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L'hommage de la Russie aux gazoducs Nord Stream

L'hommage de la Russie aux gazoducs Nord Stream, M. K. Bhadrakumar, 22 oct. 2022

A propos de l'auteur : « Diplomate de carrière pendant 30 ans dans les services indiens des affaires étrangères, M.K. Bhadrakumar a été affecté pendant une grande partie de sa carrière au département consacré au Pakistan, à l'Afghanistan et à l'Iran. Dans ses affectations à l'étranger il a été assigné sur le territoire de l'ancienne Union Soviétique. Il parle couramment russe et a servi à deux reprise dans l'ambassade indienne à Moscou. Il a également été ambassadeur auprès de la Turquie et le l'Ouzbékistan, ainsi de Haut-commissaire délégué par intérim à Islamabad. Ses autres missions: Bonn (RFA), Colombo (Sri Lanka) et Séoul (Corée du Sud). Enfin, il a fait des passages brefs dans les ambassades indiennes à Kaboul et au Koweït. Depuis qu'il a quitté les services diplomatiques indiens, il est devenu écrivain et publie des articles sur The Asia Times, The Hindu et le Deccan Herald. Il vit à New Delhi. »

 Passages entre crochets rajoutés.

David Brinkley, le légendaire présentateur de journaux télévisés américain dont la carrière s'est étendue sur une période étonnante de cinquante-quatre ans depuis la Seconde Guerre mondiale, a dit un jour qu'un homme qui réussit est celui qui peut poser des fondations solides avec les briques que les autres lui ont jetées. On peut se demander combien d'hommes d'État américains ont mis en pratique cette noble pensée héritée de Jésus-Christ.

La proposition étonnante du président russe Vladimir Poutine au président turc Recep Erdogan de construire un gazoduc vers la Turquie afin de créer un carrefour international à partir duquel le gaz russe pourra être fourni à l'Europe donne un nouveau souffle à cette pensée très “gandhienne”.

M.Poutine a discuté de cette idée avec M. Erdogan lors de leur rencontre à Astana le 13 octobre et en a parlé depuis lors au forum russe de la Semaine de l'énergie la semaine dernière. Il a proposé de créer le plus grand carrefour gazier d'Europe en Turquie et de rediriger vers ce carrefour le volume de gaz dont le transit n'est plus possible par le gazoduc Nord Stream.

M.Poutine a déclaré que cela pourrait impliquer la construction d'un autre système de gazoducs pour alimenter le hub en Turquie, par lequel le gaz sera fourni à des pays tiers, principalement européens, “s'ils sont intéressés.”

Un moteur à eau ? Pas vraiment !

J’ai reçu récemment un lien vers une société bretonne (eco-leau) qui commercialise un kit à installer sur un moteur thermique et permet d’économiser du carburant ; c’est essentiellement un système de vaporisation d’eau injectée dans l’admission d’air du moteur.

Je n’ai aucune formation scientifique, mais je sais que l’eau en tant que telle — la molécule H2O — n’est pas une source d’énergie. Les physiciens ne savent pas très bien définir l’énergie : ce qu’ils sont capables d’en dire c’est qu’elle permet un travail, c’est-à-dire une transformation physique. L’eau peut être un vecteur d’énergie c’est-à-dire un support pour le transport et la transformation de l’énergie comme dans une machine à vapeur ou une centrale thermique (fuel, charbon, gaz, nucléaire).

Sur le blog de l’entreprise on peut lire la phrase suivante : « Si l’eau n’est pas un carburant et que le moteur à eau relève de la chimère, l’injection d’eau a déjà été expérimentée par le passé. Les Allemands et les Américains y ont eu recours durant la Seconde Guerre mondiale sur les moteurs de leurs avions. »

Fonctionnement

Le système est en quelque sorte un boost pour le turbo.

D’après le schéma et les explications de l’entreprise, l’eau se gazéifie au contact de la chaleur de l’air à l’échappement. La vapeur d’eau crée est injectée à l’admission en amont de l’intercooler qui lui sert à refroidir l’air réchauffé par le turbo. Le rajout de vapeur d’eau dans le circuit refroidit l’air encore plus et donc le densifie encore plus : à volume équivalent, il y a plus d’oxygène (le comburant), qui rentre dans le moteur. Comme l’air est plus froid avec ce système, la combustion a lieu à une température plus faible. Pour un couple moteur donné, il y a moins besoin d’appuyer sur la pédale de l’accélérateur donc une moindre consommation de combustible/carburant. Également comme la combustion est plus efficace, il y a moins d’imbrûlés donc moins de pollution.

Le turbo transforme l’énergie cinétique (de mouvement) des gaz d’échappement alors que le système “eco-leau” utilise leur énergie calorifique. Les deux récupèrent une partie de l’énergie dissipée (perdue) dans la transformation effectuée par le moteur thermique — l’essence est un réservoir d’énergie chimique transformée en énergie thermique dans les cylindres par la combustion, qui elle déplace les pistons une énergie cinétique —, le rendement du moteur s’en trouve amélioré.

France Info a fait un point sur le sujet en novembre 2018 :

« L'eau n'est pas un carburant

Il faut d'emblée écarter l'éventualité d'un moteur qui ne tournerait qu'à l'eau. “C'est un non-sens scientifique. Là-dessus, il n'y a pas débat”, tranche Xavier Tauzia, ingénieur et maître de conférences à l'Ecole centrale de Nantes au sein du département Mécanique des fluides et énergétique, contacté par franceinfo. “L'eau est une molécule extrêmement stable. Si on veut la décomposer [pour créer de l'hydrogène, qui est un carburant], il faut lui apporter de l'énergie. Sauf qu'il faut beaucoup d'énergie et pas mal d'électricité”, confirme Laurent Castaignède, ingénieur Conseil Climat-Air-Energie, à France Culture.

Ainsi, si on cherche à se servir uniquement d'eau comme seul carburant, “le bilan global est catastrophique”. Car cela nécessite plus d'énergie en amont que la quantité d'énergie produite par le moteur à eau au final.

“Le moteur à eau est une chimère ou un palliatif qui ressort à chaque pic d'agitation autour des combustibles fossiles.” Gérald Pourcelly, enseignant-chercheur à l'Ecole nationale supérieure de chimie de Montpellier »

Du côté des clients

France Info :

« Un Lorientais qui a installé un équipement semblable sur sa voiture a assuré, début 2018, au quotidien régional Le Télégramme être ravi de son achat. Selon lui, la conduite est plus souple, l'accélération est la même et la voiture consomme moins.

« On était un peu sceptiques mais on a fait le test et il s'avère qu'on économise entre 10% à 15% de gazole par mois », racontait à France 3 Languedoc-Roussillon, en 2012, une chauffeuse dont le poids lourd est équipé d'un système Econokit, un autre acteur du milieu.

Mais tous les clients des systèmes Pantone ne sont pas aussi enthousiastes. En 2008, l'entreprise Ecopra a installé des systèmes sur des véhicules dans plusieurs villes. “Il s'avère que l'expérience fut un flop”, explique à franceinfo la mairie de Neuilly-Plaisance, qui n'a pas prolongé l'aventure.

“Cette technique a encrassé et endommagé les moteurs.” La mairie de Neuilly-Plaisance »

La lecture de la page Wikipédia sur le moteur Pantone ou du compte-rendu d’un essai du système Pantone sur le portail des chambres d’agriculture de Bretagne laisse sceptique :

« Dans le cadre notre essai, le système Pantone de type « Spad » n’a apporté aucun gain de consommation ou de puissance. Un autre essai, réalisé avec le même protocole dans la Sarthe, sur un tracteur dont le propriétaire était persuadé d’économiser, a abouti à la même conclusion. »

Pourtant, ça bouge un peu du côté des industriels

France Info :

« BMW a sorti, en 2016, un modèle à 700 exemplaires avec un moteur Bosch équipé d'un système d'injection d'eau. Une technologie qui permet de réduire la consommation de 13% et les rejets de CO2 de 4%, selon le constructeur allemand. »

En 2015, le système était installé sur la voiture de sécurité du MotoGP, une BMW M4 :

« Sur son modèle M4 MotoGP Safety Car, BMW innove en injectant de l’eau dans le tuyau d’admission et dans la chambre de combustion. L’injection directe d’eau confère au moteur plus d’efficience, avec un gain de puissance de 10 % et une baisse de la consommation de 8 %. « L’injection directe d’eau permet d’exploiter encore mieux le potentiel inhérent à la suralimentation par turbocompresseur. L’eau injectée dans le collecteur du module d’admission, sous forme de fine brume, abaisse la température de combustion d’environ 25 °C » explique le constructeur.

Pour alimenter le système d’injection d’eau, la BMW M4 MotoGP Safety Car dispose d’un réservoir de 5 litres logé dans le coffre à bagages. Dans le cadre d’une application série, BMW envisage de récupérer l’eau produite à bord, par la climatisation par exemple. Chaque fois que le moteur est coupé, l’eau est refoulée des conduites dans le réservoir pour éviter le givrage des composants. Le réservoir d’eau est logé dans un compartiment protégé contre le gel. »

 

Transcription/traduction de la vidéo :

« BMW a toujours été synonyme d’innovations technologiques et cette année, BMW est en mesure de présenter un autre nouveau produit phare. Dans un avenir proche, la division BMW M commencera la production d’un modèle à injection d’eau. L’injection d’eau est un système conçu pour augmenter les performances et réduire la consommation des moteurs à combustion. L’injection d’un fin jet d’eau dans le collecteur réduit considérablement la température de l’air de combustion. L’air suralimenté plus froid réduit la tendance du moteur à cogner, ce qui permet d’avancer le point d’allumage et de le rapprocher de la valeur optimale. Cela rend le processus de combustion plus efficace tout en réduisant la température de combustion. D’autre part, l’air frais a une densité plus élevée, ce qui augmente la teneur en oxygène dans la chambre de combustion. Il en résulte une pression moyenne plus élevée pendant le processus de combustion, ce qui optimise les performances et le couple. Enfin, le refroidissement interne efficace de la chambre de combustion réduit la contrainte thermique sur de nombreux composants liés aux performances. Cela permet non seulement d’éviter d’endommager les pistons, les tuyaux d’échappement et les convertisseurs catalytiques, mais aussi de réduire les contraintes sur le turbocompresseur qui est soumis à des températures d’échappement plus basses. Grâce à un taux de compression élevé, ce moteur est très efficace et affiche des chiffres de consommation faibles, notamment dans la plage de charge partielle. Le taux de compression maximal est limité par la tendance au cognement à pleine charge. L’injection d’eau est également très utile dans ce cas, car elle réduit la tendance au cognement du moteur tout en augmentant le taux de compression. De cette façon, le moteur turbo peut atteindre des performances optimales sur une large gamme de points de fonctionnement. BMW utilisera pour la première fois cette technologie dans la voiture de sécurité BMW M4 du moto GP pour la saison 2015.

Toujours sur France Info :

« Si les industriels montrent des signes d'intérêt pour le dopage à l'eau, l'application à grande échelle est encore un mirage. (…)

“Si le système à injection d'eau n'est pas plus investi, c'est que les gains ne sont pas assez importants pour justifier l'emploi de cette technologie”, répond Xavier Tauzia, ingénieur et maître de conférences à l'Ecole centrale de Nantes.

De son côté, le ministère de l'Ecologie pointe le manque de données sur le dopage à l'eau. “Les services du ministère n'ont à ce jour jamais eu connaissance de preuves formelles, d'études ou d'essais réglementaires prouvant les gains en termes de consommation de carburant et de réduction des émissions de gaz polluants”, écrit-il à France Info. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) affirme avoir expérimenté le dispositif. Mais les tests réalisés à l'Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux “n'étaient pas assez probants en termes d'économie de carburant pour poursuivre les investigations”. »

Historique de la consommation d'énergie primaire dans le monde

Historique des consommations d'énergie primaire dans le monde depuis la révolution industrielle, en pourcentage du mix énergétique et en valeur absolue


Les transitions énergétiques sont très longues : 50 à 100 ans

Évolution de la part de la biomasse (bois) et du charbon dans le mix énergétique britannique 1800-1940 (Visual Capitalist Elements)

Évolution des parts du charbon, pétrole et gaz naturel dans le mix énergétique mondiale 1950-2000 (Visual Capitalist Elements)

Évolution des parts de la biomasse, des renouvelables, des énergies fossiles et du nucléaire dans le mix énergétique mondiale 2000-2020 (Visual Capitalist Elements)


Les transitions énergétiques n'ont jamais existé : ce sont plutôt des additions

Consommation énergie primaire par source 1800-2020 en TerraWatt-heure (Visual Capitalist Elements)

Le monde n'a jamais autant utilisé de charbon qu'en 2019.

L'Allemagne a investi des centaines de milliards d'euros dans la transition énergétique et les énergies renouvelables depuis l'an 2000. Pourtant la part des énergies fossiles dans son mix énergétique a très peu diminué.

Part des énergies fossiles (charbon + pétrole + gaz naturel) dans la consommation d’énergie primaire :


1990 2010 2019
Monde (conso. finale)     82,70 %     ????? %     81,40 %
Chine     75,80 %     91,00 %     87,60 %
États-Unis     86,40 %     84,10 %     81,80 %
Allemagne     87,60 %     78,00 %     77,94 %
France     58,10 %     50,10 %     47,80 %



Sources : Wikipédia s’appuie sur les données de l’Agence Internationale de l’Énergie (voir références et liens en bas des pages Wikipédia). 


 Consommation d'énergie primaire en valeur absolue et relative évolution 1990-2010-2021

Upper-middle-income countries : Pays à revenu moyen supérieur
High-income countries : Pays à revenu élevé
Lower-middle-income countries : Pays à revenu moyen inférieur

 

Consommation relative d'énergie primaire par source, 1990

 


Consommation absolue d'énergie primaire par source, 1990

 


Consommation relative d'énergie primaire par source, 2010


Consommation absolue d'énergie primaire par source, 2010

  


Consommation relative d'énergie primaire par source, 2021

  

 

Consommation absolue d'énergie primaire par source, 2021

 

Chine, USA et Russie : les big boss de l'énergie fossile

Chine, USA et Russie sont les trois premiers producteurs d'énergie fossile

Les chiffres sont arrondis.
1 Exajoule = 10^18 Joules

2019 Pétrole Gaz naturel Charbon Total
Principaux producteurs d’énergie fossile Exajoules par an Exajoules par an Exajoules par an Exajoules par an
Chine 9 7 80 95
USA 38 35 14 87
Russie 26 26 9 61
Arabie Saoudite 26 4 0 31
Canada 13 7 1 20
Australie 1 6 13 20
Indonésie 2 3 15 19
Iran 8 9 0 17
Inde 2 1 13 16
Émirats Arabes Unis 9 2 0 11
Irak 11 0 0 11
Qatar 4 7 0 11
Brésil 6 1 0 8

Vite lu, vite vu du Dimanche 13 janv. 2022

Au menu

  • Impacts du réchauffement climatique sur la biodiversité
  • Décarbonation, objectif zéro émissions en 2050 ?
  • Agriculture, alimentation et inflation
  • Crise énergétique
  • Le futur du nucléaire français ?
  • Le présent des énergies renouvelables françaises
  • Innovations & avancées scientifiques
    • Fusion nucléaire
    • Le futur vu par des investisseurs en capital-risque

Vite lu, vite vu du Dimanche 26 déc 2021

Au sommaire

  • Costa Rica
  • En 1970, l'écologie c'était farfelu. Et aujourd'hui ?
  • Économie politique
  • Grande-Bretagne : La flambée sans précédent du prix du gaz menace de provoquer une crise nationale, avertissent les fournisseurs
  • La reddition de l'Allemagne en matière d'énergie
  •  Électricité : aux heures de pointe, allez-y mollo !
  • Agriculture française, dépendance au pétrole et au gaz naturel, aberration de la mondialisation et du capitalisme
  • Ruptures, documentaire
  • Bourse, le gagnant rafle tout (The winner takes all)

Vite lu, vite vu du Dimanche 19 déc. 2021

Au sommaire

  • La neutralité carbone c'est du flan
  • Revenus et émissions de gaz à effet de serre
  • France, prix de l'énergie : fermeture de sites industriels
  • Chine : restriction sur les engrais, conséquences globales
  • « Métamorphose ou déchéance. Où va la France ? »
  • Économie, immigration, justice et affaires - quelques actus
  • Comprendre la multiplication des pains
  • Concentration des médias: l’urgence d'agir
  • Coronavirus : lien statistique entre concentration en CO2 et prévalence des infections à l'école
 

La Construction du monde moderne

 Vaclav Smil : « La construction du monde moderne », extrait de la préface :

« L’histoire de l’humanité — l’évolution de notre espèce ; le passage à la préhistoire, de la cueillette à l’agriculture permanente ; l’essor et le déclin des civilisations antiques, médiévales et modernes ; les progrès économiques des deux derniers siècles ; la mécanisation de l’agriculture ; la diversification et l’automatisation de la protection industrielle ; l’augmentation considérable de la consommation d’énergie ; la diffusion des nouveaux réseaux de communication et d’information et l’amélioration impressionnante de la qualité de vie — n’auraient pas été possibles sans une utilisation croissante et de plus en plus complexe des matériaux. L’ingéniosité humaine a transformé ces matériaux d’abord en simples vêtements, outils, armes et abris, puis en habitations plus élaborées, en structures religieuses et funéraires, en métaux purs et alliés, et, au cours des dernières générations, en infrastructures industrielles et de transport étendues, en mégapoles, en composés synthétiques et composites, et en substrats et catalyseurs d’un nouveau monde électronique.

Vite lu, Vite vu du dimanche 18 avril 2021

Sommaire

  • Variation des températures depuis 1850
  • Les points de bascule du système climatique (5') 
  • Seuls 4 % des Français prennent l’avion régulièrement
  • L’impact environnemental « potentiellement catastrophique » du véhicule autonome
  • Énergie plus chère = plus de chômage
  • Nous sentons mauvais et c'est un homme de droite qui l'affirme
  • Bruit de botte en Europe
  • Cancer et espérance de vie
  • Progrès vous avez dit progrès ? (évolution du nombre de lits d’hôpital depuis 1960)
  • Un Quiz pour sensibiliser à la désinformation sur les réseaux sociaux
  • A quoi faire attention pour éviter l'hameçonnage
  • Je ne suis plus à vendre sur Linkedin
  • Les fils noirs présents sur certains masques ne sont pas des parasites, mais des fibres inoffensives
  • « Nous ne vivrons pas sur Mars, ni ailleurs » 

Nexus [revue de web, semaine 15]

Sommaire

  • La croissance est-elle un poison ?
  • Ce que la climatologie a appris ces deux dernières années
  • L'éléphant au milieu de la pièce : améliorer l'efficacité énergétique ne nous sauvera pas (énergie, croissance, effet rebond, découplage, sobriété)
  • Abondance de pesticides
  • Raréfaction de puces électroniques sur fond de raréfaction de matières premières, pétrole et eau

À quoi cela sert-il ...? Le profit (2/2)

Première partie

Traduction de « What does it profit ...? », Georges Mobus, 4 mars 2008

Un regard psychologique sur le profit

Les individus tenteront toujours de satisfaire leurs besoins en énergie. Pour la plus grande partie de la nature, cela signifie trouver un environnement à la bonne température, suffisamment de nourriture et d’eau, et, le moment venu, procréer pour prolonger la croissance. Pour les humains, cela signifie essentiellement la même chose. Il n’y a qu’avec les humains que les degrés de liberté sont si étendus à tel point qu’il n’est pas toujours possible de voir les liens entre le flux d’énergie, le stockage [d’énergie] et tous les comportements et pensées des êtres humains. Nous sommes devenus tellement convaincus de notre extériorité à la nature qu’il est difficile de réaliser que le travail que nous faisons, les maisons que nous achetons, les églises que nous fréquentons ne sont que des décisions basées sur le flux d’énergie ! Il vous faudra peut-être un certain temps pour vous faire à cette idée. Et je sais qu’au départ, cela ressemble à du déterminisme biologique. Je suppose que c’est vraiment une sorte de déterminisme biologique, mais pas celui auquel vous pensez normalement du type « mes gènes m’ont poussé à le faire » !

Tout ce que vous ou moi faisons a un seul but, celui d’obtenir, de stocker et de retenir l’énergie. C’est tout. Si vous trouvez que je ne tiens pas compte des émotions humaines, de la culture, etc., vous n’avez pas compris la nature de la nature. Bien sûr, chaque être humain (vous, moi) a des objectifs qui lui sont propres, qui sont personnels. Mais ce n’est pas une question d’alternative. Le déterminisme biologique (sous forme d’énergie) et les choix personnels peuvent être totalement compatibles. Voici un test simple pour voir si ce que je prétends est vrai ou non. Arrêtez de manger. Vous pouvez choisir de le faire, et, en effet, de nombreuses personnes se sont tuées en le faisant. Vous pouvez le faire. Mais le fait est que vous mourrez si vous le faites. Vous ne pouvez pas juste vous contenter du libre arbitre. Votre vie est biologiquement déterminée par rapport au flux d’énergie. Autant l’accepter et y adhérer.

Ce qui m’amène à la psychologie du profit. Quand est-ce que qu’il y en a assez ? Réponse : jamais.

À quoi cela sert-il ...? Le profit (1/2)

À quoi cela sert-il ?... (What does it profit ...?), Georges Mobus, 4 mars 2008

« For what does it profit a man to gain the whole world, and forfeit his soul ? »
« Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il perd son âme ? »

Marc, chapitre 8, verset 36.

(...) Je veux examiner les hypothèses sous-jacentes qui régissent le mécanisme du marché. La plus importante d’entre elles, me semble-t-il, est la motivation pour le profit. J’aimerais aborder cette question sous deux angles apparemment différents et montrer ensuite comment ils en arrivent réellement au même point. Le premier est un concept très théorique (en économie écologique) du profit ou du surplus d’énergie disponible mis en réserve dans un système. Le second est psychologique. Il s’agit d’examiner ce que les gens « pensent » du profit et pourquoi ils pensent qu’ils veulent le profit et - voici la phrase clé - le méritent.

Un regard théorique sur le profit

La nature a déjà compris ce que cela signifie. Suivez-moi. Cela implique un peu de physique basique, mais je vais essayer de rendre cela peu technique. Cela concerne le flux d’énergie, la réalisation du travail et le rôle de l’effet de levier.

Tous les systèmes réels de cet univers sont ouverts au flux d’énergie, qui y entre, les traverse et en sort à nouveau. Le flux d’énergie de la terre provient principalement du soleil. (...) La lumière du soleil pénètre dans notre atmosphère puis est absorbée dans plusieurs sous-systèmes. Elle évapore l’eau pour former des nuages et de la pluie, dont une partie tombe dans les lacs et les bassins versants des montagnes, nous donnant de l’énergie stockée qui peut être convertie ultérieurement en énergie de travail, par exemple par un barrage et un générateur hydroélectriques. Le cycle hydrologique représente du travail dans la mesure où de l’énergie a été utilisée pour « déplacer » l’eau contre la force de gravité vers un état potentiel plus élevé.

Ce que j'ai lu, oct-nov 2020

« Ce serait une consolation pour notre faiblesse et nos œuvres si toutes choses devaient périr aussi lentement qu’elles adviennent ; mais il est ainsi, la richesse est lente, et le chemin de la ruine est rapide. » Sénèque

« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien en toi qu’en autrui, toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen. » Immanuel Kant

(Énergie) Nous sommes des homo sapiens sapiens qui n’ont cessé d’évoluer face aux pressions exercées par notre environnement. Les maladies, les famines, les prédateurs et les climats difficiles sont des régulateurs de l’évolution. Pour toutes les espèces, survivre est un but sans fin et la recherche d’énergie reste essentielle, tant pour se nourrir que pour se protéger. Alfred Lotka a démontré dans les années 1920 que l’évolution biologique dépend de cette énergie, bien qu’elle se tarisse de manière irréversible avec l’entropie. L’espèce humaine a dû faire preuve d’ingéniosité pour lutter contre ce phénomène inévitable en se fabriquant des outils, des technologies et des institutions économiques (ex. le troc, les marchés) lui permettant de gérer les ressources dont elle a besoin. L’économiste Nicholas Georgescu-Roegen fut le premier, dans les années 1970, à nous avertir que les systèmes socioéconomiques et la raréfaction énergétique (l’entropie, donc) sont intimement liés et déterminent les grandes phases de prospérité et de déclin des civilisations. Ces cycles s’appuient sur l’usage de ressources abondantes à certaines époques auxquelles se sont greffées des technologies capables de les transformer. Ces technologies sont nommées par l’auteur des « technologies prométhéennes », un terme faisant référence au titan Prométhée de la mythologie grecque ayant volé le feu aux dieux au profit des hommes.

(Nerf de la guerre, podcast) La question de l’énergie est l’une des plus essentielles de notre époque, et pourtant elle est souvent incomprise, ou même simplement mise de côté. Nos économies, nos sociétés, nos modes de vie, notre capacité à innover, les jeux géopolitiques…

(Chaud mortel) Les engagements pris en 2015 par les 195 pays parties prenantes de l’accord de Paris, dont 169 l’ont à ce jour ratifié, ne permettront que d’accomplir « approximativement un tiers » du chemin, préviennent les rapporteurs. À supposer que tous les États respectent l’intégralité de leurs promesses, parfois conditionnées à l’obtention de financements internationaux et de surcroît non contraignantes, la Terre s’achemine aujourd’hui vers une hausse du thermomètre de 3 °C à 3,2 °C à la fin du siècle.
[3 °C d’augmentation en moyenne sur la planète, c’est le double sur les continents…]

Changement de température d'ici la fin du siècle, Université de Stanford (2013)

Transition énergétique - Revue de web, sept/oct 2020

Sur la vitesse des transitions énergétiques :

« Vaclav [Smil] a décrit les énergies renouvelables comme la quatrième grande transition énergétique (après la maîtrise du feu, le passage de la cueillette à l’agriculture et à la domestication, le passage de la biomasse et du travail physique vivant à la combustion de combustibles fossiles. Néanmoins, il a également souligné les décennies nécessaires au déploiement des transitions énergétiques passées. (…) Il a également mis en garde contre l’adoption de solutions énergétiques à la mode, qui semblent excellentes sur le papier, mais qui sont difficiles à mettre à l’échelle, et a souligné que les gains d’efficacité énergétique sont souvent compensés par une plus grande consommation. »  Michael Cembalest J.P. Morgan

« L'histoire montre cependant que les transitions énergétiques ne se font pas rapidement. Le moment clé de la première grande transition - du bois au charbon - fut janvier 1709, lorsqu'un métallurgiste anglais du nom d'Abraham Darby compris comment utiliser le charbon afin, dit-il, “d'obtenir un moyen plus efficace pour produire du fer”. Mais il fallut deux siècles avant que le charbon ne supplante le bois comme premier combustible. Le pétrole a été découvert dans l'ouest de la Pennsylvanie en 1859, mais ce n'est qu'un siècle plus tard, dans les années 1960, que le pétrole remplaça le charbon comme première ressource énergétique mondiale. » Daniel Yergin


    Le pétrole : 215 milliards d'esclaves par jour

    L'énergie contenu dans un baril de pétrole (159 litres) correspond au travail physique d'un être humain pendant 8,6 années (40 heures/semaine). (Alice Friedemann)

    Le monde a consommé 100 millions de barils de pétrole et autres liquides fossiles chaque jour de l'année 2018. (EIA)

    C'est comme si l'espèce humaine avait 215 milliards d'esclaves à son service, chaque jour.

    Il faudrait "s'amuser" à faire le calcul pour  le charbon et le gaz naturel...

    50 semaines * 40 heures * 8.6 années  = 17 200 heures
    17 200 h / 8 h   = 2 150 personnes pour un baril

    Scénarios énergie-climat : une prospective irréaliste ?

    Les limites des scénarios publics type « scénarios 2°C »

    (...) Ces scénarios reposent le plus souvent sur des modèles d’évaluation intégrés qui n’ont pas été conçus pour décrire et accompagner des ruptures économiques et sociétales profondes. Ils laissent en outre apparaître des limites méthodologiques importantes. Ces limites ont trait à des hypothèses fortes qui, le plus souvent, ne sont guère explicitées ni consolidées. Parmi ces hypothèses hardies figurent notamment :
    • une rupture de l’intensité énergétique du PIB sans précédent dans l’histoire économique ;
    • le postulat d’une croissance économique future stable, sans impact négatif de la hausse des prix du carbone ou de contraintes sur l’accès aux énergies fossiles, par exemple ;
    • un développement colossal d’activités de capture-stockage du CO2 pour l’heure embryonnaires.
    Les scénarios climatiques publics « 2°C » font en moyenne l’hypothèse d’un gain d’efficacité énergétique du PIB de l’ordre de 3 % par an sur la période 2020-2040. Une telle tendance n’a jamais été observée, y compris lors des chocs pétroliers. Elle revient dans certains cas à faire l’hypothèse d’une activité économique qui croît sans besoin croissant d’énergie : certes souhaitable, cette rupture fondamentale est insuffisamment explicitée. Le dernier rapport annuel de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) fait état d’un gain d’efficacité énergétique de seulement 1,2 %.

    Les scénarios présentés comme compatibles avec des trajectoires de réchauffement global de 2°C ou 1,5°C qui ont été analysés par le Shift Project sont ceux de l’Agence internationale de l’énergie, de Greenpeace, de l’IRENA, de plusieurs grandes compagnies pétrolières et ceux utilisés par le GIEC.

    Une illustration du lien Énergie-PIB dans les scénarios étudiés. Source : Banque mondiale (PIB), BP stat 2018 (énergie primaire), documentation des producteurs de scénarios.  
    Les scénarios analysés tablent sur une amélioration de l’efficacité énergétique sans précédent historique. Une hypothèse forte, faiblement étayée dans la plupart des scénarios étudiés. En bleu, les valeurs historiques (de 1950 à 2017). En rouge une projection avec une amélioration de l’efficacité énergétique de 1,5 % par an (le mieux qu’on ait su faire depuis 30 ans). En vert la « moyenne » des scénarios analysés. En gris les différents scénarios analysés.

    Tout va très bien madame la marquise! (version courte)

    Jean-Marc Jancovici : 
    « Comment à la fois dire que les choses s'améliorent et constater qu'elles empirent ? Simple : il suffit de ne pas parler de la même chose !

    Depuis 1965 (date du début des statistiques dont je dispose), le PIB mondial a augmenté, la consommation d'énergie aussi, et les émissions de CO2 aussi.

    Les "optimistes" regardent les émissions par $ de PIB et constatent que ca baisse. C'est vrai : -43% de 1965 à 2017. Ils regardent l'énergie par $ de PIB et constatent que ca baisse. C'est vrai : -34% de 1965 à 2017.

    Mais... le "pessimiste" regarde les émissions de CO2 en valeur absolue (la seule chose qui compte pour le comportement du système climatique) et constate... qu'elles ont triplé sur la même période.
    Le but du jeu, actuellement, n'est pas - plus - de se contenter d'émissions de CO2 qui augmentent moins vite que le $ de PIB (ou de chiffre d'affaires dans une entreprise). Il est d'avoir des émissions qui baissent en valeur absolue : les 2°C demandent que les émissions planétaires soient divisées par 3 d'ici à ce que mes enfants aient mon âge (ça marche aussi avec vos enfants. On se rapproche plus d'une révolution que d'un rapport développement durable !

    Graphique ci-dessous effectué avec données World Bank et BP Statistical Review »
    (publié par J-Pierre Dieterlen)



    Franck Courchamp est chercheur en écologie au CNRS, spécialiste de l'évolution des espèces et de la biodiversité. Son constat est aussi terrible que formel : l'environnement va si mal qu'on court à la catastrophe :


    Revue de web du 1er trimestre 2019 - Environnement, Énergie et Sociétés

    Pardonnez le pavé, ne le jetez pas trop vite. Les gras sont de mon fait, laissez-les accrocher votre lecture. Avec cette somme vous serez au point pour quelques temps sur le climat, l'environnement, l'énergie et les nœuds gordiens que cela crée à nos sociétés.

    Les coups de gueule de Didier Mermin sont courts et percutants, il sait rappeler l'essentiel en quelques phrases. Lisez celui de Christophe Bouillaud sur le dernier bouquin de Servigne et consorts « Une autre fin du monde est possible », il remet les rapports de force en première ligne. Les points de vue québecois sur la transition, dessillent les yeux. L'article de « la Relève et la Peste » sur le pétrole est une synthèse très facile à lire sur ce qu'il faut en savoir. Profitez-en pour cliquer juste en dessous sur le commentaire de Matthieu Auzanneau au dernier rapport de l'Agence Internationale de l'Energie, c'est la première fois de toute son histoire qu'elle utilise officiellement le terme “supply crunch” qui signifie pénurie. Quant aux articles de Vincent Mignerot, ils sont lugubres et lucides, ils instillent comme une gêne.

    Exergue

    Imagine-t-on brûler les meubles, les boiseries et les décorations du château de Versailles pour n’en conserver que les murs et en faire un centre commercial ? C’est impensable, mais c’est exactement ce que l’on fait avec l’Amazonie. (Didier Mermin)
    Tous ces gens ne vont pas renoncer à leur confort tant qu’ils ne seront pas tenus par les couilles. (Javier Perez)

    Saviez-vous qu'il y a plus d’organismes vivants dans une cuillère à soupe de sol [sain] qu’il y a de personnes sur terre? (FAO)
    « Oui, la planète a été détruite. Mais pendant un bon moment, nous avons créé beaucoup de valeur pour les actionnaires. »
    New Yorker (2015)

    Les liens :


    Partir du bon pied

    L'approche systémique, Mérome, 16 jan 2019
    La lutte pour l’existence, Charles Darwin, 1859

    Si vous ne deviez lire que deux articles


    Biodiversité, changement climatique et sociétés humaines

    Compte-rendu: Homo Domesticus - Une Histoire profonde des premiers États, Bibliothèque Fahrenheit 451, 10 janv 2019
    Les céréales, à l’origine de l’impôt, Graines de Mane, 28 fév 2019
    La pire erreur de l'humanité (l'agriculture) [Vidéo 11min], DirtyBiology, 13 mars 2019
    L’addiction à l’agriculture [vidéo, 8min], Passé Sauvage & DirtyBiology, 13 mars 2019
    La triste histoire des rennes splendides et décadents de l’île Saint-Matthieu, Slate.fr, 13 juil 2017
    Les liens invisibles de la nature et leurs contributions à notre bien-être, FAO, fév 2019
    Biodiversity Report for Food and Agriculture, FAO, fev 2019
    37 things you need to know about the new IPCC report, Oct 8, 2018
    Qu’est-ce qui tue les insectes ? The Conversation, 14 fév 2019

    Savoir(s) et pouvoir(s)

    Ignorance structurelle, Didier Mermin, 25 janv 2019
    Comment le pouvoir reprend la main sur le savoir, Arthur Weidenhaun, LVSL, 18 déc 2018
    LinkedIn, parce que je le vaux bien, Les infiltrés, 18 juil 2018
    L’affaire du siècle, Didier Mermin, 9 janv 2019
    L’échec du mouvement écologiste en un seul graphique!, Agence Science-Presse, 14 déc 2013
    Débattre ou comprendre ?, Jean-Marc Jancovici, 22 janv 2019
    Faking It on Climate Change, Bjørn Lomborg, Feb 19, 2019
    Dépasser l’anthropocène, Claire Sagan, La Vie des idées, 22 jan 2019
    Livre : “Ne plus se mentir”, Jean-Marc Gancille, janv 2019
    Les ODD, symboles d’un développement par et pour les multinationales ? Observatoire des multinationales, 7 mars 2019
    Pourquoi la jeunesse africaine ne se mobilise pas pour le climat, Thierry Amougou, 25 mars 2019

    Retour à l'essentiel : l'énergie

    Le pétrole : Le sang noir du monde moderne, La Relève et La Peste, 1 mars 2019

    Transition? Actions?

    Le rôle du Pacte pour la transition, Gilles Gagné, professeur de sociologie retraité de l’Université Laval, Québec, 9 mars 2019
    Le géopolitologue : Bastien Alex | Les Armes de la Transition, LVSL, 17 mars 2019
    Jean-Marc Jancovici : « on ne peut plus éviter la totalité des claques » (Interview), Mr Mondialisation, 2 mars 2019
    Bientôt la fin de la croissance, Maxence Cordiez, 15 aout 2018
    La transition, vite !, Jancovici et Auzanneau, 28 nov 2018
    Quelles actions après les marches pour le climat ? Vincent Mignerot, 18 mars 2019
    An Audacious Toolkit: Actions Against Climate Breakdown Part 1, Julia Steinberger,Dec 18, 2018
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