Revue de web du 1er trimestre 2019 - Environnement, Énergie et Sociétés

Pardonnez le pavé, ne le jetez pas trop vite. Les gras sont de mon fait, laissez-les accrocher votre lecture. Avec cette somme vous serez au point pour quelques temps sur le climat, l'environnement, l'énergie et les nœuds gordiens que cela crée à nos sociétés.

Les coups de gueule de Didier Mermin sont courts et percutants, il sait rappeler l'essentiel en quelques phrases. Lisez celui de Christophe Bouillaud sur le dernier bouquin de Servigne et consorts « Une autre fin du monde est possible », il remet les rapports de force en première ligne. Les points de vue québecois sur la transition, dessillent les yeux. L'article de « la Relève et la Peste » sur le pétrole est une synthèse très facile à lire sur ce qu'il faut en savoir. Profitez-en pour cliquer juste en dessous sur le commentaire de Matthieu Auzanneau au dernier rapport de l'Agence Internationale de l'Energie, c'est la première fois de toute son histoire qu'elle utilise officiellement le terme “supply crunch” qui signifie pénurie. Quant aux articles de Vincent Mignerot, ils sont lugubres et lucides, ils instillent comme une gêne.

Exergue

Imagine-t-on brûler les meubles, les boiseries et les décorations du château de Versailles pour n’en conserver que les murs et en faire un centre commercial ? C’est impensable, mais c’est exactement ce que l’on fait avec l’Amazonie. (Didier Mermin)
Tous ces gens ne vont pas renoncer à leur confort tant qu’ils ne seront pas tenus par les couilles. (Javier Perez)

Saviez-vous qu'il y a plus d’organismes vivants dans une cuillère à soupe de sol [sain] qu’il y a de personnes sur terre? (FAO)
« Oui, la planète a été détruite. Mais pendant un bon moment, nous avons créé beaucoup de valeur pour les actionnaires. »
New Yorker (2015)

Les liens :


Partir du bon pied

L'approche systémique, Mérome, 16 jan 2019
La lutte pour l’existence, Charles Darwin, 1859

Si vous ne deviez lire que deux articles


Biodiversité, changement climatique et sociétés humaines

Compte-rendu: Homo Domesticus - Une Histoire profonde des premiers États, Bibliothèque Fahrenheit 451, 10 janv 2019
Les céréales, à l’origine de l’impôt, Graines de Mane, 28 fév 2019
La pire erreur de l'humanité (l'agriculture) [Vidéo 11min], DirtyBiology, 13 mars 2019
L’addiction à l’agriculture [vidéo, 8min], Passé Sauvage & DirtyBiology, 13 mars 2019
La triste histoire des rennes splendides et décadents de l’île Saint-Matthieu, Slate.fr, 13 juil 2017
Les liens invisibles de la nature et leurs contributions à notre bien-être, FAO, fév 2019
Biodiversity Report for Food and Agriculture, FAO, fev 2019
37 things you need to know about the new IPCC report, Oct 8, 2018
Qu’est-ce qui tue les insectes ? The Conversation, 14 fév 2019

Savoir(s) et pouvoir(s)

Ignorance structurelle, Didier Mermin, 25 janv 2019
Comment le pouvoir reprend la main sur le savoir, Arthur Weidenhaun, LVSL, 18 déc 2018
LinkedIn, parce que je le vaux bien, Les infiltrés, 18 juil 2018
L’affaire du siècle, Didier Mermin, 9 janv 2019
L’échec du mouvement écologiste en un seul graphique!, Agence Science-Presse, 14 déc 2013
Débattre ou comprendre ?, Jean-Marc Jancovici, 22 janv 2019
Faking It on Climate Change, Bjørn Lomborg, Feb 19, 2019
Dépasser l’anthropocène, Claire Sagan, La Vie des idées, 22 jan 2019
Livre : “Ne plus se mentir”, Jean-Marc Gancille, janv 2019
Les ODD, symboles d’un développement par et pour les multinationales ? Observatoire des multinationales, 7 mars 2019
Pourquoi la jeunesse africaine ne se mobilise pas pour le climat, Thierry Amougou, 25 mars 2019

Retour à l'essentiel : l'énergie

Le pétrole : Le sang noir du monde moderne, La Relève et La Peste, 1 mars 2019

Transition? Actions?

Le rôle du Pacte pour la transition, Gilles Gagné, professeur de sociologie retraité de l’Université Laval, Québec, 9 mars 2019
Le géopolitologue : Bastien Alex | Les Armes de la Transition, LVSL, 17 mars 2019
Jean-Marc Jancovici : « on ne peut plus éviter la totalité des claques » (Interview), Mr Mondialisation, 2 mars 2019
Bientôt la fin de la croissance, Maxence Cordiez, 15 aout 2018
La transition, vite !, Jancovici et Auzanneau, 28 nov 2018
Quelles actions après les marches pour le climat ? Vincent Mignerot, 18 mars 2019
An Audacious Toolkit: Actions Against Climate Breakdown Part 1, Julia Steinberger,Dec 18, 2018

Les extraits qui ont retenu mon attention :


Partir du bon pied

L'approche systémique, Mérome, 16 jan 2019

“De la difficulté d'appréhender un problème dans sa globalité”

La lutte pour l’existence, Charles Darwin, 1859


Si vous ne deviez lire que deux articles

Milieu, robustesse et convivialité, contre environnement, optimisation et complexité, Olivier Rey, Institut Momentum, 8 déc 2016


Dans une mentalité de l’environnement, l’horizon est celui de la gestion. Les limites sont imposées du dehors, et apparaissent comme des restrictions, peut-être inévitables mais néanmoins regrettables. Dans une mentalité du milieu, l’horizon est celle d’une vie en commun, partagée. Les limites ne sont pas alors des restrictions, mais résultent d’une vie en bonne intelligence avec les autres et avec le milieu. Il y a une chose sur laquelle il conviendrait d’insister : les limites des ressources naturelles ne sont pas le seul, ni même le premier motif pour lequel le modèle de développement suivi depuis deux siècles mérite d’être abandonné. Car avant de ravager la nature, ce modèle ruine les possibilités de vivre une vie authentiquement humaine.

Ce que les militants du pic pétrolier ne peuvent pas comprendre, Javier Pérez, 10 sept 2014

Si quelqu’un pense encore qu’il est possible de sensibiliser la population à la nécessité de vivre plus mal et avec moins, alors que d’autres ont tout, qu’il aille voir ses voisins et essaye de les convaincre qu’il faut baisser le chauffage de quelques degrés, tout en payant le même prix. Je ne parle pas de manger moins, ni d’accepter des brimades : juste deux degrés de chauffage, pour le bien de la planète. Il y a des volontaires ? Non, bien sûr pas dans la communauté de son quartier, seulement sur les forums et dans les blogs. Dans les forums et les blogs, nous demandons la restriction du capitalisme, la fin du gaspillage et l’utilisation universelle des poneys, en pensant que nous allons rééduquer le monde, mais face à nos voisins nous n’y pensons même pas, car nous savons tous que notre propre quartier a toutes les chances d’être le dernier endroit de la planète à l’entendre.(…)
Soyons honnêtes : nous envisageons de changer le monde, mais nous n’en parlons plus à nos amis. Et encore moins à la famille. Nous nous disons que ce sont des simplets, des gens qui croient à la corne d’abondance, qui vivent dans l’illusion de je ne sais quoi, mais nous sommes toujours convaincus qu’économiser les ressources diminuera leur usage et que l’on peut convaincre les gens, par de bonnes paroles, de vivre plus chichement alors que leurs voisins se gavent. Ne sommes-nous pas aussi simplets qu’eux ? Ne souffrons-nous pas aussi d’une illusion de corne d’abondance, une abondance de connaissances au lieu de ressources ? Ils croient que le pétrole est infini et nous croyons que la bonne volonté est inépuisable. Ils pensent que la technologie peut tout faire et que quelque chose sera inventé, et nous croyons que la rééducation des gens peut tout faire, et qu’une nouvelle conscience émergera… D’où nous vient cette conviction ? D’où nous vient cette idée que l’avarice va s’épuiser avant le pétrole ? De quelles données et modèles peut-on déduire que la solidarité est plus universelle que la consommation ? Quel type de crétins sommes-nous ?(…)

La loi de Lem dit que personne ne lit rien. Que les quelques uns qui lisent ne comprennent rien. Et que parmi les rares personnes qui comprennent quelque chose, la majorité oublie tout dans la demi-heure.(…)

Nous serons décroissants, ça ne fait aucun doute, mais quand il n’y aura plus d’autre solution. Nous consommerons moins, mais seulement quand il y aura moins de biens à consommer et qu’il sera plus difficile de se les procurer. Nous cultiverons la terre avec des ânes ou une houe, mais pas avant que le dernier tracteur ne soit hors service ou qu’il ait utilisé la dernière goutte de combustible.(…)

Nous savons qu’il ne sert à rien d’économiser. Nous savons que notre tentative de sensibiliser la société à autant de chance de succès que la science en a de découvrir la panacée. Nous le savons, mais nous ne le comprenons pas ou nous l’oublions immédiatement pour continuer à écrire des manifestes, des digressions apocalyptiques, des homéopathies énergétiques, une éthique habillée de scientisme, des sermons déguisés en rapports, des sacrements de solidarité oints d’avertissements techniques. Dans nos écrits, tout apparaît, sauf ce qui importe : qu’il est indifférent de consommer plus ou moins au niveau local, car cela n’affecte pas la consommation mondiale.(…)

Nous essayons d’atteindre les gens pour les forcer à croire quelque chose qu’ils ne veulent pas croire, pourquoi sommes-nous surpris qu’ils ne le comprennent pas, ne l’acceptent pas ou ne s’en souviennent pas ? Nous ne pouvons pas les sensibiliser tous, et si nous ne les sensibilisons pas tous, nous ne faisons que subventionner le Hummer du mec de l’Oklahoma, ce gars qui se tamponne totalement de tous nos soucis parce qu’il n’a pas d’enfants et qu’il ne croit pas au lendemain.(…)

A ceux qui ne croient pas au lendemain, nous n’avons rien à dire, mais nous continuons à sous-estimer le pouvoir de l’hymne : “Je veux tout, je le veux maintenant”, qu’allons-nous dire à ceux qui font la queue pendant 11 heures pour acheter le dernier modèle de téléphone portable ?(…)

Tous ces gens ne consommeront pas moins, parce qu’ils n’en ont pas envie. C’est clair ? Tous ces gens ne vont pas renoncer à leur confort tant qu’ils ne seront pas tenus par les couilles. Tous ces gens, et il y en a des milliards, vont broyer jusqu’à la dernière pierre à la recherche du bien-être qu’ils ont vu ailleurs et le feront jusqu’à, et exactement jusqu’à, deux secondes avant la catastrophe. Ou plutôt jusqu’à deux secondes après la catastrophe, pour être exact.(…)

Nos documents et nos explications s’adressent à ceux qui veulent comprendre, mais comme ceux qui sont conscients ne peuvent rien faire d’autre que faire baisser le prix des produits auxquels ils renoncent, les inconscients nous applaudissent, continuent à consommer (à un prix inférieur) et rigolent à s’en décrocher la mâchoire. Jusqu’à quand ? Jusqu’au jour où tout ira mal, bien sûr, mais ce jour-là sera pour tout le monde, les économes comme les gaspilleurs.(…)

La conclusion est claire, chaque fois que l’Europe, par exemple, approuve une loi environnementale restrictive, la Chine et l’Inde décrètent un jour de fête nationale. D’abord parce que les ressources qu’il consomment leur coûteront moins cher, et ensuite parce que produire chez eux sera plus rentables que produire en Europe, et que ceux qui se retrouveront au chômage seront nos enfants et pas les leurs.(…)

Chaque fois qu’une, cent ou mille personnes prennent conscience du problème de l’environnement ou de la limite des ressources naturelles, le karma de la Terre s’améliore, il naît deux licornes, et les druides entonnent des cantiques de louanges, mais ni la consommation d’énergie ou de terres rares, ni l’émission de CO2 ne diminuent. Rien ne s’améliore au niveau mondial, on n’économise rien, on ne pollue pas moins.(…)

La destruction du capitalisme en Occident ne ferait pas de nous des moines tibétains. Et même si c’était le cas, cela laisserait de l’espace et la possibilité aux Tibétains de cesser d’être moines. Ceux qui proposent un nouveau système ne disent jamais si ce système sera pour leur peuple, pour leur pays, ou s’ils l’imposeront de force à tout le monde par le biais d’une croisade verte, solidaire, à coup de tarte aux airelles. Et si le nouveau système n’est pas global et simultané, ce ne sera pas un nouveau système : ce sera juste une connerie, un événement bien intentionné que les capitalistes encourageront avec des subventions, une demi-heure dans une émission de télévision et trois tapes dans le dos.(…)

Le désastre viendra sous la forme d’un effondrement, ou de quoi que ce soit d’autre, et il viendra quand il le faudra, mais rien ne nous en libérera. Le nouveau système économique imploré est la version 2.0 de la Communion des Saints, une reprise séculière de “nous sommes tous frères et nous nous rencontrerons dans le royaume des cieux”, qui est après tout une idée qui a prouvé son efficacité pour attirer les foules. L’utilité de ce que nous écrivons est, à mon avis, de montrer la voie après l’effondrement, alors qu’il y a déjà suffisamment d’incitations pour envisager ce qui peut être fait pour améliorer les choses, ou du moins faire en sorte qu’elles empirent le moins possible. Mais nous traverserons la saison des désastres avant même de l’avoir vue venir. Ce sera dans dix, cent ou cinq cents ans, mais nous n’y pourrons rien.

Biodiversité, changement climatique et sociétés humaines


Compte-rendu: Homo Domesticus - Une Histoire profonde des premiers États, Bibliothèque Fahrenheit 451, 10 janv 2019

“À la recherche de l’origine des États antiques, James C. Scott, professeur de science politique et d’anthropologie, bouleverse les grands récits civilisationnels. Contrairement à bien des idées reçues, la domestication des plantes et des animaux n’a pas entrainé la fin du nomadisme ni engendré l’agriculture sédentaire. Et jusqu’il y a environ quatre siècles un tiers du globe était occupé par des chasseurs-cueilleurs tandis que la majorité de la population mondiale vivait « hors d’atteinte des entités étatiques et de leur appareil fiscal ».(…)

Dans la continuité de Pierre Clastres et ouvrant la voie aux recherches de David Graeber, James C. Scott contribue à mettre à mal les récits civilisationnels dominants. Avec cette étude, il démontre que l’apparition de l’État est une anomalie et une contrainte, présentant plus d’inconvénients que d’avantages, raison pour laquelle ses sujets le fuyait. Comprendre la véritable origine de l’État c’est découvrir qu’une toute autre voie était possible et sans doute encore aujourd’hui."

Les céréales, à l’origine de l’impôt, Graines de Mane, 28 fév 2019

“Dans son dernier livre, le politologue américain James C. Scott entreprend d’établir une « agro-écologie des premiers États ». Il y démontre l’importance historique des céréales, ces plantes idéales pour la collecte de l’impôt en nature, et donc pour l’apparition de l’État.”
L’ouvrage se focalise sur la Mésopotamie, région où l’agriculture apparaît à partir de -8 000, et où sont fondées certaines des premières villes du monde, comme la cité d’Uruk vers -4 000. Cette région est particulièrement bien connue grâce à de nombreuses fouilles archéologiques et grâce à l’importante documentation écrite laissée par les cités, et souvent liée à la gestion de l’irrigation ou des stocks de grains.(…)
l’État est avant tout une structure qui permet de taxer une population travailleuse pour en extraire de la richesse au profit d’une élite plus ou moins oisive. En pratique, l’État va collecter les produits agricoles sur le territoire qu’il contrôle et les transporter jusqu’à la capitale pour nourrir l’élite. Mais tous les produits agricoles ne sont pas également taxables et pour Scott, seules les céréales peuvent constituer la base d’un système de taxation efficace car elles sont « visibles, divisibles, mesurables, stockables, et transportables ».

Le blé, qui se comporte presque comme un liquide, peut être mesuré plus facilement par son volume que par son poids : il suffit pour cela d’un pot dont le volume est connu.(…)

Ce qui est possible avec les céréales est plus compliqué avec les tubercules(…)

Visibles, car il faut que le percepteur puisse les observer quand il vient prélever les taxes. Ceci exclut les cultures souterraines comme le manioc, l’igname ou la pomme de terre(…)

Les céréales possèdent aussi une autre visibilité : elles ont une croissance dite déterminée. Toutes les graines portées par la plante se forment et mûrissent à peu près au même moment, et toutes les plantes du champ sont mûres pour la récolte à la même période de l’année. Le percepteur peut donc prévoir le moment de la récolte et se rendre dans les campagnes au moment de la moisson, ce qui compliquera la dissimulation d’une partie de la récolte par les paysans. À l’inverse, les légumineuses comme les pois, les lentilles ou les fèves, ont une croissance indéterminée : elles produisent continuellement et simultanément des graines et des fleurs.(…)

Transportables enfin, car les produits taxés doivent être transportés jusqu’au palais royal ou au temple qui forme le centre de l’État. Etant donné les difficultés du transport terrestre aux époques préindustrielles, cette étape est extrêmement limitante, et le territoire contrôlé par l’État va se limiter à la distance qu’il est possible de parcourir sans que l’énergie dépensée pour le transport soit supérieure à l’énergie contenue dans la récolte transportée. Là encore, les céréales présentent un avantage sur les tubercules : un kilogramme de céréales, ne contenant que 15% d’humidité, aura un contenu en énergie largement supérieur à un kilogramme de pommes de terre, composé principalement d’eau.(…)

Tous les États qui se sont développés avant l’époque moderne étaient basés sur une céréale : les États méditerranéens et européens sur le blé, l’orge et le seigle ; les États asiatiques sur le riz ; les empires aztèque et inca sur le maïs, etc. Ce lien entre les structures étatiques et la taxation de la récolte des céréales est un trait caractéristique du régime féodal en France où les paysans vont continuellement tenter d’échapper à la taxation des céréales (…)

Si les États sont des machines à taxer la population, alors plus un État sera peuplé plus il sera riche. En revanche, il n’y a pas d’intérêt pour les paysans à vivre sur un territoire qui ajoute aux fatigues de l’agriculture celles de la taxation. Les paysans vont donc continuellement tenter de fuir, soit pour rejoindre des zones hors de contrôle, soit pour retourner à des modes de vie moins pénibles, comme la cueillette ou l’élevage. En parallèle, la concentration de populations au sein de l’État, ajoutée aux routes commerciales, favorise la diffusion des maladies et les épidémies. Au final, les États ont un bilan démographique négatif : la mortalité est supérieure à la natalité. Il ne faut pas oublier que des villes comme Paris, Londres ou Rome connaîtront une situation analogue jusqu’à la fin du XIXème siècle et ne devront leur croissance démographique qu’à l’exode rural qui compensera la mortalité liée aux maladies.

En conséquence, les États vont devoir mettre en place des mécanismes pour maintenir et accroître leur population, aux premiers rangs desquels l’esclavage, et surtout les guerres incessantes entre cités-États mésopotamiennes, dans lesquelles le vainqueur n’annexe pas le territoire de l’ennemi, mais capture sa population et la déporte sur son propre territoire.(…)

Mais d’après Scott, jusque vers 1600, la majorité des êtres humains vivaient hors de la portée de l’État et de son système de taxation, que ce soit dans les grandes prairies du centre de l’Asie et de l’Amérique du Nord, dans les forêts tropicales, dans les marais et les mangroves, dans les hautes montagnes (en particulier dans la chaîne himalayenne) ou dans la toundra arctique, parce qu’ils occupaient des écosystèmes où la culture des céréales était impossible et laissait place aux tubercules ou à l’élevage.(…)

Au-delà des zones incontrôlables, ces premiers États avaient une tendance à s’effondrer régulièrement, sous le joug des invasions barbares, des épidémies ou des révoltes. Les chroniqueurs du haut moyen-âge, sur les témoignages desquels les européens modernes ont basé leur vision de l’effondrement de l’empire romain, étaient particulièrement choqués par la régression des céréales et la progression de l’élevage. Ils étaient pour eux le symbole de la régression de la civilisation romaine et du triomphe de la barbarie. Mais peut-être que pour la majorité de la population, cette époque d’effondrement était un âge d’or.

La pire erreur de l'humanité (l'agriculture) [vidéo, 11min], DirtyBiology, 13 mars 2019


L’addiction à l’agriculture [vidéo, 8min], Passé Sauvage & DirtyBiology, 13 mars 2019

“Sur le papier, tout devait bien se dérouler. Avec l’agriculture, l’Homme pouvait enfin gérer ses ressources sans avoir à chasser, exploiter Dame Nature à sa convenance… Oui, mais non. Cette semaine, si la coloc tremble, c’est parce que l’archéologue de la bande a deux-trois choses à redire sur ce fantasme. Son nom ? Clothilde (Passé Sauvage). Sa mission : embarquer Léo (DirtyBiology) dans une partie de chasse-cueillette pour mettre un coup de pied dans la fourmilière… au sens propre. Non, l’agriculture ne serait pas une révolution, tout juste une innovation dont nous serions devenus dépendants… avec tous les effets néfastes que ça implique.”

La triste histoire des rennes splendides et décadents de l’île Saint-Matthieu, Slate.fr, 13 juil 2017

“Au départ, cela ressemble à une simple téléréalité pour cervidés: 29 rennes débarquent sur une île paisible aux confins de la terre. Tout se passe bien, jusqu’à ce que l’expérience vire au cauchemar.”

Les liens invisibles de la nature et leurs contributions à notre bien-être, FAO, fév 2019

“Comment la biodiversité garantit, entre autres, notre avenir alimentaire”
Saviez-vous qu'il y a plus d’organismes vivants dans une cuillère à soupe de sol qu’il y a de personnes sur terre?(…)
Perdre des forêts signifie par conséquent perdre des sources d’eau douce. Actuellement, les forêts naturelles aux quatre coins du monde ont reculé, passant de quelque 10,6 millions d'hectares dans les années 90, à 6,5 millions d'hectares entre 2010 et 2015.

Biodiversity Report for Food and Agriculture, FAO, fev 2019


37 things you need to know about the new IPCC report, Oct 8, 2018

“The UN climate science panel has released its summary of the evidence around the tougher climate goal demanded by vulnerable countries. We break it down”

Risks of ‘domino effect’ of tipping points greater than thought, study says, Jonathan Watts, The Guardian, 20 déc 2018

“Scientists warn policymakers not to ignore links, and stress that ‘every action counts’”
Until recently, the study of tipping points was controversial, but it is increasingly accepted as an explanation for climate changes that are happening with more speed and ferocity than earlier computer models predicted. The loss of coral reefs and Arctic sea ice may already be past the point of no return. There are signs the Antarctic is heading the same way faster than thought.(…)
Rocha has spent 10 years building a database of tipping points, or “regime shifts” as he calls them. He urges policymakers to adopt a similar interdisciplinary approach so they can better grasp what is happening.(…)

“We’re trying to connect the dots between different research communities,” said Rocha. “Governments also need to look more at interactions. They should stop compartmentalising ministries like agriculture, fisheries and international relations and try to manage environmental problems by embracing the diversity of causes and mechanisms underlying them. Policies need to match the scale of the problem.(…)

“It’s a little depressing knowing we are not on a trajectory to keep our ecosystem in a functional state, but these connections are also a reason for hope; good management in one place can prevent severe environmental degradation elsewhere. Every action counts.”

Destruction of nature as dangerous as climate change, scientists warn, The Guardian, Mar 23, 2018

Unsustainable exploitation of the natural world threatens food and water security of billions of people, major UN-backed biodiversity study reveals
Divided into four regional reports, the study of studies has been written by more than 550 experts from over 100 countries and taken three years to complete. Approved by the governments of 129 members nations, the IPBES reports aim to provide a knowledge base for global action on biodiversity in much the same way that the UN’s Intergovernmental Panel on Climate Change is used by policymakers to set carbon emission targets.(…)
Achim Steiner, administrator of the UN Development Programme. “Biodiversity and the ecosystem services it supports are not only the foundation for our life on Earth, but critical to the livelihoods and well-being of people everywhere.”(…)

“We keep making choices to borrow from the future to live well today. We need a different way of thinking about economics with a higher accountability of the costs in the future to the benefits we take today,”(…)

“We are responsible for all of the declines of biodiversity. We need to decouple economic growth from degradation of nature. We need to measure wealth beyond economic indicators. GDP only goes so far.”(…)

The authors stressed the close connection between climate change and biodiversity loss, which are adversely affecting each other. By 2050, they believe climate change could replace land-conversion as the main driver of extinction.(…)

current biodiversity trends are jeopardising UN global development goals to provide food, water, clothing and housing.(…)

The authors urged an end to subsidies for agriculture and energy that are encouraging unsustainable production. The European Union’s support for fishing was among those cited for criticism. Watson also urged people to switch to a more sustainable diet (less beef, more chicken and vegetables) and to waste less food, water and energy.(…)

glimmers of hope. In northern Asia, forest cover has increased by more than 22% as a result of tree-planting programs, mostly in China. But this was from a very low base and with far fewer species than in the past.(…)

The missing link is to involve policymakers across government and to accept that biodiversity affects every area of the economy. Currently, these concerns are widely accepted by foreign and environment ministries; the challenge is to move the debate to incorporate this in other areas of government, such as agriculture, energy and water. Businesses and individual consumers also need to play a more responsible role, said Watson.

Qu’est-ce qui tue les insectes ? The Conversation, 14 fév 2019

“Parue en octobre 2017, une étude s’intéressant à des insectes évoluant dans des zones protégées au sein d’un paysage agricole en Allemagne a montré une baisse dramatique de l’abondance des populations : -76 % en 27 ans.

Il y a quelques jours, est paru dans la très sérieuse revue Biological Conservation un article compilant les résultats de 73 études publiées depuis 40 ans sur le sujet. Cet article rigoureux a répertorié tous les travaux publiés, prenant en considération ceux qui analysaient des tendances quantitatives – nombre d’espèces ou abondances – sur des périodes de temps définies. Elle a conduit une analyse statistique des résultats de ces études, dans laquelle la valeur des résultats statistiques des différentes études est comparée – c’est ce que l’on appelle une méta-analyse statistique.

Le constat est accablant et quasi-unanime : la tendance est à la baisse drastique des populations d’insectes et à l’extinction probable de nombreuses espèces à l’horizon des quelques prochaines décennies, et cela plus encore que dans le cas des plantes ou des oiseaux.“
La diversité des études recensées dans l’article de Biological Conservation permet clairement d’établir quatre causes principales responsables du déclin des insectes : la conversion des milieux naturels (agriculture et urbanisation, perte de diversité des paysages, des milieux humides), les polluants – qu’ils soient fertilisants ou pesticides, sachant que la plupart des pesticides sont des insecticides –, les facteurs biologiques (introduction de pathogènes, d’espèces envahissantes ou de pseudo-auxiliaires) et, enfin, le changement climatique.
Il s’agit là des causes majeures citées par la plupart des bilans à l’échelle mondiale concernant la biodiversité dans son ensemble.

Humanity has wiped out 60% of animal populations since 1970, report finds, The Guardian, Oct 30, 2018

“The huge loss is a tragedy in itself but also threatens the survival of civilisation, say the world’s leading scientists ”
Other recent analyses have revealed that humankind has destroyed 83% of all mammals and half of plants since the dawn of civilisation(…)
The Living Planet Index, produced for WWF by the Zoological Society of London, uses data on 16,704 populations of mammals, birds, fish, reptiles and amphibians, representing more than 4,000 species, to track the decline of wildlife. Between 1970 and 2014, the latest data available, populations fell by an average of 60%. Four years ago, the decline was 52%.(…)

Prof Bob Watson, one of the world’s most eminent environmental scientists and currently chair of an intergovernmental panel on biodiversity that said in March that the destruction of nature is as dangerous as climate change.(…)

“Nature contributes to human wellbeing culturally and spiritually, as well as through the critical production of food, clean water, and energy, and through regulating the Earth’s climate, pollution, pollination and floods,” he said. “The Living Planet report clearly demonstrates that human activities are destroying nature at an unacceptable rate, threatening the wellbeing of current and future generations.”(…)

The biggest cause of wildlife losses is the destruction of natural habitats, much of it to create farmland. Three-quarters of all land on Earth is now significantly affected by human activities. Killing for food is the next biggest cause – 300 mammal species are being eaten into extinction – while the oceans are massively overfished, with more than half now being industrially fished.(…)

The worst affected region is South and Central America, which has seen an 89% drop in vertebrate populations, largely driven by the felling of vast areas of wildlife-rich forest. In the tropical savannah called cerrado, an area the size of Greater London is cleared every two months, said Barrett.(…)

“It is a classic example of where the disappearance is the result of our own consumption, because the deforestation is being driven by ever expanding agriculture producing soy, which is being exported to countries including the UK to feed pigs and chickens,” he said.

Humans just 0.01% of all life but have destroyed 83% of wild mammals – study, The Guardian, May 21, 2018

“Groundbreaking assessment of all life on Earth reveals humanity’s surprisingly tiny part in it as well as our disproportionate impact ”
The researchers calculated the biomass estimates using data from hundreds of studies, which often used modern techniques, such as satellite remote sensing that can scan great areas, and gene sequencing that can unravel the myriad organisms in the microscopic world.(…)
They started by assessing the biomass of a class of organisms and then they determined which environments such life could live in across the world to create a global total. They used carbon as the key measure and found all life contains 550bn tonnes of the element. The researchers acknowledge that substantial uncertainties remain in particular estimates, especially for bacteria deep underground, but say the work presents a useful overview.(…)

Paul Falkowski, at Rutgers University in the US and not part of the research team, said: “The study is, to my knowledge, the first comprehensive analysis of the biomass distribution of all organisms – including viruses – on Earth.”(…)

“There are two major takeaways from this paper,” he said. “First, humans are extremely efficient in exploiting natural resources. Humans have culled, and in some cases eradicated, wild mammals for food or pleasure in virtually all continents. Second, the biomass of terrestrial plants overwhelmingly dominates on a global scale – and most of that biomass is in the form of wood.”

“Will Paul Ehrlich’s prediction finally come true? DownToEarth, Aug 4, 2018

“The Green Revolution may have prevented the fate that was forecasted for a world bursting at the seams and unable to feed itself. But unlimited population growth means that doomsday could be well within sight”
The success of the Green Revolution created three major ecological problems:
  • Globally, less than half of the applied nitrogen is taken up by crop plants; the remainder volatilises in the form of ammonia and nitrous oxide or leaches to groundwater, resulting in eutrophication (the formation of algae) in rivers, lakes and coastal waters; this creates “dead zones” in which fish cannot live.
  • Applying large amounts of fertiliser to crops changes the balance between these nutrients and those needed in small or trace amounts; the latter include calcium, sulphur, magnesium, iron, manganese, copper, zinc, cobalt, boron and selenium.
  • Approximately 40 per cent of global irrigation water is obtained by pumping groundwater from tube wells; this has resulted in the depletion of aquifers and the lowering of groundwater levels, thereby contributing 0.4 millimeters to the global sea level rise of 3.4 millimeters per year.(…)
If the ratio of population to arable land were 2 persons per hectare on the world’s 1.6 billion arable hectares, the world population would be 3.2 billion.

Chute de la biodiversité : catastrophisme ou véritablement inquiétant ? Bruno Parmentier, 24 fév 2019

La biomasse des bactéries est plus de 1 200 fois supérieure à celle de toute l’humanité et celle des champignons 200 fois. Tout cela est d’une grande diversité, et on ne peut pas imaginer que ce soit inutile et que la perte d’une partie significative de cet élément soit sans conséquence. Dans un gramme de terre, on estime qu’il y a par exemple 4 000 espèces de bactéries et 2 000 espèces de champignon.(…)
L’agriculture moderne à base de pesticides est un terrible aveu d’incompétence. C’est une façon primitive de voir notre rapport à la nature. En faisant ça on prend le risque d’éliminer des espèces indispensables à l’ensemble de l’écosystème. Si l’on prend l’exemple des pollinisateurs, en détruisant les insectes « nuisibles » à coup d’insecticides, on détruit également les insectes qui font vivre ces mêmes plantes.

L’hiver dernier, les deux-tiers des ruches sont mortes. Et les abeilles sont les seules dont on parle, mais tous les autres pollinisateurs sont touchés. L’équilibre naturel est gravement menacé et pourtant c’est lui qui nous permet de vivre et de pratiquer l’agriculture.(…)

Le réchauffement climatique est une autre menace majeure pour l’écosystème, en particulier parce qu’il arrive très rapidement et que les différentes espèces n’ont pas le temps de migrer ou de s’adapter. Ces éléments menacent réellement la survie de l’humanité.(…)

On ne cultive qu’une trentaine d’espèces végétales alors que des millions sont possibles et au sein de ces espèces on n’en cultive que quelques variétés, les plus productives. Il faut dorénavant un meilleur équilibre entre productivité et résilience. Actuellement on ne conserve que des animaux et des plantes très « sophistiquées » et très productifs dans certaines conditions spécifiques. Mais ces conditions, avec le réchauffement climatique, sont fortement bouleversées.

Par exemple, le cas des céréales est significatif. Le bassin parisien est une référence mondiale en termes de culture céréalière. Il y a 3 ans, il y a eu des fortes inondations au printemps et la production de blé française a diminué de 35 %. L’année suivante, il y a eu une canicule très précoce et de nouveau la récolte a été mauvaise. Donc, nous sommes des champions en production de blé, mais pas quand il faut chaud, ni quand il pleut !(…)

plus que cultiver sans glyphosate, il faudrait aussi apprendre à cultiver sans le labour qui détruit la vie et la biodiversité de la terre.(…)

La déforestation est un autre exemple. Pour produire davantage, on rase des forêts et les haies pour y implanter de nouveaux champs. Mais cela détruit la biodiversité et facilite l’érosion, et à terme, cela va appauvrir les champs ou même les faire disparaître.(…)

Si vous prenez une prairie bio, il y a 5 tonnes de vers de terre à l’hectare. Dans un vignoble de Champagne, plein de glyphosate et d’insecticides, on en trouve seulement 50 kilos… Le ver de terre, c’est bien plus efficace que la charrue pour retourner la terre, il permet également l’infiltration de l’eau de pluie, puis facilite la pousse des racines pour aller la chercher. Le successeur de l’arrosage, c’est le ver de terre ! La perte de nos lombrics, de nos abeilles et de nos bactéries, on le paiera au long-terme. Et très cher.

Changement climatique : les 8 apocalypses à venir, Usbek & Rica, 11 juil 2017

“« Peu importe à quel point vous êtes bien renseignés, vous n’êtes sûrement pas assez inquiets. » Dans l’article qu’il a publié le 10 juillet 2017 dans le New York Magazine, le journaliste David Wallace-Wells y va franco sur la corde anxiogène. Mais son cri d’alarme est plus que pertinent. Arguant de « douzaines d’interviews et d’échanges avec des climatologues et chercheurs et de centaines d’articles scientifiques sur le changement climatique », il dresse un inventaire complet des réactions en chaîne catastrophiques que subira l’humanité si nous ne changeons pas radicalement de cap pour contenir le réchauffement de la planète.
Il y a certes des variations suivant les cultures et les climats, mais la règle générale pour les céréales poussant actuellement à leur rendement optimal est que « chaque degré de réchauffement supplémentaire diminue les rendements agricoles de 10 %.(…)
« Les climatologues sont très prudents quand ils parlent de la Syrie. » Prudents, mais formels : la sécheresse fait partie, entre autres nombreuses causes, des facteurs d’instabilité sociale ayant conduit à la guerre civile dans le pays.(…)

David Wallace-Wells conclut de façon inattendue… en parlant d’extra-terrestres. Etant donné le grand âge de l’univers, bien plus vieux que notre Terre, et son gigantisme, la vie a dû émerger ailleurs et elle a pu bénéficier des milliers, voire des millions, d’années de développement nécessaires à la mise au point de technologies avancées et à la maîtrise des voyages interstellaires. Mais si c'est le cas, pourquoi les extra-terrestres ne nous ont-ils jamais rendu visite ? C’est le fameux paradoxe de Fermi.

Et si la réponse à ce paradoxe était contenue dans le réchauffement climatique ? Peut-être qu’aucune civilisation dans l’univers n’a jamais réussi à se développer sans dérégler son environnement au point de péricliter avant de pouvoir s’envoler vers d’autres planètes.

This is how UN scientists are preparing for the end of capitalism, Nafeez Ahmed, Sept 12, 2018

“As the era of cheap energy comes to an end, capitalist thinking is struggling to solve the huge problems facing humanity. So how do we respond?”
For the “first time in human history”, the paper says, capitalist economies are “shifting to energy sources that are less energy efficient.” Producing usable energy (“exergy”) to keep powering “both basic and non-basic human activities” in industrial civilisation “will require more, not less, effort”.
The BIOS paper suggests that much of the political and economic volatility we have seen in recent years has a root cause in this creeping ecological crisis. As the ecological and economic costs of industrial overconsumption continue to rise, the constant economic growth we have become accustomed to is now in jeopardy. That, in turn, has exerted massive strain on our politics.(…)

But the underlying issues are still unacknowledged and unrecognised by policymakers.(…)

“The replacement cost of the copper, phosphate, oil, and soil – and so on – that we use is not even considered. If it were, it’s likely that the last 10 or 20 years (for the developed world, anyway) has seen no true profit at all, no increase in income, but the reverse.”(…)

according to Grantham[hedge fund CEO], “we face a form of capitalism that has hardened its focus to short-term profit maximisation with little or no apparent interest in social good.”(…)

capitalist markets will not be capable of facilitating the required changes – governments will need to step up, and institutions will need to actively shape markets to fit the goals of human survival.(…)

The economic transition must involve efforts “to lower total energy use.”(…)

Key areas to achieve this include transport, food and construction. City planning needs to adapt to the promotion of walking and biking, a shift toward public transport, as well as the electrification of transport. Homes and workplaces will become more connected and localised. Meanwhile, international freight transport and aviation cannot continue to grow at current rates.(…)

As with transport, the global food system will need to be overhauled. Climate change and oil-intensive agriculture have unearthed the dangers of countries becoming dependent on food imports from a few main production areas. A shift towards food self-sufficiency across both poorer and richer countries will be essential. And ultimately, dairy and meat should make way for largely plant-based diets.(…)

The construction industry’s focus on energy-intensive manufacturing, dominated by concrete and steel, should be replaced by alternative materials. The BIOS paper recommends a return to the use of long-lasting wood buildings, which can help to store carbon, but other options such as biochar might be effective too.(…)

“Capitalism, in that situation, is not like ours now,” said Järvensivu. “Economic activity is driven by meaning – maintaining equal possibilities for the good life while lowering emissions dramatically – rather than profit, and the meaning is politically, collectively constructed. Well, I think this is the best conceivable case in terms of modern state and market institutions. It can’t happen without considerable reframing of economic-political thinking, however.”

Savoir(s) et pouvoir(s)


Ignorance structurelle, Didier Mermin, 25 janv 2019

L’impuissance constatée a donc pour origine notre ignorance de vraies solutions, ce qui semble logique, et cela s’explique très simplement. Dans notre monde dominé par les « techno-sciences », l’efficacité des processus a pour origine la recherche fondamentale. Or personne n’a entrepris ni ne compte entreprendre la moindre recherche fondamentale sur le thème, (au demeurant ridicule) : comment changer l’habitus de « l’humanité » pour lui éviter « l’effondrement ». Eddie Bernays a su pousser les femmes à fumer en public, mais personne ne sait comment pousser les nations modernes à consommer moins ou autrement. (…)
Pierre-Henri Castel à 26’46 : « Ce que nous sommes maintenant amenés à considérer, c’est un véritable défaut intellectuel, c’est pourquoi l’histoire de fin du monde est une pompe à utopies qui tourne en rond, (…) nous ne savons absolument pas comment penser les choses. Les catégories intellectuelles qui ont été élaborées pour réfléchir sont nées d’un monde qui disposait d’une quantité phénoménale d’énergie et de ressources pour que l’abondance contienne la démocratie, la liberté, etc. Avec la pénurie, on ne sait absolument pas quoi inventer. Nous ne savons pas quoi faire. (…) Il y a une ignorance, une ignorance structurelle, ce n’est pas seulement des faits psychologiques ou parce que les gens ne se mobilisent pas, même nos mobilisations sont coûteuses en énergie. »(…)

Il suffit de prendre l’exemple de la déforestation pour réaliser comment l’ignorance est structurelle. Ce que les acteurs économiques savent du bois, des arbres et des forêts, ne concerne guère que leur transformation en marchandises, car c’est ainsi qu’ils « traduisent » ou « comprennent » le bois, les arbres et les forêts. C’est bien sûr affligeant de voir des arbres, d’une magnifique beauté et d’une richesse biologique époustouflante, réduits à de la matière inerte « appréciée » pour ses qualités physiques, quand ils ne sont pas purement et simplement brûlés pour « libérer » de l’espace.(…)

C’est affligeant mais révélateur du fait que les connaissances, et donc l’ignorance, sont constitutives de l’habitus de chaque milieu socio-économique. Schématiquement : chacun sait ce qu’il a besoin de savoir pour mener sa vie, il ignore le reste ou du moins : il ne peut rien faire du reste car il ne sait rien en faire.(…)

cette forêt n’a, de facto, aucune valeur, sa « richesse biologique » n’est qu’une vue de l’esprit dépourvue de conséquences opérationnelles. Sa non-valeur vient du fait que les activités humaines sont structurées en fonction d’une certaine conception de la valeur, la fameuse « valeur d’échange » qui exige qu’une chose soit utile et vendable pour être valorisée, ce qui n’est pas le cas de l’Amazonie.(…)

Imagine-t-on brûler les meubles, les boiseries et les décorations du château de Versailles pour n’en conserver que les murs et en faire un centre commercial ? C’est impensable, mais c’est exactement ce que l’on fait avec l’Amazonie.

Comment le pouvoir reprend la main sur le savoir, Arthur Weidenhaun, LVSL, 18 déc 2018

“Depuis la récupération de la culture par la sphère marchande dans les années 1970 à l’Ouest, la chute du Mur de Berlin en 1989 à l’Est, le système socioéconomique dans lequel nous vivons permet de moins en moins un contre-savoir. Les contre-expertises sont de plus en plus rares, les chercheurs sont financièrement et socialement désincités à la critique, le journalisme est de plus en plus privatisé et dans la sphère publique est inoculé un savoir toujours plus technique qui sert un pouvoir technocratique. Bref, ce qu’on a appelé le « soupçon », à savoir la critique du savoir, est aujourd’hui fortement menacé et nous conduit vers un savoir unique détenu par le pouvoir.”
Le dispositif de persuasion du système néolibéral est si puissant et simple d’utilisation que le peuple adopte ses arguments pour les rétorquer à la critique.

LinkedIn, parce que je le vaux bien, Les infiltrés, 18 juil 2018

on a bien compris qu’il s’agissait ici de parfaire son image afin d’améliorer son employabilité sur le marché du travail. Pour les plus doués qui ont su tirer le meilleur parti de leur individu transformé en capital sur le grand mercato des cadres dirigeants, l’employabilité n’est d’ailleurs même plus la question. Il s’agit plutôt pour eux de faire monter la valeur du capital et d’attirer ainsi les chasseurs de tête, qui, à l’instar des traders sur les marchés boursiers, investiront sur leur personne.
Tout n’est plus que communication d’estrade pour s’arroger tout le mérite des réussites collectives, mérite qui devrait pourtant revenir à ceux qui, toujours plus loin des projecteurs, délocalisés, précarisés, externalisés, font réellement le travail. Car du collectif il n’en est plus question, ou alors uniquement en faire-valoir : “best team ever” (team dont il est inutile de préciser que je suis le chef, ou du moins que j’en fais partie, puisque je suis sur la photo).

On peut s’amuser de cette mascarade narcissique ridicule. Mais elle n’est pas neutre car elle est à la fois le symptôme et la raison du puissant ancrage du capitalisme dans la tête des élites. Ils en ont si bien compris les codes qu’ayant transformé toute activité humaine en un exercice de valorisation de capital ils finissent par se l’appliquer à leur propre personne.

L’affaire du siècle, Didier Mermin, 9 janv 2019

“Si l’on peut applaudir cette initiative au nom de la morale et de la justice, (envers les pays en voie de développement), l’on peut d’ores et déjà ricaner de ses effets, car elle ne changera rien au « destin de l’humanité » promise à l’effondrement. Quand on parle de maintenir le RC sous un seuil supposé « soutenable », c’est toujours en faisant abstraction des autres « paramètres » qui ne sont pas plus « soutenables » que la température moyenne. Nous pensons bien sûr à la biodiversité, aux pollutions qui s’ajoutent les unes aux autres, à la déforestation, aux océans-poubelle vidés de leurs poissons, aux terres agricoles qui deviennent stériles, à l’eau qui se fait rare, etc.
On aura beau répéter sur tous les tons qu’il est « criminel » de « ne pas agir », et de classer le « changement climatique » ennemi public numéro un, cela n’empêchera pas l’ensemble des autres phénomènes de continuer sur leur lancée planétaire, à savoir :
  • L’activité économique à base d’énergies diverses qui permettent au système de perdurer.
  • L’accroissement de la population humaine.
  • Le comportement des élites qui seront les dernières à sacrifier leurs intérêts.
  • La nécessité, pour chaque ménage, de devoir travailler pour ne pas finir « à la rue », ce qui « cimente » le système.
  • Les trafics criminels et internationaux qui prospèrent, même et surtout par temps de crise(s).

La lutte pour le climat suivra le même chemin que celui pour l’environnement : tout sur le papier, rien sur terrain, Didier Mermin, 1 mars 2019

“Dans son numéro du 27 février 2019, le Canard [Enchainé] a expliqué comment fonctionnent les enquêtes publiques censées donner la voix aux citoyens pour protéger l’environnement contre les bétonneurs. Et bien, il apparaît qu’elles ne servent strictement à rien parce que tout est fait pour cela : on veut pouvoir bétonner, et les élus locaux sont les premiers sur les rangs. Pourquoi en irait-il autrement pour le climat ?
Nous recopions donc ici son article signé Christophe Nobili : « Grand débat national, petit débat local ! ». Les intertitres sont du Canard, les caractères gras de votre serviteur.“
Commentaire [de l'article] :
Alain: “C’est intéressant de voir comment, en pratique, l’organisation de notre société verrouille la prise de décision en faveur des puissants et du court terme, au dépend de l’intérêt collectif et du long terme.

On comprend bien que la force de ce verrouillage, tient dans le fait qu’il se cache derrière une disposition censé être un garde fou. C’est comme cacher une ploutocratie sous le nom de démocratie ; Il devient difficile de lutter contre.

Devant les délais extrêmement courts maintenant pour stopper l’extinction de la biodiversité ou le changement climatique (on parle au mieux de quelques années maintenant, si ce n’est déjà trop tard), qui nécessiterais une modification drastique de nos mode de vie au niveau mondial, on comprend assez vite que cela ne se fera pas, de par la résistance des puissants, prêts à utiliser la force si besoins, de par la zombification du plus grand nombre et pour finir de par les espoirs placés en de mauvaises « solutions » par la majeur partie des quelques uns qui comprennent les enjeux.

P. Servigne, R. Stevens, G. Chapelle, Une autre fin du monde est possible[recension], Christophe Bouillaud, 18 fév 2019

“Il ne m’arrive pas si souvent de sortir de la lecture d’un ouvrage dans un état de grande exaspération, mais ce fut bel et bien le cas avec l’ouvrage de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) (Paris : Seuil, 2018).
En effet, ce livre, par bien des aspects, m’a paru comme le comble de la naïveté"
Nous sommes à un peu moins d’un degré de réchauffement par rapport à l’ère pré-industrielle et déjà cela tangue sérieusement dans le manche. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le journal Le Monde, le « quotidien vespéral des marchés » pour reprendre à son sujet un quolibet sans doute vieilli, n’est plus du tout fermé à de telles thèses. Un numéro du Monde2, le magazine hebdomadaire, alias leur aspirateur dominical à publicités, a d’ailleurs fait sa une sur la sortie du déni du changement climatique en 2018, tout en donnant au lecteur-consommateur au fort pouvoir d’achat toutes les occasions de l’accentuer.(…)
à mes yeux de politiste, si, véritablement, la collaposologie devait avoir raison dans sa grande prédiction, les temps à venir seront pour le moins très désagréables, et il n’y a pas lieu de vouloir les vivre.(…)

si les thèses de la collapsologie disent vraies, les adultes que notre génération a déjà enfanté et peut encore enfanter seront confrontés à un monde auquel ils ne seront pas du tout, quoi qu’on fasse, pratiquement préparés. Rien ne peut en effet préparer dans l’enfance de nos pays riches et paisibles à ce que serait vraiment un effondrement – comme les enfants des années 1920-30, malgré les préparatifs à l’école, ne surent vraiment qu’entre 1940 et 1945 ce que c’est vraiment un bombardement aérien ou un mitraillage venu du ciel. De même, pour avoir été élevè au temps de la crainte d’un conflit nucléaire, je ne sais toujours pas – par bonheur – ce que c’est, et j’y suis toujours aussi peu préparé.(…)

De fait, beaucoup des dysfonctionnements présents de nos sociétés peuvent déjà être attribués aux débuts de l’effondrement à venir. Il ne fait guère de doute que notre société post-industrielle est rentrée dans une zone de son histoire où les choses se passent pour le moins médiocrement, ne serait-ce que si on la juge dans ses propres termes d’accroissement de la richesse matérielle. Or que constate-t-on? Une grande poussée de spiritualité et de bienveillance? Une solidarité accrue entre êtres humains et entre nations? Tout le contraire. Tout le monde disserte sur la « montée des populismes », s’interroge sur l’avenir compromis des droits de l’homme dans un monde où les aspirants dictateurs (de droite en général) semblent avoir le vent en poupe. Même dans notre douce France, on n’est pas loin, avec le mouvement des Gilets jaunes et sa répression aveuglante, de réinventer la bonne vieille « lutte des classes » à la façon du XIXème siècle, voire les « émotions populaires » de l’Ancien Régime. Nos intellectuels et journalistes les plus médiatiques ressemblent déjà pour plupart à ces bourgeois apeurés qui demandaient au printemps 1871 qu’on fusillât sans trêve et sans merci les Communards. Cela augure déjà fort bien de la suite. Inutile d’infliger à qui ce soit ce spectacle ou cette expérience, si cela dépend de nous.(…)

face à la raréfaction des ressources disponibles, de l’énergie, de la nourriture, de toutes les commodités actuelles de la vie, les groupes les mieux organisés, les plus forts et les plus décidés à survivre à tout prix, à persister en somme dans leur être au nom de valeurs qui existent déjà (la Nation, la Race, la Religion), seront les seuls à tirer leur épingle de ce dernier jeu avant extinction. De ce point de vue, les « survivalistes » d’extrême-droite me paraissent plus raisonnables face à la perspective de l’effondrement, ils sentent bien que le plus fort crèvera en dernier,(…)

les auteurs sont exaspérants dans leur refus de poser la question de la violence, de la contrainte, de l’autorité, bref de la politique au sens fort entre la force et le droit. En effet, toute forme de réinvention d’un ordre du vivant qui devrait succéder à terme au « monde thermo-industriel » (p. 281) devrait tout de même réfléchir un instant à tout ce que les représentants de ce monde déchu feront pour le conserver en état, du moins en état pour eux.(…)

C’est ainsi bel et bon de se sentir dans le fond proche des Indiens d’Amazonie, qui disposent sans doute d’un meilleur rapport au monde naturel que le nôtre, mais il est fort naïf de croire que l’on puisse répliquer leur propre rapport au monde, alors même que la phase finale de leur éradication s’annonce avec l’arrivée au pouvoir au Brésil d’un dirigeant bien décidé à raser l’Amazonie manu militari pour relancer l’économie du pays. Autrement dit, pour généraliser, toutes les tentatives d’inventer autre chose que la civilisation thermo-industrielle n’auront aucune chance d’aboutir tant que cette dernière aura la force, la violence, la suprématie techno-scientifique, de son côté. La belle utopie d’une résilience locale aux bouleversements n’aura qu’un temps si des structures prédatrices restent en place et peuvent exercer sur elles une violence extractrice. Comme le montre le cours de l’histoire depuis l’invention de l’agriculture, il est en effet tout à fait possible de vivre confortablement dans un monde pauvre, pourvu d’avoir la force de son côté.(…)

Simplement, pour moi, contrairement à ce qu’ils semblent bien penser, il n’y a pas d’échappatoire réaliste à cette violence à venir.(…)

Leur solution (qui est aussi exposé dans L’entraide, l’autre loi de la jungle) pour éviter le pire qui vient fait l’impasse sur les réseaux d’entraide qui existent déjà, et qui ne sont pas du « bon côté de la force » (nations, religions, ethnies).(…)

Pour prendre un exemple de quasi-effondrement, celui de l’Union soviétique après 1991[lire Dimitri Orlov], qui s’en sort? Les membres les plus entreprenants des « organes », autrement dit des services de sécurité, dont notre cher Vladimir P. représente à ce jour la personne la plus connue. Les plus jeunes membres de l’ex-Nomenklatura, qui forment le cœur de ce qu’on appelle les oligarques. Une partie de l’Église orthodoxe. Et c’est le même schéma dans toutes les ex-Républiques soviétiques (sauf les pays baltes, où là il existe une « solidarité ethnique » anti-Russes qui va jouer).(…)

Bref, d’un point de vue de politiste, s’il y a « entraide » au sein de groupes qui survivent à tout prix, ce seront ceux qui sont déjà là, qui dominent déjà la scène politique. Et ces gens-là s’en sortiront, car ils sont les plus solidaires, autoritaires et prêts à être violents si nécessaire.(…)

Pour utiliser un autre exemple, que m’inspire la préface de Dominique Bourg, si l’on pense à la « chute de l’Empire romain d’Occident », il ne faut pas se leurrer sur l’importance des solidarités déjà là qui sont à l’œuvre pendant tout son déroulement : les groupes ethniques/politiques de « Barbares » et l’ancienne aristocratie romaine, qui essaye de s’accrocher à ses privilèges grâce à son repli de fait dans la hiérarchie ecclésiastique. Les deux solidarités existent avant l’effondrement de l’Empire.(…)

Bref, je ne nie pas du tout que l’entraide, la coopération, la solidarité, ou la communauté, pour prendre des termes proches soient importante, mais je souligne qu’elle se fait et se fera à l’intérieur d’un « in-group » déjà là, et qu’on connait donc déjà les groupes qui vont s’affronter dans la société de l’effondrement. Les dirigeants de ces groupes chercheront à les faire persister à tout prix, et surtout au prix de la survie des autres groupes.(…)

pour ma part, je me tiens aux déductions qu’il est loisible de faire en fonction de nos connaissances sur le fonctionnement passé des sociétés face à de grands troubles. Et rien ne me parait encourageant de ce point de vue.(…)

ce livre est pour un lecteur frotté d’un peu d’histoire, de sociologie, de science politique, une insulte grave à l’intelligence accumulée par les sciences sociales, économiques et historiques depuis deux ou trois siècles, pour ne pas dire plus.(…)

D’une part, effectivement, cela serait bien pour la survie de la vie sur Terre telle que nous la connaissons que les individus humains se libèrent de ce qu’un auteur allemand a nommé l’ « industrialisation profonde » de nos esprits, c’est-à-dire de la mise en conformité de nos désirs avec les nécessités du capitalisme thermo-industriel. Mais je sais qu’à l’échelle globale, nous (l’humanité) n’en prend pas du tout le chemin, il n’y a sans doute jamais eu autant de consommateurs aliénés sur la planète qu’en cette année 2019, et qu’il est stupide de rêver à cette conversion, un peu à la William Morris (auteur du milieu du XIXème siècle), pour nous sauver avant qu’il soit vraiment beaucoup trop tard. Pour ma part, je ne pense pas que l’humanité et le vivant en général sortiront vivants du capitalisme – sauf événement qui bouleverse tout (mais lequel?). De même, retrouver collectivement un rapport de non-domination avec le vivant me parait souhaitable, mais on n’en prend pas le chemin. Ou, au minimum, pour être optimiste, cela arrivera après beaucoup de tribulations, soti dans quelques siècles, après de graves tribulations que je n’ai pas envie de voir.(…)

D’autre part, je veux bien appeler à l’entraide, à la solidarité, à la collaboration, mais je fais remarquer en politiste que cela fonctionne d’abord pour ce qui existe déjà comme solidarités. Face à la fin qui vient, ou simplement face à une crise majeure, les nations, les ethnies, les groupes déjà établis, voudront persister dans leur être, et ceux qui disposent de la violence, survivront un temps – grâce probablement à la technologie la plus avancée, et, paradoxalement, par une dépense d’énergie (fossile), qui aggravera encore le problème pour les autres. Rappelez-vous par exemple, que le monde (riche et moins riche) se dote de climatiseurs à grande échelle. Le progrès pour 99% des êtres humains concernés par la chaleur montante, c’est de se doter d’un moyen technique de ne pas crever de chaud – ce qui, bien sûr, aggrave les choses. (Même si l’on invite chez soi par « entraide » la vieille dame qui n’a pas de climatiseur pour lui éviter de crever de chaud.)

L’échec du mouvement écologiste en un seul graphique!, Agence Science-Presse, 14 déc 2013

“Il faut se rendre à l’évidence, la philosophie des petits gestes soutenue par le mouvement écologiste ces 40 dernières années est un échec fondamental: l’impact des choix personnels est minimal sur l'empreinte environnementale!
Canada : empreinte environnementale en fonction du revenu (2008)

Wealthier people produce more carbon pollution — even the “green” ones, David Roberts, Vox, Dec 1, 2017

“Good environmental intentions are swamped by the effects of money. ”
Study after study finds that the primary determinant of a person’s actual ecological footprint is income. After that is geography (rural versus urban), various socioeconomic indicators (age, education level, etc.), and household size. Self-identification as “green” is toward the bottom of the list, with mostly marginal effects.(…)
The variables that most predict carbon footprint are “per capita living space, energy used for household appliances, meat consumption, car use, and vacation travel.” And wealthy people — even those who self-identify as green — consume more and do more of all those things.

Débattre ou comprendre ?, Jean-Marc Jancovici, 22 janv 2019

Il était temps qu’il arrive ! Voici venir le Grand Débat National, qui va enfin permettre de comprendre comment passer à l’action sur la transition écologique d’une manière qui ne mettra pas les gens dans la rue.
Que va-t-il amener de plus que les débats et commissions portant sur la question depuis le début des années 2000 ?

La réponse la plus probable est hélas pas grand chose. Car pour qu’un débat, fût-il petit ou grand, permette d’avancer sur la bonne (ou la moins mauvaise) politique publique pour traiter un problème, encore faut-il que ce dernier soit correctement compris par le commanditaire du débat.(…)

Pour l’heure, ce n’est toujours pas le cas : le monde politique continue de penser que la transition écologique n’est qu’une variante de la croissance perpétuelle. Malheureusement, les faits nous disent l’inverse. Produire des biens et services, c’est transformer – donc détruire sous leur forme initiale – des ressources naturelles extraites de l’environnement.

Faking It on Climate Change, Bjørn Lomborg, Feb 19, 2019

Because honest and deep emissions cuts are staggeringly hard to make, achieving carbon neutrality anytime soon is an empty ambition for almost everywhere. But countries continue to make big promises and massage their emissions numbers to give a false sense of progress on combating global warming.”
reducing emissions is hard, because it leaves countries worse off. Emissions are largely byproducts of productivity, and curtailing them implies higher costs.

Le GIEC et les faux-semblants climatiques du monde libre, LVSL, mars 2018

“la France a annoncé qu'elle participera jusqu'à la publication du 6ème rapport, en 2022, à hauteur de 1 million d'euros afin d'assurer un futur au GIEC. Une réelle préoccupation de Macron pour le climat ? On peut en douter. Cette décision ne l'empêche pas de soutenir l'accord en négociation avec le MERCOSUR, qui ferait venir en France la viande sud-américaine, la même qui est en partie responsable de la déforestation de l'Amazonie. L'écart entre les paroles et les actes s'agrandit : d'une part, la volonté affichée au monde, avec de beaux discours bien huilés, d'engager la « transition ». D'autre part, l'échec de la France dans sa politique de réduction des émissions. La Stratégie Nationale Bas-Carbone, qui vise la neutralité carbone à l'horizon 2050 et prévoit une diminution par an de 2% des émissions, est sur le papier une superbe initiative – dommage qu'en réalité, les émissions aient augmenté en 2015 et 2016, alors même qu'elles étaient sur une pente descendante depuis la fin des années 90. Cela en dit long sur nos capacités à respecter nos promesses pour la prochaine décennie.”
le GIEC n’est pas un organisme de recherche et ne produit pas d’expertise scientifique. Les scientifiques y prenant part ont pour mission d’évaluer l’expertise dans le monde et de produire une synthèse de ces connaissances. Il s’agit donc plus exactement d’identifier le consensus existant au sein de la communauté scientifique. Ce travail de longue haleine permet d’identifier les points d’accord – ce qui rend leur expertise irréprochable.(…)
Le GIEC a tendance, pour que leur travail soit reconnu, à sous-estimer les effets du changement climatique. Alors qu’ils sonnaient l’alerte il y a bien quelques années déjà, toutes leurs prévisions se sont révélées en-deçà de la réalité d’aujourd’hui. Néanmoins, c’est grâce au GIEC qu’on peut affirmer dorénavant que le changement climatique est bien dû à l’action de l’être humain, et n’est pas qu’une question de variation climatique naturelle.(…)

Tous les diagnostics convergent sur un point : si rien n’est fait, c’est l’effondrement de notre civilisation telle qu’elle s’est développée depuis l’ère industrielle qui surviendra.(…)

Les scénarios du GIEC sont là pour aider à palier cette incertitude. Ils permettent de supposer des scénarios d’évolution du climat, même s’ils ne représentent pas la vérité absolue. On sort ainsi de la science expérimentale comme observation de phénomènes pour aller vers une science prédictive, qui intègre aussi bien des scénarios d’évolution de la température en fonction du taux de GES dans l’atmosphère – ce qui est déjà une prouesse – que les évolutions économiques et politiques prochaines, dont la mise en place, ou non, de politiques de baisse des émissions de GES au niveau mondial.(…)

En réalité, malgré ces scénarios, cette incertitude climatique est responsable de l’immobilisme du monde politique. Elle permet de dire « l’on ne sait pas exactement », dans un monde où le maintien du statu quo arrange en réalité tout le monde.(…)

C’est ce qui a permis l’accord de Paris en 2015, qui était une vraie réussite politique : tous les pays du monde se sont mis d’accord pour limiter l’augmentation de la température à +2°C, grâce notamment au 5ème rapport du GIEC, paru en 2014. Mais l’accord de Paris sera-t-il réellement appliqué ? Beaucoup des pays signataires n’ont tout simplement pas l’administration et l’expertise pour réduire leurs émissions ; d’autres ont signé tout en proposant des évolutions des émissions de GES dans leur pays bien en-deçà de ce qu’ils avaient promis. La France même, qui se veut un modèle de réduction des émissions, n’est pas parvenue à remplir ses promesses.(…)

En effet, le bon ton général est d’affirmer qu’une baisse réduite et concertée des émissions de GES aidera à « sauver la planète », tout en prônant aussi le renforcement de l’économie libérale. L’incohérence de la mondialisation avec la question climatique se fait tous les jours grandissante. D’une part, l’on veut « renforcer les liens avec le monde » ; de l’autre, réduire les émissions de GES, tout en se basant uniquement sur le progrès technique qui est certes nécessaire mais ne sera jamais la solution miracle – sinon, il y a bien longtemps qu’on aurait évité la situation actuelle. Le progrès technique amène d’une part de réelles avancées, mais d’autre part des complications qui vont de pair avec l’invention ainsi créée. C’est ce qu’on appelle « le paradoxe du progrès » ; techniquement, notre civilisation est plus avancée qu’elle n’a jamais été, pourtant elle fait face à une multitude de périls issus de cette même technologie. Internet en est un exemple phare. « Dématérialiser » les rapports humains ? Bien sûr. Ce n’était pas sans compter qu’Internet utilise énormément d’énergie. L’empreinte carbone annuelle d’Internet est l’équivalent de l’ensemble des vols d’avions civils dans le monde : 609 millions de tonnes de gaz à effet de serre. Plus notre technologie avance, plus elle a besoin de s’alimenter en énergie, plus on émet de GES.

Dépasser l’anthropocène, Claire Sagan, La Vie des idées, 22 jan 2019

“Les modèles prédictifs en écologie supposent généralement le maintien du capitalisme. Or, selon Claire Sagan, l’adaptation à la situation écologique mondiale exige de dépasser l’hégémonie capitaliste, et, par voie de conséquence, la notion d’anthropocène.”
Au mieux, décrire le changement comme « anthropique » nous rappelle combien l’humanisme de l’Anthropos, universaliste mais profondément forgé par l’histoire spécifique de l’impérialisme occidental, est en fait intimement lié à l’Homo Oeconomicus de l’ère capitaliste, donc bien plus contingent qu’universel. J’ai proposé ailleurs le terme de changement climatique « capitalopique » plutôt qu’ « anthropique » [6]. Cette précision est fondamentale en ce qu’elle impacte nécessairement les stratégies d’adaptation plus ou moins viables dans le présent comme le futur : à savoir, ce diagnostic qui dépasserait le capitalocentrisme permet d’entrevoir que l’adaptation à la situation écologique catastrophique mondiale exige un autre dépassement : celui de l’hégémonie capitaliste.(…)
Deuxièmement, la réduction trop fréquente des catastrophes écologiques contemporaines à la seule question du climat est non seulement erronée, mais encore, dangereuse, car elle sous-estime le caractère systémique des dommages écologiques. L’écologie politique dépasse de très loin la seule question du climat : des menaces de destruction nucléaire tant civile que militaire, à l’extinction des pollinisateurs ou à l’hégémonie des monocultures intensives, en passant par les modificateurs endocriniens et nanotechnologies, etc., les questions écologiques ne sont ni mono-causales, ni solvables par de simples réformes des économies industrielles.(…)

Cette réduction des questions écologiques urgentes à la seule question climatique tend à se calquer sur des modèles globalisés effaçant les immenses inégalités qui traversent les bouleversements écologiques en cours et leurs conséquences sur les populations humaines et non-humaines. Les questions de justice environnementale croisent les inégalités socio-économiques tant locales que mondiales, le caractère genré des dommages écologiques, les insuffisances démocratiques à tous ces niveaux.

Livre : “Ne plus se mentir”, Jean-Marc Gancille, janv 2019

“La vision radicale de Jean-Marc Gancille pour une écologie sans concession.”
Dans ce court ouvrage puissant et persuasif, Jean-Marc Gancille va plus loin et incite à un militantisme radical. Selon lui, les éléments qui fondent le Grand Mythe Productiviste – l’idéal du consommateur-citoyen éclairé, l’alternative de la croissance verte, l’avènement prochain de la transition écologique – sont des baudruches idéologiques qui nous font perdre un temps précieux et dépenser de l’énergie en vain. Une analyse lucide de l’état de la planète et de l’étendue des ravages du « fondamentalisme marchand » appelle des réponses radicales et la fin des illusions.

Les ODD, symboles d’un développement par et pour les multinationales ? Observatoire des multinationales, 7 mars 2019

“Adoptés par les Nations unies en 2015, les Objectifs de développement durable (ODD) occupent désormais une place centrale dans la communication de certaines multinationales. Comment en est-on arrivé à ce que Veolia par exemple, légitime la privatisation de l’eau en Inde en s’appuyant les objectifs de développement des Nations Unies ou que Total puisse demander un partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) autour d’un projet d’oléoduc ?”

Voiture électrique : une fable du Père Noël qui ne fait que déplacer la pollution ailleurs, Alain Gras, Institut Momentum, 19 oct 2017

“Le sociologue Alain Gras, membre de l'Institut Momentum, explique, dans une tribune au « Monde », que nous faire avaler la fable que l'électricité est inoffensive écologiquement, c'est nous laisser croire au Père Noël. «Traverser Paris en silencieuse et saine voiture électrique purifiera l'air, mais cela ne supprimera pas une autre pollution, le terrifiant risque de l'atome des trois centrales proches de la capitale ». Avec la voiture électrique, un futur paradis urbain nous est annoncé par les médias, les constructeurs, et certains politiques, tandis que la Foire de Francfort en a fait la promotion, L'électricité, énergie ? Certainement pas, même secondaire comme il est prétendu.”

Restaurer l'environnement: quand les solutions deviennent problèmes, La Libre, 15 janv 2019

“Dans un monde conjuguant changement climatique, déclin des espèces, raréfaction de l'eau, ozone en péril et pollutions diverses, les solutions apportées d'un côté peuvent devenir problèmes ailleurs, comme le montre le cas des usines de désalinisation, objet d'une nouvelle étude parue lundi.”

Nous avons deux crises, une crise du climat et une crise des inégalités. A votre avis de laquelle s’occupent-ils ? Bruno Bertez [conservateur et capitaliste], 23 janv 2019

Ce n’est pas une ironie de l’histoire si cette année, les riches et les célèbres du monde se réunissent pour parler du réchauffement climatique, de la montée des inégalités de revenus et de patrimoines. Non ce n’est pas une ironie car ils ont des idéologies, des médias, des économistes qui leur permettent d’avoir des oeillères et de ne pas voir que ce dont ils parlent ce sont de leurs méfaits, voire de leurs crimes.(…)
Ce sont eux et eux seuls les ultimes responsables du dérèglement climatique et des inégalités de revenus et de richesse. C’est cela le monde d’Orwell, le monde de l’inversion: tout marche sur la tête, la guerre c’est la paix, les victimes ce sont les coupables.

Les plus perspicaces réalisent que ce qui est en question c’est l’ordre néo-liberal, cet ordre qui repose sur la surexploitation des salariés, la financialisation, la liberté des mouvements de capitaux et la recherche coûte que coûte de la maximisation de la profitabilité.(…)

Le rapport d’Oxfam nous dit que 26 personnes détiennent autant de richesse que les 50% les plus pauvres du monde c’est à dire autant que les 3,8 milliards du bas de l’échelle. Entre 2017 et 2018 un nouveau milliardaire a été crée tous les deux jours. La fortune des 2200 milliardaires qui vivent sur la planète s’est accrue de 900 milliards en 2018 soit 2,5 milliards par jour.

Bien entendu tout cela c’est « fictif », au sens de « capital fictif », papier, mais cela donne des droits à prélever sur la richesse réelle, sur les biens de consommation, sur l’immobilier, sur les oeuvres d’art etc.

Mais là n’est pas le plus important, non: le plus important c’est que cela permet d’acheter le Pouvoir, les hommes politiques, les médias, les ingénieurs sociaux , les pseudo intellectuels à la BHL etc .

Le pouvoir est un véritable actif, incorporel comme une marque, un fonds de commerce. c’est une sorte de « Dark Matter » de matière noire opaque.

Le pouvoir c’est un droit à prélever sur l’avenir. Quand vous êtes propriétaire d’un Sarkozy, d’un Macron, c’est une source de revenus assurés et surtout une assurance qui valorise et sécurise votre patrimoine. Quand un Marc de Lacharrière s’achète un Fillon c’est un vrai filon inexploré, un actif spéculatif certes mais si il avait gagné, vous imaginez le jackpot! Detenir et contrôler le Pouvoir c’est sécuriser ses cash flows futurs

Le plus important avec le fétiche argent c’est qu’il donne Le Pouvoir.(…)

La réalité est que nous avons peut être une crise du climat, mais que nous avons sûrement une crise des inégalités.

L’une est possible voire probable, mais l’autre est certaine.

La question se pose pourquoi les élites sont elles acharnées à populariser la lutte climatique alors qu’elles occultent la crise des inégalités et le combat qu’il faudrait mener pour la résoudre?

Tout simplement parce que dans la lutte pour le climat sont les pauvres qui paient tandis que dans la lutte contre les inégalités ce seraient au tour des riches de payer. Les seuls combats qui vaillent n’est ce pas ce sont ceux que l’on fait payer aux autres!(…)

Zucman and Saez dans un article du NYT.

“We have a climate crisis, we have an inequality crisis.

Over more than a generation, the lower half of income distribution has been shut out from economic growth: Its income per adult was $16,000 in 1980 (adjusted for inflation), and it still is around $16,000 today.

At the same time, the income of a tiny minority has skyrocketed.

For the highest 0.1 percent of earners, incomes have grown more than 300 percent;

For the top 0.01 percent, incomes have grown by as much as 450 percent.

For the tippy-top 0.001 percent — the 2,300 richest Americans — incomes have grown by more than 600 percent.”

« Le capitalisme ne mourra pas de mort naturelle » - Entretien avec Razmig Keucheyan, LVSL, 25 janv 2019

“Razmig Keucheyan est professeur de sociologie à l’université de Bordeaux. Spécialiste d’Antonio Gramsci et penseur de la question environnementale, il est notamment l’auteur de Hémisphère Gauche (2010), Guerre de mouvement et guerre de position (2012) et de La nature est un champ de bataille (2014). Dans cet entretien, nous l’avons interrogé sur l’état actuel de nos démocraties, la manière dont la question écologique doit se poser, l’actualité de la pensée d’Antonio Gramsci, la reconfiguration de l’échiquier politique et l’actualité récente marquée par le mouvement des Gilets Jaunes. Entretien réalisé par Marion Beauvalet, retranscrit par Marie-France Arnal.”
Selon Gramsci, l’hégémonie dans les sociétés modernes repose sur deux piliers : la force et le consentement. C’est ce qu’il appelle le « centaure de Machiavel ». L’objectif d’une classe dominante doit être, à chaque époque, de trouver la bonne alchimie entre les deux. Lorsque la croissance économique est au rendez-vous, l’adhésion des classes subalternes à l’ordre politique est acquise. Les dominants s’enrichissent, et les conditions d’une (relative) redistribution des ressources matérielles et symboliques sont réunies. Dans l’alchimie entre la force et le consentement, le second prédomine. La force – judiciaire, policière, militaire… – ne disparaît pas, bien sûr, mais elle est présente à l’état virtuel.
Lorsqu’arrive la crise, l’alchimie se dérègle. Le consentement des populations est de plus en plus difficile à obtenir. La « force » du centaure machiavélien monte en puissance, à mesure que la légitimité de l’ordre politique décline aux yeux des subalternes. Les « crises organiques », pour reprendre l’expression de Gramsci, sont le fruit de contradictions non résolues du capitalisme, elles trouvent leur origine dans l’économie. Mais elles contaminent progressivement le champ politique. Ce sont des crises totales.(…)

Beaucoup de choses ont été dites à propos des gilets jaunes. J’insiste sur l’un des éléments le plus impressionnants de la séquence à mes yeux : la confusion qui règne au sommet de l’Etat et au sein des élites. Dans les situations de crise, nous disent Gramsci et Poulantzas, les rapports entre dominants et dominés deviennent de plus en plus conflictuels. Mais les rapports entre les différents secteurs des classes dominantes elles-mêmes le deviennent également. Les classes dominantes ne sont pas un « bloc monolithique », des intérêts et des visions du monde social différents s’y expriment. La bourgeoisie industrielle, par exemple, n’a pas toujours les mêmes intérêts que la haute finance, ou la haute fonction publique. En période de croissance économique, ces intérêts coexistent harmonieusement, tout le monde est à peu près satisfait. Mais quand la crise survient, cette coexistence pacifique devient plus compliquée.(…)

Or l’État néolibéral, on le sait, est un État en crise, un État endetté, un État qui a organisé sa propre impuissance. Il faut donc en reprendre le contrôle, le re-démocratiser, afin de lui rendre un pouvoir d’intervention financière permettant de planifier la transition écologique dans la longue durée. « Justice environnementale » et « planification écologique » vont de pair : la transition ne sera juste que si elle est maîtrisée, et elle ne sera maîtrisée que si elle est placée sous contrôle démocratique. Selon quelles modalités ? C’est toute la question. Des formes de démocratie à la base, une démocratie des conseils approfondissant la démocratie représentative, me paraît de mise.(…)

Le poststructuralisme – ce qu’on appelle parfois aussi la french theory – développe l’idée que le langage et le discours ont une importance centrale en politique. Il s’agit d’une rupture nette avec le marxisme, pour qui la lutte des classes et les éléments matériels qui l’entourent sont prépondérants. Pour Laclau, le combat politique a pour principal enjeu les « signifiants vides », des symboles dans lesquels des secteurs hétérogènes de la société investissent chacun leurs revendications. Dans le mouvement des gilets jaunes, les drapeaux français prolifèrent, mais renvoient à des revendications diverses, parfois contradictoires, certaines sociales, d’autres nationalistes.(…)

Mettre en avant l’opposition entre les « 1% » et les « 99% » permet peut-être de déclencher un mouvement social, mais en aucun cas de l’inscrire dans la durée, précisément parce que les situations que recouvrent la seconde de ces catégories sont extraordinairement hétérogènes. Un cadre supérieur d’une multinationale du numérique et un chômeur vivant dans le péri-urbain appartiennent tous deux au « 99% », or leurs intérêts s’opposent en tous points. Par conséquent, il convient d’examiner de plus près la composition de ces « 99% », et le type d’alliances politiques qu’elle rend possible.(…)

La seconde critique porte sur la surestimation par Laclau et Mouffe de l’importance du langage et du discours en politique. Les mots sont importants, aucun doute, mais ils s’ancrent – de manière complexe – dans des dynamiques de classes. Les gilets jaunes ne sont pas apparus parce qu’une quelconque « bataille culturelle » a été remportée par des éditocrates classés à gauche. Ils ont émergé parce que la situation matérielle de vastes secteurs de la population de ce pays est devenue tout simplement insupportable. Qu’à partir de là le gilet jaune soit devenu un « signifiant vide », comme dirait Laclau, auquel divers secteurs sociaux attribuent un sens différent mais convergeant, d’accord. Mais il ne faut pas inverser l’ordre de la causalité.

“Presque toutes les mesures climatiques auront un effet régressif”, L'Echo, 24 janv 2019

Je ne m’attendais pas à des conclusions aussi tranchées. La quasi totalité des politiques climatiques impactent davantage les ménages à bas revenus que ceux à hauts revenus“, constate Grégory Claes, chercheur au think tank Bruegel.”

Pourquoi la jeunesse africaine ne se mobilise pas pour le climat, Thierry Amougou, 25 mars 2019

“L’économiste camerounais Thierry Amougou analyse les ressorts de la mobilisation en Europe et en Amérique du Nord (½).”
Les revendications environnementales dans ces zones prennent souvent la forme des peuples premiers et des paysans qui défendent la préservation de leurs modes de vie. En conséquence, lorsque la « génération climat » en Europe condamne le mode de vie occidental, les sociétés extra-occidentales, elles, luttent pour sauvegarder des modes de vie ancestraux de la prédation capitaliste.(…)
Le climat global est, de nos jours, une totalité climatologique. Sa nature technico-scientifique structure le monde, lui donne une intelligibilité en termes de politique climatique, mais cache les multiples inégalités, exploitations, exclusions et discriminations sociales et culturelles qui, dans la dynamique du capitalisme historique, font du climat global un problème brûlant. (…)

« J’ai 17 ans et c’est la peur du changement climatique qui me guide », déclare Anuna De Wever dans les médias. La crainte de cette militante, chef de file de la mobilisation en Belgique, n’a aucune chance de faire tache d’huile en régions extra-occidentales si les jeunes de son âge y ont plutôt peur de dormir sans manger, de ne pas avoir d’eau potable, de ne pas aller à l’école, de ne pouvoir se soigner ou de devenir des enfants-soldats. (…)

Comment défendre ensemble le climat global quand certains jeunes, bébés et leurs parents se noient par milliers dans les abysses de la Méditerranée tandis que d’autres manifestent à Bruxelles, à Paris et à Québec, main dans la main avec leurs parents et enseignants ? Le mouvement Youth for climate ne peut faire florès dans des contrées en carence de biens essentiels et pré-matérialistes, étant donné qu’une telle mobilisation y apparaît comme une préoccupation à la fois de luxe et post-matérialiste, non parce qu’elle est infondée, mais parce que l’esprit s’élève sur l’urgence du climat lorsqu’il est libéré de l’emprise des carences du quotidien : ventre affamé n’a point de climat !

Retour à l'essentiel : l'énergie


Le pétrole : Le sang noir du monde moderne, La Relève et La Peste, 1 mars 2019

Histoire de l’usage du pétrole(…)
Connu depuis l’Antiquité, c’est en 1859 qu’une phase de production industrielle a réellement débuté en Pennsylvannie avec le puits foré par Edwin Drake qui provoqua la première ruée vers l’or noir. L’autre « naissance » du pétrole a lieu environ au même moment à Bakou, dans l’empire tsariste, développée par les frères Nobel. La Russie et les États-Unis sont donc les deux parents, séparés géographiquement, du pétrole. Cette compétition initiale pour la paternité de la découverte du pétrole conventionnel marqua le début d’un rapport de forces qui influera les tensions géopolitiques du monde entier jusqu’à nos jours. (…)
Géopolitique du pétrole(…)
La géopolitique est l’analyse des enjeux de puissance entre les États. En physique, la puissance est mesurée par un par watt. C’est donc bien l’énergie à disposition d’un État qui va lui conférer de la supériorité par rapport aux autres. Les deux grandes puissances mondiales du 20ème siècle (États-Unis/Russie) ont ainsi été les deux premiers producteurs d’énergie, et surtout de pétrole. Calvin Coolidge, président américain durant les années 1920, nommées les « années rugissantes » « roaring twenties », (rugissantes comme le lion de la MGM ou comme les moteurs des automobiles) suggérait dès cette époque :« Il est probable que la suprématie des nations puisse être déterminée par la possession du pétrole. » (…)

Très vite, sécuriser les réserves et les approvisionnements du précieux « or noir » deviendra l’obsession des pays industrialisés. En 1918, Georges Clemenceau envoie un télégramme où il supplie son confrère américain, Woodrow Wilson, de lui envoyer 100 000 tonnes de pétrole. Il y précise : « l’essence est aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain ». De la bataille de Stalingrad, (où l’Allemagne nazie voulait s’emparer des puits de pétrole de Bakou) à Pearl Harbour (où les japonais voulaient récupérer celui d’Indonésie), le pétrole devient le fer de lance de tous les conflits marquants des deux derniers siècles. (…)

La production actuelle (…)
Maintenant, on parle de plateforme ULTRA DEEP OFFSHORE qui utilise des techniques aussi pointues que celle de l’exploration spatiale. Au large de Rio de Janeiro, la surface dans laquelle on va pomper se situe à 10 KM en-dessous des flots (…)

Le pétrole de schiste représente bien l’urgence à trouver toujours plus de pétrole dans laquelle se situe l’industrie. Les exploitants vont fracturer la roche mère dans lequel le pétrole est en train d’être produit, avant donc qu’il remonte tout seul à maturité. Actuellement en pleine expansion aux États-Unis, il y a un manque de visibilité sur l’avenir de ce pétrole. Les principaux exploitants du pétrole de schiste n’ont jamais gagné d’argent, y compris quand le baril était à 100$, et reposent sur des processus de financement par la dette grâce aux politiques mises en place lors de la crise des subprimes. Cela suppose une nouveauté d’un point de vue industriel : forer cent fois plus de puits pour espérer maintenir une production élevée. (…)

Economie et pétrole (…)
En Juin 2018, Michel Lepetit, Président de Global Warning, chercheur associé au LIED, expert associé à la Chaire Energie et Prospérité, a publié un rapport étudiant les scenarii prévisionnels de l’AIE en fonction du paradigme PIB/pétrole. Ce rapport montre notamment le lien entre hausse du PIB mondial (quasiment +5% par an) et hausse de la production mondiale de pétrole brut (+7,56% par an) qui a eu lieu dans la période fastueuse des Trente Glorieuses. (…)

Pour l’auteur du rapport : (…)

« La trajectoire des « trente glorieuses », sans cohérence avec les réalités physiques de la planète, ne pouvait être maintenue. Elle devait s’infléchir très fortement, pour rester compatible avec les contraintes physiques. Cette inflexion brutale, cette rupture de l’asservissement entre PIB et pétrole brut, ce « découplage » fut appelé à l’époque la « crise des années 1970 ». Il s’est étalé entre 1973 et 1982, entrecoupé de deux chocs pétroliers : 1973 et 1979. » (…)

Ces deux chocs de 73 et 79 sont considérés par de nombreux économistes comme le point d’origine de l’endettement massif, aussi bien des pays riches que du tiers monde. (…)

A quand le pic mondial ? (…)
« En supposant que l’équilibre entre les pays en déclin et les pays en croissance se poursuive (du Mexique jusqu’au Canada), le système entier atteindra son sommet lorsque le pétrole de schiste américain (dans le Permien) en raison de la géologie ou d’autres facteurs et / ou d’une prochaine crise du crédit et quand l’Irak culminera à la suite de troubles sociaux ou d’autres affrontements militaires dans la région pétrolière de Bassorah. Il existe des risques supplémentaires liés aux perturbations persistantes au Nigeria et en Libye, aux baisses plus marquées au Venezuela et à l’impact des sanctions sur l’Iran. » (…)

Et le climat dans tout ça ? (…)
Pour tenir l’accord de Paris et rester en-dessous de 2°C, il faudrait que les émissions de CO2 baissent de 5 % par an. Pourtant, 80 % de l’énergie primaire mondiale est toujours de l’énergie fossile, et l’année 2017 a battu tous les records de production d’énergies fossiles (encore +1,7 %).

Pic pétrolier probable d’ici 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie, Mathieu Auzanneau, 4 fév 2019

Pour empêcher un déclin de la production mondiale de pétrole d’ici à 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonce qu’il faudrait multiplier par 2 ou 3 les extractions de pétrole de schiste. Or aux Etats-Unis, le pétrole de schiste continue à perdre de l’argent…
Les conséquences du « supply crunch » qu’envisage l’AIE promettent d’être particulièrement rudes pour l’Europe. Réveil ?
1- La production mondiale de pétrole conventionnel (près des ¾ de la production totale de pétrole) « a franchi un pic en 2008 à 69 millions de barils par jour (Mb/j), et a décliné depuis d’un peu plus de 2,5 Mb/j ». L’AIE estime que ce déclin ne sera pas interrompu (cf. World Energy Outlook 2018, p. 142)
2- Extrait du résumé aux décideurs : « Le risque de resserrement de l’offre est particulièrement prégnant pour le pétrole. Ces trois dernières années, le nombre moyen de nouveaux projets approuvés de production de pétrole conventionnel ne représente que la moitié du volume nécessaire pour équilibrer le marché jusqu’en 2025, compte tenu des perspectives de demande du scénario « Nouvelles politiques ». Il est peu probable que le pétrole de schiste prenne le relais à lui seul. Nos projections prévoient déjà un doublement de l’offre de pétrole de schiste américain d’ici 2025, mais celle-ci devrait plus que tripler pour compenser le manque persistant de nouveaux projets classiques. »(…)

L’essor spectaculaire du pétrole de schiste aux Etats-Unis apparaît à l’AIE comme la seule planche de salut accessible à une humanité technique plus que jamais shootée à l’or noir, et qui n’est en rien préparée au sevrage.

Cette planche de salut semble décidément pourrie. Aux Etats-Unis, plus des trois-quarts des entreprises petites et grandes spécialisées dans le pétrole de schiste continuent à investir plus qu’elles ne gagnent d’argent, bientôt 10 ans après le début du boum de ce pétrole non-conventionnel extrait par fracturation hydraulique de la roche. La dernière confirmation cette réalité a été publiée fin novembre par Rystad Energy, référence en matière d’intelligence économique dans le secteur pétrolier :

Rystad Energy, 30/11/18 | More than 75% of Dedicated US Shale Oil Companies Keep Reporting CAPEX in Excess of CFO(…)

Une vigoureuse reprise de la croissance économique mondiale, et par là une remontée des cours du brut, offrirait un contexte propice pour que le shale oil, et avec lui la production mondiale de pétrole, prolongent leur croissance.

Mais un nouveau ralentissement de la croissance mondiale semble en cours, marqué par un ralentissement de la croissance en Chine. Depuis plusieurs mois, « fin de cycle » est l’expression que l’on rencontre presque à chaque page de la presse économique internationale(…)

Résumons :

– il faudrait que la production de l’industrie du shale oil double ou triple au cours des 6 ans à venir pour empêcher que le déclin de très nombreuses régions pétrolifères historiques n’entraîne l’économie mondiale sur la pente d’un sevrage de brut forcé et non-anticipé ;

– la rentabilité future de l’industrie américaine du shale oil ne semble en rien être assurée, et si le secteur se concentre et se rationalise, ce sera vraisemblablement au détriment de la poursuite de la croissance tonitruante de sa production ;

– plus globalement, le ralentissement de l’économie mondiale qui se profile ne devrait aider en rien l’industrie pétrolière à relancer les investissements nécessaires pour empêcher le « supply crunch » que l’AIE redoute dans le résumé aux décideurs de son dernier rapport annuel.(…)

L’Europe a des raisons d’être particulièrement sur ses gardes.

Car nous sommes cernés par des zones pétrolifères en déclin structurel très probablement irréversible : la mer du Nord (cas d’école en la matière), l’Algérie et l’Afrique en général, et sans doute bientôt (encore d’après l’AIE) la Russie, qui reste aujourd’hui le premier fournisseur d’hydrocarbures de l’Union européenne.

50% au moins de nos importations de pétrole sont ainsi menacées de déclin (…)

Rendre d’urgence nos systèmes techniques (beaucoup) plus sobres est un enjeu vital, non seulement pour le climat, mais aussi pour nous éviter un monde à la Mad Max. La démocratie est-elle capable de faire des choix rationnels qui lui réclament de s’écarter de la pente de plus faible résistance qu’elle a jusqu’ici suivi ? … Y’a du boulot.

La démocratie moderne a germé dans un bain d’abondance énergétique. Il me semble raisonnable de craindre que l’hiver de cette ère soit tout proche. Je propose une fois encore que nous examinions le danger sérieusement.

Aux Etats-Unis, le pétrole de schiste à l'heure des doutes, Les Echos, 18 déc 2018

“La révolution de la fracturation hydraulique, qui a fait des Etats-Unis une superpuissance pétrolière en quelques années, nécessite des investissements gigantesques pour une rentabilité encore incertaine. Sous perfusion de Wall Street, le secteur reste très fragile.”

Comment expliquer la hausse de la consommation de charbon dans le monde ? The Conversation, 29 janv 2019


Jean-Marc Jancovici: «La fête du pétrole ne va pas durer», Le Temps, 22 fév 2019

“Alors que Glencore «gèle» sa production de charbon, le déclin des énergies fossiles est déjà en marche, selon le président du groupe de réflexion The Shift Project. Faute d’énergie alternative efficiente, il faudra se préparer à vivre plus modestement”
Il devient plus compliqué de financer de nouveaux projets liés au charbon. Les centrales et les mines existantes continuent pourtant de changer de main. Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky vient d’en acheter deux à bas coûts en France. L’inventivité est forte, alors que le charbon représente toujours 20% des émissions de gaz à effet de serre, contre 2 ou 3% pour le transport aérien.(…)
La production de pétrole continue à progresser, alors que l’on annonce régulièrement son déclin!

Pas régulièrement, non. Je retiens surtout deux dates: celle du pic de la production de pétrole conventionnel en 2008 et celle, annoncée, du pic pétrolier en 2020. Les producteurs de schiste perdent de l’argent en permanence. Leur survie, à coups d’émission de dette, conserve une part de mystère. Le système est instable et il y a un certain nombre de signaux indiquant que la fête ne va pas durer. D’ici à 2025, il faudrait l’équivalent de deux Arabie saoudite pour satisfaire la demande.(…)

choisir les alternatives énergétiques. C’est simple, il y en a deux: le nucléaire et les renouvelables. Le nucléaire a mauvaise presse en Occident, même s’il est plus efficace que l’éolien et le solaire et fait moins de morts que les barrages hydroélectriques. Les renouvelables, qui constituent la deuxième option, sont beaucoup plus onéreux à mettre en place: de 10 à 40 fois, pour avoir un système de stockage et de gestion efficace. Les consommateurs sont-ils prêts à voir leur pouvoir d’achat diminuer d’autant? Je ne le pense pas.(…)

Il existe une vraie envie de changer les choses, mais on ne tient compte ni de la complexité des faits ni de la hiérarchisation des risques. Les jeunes qui manifestent pour le climat ne se rendent pas compte qu’il va être impossible de garder notre niveau de vie actuel. Jusqu’au pétrole, l’homme était toujours parvenu à passer sur des énergies plus efficientes: le bois a précédé le charbon qui lui-même a été suivi par le pétrole. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, nous allons passer sur des énergies dégradées. L’éolien, ce sont nos moulins à vent d’il y a trois siècles. Notre société n’a donc pas d’alternative à la décroissance.(…)

Il y avait simplement un choix à faire entre PIB et émissions à effet de serre. On a opté pour le PIB. Le débat climatique, c’est la physique qui se réinvite dans l’économie, et lui dit: «Tu ne pourras pas continuer à faire tout ce que tu veux.» Même si les consommateurs et les producteurs n’ont pas encore envie de l’entendre.

La (trop) lente diffusion des technologies énergétiques, Philippe Gauthier, 20 fév 2019

Le progrès technologique peut-il vraiment nous sauver? Si une nouvelle forme d’énergie salvatrice était inventée demain, pourrait-on la déployer assez vite pour décarboner le monde d’ici 2050? Les travaux d’une équipe dirigée par Robert Gross, de l’Imperial College de Londres, concluent que le délai moyen d’adoption des quatre dernières grandes technologies de production électrique a été de… 43 ans. Et encore, au terme de ce délai, ces technologies étaient bien établies, mais pas encore dominantes.

Transition? Actions?

Le pacte de transition écologique : Êtes-vous certain de savoir ce que vous souhaitez ? Yvan Dutil, Québec, 2 déc 2018

“On ne peut que se réjouir de l’intérêt suscité par le Pacte de transition écologique [au Québec] proposé par certaines personnalités publiques. Cependant, ce qui est déprimant c’est la très mauvaise compréhension de la nature et surtout de la magnitude du défi auquel nous devons faire face. En effet, une véritable transition écologique demande une restructuration complète de la société. Ceux qui pensent que les petits gestes suffisent sont complètement dans le champ. Je n’ai guère entendu que mes anciens patrons Normand Mousseau et Harvey Mead invoquer et souvent du bout des lèvres l’immense défi qui s’offre à nous. Cela est extrêmement malheureux.

Aucune image n’est plus claire que la masse de la technosphère, qui atteint 30 Tt, alors que la masse des humains est de l’ordre de 0,37 Gt. Ce qui veut dire que pour chaque kg de chair humaine, il y a 75 tonnes de matière perturbée par l’humain; l’essentiel étant sous la forme de bâtiments et de terres agricoles.“
Étant donné la disponibilité perpétuelle de nouvelles ressources, historiquement, le débat politique a porté sur leur redistribution et non sur leur conservation ou sur l’existence même de limites. Personne n’a construit de culture politique de la gestion des limites physiques, car ce n’était pas nécessaire. De sorte, qu’il est quasiment impossible pour nos sociétés de traiter correctement ces problèmes tellement la culture politique est dépourvue de références adéquates. Et même, toute idée qui semble aller dans ce sens est le plus souvent rejetée comme antidémocratique, répressive ou même anti-humains.(…)
Le plus souvent, ceux qui sont partisans de la protection de l’environnement le font essentiellement dans un contexte de lutte anti-capitaliste. L’image mentale est encore le riche qui affame les pauvres travailleurs exploités, épuisant la Terre au passage, pour assouvir ses bas instincts insatiables. Cette image néglige le petit détail que les riches c’est d’abord nous. Les gens extrêmement riches malgré leur mode de vie excessif n’ont au final que peu d’impact. D’une part, ils ne sont pas très nombreux; d’autre part plus on est riche, plus la proportion de services consommés est importante dans notre budget, ce qui diminue l’impact. De plus, les riches, par définition, ne consomment pas tous leurs revenus. En fait, dans le monde développé, même si vous êtes un itinérant, vous défoncez les bilans environnementaux juste avec vos besoins de base et de la présence des infrastructures.(…)

Le plus frustrant de cette situation est que les outils intellectuels nécessaires pour aborder ces problèmes existent déjà et depuis longtemps. En effet, le domaine du génie fait que gérer des contraintes physiques depuis l’Antiquité. Les analyses de cycles de vie existent depuis les années 70. Les matrices économiques entrée-sortie depuis la Seconde Guerre mondiale.(…)

Rendu à ce point de la discussion, quand mon interlocuteur n’est pas dans le déni complet, il pose alors avec la question qui tue : quelle est la solution?(…)

Premièrement, il faut commencer par admettre qu’il n’y en aura pas de facile. Il faut couper notre empreinte écologique d’un facteur 4 au minimum! Or, suite à mes nombreuses lectures sur le sujet, je vois difficilement comment la technologie peut nous donner plus d’un facteur 2 sur le long terme. C’est à peu près ce qu’offrent les bâtiments durables et les voitures électriques quand on tient compte des infrastructures. Donc cela va nécessairement faire mal et les gens les plus vulnérables en seront les premiers affectés. Et encore, il n’y a aucune garantie, malgré ces sacrifices, que ce soit suffisant pour offrir une vie satisfaisante à l’ensemble de l’humanité.(…)

Le second bras de levier important est de réduire le poids des infrastructures dans notre mode de vie. Idéalement, il faut habiter en ville dans un appartement le plus petit possible afin de maximiser l’usage des infrastructures existantes et minimiser la construction de nouvelles infrastructures. Cela impose aussi d’avoir des plans d’urbanisme compacts et un système de transport en commun efficace. Le retour à la terre, c’est une recette garantie pour augmenter votre empreinte écologique.(…)

Le second bras de levier important, c’est la nourriture. En particulier, réduire la consommation de viande rouge. Attention, ce n’est pas miraculeux. Vous pouvez réduire significativement votre empreinte écologique, mais cela n’élimine pas le problème loin de là. Et, c’est vraiment le changement de menu qui est important, le bio et le local ne changent pas grand-chose et peuvent être souvent contre-productifs.(…)

Pour le reste, avoir une voiture électrique aide un peu, mais c’est mieux de ne pas en avoir du tout. Le transport en commun c’est bien, mais s’il faut faire des infrastructures, il faut s’assurer qu’elles soient utilisées au mieux. Vous pouvez aussi sacrifier vos animaux domestiques et les voyages en avion, si le cœur vous en dit.(…)

Rendu à ce point de la lecture, vous auriez normalement dû comprendre que pacte de transition écologique ou pas, cela ne changera pas fondamentalement la nature du problème. Seules des mesures coercitives extrêmes pourraient permettre une telle transition de façon efficace. La logique est simple : il faut rationner les ressources afin de tenir compte de l’existence de limites biophysiques.(…)

Cette dernière solution étant totalement inacceptable à la majorité de la population, je peux vous garantir que la transition écologique n’aura pas lieu volontairement. Dans les démocraties modernes, elle est politiquement insoutenable, car elle est contraire à l’intérêt personnel d’une trop grande partie de la population pour qu’elle s’effectue sans heurt. Les gilets jaunes en France en sont un bon exemple.(…)

Quel politicien peut se permettre un décroissance. Dans toute l’histoire de l’humanité, il n’y a que l’empire Byzantin qui a passé le test de la décroissance contrôlée selon Tainter.(…)

Commentaires :

? : “Mais je ne suis pas d’accord sur une chose. Ça prend quand même le système et la société dans laquelle on vit pour maintenir le niveau de vie des »riches ». C’est faux de dire qu’ils ont moins d’empreinte que tout le monde. Ils n’ont peu-etre pas les mains aussi sales que tout le reste du monde, mais c’est pour les maintenir à ce niveau de vie qu’on a tous les mains sales”.

Yvan Dutil : “En fait, par tellement. Les riches contrôlent beaucoup des ressources, mais n’en consomment au final qu’une petite fraction.

Le cœur du problème, c’est l’impossibilité pour l’individu moyen de voir les limites biophysiques à moins de les recevoir en pleine face. Dans ces circonstances, la démocratie et le libre marché vont tous deux échouer avec la même efficacité.

Une solution serait d’imposer une contrainte au marché qui tiendrait compte des limites biophysiques. Ce n’est pas un choix naturel facile, mais on fait cela dans bien des circonstances.“(…)

Christian Charbonneau : “Il omet de dire qu’il n’y a pas simplement toujours eu plus de ressources disponibles: des ressources jusqu’alors inutiles ont trouvé une utilité grâce à la créativité humaine. Contrairement aux suppositions de son idole, Thomas Malthus, c’est avec cette créativité que l’homme a toujours su repousser la limite des ressources et cela n’a pas changé.”

Yvan Dutil : “Visiblement vous n’avez pas lu le texte. Je n’ai pas parlé de l’épuisement des ressources que est un problème distinct de la pression écologique.

Pour ce qui est de votre prétention, elle a été largement débattue par les économistes et elle est fondamentalement fausse, même si ces derniers n’aiment pas cela. https://www.researchgate.net/publication/4839472_Georgescu-RoegenDaly_versus_SolowStiglitz_Revisited“(…)

Victor : “M. Dutil cumule les sophismes et les erreurs. Déjà, il reprend son idée farfelue qu’un SDF qui n’achète ni ne décide rien, qui mange dans les poubelles et se réchauffe à la sortie d’air chaud, exactement comme le ferait un raton laveur, défonce son empreinte écologique. Alors pourquoi pas le raton laveur, la corneille ou le goéland? C’est absurde à sa face même et c’est une preuve par l’absurde (en logique, c’est un argument qui suffit à invalider une idée fausse).

Maintenant, «le retour à la Terre augmente l’empreinte écologique», et c’est sans doute pourquoi à l’époque où plus de 85% de la population vivait en campagne, le monde courait à sa perte, et depuis que nous sommes 50% d’urbanisés, là, ça va beaucoup mieux. C’est bien connu que les pays agraires sont ceux qui défoncent la planète et les ressources, alors que les pays très urbanisés sont les plus durables et soutenables.

Ces idées ne sont que des résultats d’artefacts mathématiques qui n’ont pas de signification réelle. Essentiellement des moyennes individuelles par pays ou par région et des régressions linéaires (un autre gadget mathématique). C’est complètement artificiel. Mais l’empreinte écologique de notre civilisation n’est pas causée par des artefacts mathématiques, mais par des comportements et des liens de causes à effet. Les SDF n’ont rien à voir là-dedans (sauf si le SDF en question est un banquier ou un PDG vraiment très avare de ses sous… là peut-être).

Ainsi, on nous exhorte de diminuer la natalité (pour essayer de diminuer la démographie du Québec) mais la natalité du Québec est déjà environs la plus basse du monde, et plus la démographie du Québec diminuerait, plus la moyenne de l’empreinte individuelle augmenterait, et ça ne ferait qu’augmenter son indice et il faudrait donc diminuer encore plus la natalité. Encore un truc absurde à sa face même et en plus, la natalité est compensée par l’immigration et ne change presque rien à la démographie.

On retient toujours de M. Dutil sa défense des riches et du système capitaliste et la culpabilisation des pauvres et des parents. C’est dommage de présenter les choses de cette façon, pas seulement à cause que c’est erroné et bourré de sophismes, mais parce que c’est anxiogène (donc ça pèse sur le système, les soins de santé, ect.) et ça nuit à l’enthousiasme et au volontariat qui devrait nous unir et nous animer en ce moment crucial et unique de l’Histoire pour éviter le pire à notre monde.“

Yvan Dutil : “Monsieur Fournelle, votre analyse est fondamentalement erronée.

En partant, le gros de l’empreinte écologique, c’est la bouffe et les bâtiments. Regardez autour de vous, c’est très clair.

Quand on vit à la campagne, on a une empreinte écologique à peu près 4 fois supérieure à quelqu’un qui vit en ville. La raison est qu’il faut plus d’infrastructure par personne et que le déplacements sont plus longs.

Le reste de votre discours vise à protéger votre idéologie et c’est du signalement de vertu.“

Le rôle du Pacte pour la transition, Gilles Gagné, professeur de sociologie retraité de l’Université Laval, Québec, 9 mars 2019

Toute réduction du niveau global de la consommation qui viendrait simplement de la rareté et des prix serait traduite presqu’automatiquement par le marché en un accroissement des inégalités, un accroissement qui peut rapidement tourner à la catastrophe, comme on en a vu l’amorce en France, si l’État lui-même entreprend d’appuyer par des taxes régressives la pression des prix sur les bas revenus. D’où la rhétorique «contractuelle» du Pacte qui met dans la bouche des signataires un engagement «à faire leur part», mais en contrepartie d’un engagement structurant de l’État à assurer la progressivité des efforts collectifs et le caractère systématique de ceux-ci. (…)
La croissance a été depuis deux siècles à la base de l’acceptabilité sociale des inégalités sociales parce qu’elle a rendu possible le relèvement, en valeurs absolues, du niveau de vie des plus pauvres. La fin de la croissance, qui viendra par des catastrophes ou par des décisions, poussera les sociétés capitalistes à refaire ce chemin dans le sens inverse et à réduire d’abord le niveau de consommation de ceux qui sont au bas de l’échelle. Et cette pression «marchande» aura des effets aussi bien à l’échelle des conflictualités globales qu’à celle des solidarités locales, accroissant les unes et réduisant les autres. Ni le marché, ni la charité, ni la technique, ni les religions, ni la science ne seront en mesure d’obvier par elles-mêmes à cette destruction du monde humain par les «dispositifs» qui nous gouvernent et c’est sur ce fait que prend appui le plaidoyer en faveur d’un reformatage du politique par les enjeux environnementaux. (…)

Cette situation illustre bien le fait que nous nous débattons au milieu de contractions qui rendent réversibles la plupart de nos arguments, la lucidité de l’un devenant la naïveté de l’autre, et vice versa. Depuis que la science a entrepris de nous convaincre de la réalité du changement climatique par des données probantes, (…)

Mais, plus fondamentalement, ce scepticisme croissant tient au fait que la science parle maintenant des deux côtés de la bouche et qu’elle promet simultanément des miracles et des hécatombes. Car songez-y: comment faire oublier que c’est la «science» elle-même qui nous a mené là où nous sommes, d’abord en nous transportant du «monde clos vers l’univers infini», ensuite en enseignant que la puissance technique de l’humanité était, par définition, la solution aux problèmes qu’elle engendre. Quand vous parlez graphiques, équations, statistiques et indicateurs, toutes choses précieuses et nécessaires il va sans dire, vous parlez forcément comme si «la crise des sciences européennes» (Husserl) n’avait pas eu lieu et comme si tout le 20e siècle épistémologique n’avait pas été une longue réflexion critique sur la nature de cette science moderne qui promettait de nous faire maîtres et possesseurs de la nature. A tel point que l’idée de la vérité scientifique, accueillie d’abord comme forme universalisable du rapport au monde, nous est apparue récemment comme un archipel d’éclaircies locales rendues possibles par une civilisation plus prompte à plier le monde à ses besoins qu’à y trouver une raison de les limiter. La valeur contemplative de la connaissance scientifique moderne (l’Harmonices Mundi de Kepler), de même que son aptitude présumée à rassembler les esprits dans la vérité, ont été dénoncées par le tribunal de la puissance opératoire du 20e siècle comme étant des aspirations infantiles de la civilisation scientifique, si bien que c’est maintenant la simple capacité d’intervenir dans le monde d’une manière efficace qui sert de critère pour arbitrer la compétition des paradigmes qui s’arrachent les fonds de recherche. (…)

Or, c’est précisément cette forme délirante – technoscientifique – de la science qui fait obstacle aux efforts de connaissance qui sont les vôtres. Pendant que l’on assomme le public avec les miracles inimaginables qu’il faudrait attendre du génie-génétique, de l’intelligence artificielle, des nanotechnologies et du numérique sous toutes ses formes, pendant que l’on presse les citoyens à faire confiance une fois de plus (et peut-être une fois de trop) à la capacité scientifique d’arracher à la planète, à la nature, au travail, à l’univers ou à l’esprit lui-même de quoi satisfaire tous les fantasmes, vous postulez de votre côté qu’une description scientifique plus précise de la fin de ce monde serait mieux en mesure d’en faire comprendre l’imminence! Comme si la science pouvait en même temps promettre le paradis sur terre et décrire avec précision l’enfer qui s’en vient pour appeler les damnés au repentir? Honnêtement, je suis prêt à espérer que vous avez raison mais je crains que nous n’en soyons plus là. De part et d’autre, c’est la science qui se dit et se dédit du même souffle, qui montre la corne d’abondance au bout de la prochaine innovation puis qui prouve que l’enfer se tient juste derrière la somme des gadgets. La technoscience est l’allié principal du capitalisme d’innovation et il est devenu grâce à cette alliance le parrain de nos institutions universitaires. Même les départements de «sciences» religieuses veulent leur part du financement destiné aux pratiques innovantes alors que la «science» économique veut mettre un prix sur la biodiversité, sans doute pour envoyer la facture aux chasseurs d’aurochs de la fin du Moyen-Âge. Voilà pourquoi, cher Harvey Mead, on distribue des prix scientifiques dans l’indifférence générale et voilà pourquoi le cynisme qui accueille l’attribution du Nobel de la paix à des va-t’en-guerre montre son nez quand on couronne de la même manière (c’est-à-dire avec l’argent d’un fabriquant d’armes) la chimie des plastiques, le génie génétique ou la rationalité économique de l’esclavage. L’épuisement de la croyance à l’égard des révélations scientifiques est une forme de désertification des esprits qui résulte de la surexploitation de la confiance du public; et la formation d’une planète du scepticisme (ou de la damnation assumée) fait partie de la crise écologique.

Le géopolitologue : Bastien Alex | Les Armes de la Transition, LVSL, 17 mars 2019

le changement climatique n’est pas un problème environnemental, c’est un problème politique. Je dis toujours que c’est un problème doublement global. C’est un problème global à la fois sur le plan spatial – les émissions de gaz à effet de serre sont dans l’atmosphère, qui est un bien commun, même si vous êtes un pays qui n’émet pas de gaz à effet de serre. Et puis, au sens plus littéral, c’est un problème englobant, multidimensionnel, puisque ça altère l’atmosphère, la biosphère, etc. Ça va concerner également l’économie, puisqu’on sait très bien que les émissions de gaz à effet de serre proviennent du modèle de production de richesses capitaliste, qui consomme énormément de richesses, notamment les ressources en hydrocarbures dont la combustion provoque l’émission de gaz à effet de serre, donc c’est un problème énergétique. (…)
un problème sanitaire parce que ça va soulever des enjeux de santé, de propagation des épidémies. (…)

un problème politique parce que son traitement au niveau international nécessite des discussions au plus haut niveau dans le cadre des COP – les conférences des parties – ou s’exercent des rapports de forces puisque les États qui y participent n’ont pas du tout les mêmes intérêts. Évidemment, une négociation est toujours le produit de rapports de forces, c’est évidemment le produit des lignes rouges de chaque partie qui négocie, et ça, c’est toujours un élément politique. Donc le changement climatique est doublement global de ce point de vue, et c’est bien – non pas un problème environnemental uniquement, mais bien un problème politique. (…)

le changement climatique est aussi un multiplicateur de menaces, ou un amplificateur de risques. Ça veut dire que, par ses impacts, il va, encore une fois, exacerber certains paramètres de la conflictualité existants, potentiellement en créer de nouveaux… (…)

la troisième chose, c’est ce que mes collègues Amy Dahan et Stéphane Foucard ont appelé « le schisme avec le réel ». C’est-à-dire que le climat est traité de manière cloisonnée dans des enceintes, notamment onusienne, sans que jamais on ne tente de faire le lien avec les problématiques principales, qui sont énergétiques et économiques. Et donc l’objectif général de mes travaux, en tout cas ce que j’essaie d’apporter dans les articles que je peux écrire, c’est cette vision de ce que j’appelle, non pas le « schisme avec le réel », mais « l’indépassable écueil de l’incohérence ». C’est-à-dire, comment mettre en cohérence l’ensemble de nos politiques. (…)

en 2015, l’Europe a supprimé la politique des quotas laitiers. Ça a provoqué une surproduction en Europe, puisque les producteurs de lait se sont précipités sur cette occasion pour exporter plus. Donc, les prix du lait ont baissé. Ça a profité davantage aux laiteries plutôt qu’aux agriculteurs, qui ne sont pas devenus plus riches malgré la suppression de ces quotas. Les surplus de production sont exportés vers des marchés en croissance, comme la Chine notamment, qui est un pays qui consommait assez peu de lait, mais qui le fait de plus en plus. Et ce qu’on a constaté, c’est que ces surplus sont aussi exportés vers des territoires comme l’Afrique subsaharienne, à travers des produits type « lait en poudre » – qui se conserve mieux, considérant les conditions et la rupture de la chaîne du froid. À travers cette politique, on se rend compte que l’émergence d’un secteur laitier agricole dans des pays comme le Sénégal, par exemple, est concurrencée par les exportations européennes.(…)

Le problème, c’est que l’Union Européenne, par ses politiques de développement, va aussi soutenir l’émergence d’une filière laitière dans ces pays-là. Donc, on a d’un côté des politiques qui vont détruire une filière que d’autres essaient, en même temps, de la soutenir. Et ça, ce n’est pas possible. Et là où je boucle avec mon sujet, c’est que si on ne permet pas aux agriculteurs du Sahel de conserver des moyens de subsistance, et de vivre du fruit de leur travail, on sait que ces gens peuvent être amenés à participer à des mouvements insurrectionnels, ou à des entreprises terroristes. Non pas par adhésion pure aux discours des radicaux ou des islamistes, mais tout simplement, parce qu’au bout d’un moment ce sont les seuls qui paient, et que, quand on a un foyer à faire vivre, on est bien obligé de trouver des solutions. (…)

ce que la géopolitique m’a appris aussi, c’est qu’il faut être aussi capable d’enlever ses lunettes de Français ou d’Européen, ou d’ouest européen, et de réfléchir à la manière dont on est perçu, et à la manière dont nos actions sont analysées à l’extérieur de la France. C’est ça aussi qui nous permet de bien saisir les enjeux, et de bien nous positionner pour ne pas, à chaque fois, accuser les uns et les autres de défendre leurs intérêts, alors que c’est ce qu’on fait de toute façon et, de mon point de vue, d’une manière pas suffisamment assumée. On peut le faire, mais il faut l’assumer et non pas se cacher derrière des principes.

Jean-Marc Jancovici : « on ne peut plus éviter la totalité des claques » (Interview), Mr Mondialisation, 2 mars 2019

“Les claques ? On ne les évitera plus… Échanges sans langue de bois avec Jean-Marc Jancovici, nommé en novembre dernier au Haut conseil pour le climat, ingénieur et co-fondateur du cabinet de Conseil Carbone 4. Le scientifique, au discours très pragmatique, a été parmi les premiers en France à médiatiser le risque que représente la déplétion des ressources fossiles. Dans l’interview qui suit, il nous explique pourquoi les enjeux énergétiques sont au cœur du débat à propos de l’avenir de notre société.”
Selon L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), nous avons passé le pic d’extraction de pétrole conventionnel en 2008. (…)
toute l’histoire des Hommes, qui est une transition énergétique ininterrompue, a consisté à passer vers des énergies plus simples d’emploi, avec plus de potentialités, qui sont plus faciles à déplacer et à stocker, avec plus de densité de puissance et qui nous permettent de nous affranchir plus facilement des contingences locales et temporelles. Nous sommes ainsi passés de l’usage des muscles à celui du bois, des animaux de trait, des esclaves, des moulins à vent et à eau, du charbon et enfin à celui du pétrole. (…)

Le gaz se stocke moins facilement et le nucléaire est moins commode parce que beaucoup plus concentré et a donc moins de souplesse d’utilisation – on ne transporte pas une centrale nucléaire dans sa voiture – ce qui impose une nouvelle rigidité. Les nouvelles énergies renouvelables représentent encore une dégradation, car non pilotables et très intensives en matériaux, notamment en métaux. (…)

passage de l’approvisionnement mondial en pétrole conventionnel par un pic, pic que le pétrole dit de schiste a pour l’heure permis de compenser. C’est cet élément qui a causé le ralentissement économique qu’on a constaté en 2008 et dont on n’est toujours pas sortis – et dont on ne sortira pas à mon avis -, qui a provoqué la crise financière et celle de subprimes. L’évènement a incité à se reporter sur des sources moins bonnes que le pétrole « conventionnel », comme le pétrole dit de schiste et les sables bitumineux, mais qui n’ont pas la caractéristique du pétrole « conventionnel » en termes de facilité d’extraction. Ils présentent une pénalité énergétique plus élevée, ce qui signifie que le retour sur énergie investie pour ces pétroles est moins bon. (…)

si on veut remplacer un système électrique centralisé quel qu’il soit (charbon, gaz ou nucléaire) par un système non pilotable, avec les capacités de stockage qui vont avec, on se rend compte que ça demande entre 5 et 40 fois les investissements du système centralisé, et une consommation de ressources non énergétiques (métaux, ciment, espace au sol) multipliée par un facteur voisin, ce qui est hors d’atteinte. (…)

l’économie compte avec les euros ce que la physique compte avec les kilowattheures, c’est-à-dire la transformation. Quand vous avez une valeur ajoutée en économie, c’est que vous avez transformé quelque chose, et la physique vous dit qu’il y a une unité de compte pour la transformation, qui s’appelle l’énergie. L’énergie, par définition, c’est donc une quantification de la transformation de l’environnement. (…)

Si vous n’avez pas assez de pétrole, vous n’avez pas assez de transports, et l’économie se contracte. Les premiers à perdre leur emploi sont en général les moins qualifiés, ceux qui gagnent le moins, et ils vivent là où le foncier est le moins cher, c’est-à-dire loin des villes, où ils sont dépendants de la voiture pour se déplacer. Si l’économie se contracte par manque de pétrole, ces gens-là sont soumis à une double peine, d’abord ils sont éjectés du monde du travail avant les autres et ensuite les déplacements leur deviennent moins accessibles. Le mouvement des gilets jaunes est parfaitement cohérent avec ce qu’il se passe de manière globale. (…)

on va rencontrer de grandes difficultés à concilier questions sociales et questions environnementales ?

Jean Marc Jancovici : C’est évident que oui, c’est pour cela qu’à chaque fois qu’il y a des gens qui m’expliquent qu’on va faire du « développement durable », donc plus de social et plus d’environnement en même temps, je dis que ça va être très compliqué. Ce qu’on peut améliorer dans une situation globale de contraction de l’économie, c’est l’équité, c’est-à-dire qu’on « ratiboise » plus vite les riches que les pauvres, mais l’idée qu’on va donner plus aux pauvres et dans le même temps régler les problèmes d’environnement, malheureusement, d’un point de vue physique, on ne va jamais y arriver. (…)

Dans les alternatives aux fossiles, vous n’en avez que trois : économiser l’énergie, utiliser des renouvelables et utiliser du nucléaire.(…)

Dans l’esprit des gens, le plus sympa est d’utiliser les renouvelables, puisqu’on ne se prive pas des consommations et ça ne suppose pas d’avoir des centrales nucléaires dont les gens ont très peur – pas nécessairement à raison de mon point de vue. Basculer massivement vers les renouvelables fonctionne bien si vous êtes dans un pays dans lequel vous n’avez pas de problème d’espace et plein de montagnes avec de la pluie.(…)

En pareil cas, vous pouvez construire plein de barrages, et faire pousser plein d’arbres pour utiliser plein de bois, et vous en sortir à peu près. De bons exemples sont la Suède ou encore la Norvège : peu d’habitants sur beaucoup de surface, avec beaucoup de forêt et de montagnes arrosées. En revanche, quand vous êtes en Belgique, densément peuplée et plate, là vous pouvez oublier les ENR, parce que tout ce qu’il vous reste c’est le soleil et le vent, c’est-à-dire des termes marginaux au regard de notre consommation actuelle. Le solaire et le vent seront encore plus compliqués à maintenir que le nucléaire dans une société lowtech. Si ces énergies sont renouvelables, les dispositifs de capture et la gestion de l’intermittence ne le sont absolument pas. Il faut de la métallurgie, de la chimie, et une industrie mondialisée pour les avoir pour pas cher. Avec les métaux dont nous disposons en France, on ne réussira pas à fabriquer tout cela de manière locale. (…)

Le grand paradoxe, c’est que le nucléaire a besoin de moins d’importations et de moins de high-tech pour fonctionner correctement. Il y a beaucoup moins de matériaux composites dans un réacteur un peu rustique que dans une éolienne ou dans un panneau solaire. Il est vrai que l’on a besoin d’un peu d’hydrocarbures pour aller chercher de l’uranium dans la mine, mais beaucoup moins, par kWh, que pour faire du solaire stocké. (…)

Pour ce qui est de la résilience dans un contexte économique défavorable, prenons un exemple qui est important à mon sens. En 1986, en Ukraine, il y a un réacteur qui a fait des choses qu’on n’attendait pas vraiment de lui, ce qui a provoqué l’accident de Tchernobyl. Depuis, l’Ukraine a doublé sa production nucléaire, dans un pays qui s’est pourtant effondré économiquement après la chute du mur, et qui a vécu ces dernières années dans un état de quasi-guerre. Pour le moment – bien évidemment, ce n’est pas un gage pour l’avenir – il n’y a pas eu d’accident, et ce en dépit du contexte. L’idée que le nucléaire est nécessairement incapable de résister à une contraction forte du PIB n’est donc pas accréditée par cet exemple grandeur nature. (…)

La solution technologique a un énorme avantage, c’est qu’elle ne présuppose pas d’embêter le consommateur. Pour illustrer, l’équation de Kaya montre que (1) plus il y a d’êtres humains, plus on émet, (2) plus il y a de PIB par personne, plus on émet, (3) plus il y a d’énergie par unité de PIB, plus on émet, (4) et plus il y a de CO2 par unité d’énergie, plus on émet, sachant qu’il y a des liens entre tous ces termes
. (…)
Il existe donc quatre façons de faire baisser les émissions. Baisser la population est « physiquement » possible, mais c’est à l’évidence une mesure assez fortement coercitive pour l’ensemble de la population ; Baisser le PIB par personne est aussi physiquement possible, et aussi contraignant pour l’ensemble de la population. Baisser la quantité d’énergie par unité de PIB, par contre, suppose d’embêter uniquement les ingénieurs, ce qui est évidemment bien plus sympathique d’un point de vue politique. Le discours peut se contenter de dire « il appartient aux ingénieurs de faire des choses plus efficaces », ce qui ne contraint pas la consommation dans son ensemble. On peut enfin baisser le CO2 par unité d’énergie, ce qui pousse au développement des ENR – comme le nucléaire est rejeté par la population – ainsi qu’à la séquestration du CO2. Cette action relève également des ingénieurs, et ne suppose d’embêter qu’une petite partie de la population. On n’embête pas le consommateur selon le nombre de canapés qu’il achète. (…)

En démocratie, c’est très intéressant de n’embêter qu’une toute petite partie de la population, parce que ça vous aliène que peu d’électeurs. Donc les discours démagogiques sont toujours centrés sur l’efficacité et les renouvelables, et n’évoquent jamais les deux autres marges de manœuvre que sont la population et la consommation par personne.

La transition énergétique nécessite un effort de guerre, Les infiltrés, 26 sept 2018

“La transition énergétique, l’urgence climatique, la contradiction entre protection de l’environnement et capitalisme, tout ceci a de nouveau fait l’actualité en France il y a un mois avec le départ de Nicolas Hulot, et son constat d’échec et d’incapacité à faire prendre conscience de l’enjeu à ses collègues du gouvernement.

Ces sujets nous sont chers et nous souhaitons leur faire une place importante sur ce blog, pour réfléchir avec vous à la construction de modèles alternatifs qui tiendront compte des contraintes environnementales. Ça tombe bien, nous avons été contactés par un chercheur dans le domaine des énergies renouvelables, qui nous a proposé une première contribution pour lancer la série !

Il analyse la possibilité technique et financière à long terme et au niveau mondial d’un mix entièrement renouvelable pour couvrir tous les usages énergétiques (électricité, transport, froid, chaleur). Les hypothèses prises, issues d’une étude récente américaine, peuvent bien entendu être discutées, mais les conclusions sont très intéressantes et de nature à lancer la réflexion sur cette thématique.“

Bientôt la fin de la croissance, Maxence Cordiez, 15 aout 2018

“La contraction énergétique, due à l'épuisement des ressources fossiles et à l'augmentation de la demande de par le monde, entraîne une diminution de la croissance du PIB par habitant dans les pays occidentaux.”
Si nous ne voulons pas que nos sociétés souffrent d'une récession subie, il est urgent de reconsidérer notre modèle économique (notamment la répartition des richesses) afin de conserver la paix sociale. La réduction des inégalités peut ainsi atténuer les effets de l'appauvrissement moyen inhérent à une récession.(…)
Nous devons également améliorer l'efficacité énergétique et réduire notre consommation. La sobriété mènera aussi à une récession, mais dans laquelle nous pourrons choisir ce que nous sommes prêts à abandonner et ce que nous souhaitons conserver. Sinon, c'est la pénurie énergétique qui réduira de façon forcée notre consommation par un autre mécanisme : la pauvreté. Dans ce cas, nous subirons cette pénurie et il sera trop tard pour choisir ce que nous souhaitons garder.

La transition, vite !, Jancovici et Auzanneau, 28 nov 2018

“Tous les outils pratiques pour réussir la transition énergétique sont pourtant là, à portée de main. Les plus efficaces ne coûtent que du courage politique. Mieux, une transition intelligente rapportera de l’argent et des emplois aux Français. D’abord en réduisant leurs dépenses de mobilité et de chauffage. Ensuite, en soulageant la balance commerciale française (puisque nous importons tout notre pétrole), ce qui sera directement créateur d’emplois.”
Des investissements publics ciblés dans le bus, le train, le vélo, le covoiturage local, peuvent faire baisser de plusieurs centaines d’euros par an les budgets de transport, en particulier pour ceux qui vivent loin des centre-ville, et subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe. Idem pour l’aide publique aux travaux d’efficacité énergétique, dont les premiers bénéficiaires seront ceux qui habitent des « passoires énergétiques ».(…)
Sans un plan d’action dont la colonne vertébrale est la baisse continue de notre consommation de pétrole, de gaz et de charbon, la transition écologique est vouée à l’échec. Cet échec nous conduit tout droit au chaos climatique, à la raréfaction des ressources, et à toutes les misères humaines qui viendront avec. Les « gilets jaunes » en portent l’avertissement : ils sont nos lanceurs d’alerte.(…)

Les taxes sur les carburants devraient rapporter l’an prochain 37 milliards d’euros, contre 33 cette année, à cause principalement de l’augmentation de la taxe carbone. Quelle part de ces recettes est destinée à encourager la baisse de la consommation d’énergie ? Moins de 2 milliards d’euros. Pourquoi les « gilets jaunes » ne jugeraient-il pas que l’écologie est un prétexte pour leur faire les poches ?

Plus de 5 milliards de recettes des taxes sur les carburants – de loin le premier poste de dépense de la transition énergétique – vont financer éoliennes et panneaux photovoltaïques, qui n’aident en rien à sortir des énergies fossiles. En effet, l’électricité française est déjà largement décarbonée, grâce à nos centrales nucléaires et à nos barrages. Pourquoi ne pas utiliser cet argent pour financer la fin des chaudières au fioul, et aider massivement les plus modestes à avoir un logement bien isolé du froid ?(…)

Pourquoi ne pas aider les « gilets jaunes », et au fond tous les automobilistes, à acheter des véhicules vraiment plus économes en carburant, en imposant des malus bien plus substantiels sur les plus grosses cylindrées ? Pourquoi ne pas annoncer qu’en 2022, au terme de ce mandat présidentiel, la France n’autorisera plus la vente de voitures neuves consommant plus de 5 litres aux cent ? Et qu’est-ce qui empêche d’ici là d’interdire la publicité pour les véhicules les plus voraces ?

Quelles actions après les marches pour le climat ? Vincent Mignerot, 18 mars 2019

La seule “action”, pour un humain vivant dans un pays riche, qui pourrait avoir un éventuel effet positif sur l’avenir climatique serait qu’il réduise ses revenus pour atteindre aussi vite que possible un niveau proche du RSA, que plus jamais il n’ait de revenu plus élevé et qu’il ne fasse pas appel à la sécurité sociale ou à une quelconque assurance collective lorsqu’un problème survient (santé, habitation, accidents divers). Si ce programme paraît trop ambitieux, il s’agirait dans tous les cas de bénéficier de moins d’avantages et d’être moins riche chaque jour, pour toujours. Et ce sans oublier que ce type d’effort pourrait ne pas être fourni par d’autres, qui profiteraient alors des avantages et richesses potentielles laissés libres (emplois, biens matériels, ressources diverses inexploitées), ce qui annulerait au final les résultats vertueux pour le climat ou l’écologie en général.(…)
envisager une issue écologique en confondant les moyens et les causes paraît hautement hasardeux, voire risqué. La cause de nos problèmes n’est par exemple ni l’État ni le capitalisme, qui sont des moyens mis en œuvre pour servir la cause réelle de ces problèmes, qui est notre niveau de vie global (le flux d’énergie et de ressources qui traversent nos sociétés), obtenu grâce à ces moyens déployés afin d’optimiser l’exaction écologique dont nous profitons tous. L’État et le capitalisme sont des outils développés à l’échelle de ce que nous les soutenons par nos revenus, nos choix de consommateurs et, surtout, par les systèmes d’assurance et différents acquis sociaux que nous ne voulons plus perdre (…)

Une promesse qu’on ne peut pas tenir est tout autant toxique, qu’elle provienne du haut ou du bas de la société. La jeunesse aujourd’hui se trompe de cible en attaquant “le système”. Cette jeunesse est le système, comme tout un chacun. Même mal, même en mauvaise santé ou en souffrance psychologique, aucun de nous n’existerait sans l’exaction écologique globale, portée par des États puissants et un système économique qui n’est que le prolongement de notre avidité commune, y compris dans la pression qu’État et capitalisme exercent sur ceux qui souffrent le plus des excès et dérives morales que nos niveaux de vie impliquent.(…)

C’est à notre angoisse existentielle que nous devons nous confronter, qui expose à une insupportable double peine : vivre malgré tout, en assumant par soi-même que la vie humaine n’est jamais neutre pour le milieu naturel (voir mon intervention à Sciences Po Reims sur ce sujet). Rejouer perpétuellement le conflit interne, celui-là même qui, en effet, a fait acquérir des avantages à l’humanité au détriment du vivant nous expose, désormais que les possibles économiques se réduisent, à augmenter la souffrance globale, sans réduire l’impact écologique pour autant.(…)

Des propositions politiques existent pourtant pour la suite. Mais nous ne voulons pas les accepter. Les sociétés qui géreront le mieux leur déclin tout en maîtrisant à la fois la rivalité avec d’autres sociétés et leur propre impact écologique sont celles qui réapprendront notamment à gérer le sacrifice, collectivement et dans la minimisation de la souffrance. Mais le sacrifice malgré tout.(…)

les élites, en place ou en devenir émettent des “récits positifs” autour de l’écologie afin de rendre invisibles les individus et communautés qui souffrent déjà, et de ne pas assumer ces sacrifices qu’elles souhaitent voir d’autres faire à leur place. L’anticapitalisme fait partie de ces récits. Il permet une défausse qui disculpe facilement mais artificiellement, il peut augmenter les tensions sociétales et dans tous les cas ne répond à aucune de nos questions existentielles. Comme c’est le cas depuis l’apparition de l’anticapitalisme.

An Audacious Toolkit: Actions Against Climate Breakdown Part 1, Julia Steinberger,Dec 18, 2018


Entretien: Renaud Vignes “Quelle alternative économique face au chaos?”, L'Inactuelle, 31 janv 2019

La recherche d’un nouveau compromis entre deux mondes qui sont en train de se séparer ne peut se faire qu’à travers des réalisations concrètes, car les liens propres à unir un peuple ne se forment jamais de façon abstraite. Ce qui unit concrètement les citoyens se trouve dans la proximité : c’est un ciment qui se ressent quotidiennement, et qui se transmet. Les grandes idées viennent ensuite. Pour remettre l’État à l’endroit, il faut d’abord donner la priorité aux politiques locales. Ce n’est qu’à ce niveau que les grandes transformations qui vont pouvoir être mises en œuvre procéderont de la société civile. En la matière, nous savons que l’association de toutes les composantes de la société, depuis le citoyen jusqu’à la collectivité locale, est bien plus efficace pour opérer de grandes mutations.”

Fermes de Figeac : un cas de réveil des territoires à méditer, CitizenLab, 24 fév 2019

Dans un territoire rural isolé, une petite coopérative agricole a refusé le déclin. Avec persévérance et imagination, elle a réinventé son agriculture et son territoire. L’avenir des territoires n’est pas compromis, il pourrait même servir de socle à un redressement national de type bottom-up.”

Planting 1.2 Trillion Trees Could Cancel Out a Decade of CO2 Emissions, Scientists Find, Yale E360, Feb 20, 2019

There is enough room in the world’s existing parks, forests, and abandoned land to plant 1.2 trillion additional trees, which would have the CO2 storage capacity to cancel out a decade of carbon dioxide emissions, according to a new analysis by ecologist Thomas Crowther and colleagues at ETH Zurich, a Swiss university. ”

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