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Notre futur de chasseurs-cueilleurs : changement climatique, agriculture et dé-civilisation

Notre futur de chasseurs-cueilleurs : changement climatique, agriculture et dé-civilisation, John Gowdy, traduction Le Partage, 3 déc 2019

John Gowdy est professeur émerite d'économie et d'études scientifiques et technologiques au Rensselaer Polytechnic Institute à Troy, New York. Il a reçu le prix Herman Daly pour ses contributions à l'économie écologique.

« Tout au long de ma carrière, je me suis intéressé à la relation entre les systèmes économiques, les institutions sociales et le monde naturel. Mes recherches actuelles, en collaboration avec des biologistes évolutionnistes, se concentrent sur l'évolution des systèmes économiques. Je me sens chanceux d'être économiste en cette période de changement rapide dans le domaine. Après plusieurs décennies de stagnation intellectuelle, l'économie s'ouvre à de nouvelles idées issues des sciences du comportement, de la biologie et de la théorie des systèmes. Ce réveil est porteur de la promesse de rendre l'économie à nouveau pertinente face aux défis redoutables auxquels notre espèce est confrontée. »

Points clés

  • Le climat stable de l’holocène a rendu possible l’agriculture et la civilisation. Auparavant, le climat instable du pléistocène ne le permettait pas.
  • Les sociétés humaines après [l’avènement de] l'agriculture se sont caractérisées par des dépassements [surexploitations] et des effondrements. Le changement climatique a souvent conduit à ces effondrements.
  • Les estimations de type « business-as-usual » [statu-quo] stipulent que le climat se réchauffera de 3 à 4 °C d’ici 2100 et de 8 à 10°C par la suite.
  • Les futurs changements climatiques ramèneront la planète Terre aux conditions climatiques instables du Pléistocène, et l’agriculture redeviendra impossible.
  • La société humaine sera à nouveau caractérisée par la chasse et la cueillette.

Résumé

Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, soit environ 300 000 ans, nous avons vécu en chasseurs-cueilleurs au sein de communautés durables et égalitaires de quelques dizaines de personnes. La vie humaine sur Terre, et notre place au sein des systèmes biophysiques de la planète, ont changé de façon spectaculaire avec l’Holocène, l’époque géologique ayant débuté il y a environ 12 000 ans : Une combinaison sans précédent de stabilité climatique et de températures chaudes a rendu possible une plus grande dépendance aux céréales sauvages dans plusieurs régions du monde.

Mémo d’un réaliste de la crise climatique : Le choix qui s’offre à nous.

Mémo d’un réaliste de la crise climatique : Le choix qui s’offre à nous (2/2), William E. Rees, 11 nov. 2019.

William E. Rees est professeur émérite d’écologie humaine et d’économie écologique de l’Université de Colombie Britannique (Google scholar).

Traduction quasi-automatique par DeepL.
Consultez l’article originel pour accéder à de nombreux liens.

Première partie



Si nous ne prenons pas ces 11 mesures clés, nous nous faisons des illusions. Deuxième partie


Hier, j’ai présenté la première de deux questions « Ai-je tort ? » concernant la crise climatique. Si vous acceptez mes faits, ai-je dit, vous verrez l’énorme défi auquel nous sommes confrontés pour transformer les postulats humains et nos modes de vie sur Terre.

La première question était la suivante : Le monde moderne est profondément dépendant des combustibles fossiles et l’énergie verte n’est pas un substitut. Est-ce que je me trompe ? Lisez ici mon argumentation basée sur les faits.

Aujourd’hui, je pose cette question :

Question 2 : La nature humaine et nos méthodes de gouvernance s’avèrent incapables de sauver le monde. Nous devons « faire preuve de réalisme » en ce qui concerne la science du climat. Est-ce que je me trompe ?


Vous souvenez-vous du brouhaha d’autosatisfaction qui a suivi la négociation « réussie » de l’accord de Paris sur le climat en 2015 ? Tout cet optimisme débordant était-il justifié ?

Au cours des 50 dernières années, il y a eu 33 conférences sur le climat et une demi-douzaine d’accords internationaux majeurs de ce type - Kyoto, Copenhague et Paris pour le plus récent -, mais aucun n’a produit ne serait-ce qu’une vaguelette dans la courbe de l’augmentation des concentrations atmosphériques de CO2.

Mort d'une petite planète. Ecologie sociale ?

La crise environnementale a sa source dans l'organisation sociale de nos sociétés. C'est la thèse défendue par Murray Bookchin fondateur de l'écologie sociale (Wikipédia).

« Mort d’une petite planète – c’est la croissance qui nous tue » Extrait, traduction (non publiée) de « Death of a Small Planet », in The Progressive, 1989.
"Au final, la «société industrielle», pour utiliser un euphémisme raffiné pour symboliser le capitalisme, est aussi devenu une explication facile pour les maux environnementaux qui affligent notre époque. Mais une merveilleuse ignorance obscurcit le fait que, il y a plusieurs siècles, la plus grande partie des forêts d’Angleterre, dont les célèbres repaires de Robin des Bois, ont été abattues par les haches rudimentaires des prolétaires ruraux pour produire du charbon de bois dédié à une économie métallurgique techniquement simple et pour dégager le terrain pour des élevages de mouton très profitables. Et cela s’est passé bien avant la Révolution industrielle.

La technologie peut amplifier un problème ou accélérer ses effets. Mais avec ou sans “imagination technologique” (pour reprendre l’expression de Jacques Ellul), elle ne produit que rarement le problème lui-même. En fait, la rationalisation du travail par des moyens de chaînes de montages remonte clairement à des sociétés préindustrielles comme celles qui ont construit les pyramides dans l’Égypte antique, qui a développé une vaste machinerie humaine pour construire ses temples et ses mausolées.

Considérer la croissance en-dehors de son contexte social propre revient à déformer et privatiser le problème. Il est inexact et injuste de forcer les gens à croire qu’ils sont personnellement responsables pour les dangers écologiques du moment car ils consomment et prolifèrent trop volontiers.

Cette privatisation de la crise environnementale, comme les cultes New Age qui se concentrent sur les problèmes personnels plutôt que sur les dislocations sociales a réduit plusieurs mouvements environnementaux à une totale inefficacité et menace de diminuer leur crédibilité auprès du public. Si la «simplicité volontaire» et le recyclage militant sont les principales solutions à la crise environnementale, la crise va certainement perdurer et s’intensifier.

Ironiquement, plusieurs personnes ordinaires et leur famille ne peuvent pas se permettre de vivre «simplement». C’est une initiative exigeante quand on considère le coût de «simples» objets faits mains et le prix exorbitant de la nourriture biologique et des biens «recyclés». De plus, ce que la «fin de production» de la crise environnementale ne peut pas vendre à des «fins de consommation», elle va certainement le vendre aux militaires. General Electric jouit d’une grande renommée non seulement pour ses réfrigérateurs mais aussi pour ses mitraillettes Gatling. Ce côté trouble du problème environnemental – celui de la production militaire – peut seulement être ignoré en développant une naïveté écologique tellement vide d’expression qu’il n’y a de mots pour la décrire.

La préoccupation du public pour l’environnement ne peut être abordée en mettant la faute sur la croissance sans nommer clairement les causes de la croissance. Une explication ne peut pas non plus se limiter à citer le «consumérisme» tout en ignorant le rôle sinistre joué par la rivalité entre producteurs dans la formation des goûts du public et pour guider leur pouvoir d’achat. En dehors des coûts impliqués, la plupart des gens ne veulent très justement pas «vivre simplement». Ils ne veulent pas diminuer leur liberté de voyager ou leur accès à la culture, ni réduire des besoins qui souvent servent à enrichir la personnalité et la sensibilité humaine.

Aussi rébarbatifs que puissent paraître certains slogans de «radicaux» environnementalistes, tel «Retour au pléistocène!» (un slogan du groupe Earth First!), ils ne sont pas moins dégradants et dépersonnalisants que les utopies technocratiques de H.G.Wells du début de ce siècle.

Cela demandera un fort degré de sensibilité et de réflexion – des attributs qui sont encouragés par l’acquisition d’articles tels que les livres, les œuvres d’art et la musique – pour obtenir une compréhension de ce qu’en fin de compte quelqu’un a besoin ou n’a pas besoin pour être une personne vraiment épanouie. Sans de telles personnes en assez grand nombre pour contester la destruction de la planète, le mouvement environnemental sera aussi superficiel dans le futur qu’il est inefficace aujourd’hui.

Ainsi, la question de la croissance peut être utilisée autant pour nous livrer des banalités concernant nos façons de consommer et notre passion technocratique pour les gadgets (je constate que le bouddhisme n’a pas rendu le Japon moins technocratique que les États-Unis) que pour guider la pensée du public vers les questions élémentaires qui amènent clairement l’attention vers les sources sociales de la crise écologique."

L'écologie sociale selon Murray Bookchin :
" Murray Bookchin s'oppose à la vision productiviste d'une intelligence humaine séparée d'une nature qu'elle ne vise qu'à transformer en ressources, conception propre à un humanisme progressiste dans lequel le capitalisme et le capitalisme d'État se rejoignent. Mais il rejette aussi celle, caractéristique de l'écologie profonde, de la résorption dans la nature d’une humanité réduite au statut d'espèce animale parasite, notamment parce que cette perspective ne tient aucun compte de la polarisation interne aux sociétés humaines. Il récuse tout autant celle de l'environnementalisme, qui partage avec les précédentes une approche globalisante, tendant en l'occurrence à faire porter à chaque individu la culpabilité de la crise écologique.
Dans sa vision d'une écologie sociale, même si les facteurs démographiques ou proprement environnementaux entrent en ligne de compte, la clé de la domination et de l'exploitation de la nature se trouve dans les rapports de domination et d'exploitation qui s'exercent à l'intérieur de la société humaine. La cause première de la crise écologique n'est rien d'autre que la logique du « toujours plus », qui est celle du capitalisme.
Selon Murray Bookchin, la séparation de l'esprit humain d'avec la nature est un processus parallèle à la constitution des sociétés hiérarchisées, et ces deux dimensions de nos modes de socialisation imprègnent profondément les mentalités. Pour s'en dégager, il faut étudier les communautés « organiques » et concevoir de nouveaux modes de socialisation inspirés des pratiques anciennes d'entraide, en vue de réconcilier l'humanité avec la nature et de la réinscrire dans le processus naturel de l'évolution. Est en effet postulée une nature humaine : l'homme est la nature prenant conscience d'elle-même ; l'humanité représente l'émergence dans l'évolution, à un niveau jamais atteint auparavant, de la rationalité, de la réflexivité et de l'aide mutuelle.
Ce postulat, irrecevable pour une pensée déconstructionniste, s'inscrit dans une conception d'ensemble qui voit dans la nature elle-même une dynamique tendant vers la liberté par la coopération. En s'appuyant sur une relecture des apports de la biologie qui souligne les phénomènes d'association, d'entraide et de symbiose, et non exclusivement de concurrence et de sélection, elle permet de replacer dans la continuité d'une nature non hiérarchique la perspective d'une société non hiérarchisée, elle-même posée comme le cadre le mieux adapté au développement d'une personnalité singulière dans un tissu communautaire."

Tout va très bien madame la marquise! (version courte)

Jean-Marc Jancovici : 
« Comment à la fois dire que les choses s'améliorent et constater qu'elles empirent ? Simple : il suffit de ne pas parler de la même chose !

Depuis 1965 (date du début des statistiques dont je dispose), le PIB mondial a augmenté, la consommation d'énergie aussi, et les émissions de CO2 aussi.

Les "optimistes" regardent les émissions par $ de PIB et constatent que ca baisse. C'est vrai : -43% de 1965 à 2017. Ils regardent l'énergie par $ de PIB et constatent que ca baisse. C'est vrai : -34% de 1965 à 2017.

Mais... le "pessimiste" regarde les émissions de CO2 en valeur absolue (la seule chose qui compte pour le comportement du système climatique) et constate... qu'elles ont triplé sur la même période.
Le but du jeu, actuellement, n'est pas - plus - de se contenter d'émissions de CO2 qui augmentent moins vite que le $ de PIB (ou de chiffre d'affaires dans une entreprise). Il est d'avoir des émissions qui baissent en valeur absolue : les 2°C demandent que les émissions planétaires soient divisées par 3 d'ici à ce que mes enfants aient mon âge (ça marche aussi avec vos enfants. On se rapproche plus d'une révolution que d'un rapport développement durable !

Graphique ci-dessous effectué avec données World Bank et BP Statistical Review »
(publié par J-Pierre Dieterlen)



Franck Courchamp est chercheur en écologie au CNRS, spécialiste de l'évolution des espèces et de la biodiversité. Son constat est aussi terrible que formel : l'environnement va si mal qu'on court à la catastrophe :


Revue de web du 1er trimestre 2019 - Environnement, Énergie et Sociétés

Pardonnez le pavé, ne le jetez pas trop vite. Les gras sont de mon fait, laissez-les accrocher votre lecture. Avec cette somme vous serez au point pour quelques temps sur le climat, l'environnement, l'énergie et les nœuds gordiens que cela crée à nos sociétés.

Les coups de gueule de Didier Mermin sont courts et percutants, il sait rappeler l'essentiel en quelques phrases. Lisez celui de Christophe Bouillaud sur le dernier bouquin de Servigne et consorts « Une autre fin du monde est possible », il remet les rapports de force en première ligne. Les points de vue québecois sur la transition, dessillent les yeux. L'article de « la Relève et la Peste » sur le pétrole est une synthèse très facile à lire sur ce qu'il faut en savoir. Profitez-en pour cliquer juste en dessous sur le commentaire de Matthieu Auzanneau au dernier rapport de l'Agence Internationale de l'Energie, c'est la première fois de toute son histoire qu'elle utilise officiellement le terme “supply crunch” qui signifie pénurie. Quant aux articles de Vincent Mignerot, ils sont lugubres et lucides, ils instillent comme une gêne.

Exergue

Imagine-t-on brûler les meubles, les boiseries et les décorations du château de Versailles pour n’en conserver que les murs et en faire un centre commercial ? C’est impensable, mais c’est exactement ce que l’on fait avec l’Amazonie. (Didier Mermin)
Tous ces gens ne vont pas renoncer à leur confort tant qu’ils ne seront pas tenus par les couilles. (Javier Perez)

Saviez-vous qu'il y a plus d’organismes vivants dans une cuillère à soupe de sol [sain] qu’il y a de personnes sur terre? (FAO)
« Oui, la planète a été détruite. Mais pendant un bon moment, nous avons créé beaucoup de valeur pour les actionnaires. »
New Yorker (2015)

Les liens :


Partir du bon pied

L'approche systémique, Mérome, 16 jan 2019
La lutte pour l’existence, Charles Darwin, 1859

Si vous ne deviez lire que deux articles


Biodiversité, changement climatique et sociétés humaines

Compte-rendu: Homo Domesticus - Une Histoire profonde des premiers États, Bibliothèque Fahrenheit 451, 10 janv 2019
Les céréales, à l’origine de l’impôt, Graines de Mane, 28 fév 2019
La pire erreur de l'humanité (l'agriculture) [Vidéo 11min], DirtyBiology, 13 mars 2019
L’addiction à l’agriculture [vidéo, 8min], Passé Sauvage & DirtyBiology, 13 mars 2019
La triste histoire des rennes splendides et décadents de l’île Saint-Matthieu, Slate.fr, 13 juil 2017
Les liens invisibles de la nature et leurs contributions à notre bien-être, FAO, fév 2019
Biodiversity Report for Food and Agriculture, FAO, fev 2019
37 things you need to know about the new IPCC report, Oct 8, 2018
Qu’est-ce qui tue les insectes ? The Conversation, 14 fév 2019

Savoir(s) et pouvoir(s)

Ignorance structurelle, Didier Mermin, 25 janv 2019
Comment le pouvoir reprend la main sur le savoir, Arthur Weidenhaun, LVSL, 18 déc 2018
LinkedIn, parce que je le vaux bien, Les infiltrés, 18 juil 2018
L’affaire du siècle, Didier Mermin, 9 janv 2019
L’échec du mouvement écologiste en un seul graphique!, Agence Science-Presse, 14 déc 2013
Débattre ou comprendre ?, Jean-Marc Jancovici, 22 janv 2019
Faking It on Climate Change, Bjørn Lomborg, Feb 19, 2019
Dépasser l’anthropocène, Claire Sagan, La Vie des idées, 22 jan 2019
Livre : “Ne plus se mentir”, Jean-Marc Gancille, janv 2019
Les ODD, symboles d’un développement par et pour les multinationales ? Observatoire des multinationales, 7 mars 2019
Pourquoi la jeunesse africaine ne se mobilise pas pour le climat, Thierry Amougou, 25 mars 2019

Retour à l'essentiel : l'énergie

Le pétrole : Le sang noir du monde moderne, La Relève et La Peste, 1 mars 2019

Transition? Actions?

Le rôle du Pacte pour la transition, Gilles Gagné, professeur de sociologie retraité de l’Université Laval, Québec, 9 mars 2019
Le géopolitologue : Bastien Alex | Les Armes de la Transition, LVSL, 17 mars 2019
Jean-Marc Jancovici : « on ne peut plus éviter la totalité des claques » (Interview), Mr Mondialisation, 2 mars 2019
Bientôt la fin de la croissance, Maxence Cordiez, 15 aout 2018
La transition, vite !, Jancovici et Auzanneau, 28 nov 2018
Quelles actions après les marches pour le climat ? Vincent Mignerot, 18 mars 2019
An Audacious Toolkit: Actions Against Climate Breakdown Part 1, Julia Steinberger,Dec 18, 2018

L'obsolescence de l'homme, Günther Anders

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »
Günther Anders, « L’Obsolescence de l’homme », 1956

Günther Anders (Wikipedia)

« Günther Anders a traité du statut de philosophe, de la Shoah, de la menace nucléaire et de l'impact des médias de masse sur notre rapport au monde, jusqu'à vouloir être considéré comme un « semeur de panique » : selon lui, « la tâche morale la plus importante aujourd'hui consiste à faire comprendre aux hommes qu'ils doivent s’inquiéter et qu'ils doivent ouvertement proclamer leur peur légitime »

Cette expression est tirée des phrases : « On nous a traités de « semeurs de panique ». C'est bien ce que nous cherchons à être. C'est un honneur de porter ce titre. La tâche morale la plus importante aujourd'hui consiste à faire comprendre aux hommes qu'ils doivent s’inquiéter et qu'ils doivent ouvertement proclamer leur peur légitime. Mettre en garde contre la panique que nous semons est criminel. La plupart des gens ne sont pas en mesure de faire naître d'eux-mêmes cette peur qu'il est nécessaire d'avoir aujourd'hui. Nous devons par conséquent les aider. » Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j'y fasse ?, Allia, 2010, p. 92. »

Ignorance socialement construite

"L'économie des promesses technologiques est un discours narratif invraisemblable, irresponsable et par dessus tout ingouvernable."

"Pour donner un sens à la complexité du monde afin qu'ils puissent agir, les individus et les institutions doivent développer des versions simplifiées et cohérentes de ce monde. Ce processus signifie qu'une grande partie de ce qui est connu du monde doit être exclue de ces versions, et en particulier que les connaissances qui sont en tension ou en contradiction totale avec ces versions doivent être supprimées. (...)"
Steve Rayner

Rayner, S. (2012). Uncomfortable knowledge: the social construction of ignorance in science and environmental policy discourses. Economy and Society, 41(1), 107‑125. https://doi.org/10.1080/03085147.2011.637335

Steve Rayner est professeur de science et civilisation à l'université d'Oxford.



"Une situation dans laquelle l'élite dirigeante devient incapable de faire face aux facteurs de stress et adopte plutôt une stratégie de déni, refusant de traiter les signaux internes ou externes, y compris ceux du danger".
Mario Giampietro

Mario Giampietro est professeur-chercheur en sciences de l'ingénieur à l'institut catalan de recherche et d'études avancées et à l'institut de sciences et techniques environnementales de l'université autonome de Barcelone. Il travaille sur l'évaluation intégrée des questions de durabilité en utilisant de nouveaux concepts développés en théorie des systèmes complexes. Ses recherches récentes se concentrent sur le lien entre l'utilisation des terres, l'alimentation, l'énergie et l'eau en relation avec les objectifs du développement durable.


source : Squaring the Energy Circle, Post-Growth 2018 Conference,18th-19th September 2018, Brussels, Belgium

L'avenir ? sacrifice, voeu de pauvreté et violence ?

Quelles actions après les marches pour le climat ? Vincent Mignerot, 18 mars 2019 (lecture : 5 minutes)

  • La seule “action”, pour un humain vivant dans un pays riche, qui pourrait avoir un éventuel effet positif sur l’avenir climatique serait qu’il réduise ses revenus pour atteindre aussi vite que possible un niveau proche du RSA, que plus jamais il n’ait de revenu plus élevé et qu’il ne fasse pas appel à la sécurité sociale ou à une quelconque assurance collective lorsqu’un problème survient (santé, habitation, accidents divers). Si ce programme paraît trop ambitieux, il s’agirait dans tous les cas de bénéficier de moins d’avantages et d’être moins riche chaque jour, pour toujours. Et ce sans oublier que ce type d’effort pourrait ne pas être fourni par d’autres, qui profiteraient alors des avantages et richesses potentielles laissés libres (emplois, biens matériels, ressources diverses inexploitées), ce qui annulerait au final les résultats vertueux pour le climat ou l’écologie en général.(...)
  • envisager une issue écologique en confondant les moyens et les causes paraît hautement hasardeux, voire risqué. La cause de nos problèmes n’est par exemple ni l’État ni le capitalisme, qui sont des moyens mis en œuvre pour servir la cause réelle de ces problèmes, qui est notre niveau de vie global (le flux d’énergie et de ressources qui traversent nos sociétés), obtenu grâce à ces moyens déployés afin d’optimiser l’exaction écologique dont nous profitons tous. L’État et le capitalisme sont des outils développés à l’échelle de ce que nous les soutenons par nos revenus, nos choix de consommateurs et, surtout, par les systèmes d’assurance et différents acquis sociaux que nous ne voulons plus perdre(...)
  • Une promesse qu’on ne peut pas tenir est tout autant toxique, qu’elle provienne du haut ou du bas de la société. La jeunesse aujourd’hui se trompe de cible en attaquant “le système”. Cette jeunesse est le système, comme tout un chacun. Même mal, même en mauvaise santé ou en souffrance psychologique, aucun de nous n’existerait sans l’exaction écologique globale, portée par des États puissants et un système économique qui n’est que le prolongement de notre avidité commune, y compris dans la pression qu’État et capitalisme exercent sur ceux qui souffrent le plus des excès et dérives morales que nos niveaux de vie impliquent.(...)
  • C’est à notre angoisse existentielle que nous devons nous confronter, qui expose à une insupportable double peine : vivre malgré tout, en assumant par soi-même que la vie humaine n’est jamais neutre pour le milieu naturel (voir mon intervention à Sciences Po Reims sur ce sujet). Rejouer perpétuellement le conflit interne, celui-là même qui, en effet, a fait acquérir des avantages à l’humanité au détriment du vivant nous expose, désormais que les possibles économiques se réduisent, à augmenter la souffrance globale, sans réduire l’impact écologique pour autant.(...)
  • Des propositions politiques existent pourtant pour la suite. Mais nous ne voulons pas les accepter. Les sociétés qui géreront le mieux leur déclin tout en maîtrisant à la fois la rivalité avec d’autres sociétés et leur propre impact écologique sont celles qui réapprendront notamment à gérer le sacrifice, collectivement et dans la minimisation de la souffrance. Mais le sacrifice malgré tout.(...)
  • les élites, en place ou en devenir émettent des “récits positifs” autour de l’écologie afin de rendre invisibles les individus et communautés qui souffrent déjà, et de ne pas assumer ces sacrifices qu’elles souhaitent voir d’autres faire à leur place. L’anticapitalisme fait partie de ces récits. Il permet une défausse qui disculpe facilement mais artificiellement, il peut augmenter les tensions sociétales et dans tous les cas ne répond à aucune de nos questions existentielles.
    Comme c’est le cas depuis l’apparition de l’anticapitalisme.(...)

Sur la schizophrénie ambiante en matière écologique...

Extraits de deux textes qui se télescopent dans mon fil de lecture; le premier, très court, pointe une contradiction de nos sociétés en matière écologique, le second est en fait un livre, sous-titré « Réformer l'écologie pour nous adapter à la réalité » et semble vouloir répondre à la question « Comment avons-nous fait pour en arriver là ? Comment expliquer en particulier que nos projets écologiques n’aient eu aucun effet positif à ce jour, voire des effets inverses, alors que des solutions auraient dû être mises en œuvre et avoir été efficaces dès les années 1970, en particulier pour le climat, dont l’évolution subit une très grande inertie ? », les premiers chapitres sont à lire sur le web.

« Un impossible rêve : la vertu écologique », Vincent Rey, Blog de Paul Jorion, 31/10/2017
Les appels à la « vertu écologique » ont beau être nombreux, la dégradation de l’environnement (0) suit son cours. Combien de temps nous reste-t-il, pour réaliser que la recherche de la vertu est un vœu pieux, en matière d’environnement ?
(...)
Nous sommes obstinés, nous voulons « croire » en l’émergence d’une « vertu écologique globale », qui résulterait en quelque sorte, de la somme de nos « vertus écologiques individuelles » (5). Cette croyance est une illusion
(...)
Nous préférons « croire » ce que nous espérons, la survenue d’un Homme meilleur, quitte à occulter les mises en garde de plus en plus nombreuses des scientifiques (0).
(...)
Une attitude de déni, comparable à celle d’un homme amoureux, refusant d’admettre qu’il n’est pas aimé en retour, faisant des offrandes (6), suppliant l’être aimé de l’épargner, l’insultant bientôt, furieux de son impuissance. Le plus tôt un tel Homme trouve en lui la force de renoncer à ses faux espoirs, le mieux c’est pour lui, même s’il doit avoir, en abandonnant ses illusions, l’impression de se couper un bras. Cet Homme vertueux n’existant pas, alors inutile de perdre du temps : il faut regarder en face la TOTALITÉ DE L’ACTIVITÉ HUMAINE, pour en analyser secteur par secteur, ce qui impacte l’environnement : une tâche immense, révolutionnant non seulement toute la structure des revenus, mais aussi toute la structure des souverainetés et des influences.
(...)
Ce n’est pas l’écologie qui est un impossible rêve, c’est l’écologie qui repose sur le volontariat, sur l’individu vertueux.

« Transition 2017 – 1/4 : La réalité n’existe pas », Vincent Mignerot, Adrastia, juil 2017
« Transition 2017 – 3/4 : Mythologie écologique », Vincent Mignerot, Adrastia, juil 2017
L’humanité, malgré ses bonnes intentions, est condamnée à faire brûler la maison et essayer de ranger la cuisine après.
(...)
Abstraction faite du jeu moral opportuniste et du gain narcissique obtenu par le porteur de la bonne parole écologique, la réalité existe toujours autour du discours : l’essentiel des humains ne veut pas détruire l’environnement mais le fait quand même, et c’est là notre critique et notre inquiétude principale. Les humains détruisent d’autant plus l’environnement qu’il leur est possible de brandir l’étendard de la bonne intention pour demain. Le discours messianique perd tout sens opératoire dès lors que le public se l’approprie pour se dissimuler à lui-même la factualité de son action. Nous aurons balisé au fil de ces textes les éléments qui sous-tendent la construction d’un discours écologique idéalisé capable de rassurer artificiellement les populations sur leur avenir : raisonnement à rebours sur la possibilité de protéger l’environnement, sur la possibilité de substituer une énergie par une autre, sur la possibilité de s’affranchir de la compétition pour l’existence, attribution arbitraire et conflictualisée de la faute écologique à un autre que l’individu lui-même.
5 Honnêteté écologique
Que se passerait-il si nous cessions – si nous en sommes capables – d’attribuer à un autre, de quelque façon que ce soit, la responsabilité de ce que nous opérons chacun sur le monde ?
Si nous continuons à avancer dans la défausse et les illusions collectives, ne risquons-nous pas aujourd’hui, étant donné le contexte, de restaurer le risque d’une gouvernance du clivage et de la violence, le déni de réalité étant le plus court chemin vers l’attaque concrète de cette réalité ?
Convoquer des tiers, quels qu’ils soient, pour apaiser notre esprit et légitimer notre action doit sûrement être proscrit désormais si nous souhaitons ouvrir à la conscientisation réelle de notre impact. Le rejet de responsabilité est sans aucun doute le plus performant outil de procrastination écologique, l’histoire semble le montrer très exactement.
Parmi les défis auxquels nous expose l’effondrement à venir, il n’est pas le moindre que d’admettre enfin que dans le processus collectif de destruction de l’équilibre écologique vital, chacun fait sa part.
Plan des articles de Vincent Mignerot :
Avant-propos général
1/4 : La réalité n’existe pas
    1 Trop tard
    2 Trop complexe
    3 Trop injuste
    4 Pour toujours
2/4 : Écologie et post-vérité
    1 Protection de l’environnement
    2 Substitution des énergies
    3 Compétition existentielle
    4 Post-vérité
3/4 : Mythologie écologique
    1 Substitution causale
    2 Culture de la substitution
    3 Responsabilité réelle
    4 Messianisme écologique
    5 Honnêteté écologique
4/4 : Éléments pour un programme et une éthique de transition, mise en ligne reportée

Mythologie écologique

 Mythologie écologique, Vincent Mignerot, Adrastia, 6 juillet 2017. (Les accentuations sont ajoutées) :
"Abstraction faite du jeu moral opportuniste et du gain narcissique obtenu par le porteur de la bonne parole écologique, la réalité existe toujours autour du discours : l’essentiel des humains ne veut pas détruire l’environnement mais le fait quand même, et c’est là notre critique et notre inquiétude principale. Les humains détruisent d’autant plus l’environnement qu’il leur est possible de brandir l’étendard de la bonne intention pour demain. Le discours messianique perd tout sens opératoire dès lors que le public se l’approprie pour se dissimuler à lui-même la factualité de son action. Nous aurons balisé au fil de ces textes les éléments qui sous-tendent la construction d’un discours écologique idéalisé capable de rassurer artificiellement les populations sur leur avenir : raisonnement à rebours sur la possibilité de protéger l’environnement, sur la possibilité de substituer une énergie par une autre, sur la possibilité de s’affranchir de la compétition pour l’existence, attribution arbitraire et conflictualisée de la faute écologique à un autre que l’individu lui-même.
[...]
Que se passerait-il si nous cessions – si nous en sommes capables – d’attribuer à un autre, de quelque façon que ce soit, la responsabilité de ce que nous opérons chacun sur le monde ? Si nous continuons à avancer dans la défausse et les illusions collectives, ne risquons-nous pas aujourd’hui, étant donné le contexte, de restaurer le risque d’une gouvernance du clivage et de la violence, le déni de réalité étant le plus court chemin vers l’attaque concrète de cette réalité ? Convoquer des tiers, quels qu’ils soient, pour apaiser notre esprit et légitimer notre action doit sûrement être proscrit désormais si nous souhaitons ouvrir à la conscientisation réelle de notre impact. Le rejet de responsabilité est sans aucun doute le plus performant outil de procrastination écologique, l’histoire semble le montrer très exactement. Parmi les défis auxquels nous expose l’effondrement à venir, il n’est pas le moindre que d’admettre enfin que dans le processus collectif de destruction de l’équilibre écologique vital, chacun fait sa part."

[Revue de Web 46/47] Evolution culturelle, sociale et politique

Political instability may be a contributor in the coming decade - Peter Turchin   

[Published in Fev 2010] "The next decade is likely to be a period of growing instability in the United States and western Europe, which could undermine the sort of scientific progress you describe in the Opinion collection of '2020 visions'"

History tells us where the wealth gap leads | Peter Turchin  

"From the Roman Empire to our own Gilded Age, inequality moves in cycles. The future looks like a rough ride "

Blame Rich, Overeducated Elites as Our Society Frays - Peter Turchin  

Nov 2013 "Complex human societies, including our own, are fragile. They are held together by an invisible web of mutual trust and social cooperation. This web can fray easily, resulting in a wave of political instability, internal conflict and, sometimes, outright social collapse. " 
  • "Elite overproduction generally leads to more intra-elite competition that gradually undermines the spirit of cooperation, which is followed by ideological polarization and fragmentation of the political class."

Chevènement et le défi de civilisation – Jacques Sapir  

"Le présent livre combine donc la profondeur de vue que l’on accorde à Jean-Pierre Chevènement, l’érudition de certaines de ses réflexions et la pertinence du propos. S’y ajoute aussi une lecture rétrospective de sa propre histoire politique et du début des deux septennats de François Mitterrand. [...] Jean-Pierre Chevènement relie la catastrophe actuelle au tournant de 1983. Le défi de civilisation dont il parle c’est bien celui posé par le néolibéralisme dont il montre, qu’il s’agisse en économie, en politique, ou dans le domaine social, les désastres."
  • "Ce livre est organisé en quatre parties"
  • "La première se nomme « Sidération » et traite de la réaction de la société française aux attentats qui l’ont frappée,"
  • "La deuxième partie du livre [...] l’enjeu : arriver à expliciter ce qui a produit cet éclatement du modèle républicain que l’on constate"
  • "Le tournant de 1983 [...] Cette deuxième partie du livre est donc formidablement intéressante et contient les éléments d’une histoire intellectuelle de la gauche "
  • "Les autres chapitres [..] passent en revue les mutations, tant passées qu’à venir, du capitalisme, et ils s’interrogent aussi sur le sens de la « globalisation »."
  • "L’analyse du naufrage du projet européen de la France [...] montre comment et pourquoi les gouvernements successifs ont commis trois erreurs graves, tout d’abord le choix du « franc fort » qui coûta probablement à la France entre 500 000 et un million de chômeurs, l’abandon du rôle de stratège de l’État dans le domaine industriel mais aussi, aujourd’hui, écologique, et enfin la monnaie unique."
  • "Dans la troisième partie, [...] il va tenter de montrer à quelles conditions un projet différent pourrait voir le jour."
  • "La résilience française et les raisons d’espérer La quatrième partie de cet ouvrage revient sur des points qui sont à la fois des fondamentaux de la politique et des moments de forte actualité dans le débat public. Elle s’intitule « résilience » et ce n’est pas sans quelques bonnes raisons. "
  • "Au terme de cet ouvrage, le lecteur aura intégré l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour penser les défis qui nous attendent et ceux auxquels nous sommes confrontés. Ce n’était pas une mince affaire que d’arriver à faire tenir en un seul livre ces différentes thématiques, que d’arriver à en faire une synthèse. C’est tout l’honneur de Jean-Pierre Chevènement que d’y être parvenu, et d’avoir produit un livre essentiel pour l’éducation et la réflexion des générations actuelles. Ce livre est une lecture fondamentale pour qui veut comprendre la politique actuelle, mais aussi comprendre les enjeux DU politique, soit de l’affrontement amis-ennemis."

Sur l’évolution des idées politiques | François Roddier  

F. Roddier, en s'appuyant sur la grille de lecture d'E. Todd quant aux sociétés humaines et en usant de beaucoup d'analogies, montre qu'il y a un risque que les USA éclatent; l'Union Européenne suivrait alors peu après. De cet éclatement, l'Allemagne s'en tirerait mieux que ses voisins mais c'est surtout la Russie qui, selon lui, aurait tous les atouts pour relancer une civilisation. L'utilisation des concepts de Todd donne matière à réfléchir, mais le pronostic de la conclusion  est proposé sans explications.
  • "De même que les règles de reproduction des gènes permettent de distinguer les espèces en biologie, de même les règles d’héritage permettent de distinguer les cultures en sociologie. Emmanuel Todd classifie les cultures à l’aide de deux paramètres: égalitaire/inégalitaire et libéral/autoritaire"
  • "La culture autoritaire-égalitaire maintient la tradition en l’imposant également à tous les descendants, tandis que la culture libérale-inégalitaire favorise l’innovation. La culture autoritaire-inégalitaire favorise l’ordre et la subordination, c’est-à-dire les organisations hiérarchiques. Ce mode favorise le passage à l’action. Au contraire, le mode libéral-égalitaire laisse la voie libre à toutes les éventualités. Il favorise la réflexion."
  • "Le cycle commence avec la tradition, puis la réflexion, l’innovation et l’action. Cette dernière modifie l’environnement auquel nous étions adapté. Cela nous oblige à nous réadapter d’où la nécessité d’une restructuration (transition de phase que nous nommons effondrement). Après l’effondrement on revient à une tradition améliorée par le fruit de l’expérience (leçons de l’effondrement) et un nouveau cycle recommence. Il s’agit bien d’un algorithme d’apprentissage."


Sommes nous coopératifs ou compétitifs ?

Libre traduction non autorisée du billet "Sommes nous coopératifs ou compétitifs ?" par Sandra Aamodt
publié le 15 octobre 2012. (les accentuations sont miennes)


Coopération vs compétition, leurs relations risquent de vous surprendre


Tondre la pelouse d'un voisin âgé ou donner de l'argent pour les victimes d'un désastre à des milliers de kilomètres, nous sommes l'une des espèces les plus coopératives sur la planète. Nous aidons non seulement nos proches mais aussi des inconnus ou du moins certains d'entre eux. Du point de vue de l'évolution, ce comportement est déroutant car le fait d'aider des gens à qui nous ne sommes pas reliés a un coût certain et un bénéfice aléatoire. Les écologistes du comportement pensent que la coopération résulte d'une stratégie compétitive car les groupes de gens qui coopèrent peuvent obtenir des avantages importants dans la compétition avec des groupes moins coopératifs, c'est ce qu'explique Stuart West.


Expliquer la continuité des sociétés par la théorie du bouc-émissaire

Alexander X. Douglas, philosophe,  qui semble avoir beaucoup étudié Spinoza et vient de publier "la philosophie de la monnaie", nous rappelle les idées principales de René Girard pour mieux réfuter celles de Hayek.

[traduction abrégée de l'article, les accentuations sont miennes]

Accepter la pensée de René Girard c'est comprendre pourquoi les politiques économiques échouent à résoudre les problèmes économiques


"Girard a commencé par étudier le désir humain. et il en est arrivée à la conclusion qu'au-delà de la satisfaction des besoins de base, le désir était mimétique. Pour lui, chaque personne désire la même chose qu'une autre que l'on peut alors considérer comme un modèle pour la première. Peut importe qu'il existe d'autres biens même s'ils sont équivalents en termes d'utilité ou en dehors des désirs du modèle lui-même.
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