L'avenir ? sacrifice, voeu de pauvreté et violence ?

Quelles actions après les marches pour le climat ? Vincent Mignerot, 18 mars 2019 (lecture : 5 minutes)

  • La seule “action”, pour un humain vivant dans un pays riche, qui pourrait avoir un éventuel effet positif sur l’avenir climatique serait qu’il réduise ses revenus pour atteindre aussi vite que possible un niveau proche du RSA, que plus jamais il n’ait de revenu plus élevé et qu’il ne fasse pas appel à la sécurité sociale ou à une quelconque assurance collective lorsqu’un problème survient (santé, habitation, accidents divers). Si ce programme paraît trop ambitieux, il s’agirait dans tous les cas de bénéficier de moins d’avantages et d’être moins riche chaque jour, pour toujours. Et ce sans oublier que ce type d’effort pourrait ne pas être fourni par d’autres, qui profiteraient alors des avantages et richesses potentielles laissés libres (emplois, biens matériels, ressources diverses inexploitées), ce qui annulerait au final les résultats vertueux pour le climat ou l’écologie en général.(...)
  • envisager une issue écologique en confondant les moyens et les causes paraît hautement hasardeux, voire risqué. La cause de nos problèmes n’est par exemple ni l’État ni le capitalisme, qui sont des moyens mis en œuvre pour servir la cause réelle de ces problèmes, qui est notre niveau de vie global (le flux d’énergie et de ressources qui traversent nos sociétés), obtenu grâce à ces moyens déployés afin d’optimiser l’exaction écologique dont nous profitons tous. L’État et le capitalisme sont des outils développés à l’échelle de ce que nous les soutenons par nos revenus, nos choix de consommateurs et, surtout, par les systèmes d’assurance et différents acquis sociaux que nous ne voulons plus perdre(...)
  • Une promesse qu’on ne peut pas tenir est tout autant toxique, qu’elle provienne du haut ou du bas de la société. La jeunesse aujourd’hui se trompe de cible en attaquant “le système”. Cette jeunesse est le système, comme tout un chacun. Même mal, même en mauvaise santé ou en souffrance psychologique, aucun de nous n’existerait sans l’exaction écologique globale, portée par des États puissants et un système économique qui n’est que le prolongement de notre avidité commune, y compris dans la pression qu’État et capitalisme exercent sur ceux qui souffrent le plus des excès et dérives morales que nos niveaux de vie impliquent.(...)
  • C’est à notre angoisse existentielle que nous devons nous confronter, qui expose à une insupportable double peine : vivre malgré tout, en assumant par soi-même que la vie humaine n’est jamais neutre pour le milieu naturel (voir mon intervention à Sciences Po Reims sur ce sujet). Rejouer perpétuellement le conflit interne, celui-là même qui, en effet, a fait acquérir des avantages à l’humanité au détriment du vivant nous expose, désormais que les possibles économiques se réduisent, à augmenter la souffrance globale, sans réduire l’impact écologique pour autant.(...)
  • Des propositions politiques existent pourtant pour la suite. Mais nous ne voulons pas les accepter. Les sociétés qui géreront le mieux leur déclin tout en maîtrisant à la fois la rivalité avec d’autres sociétés et leur propre impact écologique sont celles qui réapprendront notamment à gérer le sacrifice, collectivement et dans la minimisation de la souffrance. Mais le sacrifice malgré tout.(...)
  • les élites, en place ou en devenir émettent des “récits positifs” autour de l’écologie afin de rendre invisibles les individus et communautés qui souffrent déjà, et de ne pas assumer ces sacrifices qu’elles souhaitent voir d’autres faire à leur place. L’anticapitalisme fait partie de ces récits. Il permet une défausse qui disculpe facilement mais artificiellement, il peut augmenter les tensions sociétales et dans tous les cas ne répond à aucune de nos questions existentielles.
    Comme c’est le cas depuis l’apparition de l’anticapitalisme.(...)

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