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Covid-19 et changement climatique, les mêmes causes

La pandémie de la Covid-19 et le réchauffement climatique ont des causes communes que l’on peut rassembler sous l’expression « l’exploitation de la terre par les sociétés humaines ». La déforestation qui est le deuxième facteur du réchauffement climatique met en contact des espèces sauvages avec les animaux domestiques et l’homme. L’augmentation des températures fait se déplacer les espèces animales vers des zones à plus fortes densités démographiques. Ces deux facteurs donnent aux virus séjournant chez les animaux sauvages plus de probabilité de trouver des hôtes humains.

L’épilogue de « Contagion » (2011) (bande-annonce), film inspiré par l’infection à virus Nipah, montre le lien entre l’exploitation des écosystèmes par les sociétés humaines et la survenue d’une épidémie :


« La pandémie mondiale de Covid-19 est la 6ème depuis la pandémie grippale de 1918. Les preuves scientifiques montrent que les pandémies deviennent plus fréquentes et plus meurtrières. Presque toutes les pandémies connues et 70 % des maladies émergentes trouvent leur origine dans des microbes transportés par des animaux. Mais l’émergence des pandémies est entièrement due aux activités humaines. Ces mêmes activités humaines qui sont à l’origine du changement climatique et de la perte de biodiversité sont également à l’origine du risque de pandémie à travers leurs impacts sur notre environnement.

Il s’agit notamment :

  1. Du changement d’utilisation des terres;
  2. De l’expansion et de l’intensification de l’agriculture;
  3. Du commerce, de la production et de la consommation non durables.

Cette exploitation non durable de l’environnement rapproche la faune sauvage, le bétail et les hommes... Et c’est la voie vers les pandémies. Le changement d’utilisation des terres est à lui seul responsable de plus de 30 % des nouvelles maladies depuis 1960. Et 3/4 de la surface terrestre est altérée de manière significative par les actions humaines. Le risque de pandémie peut être réduit en s’attaquant à bon nombre des mêmes facteurs que ceux de la perte de la biodiversité et du changement climatique... Pour un coût estimé à 100 fois inférieur à celui des conséquences économiques actuelles des pandémies. Les preuves scientifiques accablantes indiquent une conclusion très positive : mieux vaut prévenir que guérir (et c’est moins cher) ! »


Revue de web :

    L'appropriation de la terre par le capital

    « C’est la recherche du profit sous le mode de production capitaliste qui rompt le lien nécessaire entre l’activité humaine et la nature. Ce ne sont pas l’exploitation forestière illégale, le défrichage et l’exploitation minière (…) qui sont les problèmes. Ce sont des symptômes de l’expansion des forces productives sous le capitalisme. L’exploitation forestière et le brûlage et le défrichage sont effectués non seulement par de grandes entreprises, mais aussi par de nombreux agriculteurs pauvres incapables de gagner leur vie car la terre et la technologie sont principalement détenues et exploitées par de grandes entreprises. C’est le développement très inégal de l’accumulation capitaliste qui en est la cause fondamentale.

    Il y a plus de 140 ans, Friedrich Engels [ami, mécène et coauteur de Karl Marx] a constaté comment la propriété privée de la terre, la recherche du profit et la dégradation de la nature vont de pair. « Faire de la terre un objet de marchandage – la terre, notre seule et unique, qui est la condition primordiale de notre existence – était la dernière étape pour faire de nous un objet de marchandage. C’était et c'est encore aujourd’hui une immoralité surpassée seulement par l’immoralité de l’aliénation de soi. Et l’appropriation originelle – la monopolisation de la terre par quelques-uns, l’exclusion des autres de ce qui est la condition de leur existence – ne cède rien en immoralité au marchandage de la terre en résultant ». Une fois que la terre est commercialisée par le capital, elle est soumise à autant d’exploitation que le travail.

    (…) Comme le disait Engels, « chaque jour qui passe, nous apprenons à mieux comprendre ces lois et à connaître à la fois les conséquences les plus immédiates et les plus lointaines de notre interférence avec le cours traditionnel de la nature. (…) Mais plus cela se produit, plus les hommes non seulement ressentiront, mais connaîtront également leur unité avec la nature, et ainsi l’idée insensée et antinaturelle d’une contradiction entre l’esprit et la matière, l’homme et la nature, l’âme et le corps deviendra impossible. »

    Nous avons besoin du travail des scientifiques du changement climatique et de l’environnement car « en collectant et en analysant le matériel historique, nous apprenons progressivement à avoir une vision claire des effets sociaux indirects, plus éloignés, de notre activité productive, et ainsi la possibilité nous est offerte de maîtriser et de contrôler ces effets également » (Engels).

    Pandemics: prevention before cure, Michael Roberts, 6 sept 2020

    Marchandisation, exploitation, dépréciation du monde: la grande braderie

    Extrait de l'introduction au livre de Jason Moore et Raj Patel, "Comment notre monde est devenu cheap. Une histoire inquiète de l’humanité" :

    « Telle est donc notre thèse : à partir du XVe siècle, l’histoire moderne est entrée dans l’ère du Capitalocène. Recourir à ce mot, c’est prendre au sérieux le capitalisme, en y voyant bien plus qu’un système économique : un ensemble de relations entre les hommes et le monde. Car – et c’est un point fondamental – l’homme et la nature ne sont pas des entités séparées qui s’entrechoqueraient comme deux boules de billards : il s’agit d’un unique ensemble, étroitement interdépendant.

    Ce livre cherche ainsi à penser les relations complexes, conflictuelles et inter-dynamiques qui existent entre les hommes et le reste du vivant. En donnant sens au monde qui nous entoure, il souhaite aussi en envisager l’avenir.


    Quelle est son idée directrice ? Le monde moderne s’est construit en « cheapisant » sept choses : la nature, l’argent, le travail, le care, la nourriture, l’énergie, et les vies. Le but de la « cheapisation » est d’étendre toujours plus son contrôle sur le tissu du vivant.


    Pour prendre un exemple simple, revenons à nos os de poulet fossiles. Le poulet (gallus gallus domesticus) est la volaille la plus répandue dans le monde. Mais celle que nous mangeons aujourd’hui n’a rien à voir avec celle que l’on consommait il y a cent ans. Nos poulets sont en effet le résultat d’efforts intensifs déployés après la Seconde Guerre mondiale pour produire la volaille la plus lucrative possible. Ce poulet, adulte en quelques semaines, peut à peine marcher, possède une poitrine démesurée, et est élevé et mis à mort dans des quantités significatives : plus de soixante milliards de volailles par an. Voilà un cas exemplaire de ce que nous entendons par « nature cheap ».
    Le poulet est la viande la plus populaire aux États-Unis, et s’apprête d’ici 2020 à conquérir le monde. Pour autant, les ouvriers du secteur de la volaille sont très peu payés : quand deux dollars sont dépensés pour un poulet de fast-food, deux cents seulement vont aux salariés, sans compter que certains industriels du poulet recourent au travail des prisonniers, payés 25 cents de l’heure. Voilà un cas exemplaire de ce que nous entendons par « travail cheap ».

    Dans l’industrie volaillère américaine, 86 % des ouvriers employés à la découpe souffrent des gestes répétitifs de hachage et de torsion accomplis à la chaîne, mais les blessures sont rarement reconnues. Une des conséquences, pour ces travailleurs, est une baisse moyenne de 15 % de leurs revenus dix ans plus tard. Pendant leur convalescence, ils dépendront du réseau de leurs familles et de leurs amis. Ce phénomène n’est jamais pris en compte, mais demeure pourtant essentiel au maintien de la main-d’œuvre : c’est celui du « care cheap ».


    La nourriture produite par cette industrie remplit les ventres et son bas prix fait taire les mécontents : c’est l’« alimentation cheap ». Les poulets en eux-mêmes contribuent relativement peu au changement climatique : contrairement aux vaches, ils ne rotent pas du méthane. Mais ils sont élevés dans d’immenses hangars dont le chauffage nécessite de grandes quantités de fuel. Ainsi l’industrie volaillère aggrave-t-elle l’empreinte carbone. Vous ne pouvez pas faire des poulets low-cost sans du propane en abondance : « énergie cheap ».


    La vente de ces volailles n’est pas sans risque, mais est favorisée par un système de subventions — facilitant par exemple l’accès aux pays producteurs du soja qui nourrit les poulets (principalement la Chine, le Brésil et les États-Unis), ou l’octroi de prêts commerciaux. Bref, la dépense publique se fait au bénéfice du profit privé : un des aspects de l’« argent cheap ».


    Mettre en place cet écosystème requiert encore un dernier élément — le règne des «vies cheap». Celles des femmes, des colonisés, des pauvres, des gens de couleur, des immigrés… (ainsi que celles des animaux). Et pourtant, à chaque étape de ce processus, les hommes ont résisté — depuis les Peuples Indigènes dont les volailles ont fourni le matériel génétique aux poulets industriels, jusqu’aux travailleurs du secteur demandant que leur souffrance soit reconnue, en passant par ceux qui combattent le changement climatique et Wall Street.


    Quand on voit, rien qu’à partir de cet exemple ordinaire, les luttes sociales menées autour de la nature, de l’argent, du travail, du care, de la nourriture, de l’énergie et de la vie elle-même, on comprend pourquoi le vrai symbole de la modernité, ce n’est pas l’automobile ou le smartphone, mais les Chicken McNuggets.
    »

    Définition du terme Cheapisation (cheapening) selon les auteurs :

    « un ensemble de stratégies destinées à contrôler les relations entre le capitalisme et le tissu du vivant, en trouvant des solutions, toujours provisoires, aux crises du capitalisme. (…) C’est une stratégie, une pratique, une violence, qui mobilise tous les genres de travail – avec une compensation minimale. Nous parlons de cheapisation pour désigner les processus par lesquels le capitalisme transmute la vie non monnayable en circuits de production et de consommation, dans lesquels ces relations ont le prix le plus bas possible », Jason Moore et Raj Patel.

    Interviews des auteurs :

    The Ideology of Cheap Stuff, Dissent Magazine, Dec 5, 2017
    "What do Black Friday, chicken nuggets, and Christopher Columbus tell us about the history of capitalism? We ask Raj Patel and Jason W. Moore, authors of the new book A History of the World in Seven Cheap Things."

    « Changer de système ne passera pas par votre caddie », Usbek et Rica, 16 septembre 2018
    "En rendant cheap la nature, l'argent, le travail, le care , l'alimentation, l'énergie et donc nos vies - c’est-à-dire en leur donnant une valeur marchande - le capitalisme a transformé, gouverné puis détruit la planète. Telle est la thèse développée par l’universitaire et activiste américain Raj Patel dans son nouvel ouvrage, intitulé Comment notre monde est devenu cheap (Flammarion, 2018). « Le capitalisme triomphe, non pas parce qu’il détruit la nature, mais parce qu’il met la nature au travail - au moindre coût », écrit Patel, qui a pris le temps de nous en dire plus sur les ressorts de cette « cheapisation » généralisée."

    Recension du bouquin :

    L’écologie du capitalisme ou la grande braderie du monde, Louison Cahen-Fourot, Terrestres, 26 mai 2019
    "À l'heure où le mouvement des gilets jaunes combat la grande braderie des vies, l'ouvrage Comment notre monde est devenu cheap de Moore et Patel tombe à pic. Croisant marxisme et écologie il met au jour les mécanismes d'appropriation de la nature et d'exploitation des humains, et dessine les voies d'une contre-attaque."

    Illustration au premier degré:

    "Cette vidéo de L214 a été filmée dans un élevage de poulets standard premiers prix. Le plus surprenant est qu'on n'y voit rien d’illégal à proprement parler. Les éleveurs ont en réalité le droit d'entasser 20.000 poulets dans un hangar. Des poulets blancs collés les un aux autres, il y en 22 au mètre carré dans cet élevage et c'est ce que prévoit la directive européenne. Des poulets qui grandissent très vite, si vite que certains n'arrivent pas à tenir debout parce qu'ils sont trop lourds. C'est donc pour cela qu'il y a cette moissonneuse qui permet de ramasser dans tout le bâtiment en quelques heures.
    Cela ressemble à une moissonneuse de céréales, avec une grande pelle devant. Elle conduit les poulets sur un tapis roulant et les entasse dans des caisses. Il y en a souvent trop et les poulets manquent d’étouffer. On voit des ouvriers, un peu dépassés par la cadence, jeter des animaux par terre. Ce type d’élevages de poulets industriels, cela représente quand même 80% de la production française.
    " Poulets d'élevage industriel : comment éviter ces produits en tant que consommateur ?, RTL, 31 mai 2019

    PS: "cela représente 80% de la production française; supprimer ce modèle de production signifie (en vrac) augmenter les prix significativement, diminuer la production nationale, augmenter les importations, baisse de la consommation, hausse du chômage, appauvrissement ? choisir c'est renoncer...

    Après l'anthropocène, l'ère de l'énergie solaire ?

    Traduction raccourcie de l'article : "What future for the anthropocene? A biophysical interpretation."


    Bardi U. 2016. What Future for the Anthropocene? A Biophysical Interpretation. BioPhysical Economics and Resource Quality.
    Ugo Bardi est professeur de chimie physique à l'université de Florence.


    L’anthropocène est une période de l'histoire géologique, récemment définie comme une perturbation de l’écosystème terre par l’espèce humaine et son activité industrielle basée sur les énergies fossiles. Bardi avance cependant, qu'à l'avenir, cette ère ne va pas durer plus d’un siècle au vu de l’épuisement du potentiel énergétique des carbones fossiles. Il est toutefois possible que le système économique parvienne à récupérer l’énergie solaire à l’aide d’appareils photovoltaïques. Si cela arrive, l’influence importante de l’homme sur la terre perdurerait pour plus longtemps encore mais sous des formes bien différentes.

    On décrit l’histoire de la terre en la découpant en périodes séparées par des changements dans la composition des roches, le plus souvent des modifications de leur composition biotique (traces de vie). Les scientifiques proposent depuis quelques années une nouvelle subdivision : l’anthropocène pour qualifier notre époque où l’activité humaine perturbe l’écosystème. Il n’y a pas encore de date officielle pour le début de cette période mais la majorité de la communauté scientifique pense qu'on peut l’établir au début de l’exploitation des composants fossiles carbonés et de leur combustion à grande échelle. Comme la disponibilité des énergies fossiles va décroitre on peut se demander si le système terre va revenir aux conditions antérieures de l’holocène ou évoluer vers de nouvelles formes formes de perturbation humaine comme par exemple l’utilisation d’appareils permettant de capter et transformer l’énergie solaire.
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