs mesures clés du bouclier anti-inflation, Ministère fédéral des Affaires étrangères (Allemagne), 7 nov. 2022

« Un frein tarifaire prendra le relais au 1er mars 2023 (voire dès février si possible). Il plafonnera le tarif du gaz à 12 centimes d’euro le kilowattheure sur la consommation de base (correspondant à 80 % de la consommation de l’année précédente) (...)

Pour l’électricité, le frein tarifaire prendra effet au 1er janvier 2023. Il plafonnera le tarif à 40 centimes d’euro le kilowattheure sur la consommation de base (80 % de la consommation de l’année précédente). (...)

25 000 grandes entreprises industrielles jouiront d’un plafond tarifaire fixé à 7 centimes d’euro le kilowattheure pour le gaz et à 13 centimes d’euro pour l’électricité. Il s’appliquera à partir du 1er janvier 2023 sur un volume équivalent à 70 % de leur consommation de 2021. »

 

Réconcilier l’économie et les interactions sociales, Dialogues économiques, 30 nov. 2022

Interactions et normes sociales sont au cœur de l’existence humaine. Elles influent tous les aspects de notre vie et sont donc un facteur à prendre en compte dans toutes les disciplines scientifiques. Pourtant, de nombreux modèles en économie les ignorent. Les économistes, Marc Fleurbaey, Ravi Kanbur et Dennis Snower, tentent de changer cette perspective et d’incorporer l’économie dans le tissu des interactions sociales.

« En 1954, Kenneth Arrow et Gérard Debreu prouvent l’existence d’un équilibre entre l’offre et la demande dans une économie de marché avec plusieurs produits : l’équilibre de « concurrence parfaite ». En d’autres termes, ils montrent que sous certaines conditions, il existe un ensemble de prix tel que l’offre et la demande de chaque bien sont à l’équilibre. Un postulat de cette approche est l’exclusion des interactions sociales à l’exception du commerce. (…)

Cette exclusion des interactions sociales conduit à une vision faussée du monde : l’économie réelle est comme observée à travers un prisme déformant. »

 

Gillian Tett: “Le monde obéit aussi à des modèles tribaux”, L'Echo, 3 juil. 2021

Anthropologue de formation, la journaliste du Financial Times décortique la société et l'économie via le prisme de cette discipline.

 « En anthropologie, vous devez transformer l’"étrange" en “familier” et le “familier” en “étrange”. Vous devez être capable de changer de points de vue et vous placer dans la mentalité de quelqu’un qui vous est culturellement complètement étranger. »
 

Puces : la nouvelle course aux armements (anglais), Michael Roberts, 11 déc. 2022

Les semi-conducteurs pourraient être au vingt-et-unième siècle ce que le pétrole a été au vingtième. Si c'est le cas, l'histoire des semi-conducteurs sera l'histoire du vingt-et-unième siècle. " (Larry Summers)

« (...) Miller soutient de manière imagée que les micropuces sont le nouveau pétrole - la ressource rare dont dépend le monde moderne. Aujourd'hui, le pouvoir militaire, économique et géopolitique est construit sur la base des puces informatiques. Pratiquement tout, des missiles aux micro-ondes, des smartphones au marché boursier, fonctionne avec des puces. Jusqu'à récemment, l'Amérique concevait et fabriquait les puces les plus rapides et conservait son avance en tant que superpuissance. Mais aujourd'hui, l'avantage des États-Unis est en train de s'effriter, miné par les concurrents de Taïwan, de la Corée, de l'Europe et, surtout, de la Chine. Comme le révèle Chip War, la Chine, qui dépense chaque année plus d'argent pour importer des puces que pour importer du pétrole, consacre des milliards à une initiative de production de puces pour rattraper les États-Unis. L'enjeu est la supériorité militaire et la prospérité économique de l'Amérique. (...)

Plus encore que le commerce traditionnel et la production manufacturière, et plus encore que la puissance financière, Miller affirme que celui qui sera le leader et  dominera la production de puces dominera l'économie mondiale. (...)

La Chine est la véritable cible et la bataille pour briser les avancées technologiques de la Chine est loin d'être gagnée. (...)

La lutte pour maintenir la suprématie des États-Unis et réduire le développement de la Chine (et, espérons-le, provoquer un "changement de régime") sera très coûteuse pour l'économie américaine, mais apparemment, elle en vaut la peine au détriment du commerce et de la production mondiaux - et même de la paix mondiale. (...)

Ce qui est réellement en jeu, c'est la suprématie mondiale des États-Unis. Et cela est plus important que l'expansion du commerce et de la technologie au profit de tous. Les stratèges américains craignent que la Chine puisse encore surmonter les obstacles que les États-Unis mettent sur son chemin. Cette crainte est en fait fondée sur la planification des investissements par l'État chinois, que les théoriciens de droite ont appelée "économie de la force brute" parce qu'elle ne s'appuie pas sur le "marché libre". "Dans l'industrie des semi-conducteurs, par exemple, le programme de Pékin est clairement affiché. Il s'appuie sur des montants massifs de soutien de l'État, sur le vol ciblé de la propriété intellectuelle pour aider les champions nationaux, sur le transfert de connaissances des experts techniques formés aux États-Unis et dans les pays alliés, et sur le traitement préférentiel des entreprises nationales pour faire pencher le terrain de jeu en sa faveur."»

Evolution des parts de marché de la fabrication de semi-conducteurs1990-2020 - FT via Roberts


Friends or Frenemies?: Significant Trans-Atlantic Divides Emerge in Global Chip War, Der Spiegel, 2 déc. 2022

U.S. President Joe Biden has adopted a heavy-handed approach to China and hopes to cut Beijing off from modern chip technologies. To do so, he will need European support. Will he get it?

« New, de facto monopolies have emerged, with enormous significance for central areas of the global digital economy. The Dutch company ASML, for example, is the only company in the world whose processes can produce highly integrated circuits measuring only five nanometers. One of its most important customers, Taiwan’s TSMC, now produces around 90 percent of the ultramodern semiconductors needed by U.S. tech giants.

As such, the company is at the center of what is probably the greatest geo-economic risk scenario of the present day. If a war were to break out over Taiwan, which Chinese leader Xi Jinping has not ruled out, the global economy could suddenly lose one of its most important raw materials. The economic dangers of a chip crisis are “about 10 times greater than a failure of Russian gas supplies,” says one Brussels-based industry expert. (...)

the U.S. government is moving not only to cut off China’s supply of recent generations of chips. It is also seeking to prevent China from emerging as a competitor in quantum computing, artificial intelligence, biotechnology and renewable energies. At the same time, Biden’s security advisor Jake Sullivan wants to use the billions in subsidies from the U.S. CHIPS Act to ensure that large parts of the value chain are once again firmly rooted in U.S. soil: from raw materials to factories to recycling. (…)

Baden-Württemberg machine manufacturer Trumpf, for example, generates almost a fifth of its sales with ASML, for which it supplies the lasers for its most advanced machines. The latest U.S. regulations won’t directly affect that, because exports of high-end systems to China were already prohibited before. Managers at Trumpf are nonetheless concerned about possible Chinese countermeasures in the wake of the U.S. boycott.

If China were to stop supplying connectors, cables or electronic components, it would “severely impact production,” says company owner Nicola Leibinger-Kammüller. In addition, China is a “large sales market” that can’t be eliminated “without serious consequences,” she says. “I don’t even want to imagine what would happen in Germany if the Chinese market for automotive and mechanical engineering disappeared.” (…)

a letter of warning published by a number of top German executives after the recent visit by Chancellor Olaf Scholz to China. “Despite all the challenges,” the letter states, the “fundamental growth momentum” will continue in China. It then continued: “Withdrawing from China would cut us off from these opportunities,” which is why it is “in Germany’s very best interest” to continue cooperating with China. (...)

To catch up, he says, Europe must promote the establishment of complete value chains – from research and development to manufacturing and software solutions – around semiconductors. That’s how the Americans do it. They intend to pump $52 billion into the chip industry in America, much of it into research and development. (...)

The chip giants can play the countries off against each other in the poker for stimulus money, factory land and favorable corporate taxes. (…)

in 2019, Huawei made an appearance in the top group of global mobile phone manufacturers, briefly even taking first place, ahead of Samsung and Apple. But then, the U.S. government cut off its supply of semiconductors. It is now a shadow of its former self. Huawei is now no longer even in the top five, and in the first half of 2022 alone, revenues in the company’s mobile phone unit fell by 25 percent. (…)

the losers in the technology race also include Western consumers, who will have to brace themselves for rising prices. China mainly manufactures components from earlier generations of technology. If the country is completely cut off from the global market, then these chips are likely to become scarce and more expensive as a result. Just as energy and raw materials are today, microchips could soon become a driver of inflation in Western economies. (…)

the European Commission in Brussels is finding it difficult to pursue a clear course. On the one hand, the EU’s executive body is disappointed with Washington’s heavy-handed approach, in controlling chip exports and with the Inflation Reduction Act. These decisions could “divide the West,” French President Macron has scolded.

On the other hand, Brussels is also aware that Europe doesn’t need a major trade conflict with Washington right now. The Europeans are dependent on the Americans for financial and military support for Ukraine, just as they are for the enforcement of sanctions against Russia. (…) »

Russie, Chine : comment les patrons français se préparent à la nouvelle géopolitique des affaires, Marc Endeweld, déc. 2022

Après le choc de la crise ukrainienne, les entreprises françaises se sont désengagées de Russie et veulent réduire leur exposition au risque géopolitique chinois. Le différentiel de coût de l'énergie entre les Etats-Unis et l'Europe est en train de mettre à terre l'industrie européenne. Notre modèle économique passera-t-il l'hiver ? Si c'est un simple dos d'âne oui, mais si c'est un changement durable, il faudra revoir nos certitudes et cesser notre naïveté. Enquête.

« Carlos Tavares, le directeur général du groupe Stellantis, ne prenait pas de pincettes pour commenter la situation du business en Chine : « Cela fait plusieurs années qu'à travers les discussions et négociations, j'ai perçu un changement de comportement de la part de nos partenaires d'affaires en Chine. La politisation du modèle d'affaires chinois est allé crescendo depuis 5 ans (…) Pour tous les acteurs occidentaux, vendre des véhicules en Chine devient de plus en plus difficile ». (…)

Quand il y a des sanctions croisées entre l'Occident et des Etats non-occidentaux, les premières victimes ce sont les entreprises occidentales. (…)

La Chine, vue avant la crise du Covid-19 comme un véritable eldorado, est désormais regardée avec méfiance et même crainte. Pour les grandes entreprises occidentales, l'ex-empire du Milieu n'apparaît plus comme la solution à tous leurs problèmes. Le géant asiatique est plutôt perçu désormais comme une cause potentielle de risques futurs. (…)

Quelques mois plus tôt, la guerre en Ukraine avait déjà sonné le glas d'une certaine forme de globalisation, celle que l'Occident avait promu depuis la chute de l'Union soviétique en 1991, d'abord à grand coup de sommets internationaux sur le commerce des marchandises, puis à travers la création de l'OMC en 1995 centrée sur les services et l'immatériel. C'était la grande époque du libre-échange, toutes les barrières devaient sauter, pour la plus grande joie des investisseurs internationaux et des financiers. Loin d'apparaître comme une menace, la Chine devenait à bas bruit « l'atelier du monde ». En Europe, la mode était au fabless, aux entreprises sans usines. On pensait conserver facilement les activités à plus forte valeur ajoutée au sein des pays dits « développés ». (...)

avant la guerre, la France était le premier employeur étranger en Russie avec 700 filiales dont celles de 35 groupes du CAC 40 (…)

« Au-delà de la crise énergétique, on constate un repli sur soi planétaire », alerte le président de la CPME. Le chef d'entreprise s'étonne notamment des choix faits par Berlin, qui a décidé cette automne l'instauration d'un « bouclier énergétique » à travers une enveloppe exceptionnelle d'aides et de subventions de 200 milliards d'euros, contrevenant aux règles de Bruxelles, et ce, sans aucune concertation avec les autres partenaires européens. « Au sein même de l'Union Européenne, certains se taillent la route sans se poser la question de l'unité. Il va falloir se ressaisir. L'Europe, c'est une vraie force, mais si chacun joue sa partition dans son coin, on va vers l'éclatement du marché unique. C'est une chose de se faire la guerre entre grandes zones de puissance économique, mais se faire la guerre au sein de la même zone… » (…)

L'instauration de l'IRA (« Inflation reduction act ») par l'administration Biden, ce vaste plan d'investissement de 337 milliards de dollars pour la transition énergétique, inquiète particulièrement François Asselin qui estime que « les grandes entreprises qui ont des sites industriels vont être tentés ou commencent à délocaliser ». (...)

Drôle de période où grands patrons et responsables patronaux reprennent le vocabulaire que certains intellectuels critiques du capitalisme financier utilisaient depuis vingt ans comme un certain… Emmanuel Todd. (…)

Fabriquer en Chine devient compliqué, mais acheter des composants électroniques chinois également du fait des nouvelles sanctions américaines : « C'est devenu aussi compliqué que de réaliser des transferts bancaires, témoigne Jean-Paul Smets. Les outils de contrôle commercial servent à maintenir la domination de l'industrie américaine. Ils veulent s'assurer que la valeur ajoutée est créée chez eux et pas ailleurs, ils veulent ré-internaliser la valeur ajoutée aux États-Unis. Résultat, on ne sait plus où l'on peut vendre certains composants 5G ou les assembler. Selon les relations diplomatiques des pays avec les États Unis, c'est oui ou non ». De fait, Rapid Space ne voit pas rompre toute relation avec la Chine car, son domaine, c'est « le seul pays qui fournit de quoi de ne pas dépendre d'une décision arbitraire des États-Unis », estime Jean-Paul Smets. Ajoutant : « Finalement, l'Allemagne a raison de continuer de coopérer et de commercer avec la Chine pour ne pas totalement dépendre des États-Unis ». Le découplage économique avec la Chine ardemment souhaité par certains à Washington n'est donc pas forcément dans l'intérêt de l'Europe… (…)

Renaud Guidée, directeur des Risques au sein du groupe AXA (…) « Le monde se complexifie. Avec l'innovation et la croissance, le paradoxe, c'est qu'il y a davantage de risques que par le passé. Du fait des interconnexions, les menaces sont de plus en plus mondiales. La science et l'innovation créent de nouveaux risques. Risque et progrès sont indissociables. (...) »

Pour Renaud Guidée, le monde est en train de séparer en trois grands blocs : « Un bloc chinois dont la figure centrale est l'État, le bloc américain avec la figure centrale de l'entreprise, la volonté de promouvoir le business et l'innovation, et l'Europe qui essaye de subsister comme bloc, centré sur le citoyen allocataire et consommateur, avec la protection des données comme valeur centrale ». Selon lui, « l'Europe tient la prospérité comme acquise » et fait preuve d'une « très grande naïveté vis-à-vis de la Chine, qui produit la moitié des terres rares et en assure 90 % de leur transformation ». Face à l'impératif climatique, « on n'est pas capable d'assurer la transition énergétique sans la Chine », rappelle cet expert, qui constate dans le même temps que l'Union Européenne se limite à « édicter des normes » sans proposer un programme d'investissements pour contrebalancer les effets de l'IRA américain. « Les États-Unis sont en train de faire un bon de géant en mobilisant de l'argent pendant que l'Europe édicte des normes ».

Dans Challenges, Benoit Bazin, directeur général de Saint-Gobain, ne disait pas autre chose il y a quelques jours : « Aujourd'hui, la Chine et les Etats-Unis disposent d'une énergie beaucoup moins chère, de réglementations moins contraignantes, alignent autant voire plus de milliards et se montrent plus protectionnistes. L'Europe ne doit pas être naïve (…) Les Etats-Unis conditionnent carrément les aides à leurs industriels au bannissement de composants importés et, alors que les produits chinois déferlent en Europe, la Chine, elle, contrôle strictement les importations et les investissements étrangers. L'Europe devrait, elle aussi, plus fonctionner en boucle fermée avec ses propres chaînes d'approvisionnement continentales. C'est un enjeu majeur à la fois industriel et géopolitique ». (…)

l'industrie de la chimie est une grande consommatrice d'énergie : ainsi, 70 % du coût de fabrication de l'ammoniac correspond aux dépenses d'énergie. « On a pu estimer l'écart de compétitivité entre les États-Unis et l'Europe, en incluant le coût de transport, entre 30 et 50 % », souligne-t-on chez France Chimie. Un écart considérable.

Résultat, à l'automne, l'industrie chimique européenne se retrouve quasiment à l'arrêt. En quelques jours, près de 60 % des capacités de production d'ammoniac sont mises en stand by. Concernant le PolyChlorure de Vinyle (PVC), c'est près de 30 %. Dans le même temps, les importations d'ammoniac venant des États-Unis ont été multipliées par quinze. À France Chimie, on multiplie les alertes auprès du gouvernement. Tous les signaux sont aux rouges : « Cela se traduit par une balance commerciale de la chimie européenne négative depuis le début des statistiques dans le domaine ! »

Cela se sait peu, mais la chimie reste en France le premier secteur industriel exportateur, tiré par l'industrie des cosmétiques, au coude-à-coude avec l'aéronautique. En Allemagne, le secteur de la chimie souffre bien plus des hausses du prix de l'énergie qu'en France, car les activités présentes sont plus dépendantes du gaz, car plus électro-dépendantes. Sauf que l'Allemagne est le premier client de la France dans le secteur. Résultat, les mauvais résultats de la filière outre-Rhin influent directement sur l'activité en France qui a d'ailleurs baissé cet automne entre 15 % et 20% par rapport à l'année dernière. (…) »

 

Chine : derrière la volte-face sur la politique “Zéro Covid”, la répression à l’œuvre, Asialyst, 7 déc. 2022

Le régime chinois a annoncé mercredi 7 décembre un revirement majeur dans sa politique du « zéro Covid » à travers un allègement des restrictions sanitaires. Une victoire pour la contestation populaire inédite depuis trois décennies en Chine ? En parallèle de cet assouplissement réglementaire, l’énorme machine de la censure et la répression sont à l’œuvre pour enterrer ce qui s’est cristallisé autour de ce vaste mouvement contre la gestion de la pandémie.

« La censure chinoise est une machine très sophistiquée. Elle réunit, selon certains experts, quelque 200 000 personnes qui travaillent 24 heures sur 24 avec pour mission de traquer tous les messages « déviants » ou « subversifs » sur la toile, de nature à porter tort au Parti ou au gouvernement. Aussitôt découvert, le message est supprimé, tout comme le lien qui conduisait à lui. Selon une source informée, les censeurs chargés de TikTok travaillent devant leur écran dix heures par jour, sous la surveillance étroite d’un chef placé derrière eux, de façon à avoir un regard plongeant sur leur travail contrôlé en temps réel. Si les censeurs de base risquent leur emploi en cas de mauvaise performance, leurs chefs risquent la même chose puisqu’ils sont eux-mêmes surveillés, mais à distance. Les censeurs les plus efficaces sont récompensés. Les mauvais sont licenciés. Cette surveillance oblige les censeurs du haut en bas de l’échelle à faire preuve d’un zèle irréprochable où les états d’âme n’ont pas droit de cité. (…)

le régime chinois a lui-même commis au moins deux erreurs funestes que la population chinoise n’a pas fini de payer. La première est le refus d’utiliser les vaccins occidentaux à ARN messager dont l’efficacité prouvée est très nettement supérieure aux vaccins chinois Sinopharm et Sinovac. Ceci pour des raisons de fierté nationale, Pékin et sa propagande ne pouvant accepter l’évidence : les faiblesses de la recherche scientifique et médicale chinoise comparée à celle de l’Occident. La deuxième est le faible taux de vaccination dans le pays, en particulier chez les personnes âgées. D’où le risque grave d’une hécatombe avec l’assouplissement des contraintes sanitaires. Certaines études occidentales parlent de la possibilité d’un million de morts en Chine dans les mois qui viennent.

Selon les projections de Wigram Capital Advisors, un institut basé en Nouvelle Zélande spécialisé en macroéconomie asiatique, la disparition des mesures sanitaires pourrait créer une « vague hivernale » d’infections au Covid-19 qui se traduirait à terme par un million de morts avec un taux de mortalité quotidien de 20 000 décès à la mi-mars prochain. Un tel scénario submergerait le système hospitalier chinois dont la capacité en unités de soins intensifs est dix fois moindre que les 70 000 malades qui nécessiteraient une hospitalisation à cette date. En outre, les déplacements très nombreux occasionnés par le Nouvel An lunaire chinois accélérait encore ce scénario noir. (...)

Le régime chinois est donc pris en tenaille entre l’impérieuse nécessité de calmer les esprits et de redonner vie à une économie en pleine tourmente tout en évitant une hausse vertigineuse de la mortalité avec l’assouplissement des règles sanitaires. En outre, ce virage à 180 degrés est en lui-même un désaveu cinglant et rarissime pour Xi Jinping car il est celui qui a pris la décision de mener cette gestion de la pandémie et son principal architecte. « Le gouvernement chinois se retrouve dans une position inextricable qu’il a lui-même crée », estime Han Yang, un ancien diplomate chinois qui vit aujourd’hui en Australie, cité par le quotidien japonais Asia Nikkei. « Le « zéro Covid » porte la signature de Xi. Cette volte-face sera un coup porté à son autorité »

 

La série de billets du blog “le siècle le plus important” (anglais), Holden Karnofsky, Cold Takes, déc. 2021

« 5 points fondamentaux :

  • L'avenir à long terme est radicalement inconnu. Des avancées technologiques suffisantes pourraient conduire à une civilisation durable, à l'échelle de la galaxie, qui pourrait être une utopie radicale, une dystopie, ou n'importe quoi entre les deux.
  • L'avenir à long terme pourrait arriver beaucoup plus vite que nous le pensons, en raison d'une possible explosion de la productivité due à l'IA.
  • Il semble que le type d'IA approprié sera développé au cours de ce siècle, ce qui fait de ce siècle celui qui initiera et aura l'opportunité de façonner une future civilisation à l'échelle de la galaxie.
  • Ces affirmations semblent trop “ délirantes ” pour être prises au sérieux. Mais il y a de nombreuses raisons de penser que nous vivons à une époque folle et que nous devons être prêts à tout.
  • Nous, les personnes vivant dans ce siècle, avons la possibilité d'avoir un impact énorme sur un très grand nombre de personnes à venir - si nous parvenons à comprendre la situation suffisamment pour trouver des actions utiles. Mais pour l'instant, nous ne sommes pas prêts pour cela.

Cette thèse a un côté farfelu, de science-fiction. Elle est très éloignée de ce à quoi je m'attendais lorsque j'ai entrepris de faire le plus de bien possible.

Mais une partie de l'état d'esprit que j'ai développé grâce à GiveWell et Open Philanthropy est d'être ouvert aux possibilités étranges, tout en les examinant de manière critique avec autant de rigueur que possible. Et après avoir beaucoup investi dans l'examen de la thèse ci-dessus, je pense qu'elle est suffisamment probable pour que le monde ait besoin de s'y intéresser de toute urgence.

En écrivant sur le sujet, j'aimerais soit obtenir plus d'attention à son sujet, soit gagner plus d'opportunités d'être critiqué et de changer d'avis. »

Holden Karnofsky - Cold Takes

Mots-clés : “altruisme efficace” long-termisme “intelligence artificielle”

 

Comment ralentir le progrès scientifique selon Leo Szilard (anglais), Roots of Progress, 3 jan., 2023

Traduction

 

Dans le cerveau, ce sont les connexions qui commandent !, CNRS Le journal, 5 déc. 2022

Entretien avec Michel Thiebaut de Schotten, qui propose un nouveau modèle du cerveau permettant une meilleure compréhension de son fonctionnement et une meilleure prise en charge des troubles neurologiques.

« nous proposons que les fonctions cérébrales émergent non pas des seules aires cérébrales, mais de l’échange entre ces régions ; cela met les connexions au cœur du fonctionnement du cerveau. (...)

les connexions cérébrales ne sont plus considérées comme de simples canaux de transfert de signaux entre les régions du cerveau. Au contraire, elles apparaissent comme un chef d’orchestre, capable d’amplifier ou de réduire les signaux cérébraux et de favoriser le « dialogue » entre plusieurs régions cérébrales, en les interconnectant entre elles à un moment donné pendant une certaine durée. Ce faisant, elles permettent l’émergence de fonctions qui ne pourraient pas être exercées par les régions cérébrales prises isolément. Celles-ci pouvant être activées par des tâches très variées. Le cerveau apparaît alors comme un ensemble beaucoup plus dynamique dont peuvent émerger beaucoup plus de fonctions ! Bref, le fonctionnement intégré du cerveau grâce aux connexions cérébrales fait que, comme l’a écrit le philosophe grec antique Aristote, « le tout est supérieur à la somme de ses parties ». (…)

Il est désormais bien établi que l’architecture des réseaux neuronaux varie d’un individu à l’autre ; un peu comme l'information génétique, dont 0,1 % est différent d’une personne à l’autre. Cette « neurovariabilité » détermine qui nous sommes, puisque les différences de connectivité sont associées à des différences de performances dans certaines fonctions cognitives (mémoire, langage, motricité fine…). Mais point important, notre connectivité cérébrale peut beaucoup évoluer au fil de la vie, en fonction notamment des apprentissages. Lesquels peuvent entraîner l’apparition ou la disparition de certaines connexions, grâce au processus de plasticité cérébrale. (…) »

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