Sommes nous coopératifs ou compétitifs ?

Libre traduction non autorisée du billet "Sommes nous coopératifs ou compétitifs ?" par Sandra Aamodt
publié le 15 octobre 2012. (les accentuations sont miennes)


Coopération vs compétition, leurs relations risquent de vous surprendre


Tondre la pelouse d'un voisin âgé ou donner de l'argent pour les victimes d'un désastre à des milliers de kilomètres, nous sommes l'une des espèces les plus coopératives sur la planète. Nous aidons non seulement nos proches mais aussi des inconnus ou du moins certains d'entre eux. Du point de vue de l'évolution, ce comportement est déroutant car le fait d'aider des gens à qui nous ne sommes pas reliés a un coût certain et un bénéfice aléatoire. Les écologistes du comportement pensent que la coopération résulte d'une stratégie compétitive car les groupes de gens qui coopèrent peuvent obtenir des avantages importants dans la compétition avec des groupes moins coopératifs, c'est ce qu'explique Stuart West.



La question intéressante n'est pas tant de savoir si "l'état naturel" de notre espèce est la coopération ou la compétition - nous avons les deux tendances à profusion - mais plutôt de savoir comment ces comportements interagissent et quelles conditions favorisent l'un plutôt que l'autre. Agustin Fuentes en étudiant la violence humaine, conclut que l'empathie et l'agression font toutes deux partie de notre boîte à outils adaptative. Une des formes les plus intenses de conflit humain ce sont les guerres à grande échelle qui illustrent bien le principe qu'une compétition réussie nécessite une large coopération à l’intérieur d'un groupe.

La cause finale de la bienveillance humaine semble être que les personnes gentilles ont plus de succès en amour que les personnes méchantes (contrairement à une croyance populaire). Mais la motivation la plus immédiate pour la plupart d’entre nous c'est l'empathie c'est à dire la capacité à comprendre et à s'occuper des sentiments de notre entourage. Prendre soin des autres fait partie de notre héritage de mammifère et les être humains ont une grande capacité à cela. Aider les autres semble être notre comportement par défaut dans le sens où nous aurons plus tendance à cette attitude quand nous n'avons pas le temps de réfléchir à une situation avant d'agir. Après un conflit, nous et les autres primates - y compris nos proches parents les chimpanzés célèbrent pour leur agressivité - usent quantité de façons pour se réconcilier et réparer leurs relations.

La manière dont nous regardons nos tendances coopératives versus celles qui sont compétitives a des implications concrètes importantes sur comment nous organisons notre paysage social. Est ce qu'une société sans fort gouvernement est sujette à l'anarchie et à l'exploitation comme Hobbes le soutenait? Ou devrions-nous croire les libertariens qui affirment que la libre poursuite de notre égoïsme est à l'origine du progrès humain. Aucun de ces point de vue ne s'aligne avec notre connaissance des débuts de l'histoire humaine. Les tribus de chasseurs-cueilleurs que les anthropologues ont étudié, s'appuient sur un système social appelé égalitarisme radical visant à réguler la coopération et la compétition. Les gens qui refusent de contribuer au bien commun ou qui tirent profit des autres sont méprisés et exclus du groupe ou même dans certains cas ils sont tués.

Les signaux de réputation - y compris les potins - sont cruciaux pour l'application d'un bon comportement dans ce système et probablement aussi dans les sociétés modernes. Le défaut majeur de nos systèmes sociaux coopératifs c'est le problème du passager clandestin : les tricheurs peuvent obtenir des avantages grâce aux efforts des autres personnes sans faire aucune contribution significative de leur part. Une façon de décourager de tel comportement est de punir ceux qui sont pris à tricher. La plupart d'entre nous sommes offensés par l'injustice ressentie. A travers les cultures les êtres humains ont une forte tendance à dénoncer, traiter honteusement et à se venger des tricheurs, avec un coût pour eux-mêmes même s'ils n'ont pas été directement lésés par le comportement blessant.

En conséquence, la plupart du temps nous agissons équitablement à l'égard des gens que nous ne reverrons jamais. Nous abandonnons des avantages potentiels concrets pour nous et nos familles en échange de gains abstraits en terme de réputation et de position morale. Ce comportement nous oblige à dépasser nos instincts sociaux les plus anciens à nous occuper de nos familles avant tout le reste; cette attitude dépend énormément de la culture. A travers le monde, l'équité envers les étrangers est plus fréquente parmi les gens qui sont habitué à un économie de marché, celle-ci renforce l'importance de traiter les gens en accord avec ces règles morales abstraites, explique Joseph Henrich.

Cependant, tout le monde ne peut être "pensé" comme méritant un bon traitement. Susan Fiske  décrit que nous sommes enclins à considérer les gens en dehors de notre propre groupe comme moins humains, elle propose des moyens d'augmenter notre intérêt pour les autres en élargissant notre cercle moral. Pour mettre en œuvre des programmes sur la diversité de manière efficace - ou tout du moins pour décider si la poursuite délibérée de la diversité est une bonne idée - nous devons comprendre comme les gens établissent des frontières entre le "nous" et le "eux", et nous devons aussi comprendre les conséquences de notre tendance à diviser la société de cette manière. La bonne nouvelle c'est que ces limites peuvent changer avec l’expérience, celle-ci amenant plus de gens au sein de notre équipe, surtout quand nous devons nous appuyer sur eux pour nous aider à résoudre un problème ou gagner un concours. Vu de cette manière la compétition peut nous rendre individuellement plus coopératif.

Notre groupe fournit une part importante de notre identité, mais c'est compliqué car chacun d'entre nous est partie prenante de plusieurs groupes. Suivant le moment, je peux me considérer comme une scientifique, une femme ou une navigatrice et agir différemment en fonction de l'appartenance au groupe qui est la plus active dans mon esprit à ce moment-là. Par exemple, une étude a montré que des femmes réussissaient mieux à un test de mathématiques après qu'on leur ai rappelé qu'elles faisaient partie d'une université d'élite plutôt qu'après avoir juste coché la case "sexe féminin". Une situation aussi simple qu'être le seul membre d'une minorité dans une pièce peut souligner suffisamment cette identité pour influencer la performance.

La coopération et la compétition sont les deux faces de l’appartenance à un groupe. Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous identifier à nos groupes d’appartenance mais nous pouvons nous servir de notre compréhension du phénomène pour réduire ses conséquences négatives. Notre capacité à élargir la taille de notre groupe et à choisir parmi de multiples identités nous fournit la flexibilité comportementale pour gérer les valeurs et besoins contradictoires des gens qui composent notre paysage social complexe.

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