Ukraine

En guise d'accroche

Deux monologues parallèles. Imperturbablement parallèles, et hermétiques à tout fait sortant du cadre. Ce qui est peut-être la meilleure définition de l'esprit de guerre. Prenons par exemple deux informations, relativement indiscutables aujourd'hui. Première info : le régime de Kiev bombarde son propre peuple, faisant des centaines, des milliers peut-être, de victimes civiles, femmes, enfants, vieillards. En entendez--vous parler aux infos du matin ou au JT ? En voyez-vous les photos, insoutenables ? Deuxième info : oui, des soldats russes combattent clandestinement en Ukraine, avec un statut encore mal connu. En entendez-vous parler sur les blogs de Sapir et Berruyer ? C'est l'impossibilité de gérer ces deux informations en même temps, de leur donner le même statut, la même importance, de les considérer avec un esprit critique égal, de les admettre à égalité comme potentiellement vraies ou fausses qui, d'un 14 l'autre, définit l'état de guerre dans le têtes



Histoire et géopolitique mais pas que

L'Ukraine a été ainsi baptisée en 1187 d'après un mot slave qui veut dire «frontière» ou «marche».
Ce grand État en mal de visibilité s'étire de fait aux marges du monde russe, dont il a été le berceau, et à la jonction entre le monde orthodoxe et le monde catholique. Indépendant depuis 1991 seulement, il peine à trouver sa place entre un Occident attirant mais lointain et une Russie proche mais crainte.

La vague de manifestations qui secoue l'Ukraine depuis novembre 2013 a conduit à la destitution le 22 février du président Viktor Ianoukovitch. Cette crise est le symbole d'un clivage au sein de la population ukrainienne. Mais d'où provient ce tiraillement ?

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie.
L'Ukraine est loin d'en avoir fini avec la guerre civile qui l'anime depuis plusieurs mois. Cette violence s'explique par des événements traumatisants qui ont marqué l'Histoire des Ukrainiens.


David Mandel teaches political science at the Université du Québec à Montréal and has been involved in labour education in the Ukraine for many years.

"The Ukrainian conflict, like most political phenomena, is multi-dimensional and highly complex. As such, it calls for a holistic – dialectical, if you wish – approach. But to judge by American and NATO spokespersons and by their mass media, there is only one really decisive factor that explains everything: Russia's imperialism, Vladimir Putin's determination to dominate and further dismember the Ukraine as part of his plan to restore the Soviet empire. In this simplistic view, Ukraine, with benevolent support from the West, would be quite capable of dealing with its problems and would soon be on its way to becoming a prosperous, Western-style democracy.
My view is quite the opposite: the roots of the Ukrainian conflict are domestic and profound; outside intervention, while significant, is a secondary factor. Given limitations of space, I will, therefore, focus on the internal situation. But I will necessarily, if more briefly, also address the international dimensions of the conflict. This is also the more necessary since the Canadian government has been particularly zealous in its support for the Ukrainian government and in condemning Russia as solely responsible.
My goal is to offer a framework that can help in understanding and evaluating the mass of information about the conflict coming from governments and the media."


Ostriitchouk Olha, « Les dessous de la révolution ukrainienne », Le Débat 3/ 2014 (n° 180), p. 3-16
URL : www.cairn.info/revue-le-debat-2014-3-page-3.htm.
DOI : 10.3917/deba.180.0003

Olha Ostriitchouk est chercheuse post-doctorale à l’université d’Ottawa. Elle est l’auteur de Les Ukrainiens face à leur passé. Vers une meilleure compréhension du clivage Est/Ouest (Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2013). Dans Le Débat : « Des victimes du stalinisme à la nation victime. De la commémoration en Ukraine, 1989-2007 » (n˚ 155, mai-août 2009).

L'auteur décrit le détournement des manifestations de la place Maïdan par les partis nationalistes d'extrême-droite. Lire
Plan: D'un mouvement pacifique à une insurrection nationaliste violente
La stratégie "Svoboda"
Le mythe d'un Maïdan cosmopolite
Ressentiment et mobilisations mémorielles


Jean-Marie Chauvier :
"Olha Ostriitchouk revisite « les dessous de la révolution ukrainienne ». Elle le fait avec sa connaissance du pays (elle vient de la Galicie, à l'Ouest, mais n'ignore pas les sensibilités de l'autre Ukraine), des langues, de l'histoire, des imaginaires collectifs et des symboles, bref elle « voit », et entend des choses que, forcément, les reporters, les touristes…ou les militants avec leurs « grilles idéologiques » préconçues ne peuvent voir ni entendre. A la différence de nos médias, par exemple, l'historienne spécialisée dans la guerre des mémoires et de l'histoire, accorde une attention soutenue au rôle et aux agissements des nationalistes radicaux - dans l'organisation, l'encadrement paramilitaire, les prises de pouvoir violentes et, finalement, au sein du nouveau gouvernement. Un puits de nouvelles connaissances pour une « histoire de Maïdan » dépouillée de ses lectures mythologiques et des écrans de fumée des propagandes."  

Tatiana Zhurzhenko dirige le programme Russia in Global Dialogue à l’Institute for Human Sciences (IWM) de Vienne. De 1993 à 2010 elle a été professeur associé à V.N. Karazin Kharkiv National University. Elle est l’auteur de Borderlands into Borderd Lands : Geopolitics of Identity in Post-Soviet Ukraine (2010), et a contribué à History, Memory and Politics in Central and Eastern Europe (2013).
"À l’occasion des élections présidentielles ukrainiennes, la politiste Tatiana Zhurzhenko s’interroge sur la représentation politique en situation de conflit civil. L’état présent de l’opinion publique est difficile à évaluer, de l’intérieur comme de l’extérieur du pays, tandis qu’une guerre de l’information alimente peurs et rumeurs dans les régions du Sud et de l’Est de l’Ukraine."

"La chancelière maîtrise parfaitement la propagande par les médias. Au début ce fut l’«absence d’alternative» pour l’euro et son sauvetage. Maintenant elle reproche au président Poutine et aux Russes le retour à la «vieille façon de penser» du communisme soviétique, sa tendance à vouloir des «sphères d’influence», ce qui avait été abandonné il y a 25 ans, c’est-à-dire à la fin de la guerre froide, remplacé alors par un respect réciproque des intérêts et une coopération internationale, menée particulièrement par l’UE et les Etats-Unis. Depuis le début du conflit ukrainien, l’hiver dernier, cette façon de présenter la réalité est devenue une véritable rengaine de la propagande occidentale qui à tout prix veut rendre la Russie responsable de ce conflit et de son renforcement. Il est donc nécessaire de revoir les faits."

"Une fin prochaine du conflit sanglant en Ukraine n’est pas en vue, et il n’y a pas de signes de reconstruction politique ou économique du pays. Les leaders d’opinion dans les medias allemands accusent hle président russe d’être le seul coupable de ce qui arrive. Chaque fois que l’on s’interroge sur les origines historiques des horreurs actuelles, on met en avant l’impérialisme russe, depuis l’Empire tsariste jusqu’à la politique criminelle de Staline envers les Koulaks [classe paysanne aisée éliminée sous Staline, NdT]. Cette représentation de l’histoire est-européenne est cependant sélective et semble oublier que bien avant la Première Guerre mondiale, l’Ukraine était déjà convoitée par des puissances étatiques qui n’étaient pas la Russie."

les grandes puissances ont toujours la même tendance à avoir recours à la force pour faire avancer leurs intérêts, et à utiliser les opposants des autres pays dans cette voie. Elles exportent des « révolutions » et conduisent de cette manières des guerres par pays interposés. Pour la majorité des habitants des pays concernés, les conséquences sont dramatiques et l’indépendance nationale tant convoitée n’est jamais au rendez-vous.

Interview de Pascal Marchand, Géographe, professeur des Universités à Lyon II, spécialiste de la géopolitique de l'Europe et de la Russie.


L'Ukraine et la tentation de la guerre - Herodote.net 30 mai 2014 
"L'historien Emmanuel Todd a entrevu en 1976 la fin de l'URSS avec un essai au titre provoquant : La chute finale. Aujourd'hui, dans un entretien inédit avec Herodote.net, il prend à nouveau l'opinion à rebrousse-poil en annonçant la renaissance de la Russie et l'effondrement de l'Ukraine. Avec des chiffres que nos dirigeants auraient intérêt à méditer."

 Economie et Géopolitique mais pas que

Entretien avec Volodymyr Vakhitov
par Florent Guénard et Thomas Vendryes; traduit par Kate McNaughton

"Pour l’économiste ukrainien V. Vakhitov, les analyses de la crise politique ukrainienne exagèrent le poids de la tutelle russe. Le pays n’est pas aussi divisé qu’on l’affirme, partagé entre l’Ouest pro-européen et l’Est pro-russe. La révolte contre les autorités aujourd’hui est une protestation de grande ampleur contre un régime corrompu, qui confisque les richesses."

Traduction de la présentation par Jonathan Larson de l'interview de Sergei Glaziev

Alors que l'UE semble déterminée à sortir la Russie du monde néolibéral, elle a la possibilité d'essayer quelque chose de plus éclairé. L'occasion est certainement là. La Russie a une population avec un bon niveau d'étude et l'embarras du choix en matière de ressources naturelles. Donc, en théorie, il n'y a pas grand-chose qui fait obstacle à des niveaux historiques de prospérité ... En pratique ... Dans cette vidéo, nous entendons Sergueï Glaziev qui est présenté comme conseiller économique principal de Poutine. Et il a très certainement un point de vue intéressant. Il n'est pas, cependant, sans ses faiblesses analytiques - la plus évidente étant qu'il appréhende le capitalisme dans une perspective marxiste. Il commence avec l'analyse des cycles et des chevauchements structurels. Puis il affirme que les transformations technologiques proviennent généralement de la guerre, mais cette fois, nous avons des technologies humanitaires en coulisse pour que nous puissions éviter l'étape de la guerre. Il propose une zone commerciale de Lisbonne à Vladivostok et nous rappelle que l'État peut fournir la demande.Passant à une analyse historique plus précise, Glaziev affirme que la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide ont été positives pour les USA, et que, ce qui est différent maintenant, c'est que nous passons d'un cycle américain d'accumulation du capital à un cycle asiatique. Pour lutter contre cela, les USA fomentent la guerre en Europe pour maintenir leur hégémonie dans la bataille contre la Chine (Asie) pour obtenir des actifs bon marché grâce au chaos qui en résulte. La Russie est la victime de cette politique tandis que l'Ukraine est l'arme de choix. Brzezinski est le théoricien derrière cette folie géopolitique. L'Ukraine et la Russie partagent leur complexe scientifique et industrielle, mais l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE a cédé le contrôle économique à Bruxelles de tout ce qui important. Elle est donc maintenant une colonie. Le gouvernement de Kiev est maintenant nazi et son seul but est d'infliger autant de dégâts possible sur l'est de l'Ukraine. La guerre économique actuelle va faire perdre à l'UE des milliards d'euros à cause des sanctions exigées par les USA. La guerre froide anti-URSS transformée en russophobie fait que les dirigeants européens agissent contre leurs propres intérêts - l'Allemagne à hauteur de 200 milliards d'euros. Glaziev espère que de nouveaux jeunes leaders seront plus pragmatiques.Tout à coup, l'entretien devient très intéressant. Il affirme que la Russie doit cesser d'être dépendante vis à vis de l'extérieur. Il souligne que, pendant que la Russie a connu une croissance dépendante des investissements étrangers, de riches investisseurs russes font sortir du capital à l'étranger faisant perdre au pays 100 milliards de dollars chaque année.Glaziev affirme alors:
  • Nous devons prendre le contrôle de nos systèmes financiers et monétaires.
  • Nous devons restaurer notre capacité à élaborer une planification stratégique et des programmes de long terme.
  • Nous devons construire de nouveaux systèmes technologiques.
  • Nous devons construire notre propre politique macro-économique souveraine.

Alors est-ce que c'est l'homme qui pourra conseiller Poutine dans une quête d'un plein potentiel économique? Qui sait. Mais je suis raisonnablement certain que son conseil est nettement meilleur que ce que n'importe quel président américain a entendu depuis au moins Jimmy Carter.

Putin, sanctions and what is next - Analyst Mikhail Khazin - Ajoutée le 10 août 2014 YouTube

avec une longue revue de web sur la crise ukrainienne en fin de billet

 

Politique et géopolitique mais pas que...

Gare à ne pas désespérer la Russie - Joseph Savès Herodote.net 1er mars 2014
"Tandis que la crise ukrainienne menace la paix en Europe, notre éditorialiste Joseph Savès revient sur la genèse du conflit..."

Maintenant, bien malin qui peut dire le chemin qu'empruntera l'Histoire. On peut seulement être sûr de deux ou trois choses :
- Fort du total soutien de ses concitoyens et du redressement spectaculaire de la Russie après l'effondrement de l'ère Eltsine, Vladimir Poutine va tout mettre en oeuvre pour maintenir l'Ukraine dans l'orbite russe, avec sa brutalité coutumière et plus ou moins d'habileté,
- Le gouvernement américain va laisser pourrir la situation en veillant seulement à ce qu'elle ne dégénère pas, afin d'en cueillir les dividendes et d'assujettir complètement l'Europe à travers la réactivation de l'alliance militaire et un traité de libre-échange,
- Comme à son habitude, l'Union européenne va tergiverser, soufflant le chaud et le froid. Elle n'a pas tiqué quand le gouvernement ukrainien issu de l'insurrection de Maidan a enlevé au russe le statut de deuxième langue officielle, provoquant la colère des Ukrainiens russophones d'Odessa, de Crimée et du Donbass. Et elle a peut-être atteint le comble de l'impéritie en signant un accord d'association avec ce gouvernement, le 21 mars 2014, en pleine crise de Crimée, sans attendre l'élection d'un gouvernement légitime.

Nettoyage politique en Ukraine : des précisions | Par Jean-Marie Chauvier Mondialisation.ca, 26 juillet 2014


La crise ukrainienne est la faute des occidentaux, pas de Poutine - THE VINEYARD OF THE SAKER


UKRAINE: Un nouveau rapport de forces sur l’échiquier eurasien. | Par Jean-Marie Chauvier - Mondialisation.ca, 01 juin 2014  
"La victoire de Porochenko est aussi celle de l’Union Européenne, des Etats-Unis et de l’OTAN dans la confrontation avec la Russie. Les deux principaux candidats « pro-occidentaux » ont donc obtenu près de 70% des suffrages. Le choix de s’orienter vers l’Union Européenne, voire l’OTAN est massif, du moins à l’Ouest et au Centre du pays."
revue de web en fin de billet
Who’s Telling the ‘Big Lie’ on Ukraine? By Robert Parry | Consortiumnews September 2, 2014

"Exclusive: Official Washington draws the Ukraine crisis in black-and-white colors with Russian President Putin the bad guy and the U.S.-backed leaders in Kiev the good guys. But the reality is much more nuanced, with the American people consistently misled on key facts, writes Robert Parry."

Nous, les soussignés, anciens du renseignement américain, avons pris la décision inhabituelle de vous écrire cette lettre ouverte pour nous assurer que vous puissiez avoir l’opportunité d’être informée de notre vision des choses avant le sommet de l’OTAN des 4 et 5 septembre.

Faut-il nous battre pour Donetsk ? - Herodote.net 29 août 2014
"Après les manifestations de Maidan, à Kiev, à l'automne 2013, le nouveau gouvernement ukrainien n'a rien eu de plus pressé que d'ôter au russe, langue parlée par un tiers de leur population, son statut de langue officielle.

Et c'est avec les encouragements de l'Union européenne, de l'OTAN et de quelques intellectuels déphasés qu'il est entré en guerre contre les séparatistes russophones de Crimée et du Donbass, qui ne supportaient plus d'être traités en parias."

Les gens de Bruxelles (l'OTAN et la Commission européenne) s'y sont essayé en 2008 avec la Géorgie. Ils ont encouragé celle-ci à rompre avec Moscou et se rapprocher de l'Union européenne, voire entrer dans l'OTAN, en violation de la promesse faite en 1991 à Mikhail Gorbatchev, dernier chef d'État soviétique, de ne pas étendre l'alliance aux portes de la Russie. La tentative a fait long feu après que Vladimir Poutine eut brutalement ramené la Géorgie au bercail.
Hélène Carrère d'Encausse : «Poutine et Porochenko ne savent plus s'arrêter» | Figaro.fr, Publié le 01/09/2014 

"Le secrétaire perpétuel de l'Académie française Hélène Carrère d'Encausse analyse le jeu dangereux auquel se livrent Vladimir Poutine et Petro Porochenko en Ukraine, et expose le rôle que l'Europe pourrait remplir pour désamorcer la crise. Extraits."

Un conflit avec la Russie est-il possible dans le monde de 2014 ? - Géopolitique, le débat RFI samedi 6 septembre 2014
"Alors que la réalité de l'intervention militaire directe de la Russie en Ukraine ne fait aucun doute, la question est aujourd'hui de savoir si la tension entre la Russie et l'Occident risque de dégénérer."
L'émission est une synthèse éclairante des réalités de la crise ukrainienne loin des grands titres et des JT.

The Role of Russia and NATO in Ukraine's Civil War, Professor David Mandel itw (1/2) - Real News NetworkSeptember 8, 14
David Mandel teaches political science at the Universite du Quebec a Montreal. He specializes in countries of former Soviet Union, especially labour. For many year has been involved in labour education in Russia, Belarus, and Ukraine, where he visiting this summer. David is the author of many articles and books, among which is Labour after Communism (Black Rose Press, Montreal, 2005).
Professor David Mandel says "the bloodshed in Ukraine should weigh on the conscience of the west and NATO" and "Foreign intervention would not play a significant role in Ukraine if the country was not so deeply divided"

Since 1991, the political elites and the new capitalist class have exacerbated nationalist passions and divided the country among ethnic and linguistic lines in order to pillage the country.

...


The Farewell of Slavyansk, a Documentary by Alexander Kots and Dmitry Steshin - YouTube

"Hier, Perviy Kanal, la première chaine de télévision russe, la plus regardée - 250 millions de téléspectateurs - a rapporté, pour la première fois, la mort de soldats russes en Ukraine..."

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