Anthropocène ? plutôt capitalocène selon Andreas Malm

[...]en 2008, les pays capitalistes avancés du « Nord » constituaient 18,8 pour cent de la population mondiale, mais étaient responsables de 72,7 pour cent des émissions de CO2 depuis 1850, sans tenir compte des inégalités à l’intérieur de chaque nation. Au début du xxie siècle, les 45 pour cent les plus pauvres de la population humaine représentaient 7 pour cent des émissions, quand les 7 pour cent les plus riches en produisaient 50 pour cent ; un États-Unien moyen – là encore sans tenir compte des différences de classe nationales – émettait autant de CO2 que plus de 500 habitants de l’Éthiopie, du Tchad, de l’Afghanistan, du Mali, du Cambodge ou du Burundi, et plus que 100 Haïtiens.
Andreas Malm. L’anthropocène contre l’histoire - Le réchauffement climatique à l’ère du capital. 14 avril 2017.

Présentation des éditions La Fabrique :
"Depuis que le météorologue Paul Crutzen a proposé le terme en l’an 2000, le concept d’« anthropocène » est devenu incontournable dans les débats scientifiques, médiatiques et citoyens sur le réchauffement climatique et la « crise environnementale ». Dans cet essai, Andreas Malm pointe les limites de cette idée à première vue vertueuse : en associant les dérèglements climatiques actuels aux activités de l’humanité dans son ensemble, à l’espèce humaine, ou à une « nature humaine » irrémédiablement portée vers le progrès, les tenants de l’anthropocène fabriquent un récit linéaire de l’histoire énergétique qui présente les effets désastreux de l’économie fossile comme l’aboutissement naturel des activités millénaires de l’Homme depuis la découverte du feu. Contre ce mythe de l’espèce, Malm déploie une passionnante histoire de l’économie fossile, et montre les raisons qui ont conduit à l’adoption massive de la machine à vapeur dans l’industrie cotonnière anglaise du xixe siècle : non pas l’insuffisance de l’énergie hydraulique, non pas les besoins nouveaux d’une population plus nombreuse, mais la volonté d’une poignée d’entrepreneurs d’accroître leur contrôle sur la production et sur les travailleurs. L’histoire se poursuit en Inde où l’agenda de l’impérialisme anglais se trouve intimement lié à la nécessité d’extraire du charbon, puis du pétrole, à grande échelle. Si la Terre entre alors dans une nouvelle ère géologique, c’est celle du Capital.
Dès lors, plutôt que de rêver une humanité unie face à sa propre nature, Malm invite à penser le rassemblement politique de celles et ceux qui sont et seront les premières victimes de la catastrophe à venir."
Une fiche de lecture de Franz Himmelbauer


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