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L’avenir de la Terre vous inquiète ? Eh bien, les perspectives sont bien pires que ce que les scientifiques peuvent appréhender

L’avenir de la Terre vous inquiète ? Eh bien, les perspectives sont bien pires que ce que les scientifiques peuvent appréhender, Corey J. A. Bradshaw & Daniel T. Blumstein & Paul Ehrlich, 21 janvier 2021

[traduction quasi-automatique avec DeepL, passages en gras ajoutés]

Quiconque s’intéresse un tant soit peu à l’environnement mondial sait que tout va mal. Mais à quel point la situation est-elle grave ? Notre nouvel article montre que les perspectives de la vie sur Terre sont plus sombres qu’on ne le pense généralement.

La recherche publiée aujourd’hui [traduction] passe en revue plus de 150 études pour produire un résumé sévère de l’état du monde naturel. Nous décrivons les tendances probables du déclin de la biodiversité, des extinctions de masse, du dérèglement climatique et de la pollution de la planète. Nous précisons la gravité de la situation dans laquelle se trouve l’humanité et donnons un aperçu des crises auxquelles il faut s’attaquer dès maintenant.

Ces problèmes, tous liés à la consommation humaine et à la croissance démographique, s’aggraveront très certainement au cours des prochaines décennies. Les dégâts se feront sentir pendant des siècles et menacent la survie de toutes les espèces, y compris la nôtre.

Notre article a été rédigé par 17 scientifiques de premier plan, dont ceux de l’université Flinders, de l’université Stanford et de l’université de Californie à Los Angeles. Notre message n’est peut-être pas populaire, et il est en effet effrayant. Mais les scientifiques doivent être francs et précis si l’humanité veut comprendre l’énormité des défis auxquels elle est confrontée.

S’attaquer au problème

Tout d’abord, nous avons examiné dans quelle mesure les experts saisissent l’ampleur des menaces qui pèsent sur la biosphère et ses formes de vie, y compris l’humanité. Il est alarmant de constater que les recherches montrent que les conditions environnementales futures seront beaucoup plus dangereuses que ce que les experts pensent actuellement.

Cela s’explique en grande partie par le fait que les universitaires ont tendance à se spécialiser dans une discipline, ce qui signifie que souvent, ils ne connaissent pas le système complexe dans lequel s’inscrivent les problèmes à l’échelle de la planète - et leurs solutions potentielles.

De plus, les changements positifs peuvent être entravés par le fait que les gouvernements rejettent ou ignorent les avis scientifiques, et par l’ignorance du comportement humain, tant de la part des experts techniques que des décideurs politiques.

Plus généralement, le biais d’optimisme de l’être humain, qui consiste à penser que les mauvaises choses sont plus susceptibles d’arriver aux autres qu’à soi-même, signifie que de nombreuses personnes sous-estiment la crise environnementale.

Les chiffres ne mentent pas

Nos recherches ont également fait le point sur l’état actuel de l’environnement mondial. alors que les problèmes sont trop nombreux pour être abordés ici dans leur intégralité, ils comprennent :

  • une réduction de moitié de la biomasse végétale depuis la révolution agricole, il y a environ 11 000 ans. Dans l’ensemble, l’homme a modifié près des deux tiers de la surface terrestre.
  • environ 1 300 extinctions d’espèces documentées au cours des 500 dernières années, et beaucoup d’autres non répertoriées. De manière plus générale, la taille des populations d’espèces animales a diminué de plus de deux tiers au cours des 50 dernières années, ce qui laisse supposer que d’autres extinctions sont imminentes.
  • environ un million d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction dans le monde. La masse totale des mammifères sauvages est aujourd’hui de moins d’un quart de la masse qui existait avant que l’homme ne commence à coloniser la planète. Les insectes disparaissent également rapidement dans de nombreuses régions
  • 85 % des zones humides de la planète ont disparu en 300 ans et plus de 65 % des océans ont été compromis dans une certaine mesure par l’homme.
  • une réduction de moitié de la couverture de coraux vivants sur les récifs en moins de 200 ans et une diminution de l’étendue des herbiers marins de 10 % par décennie au cours du siècle dernier. Les forêts de laminaires ont perdu environ 40 % de leur surface et le nombre de grands poissons prédateurs est moins de 30 % de ce qu’il était il y a un siècle.
Principales catégories de changements environnementaux exprimées en pourcentage par rapport à une référence inaltérée. Le rouge indique le pourcentage de la catégorie endommagée, perdue ou autrement affectée ; le bleu indique le pourcentage de la catégorie intacte, restante ou non affectée.

Une mauvaise situation qui ne fait qu’empirer

La population humaine a atteint 7,8 milliards d’habitants, soit le double de ce qu’elle était en 1970, et devrait s’élever à environ 10 milliards d’ici à 2050. L’augmentation de la population est synonyme d’insécurité alimentaire, de dégradation des sols, de pollution plastique et de perte de biodiversité.

Les fortes densités de population rendent les pandémies plus probables. Elles entraînent également la surpopulation, le chômage, la pénurie de logements et la détérioration des infrastructures, et peuvent déclencher des conflits menant à des insurrections, au terrorisme et à la guerre.

En fait, l’homme a créé un système de Ponzi écologique. La consommation, en pourcentage de la capacité de la Terre à se régénérer, est passée de 73 % en 1960 à plus de 170 % aujourd’hui.

Les pays grands consommateurs comme l’Australie, le Canada et les États-Unis utilisent plusieurs unités d’énergie fossile pour produire une unité d’énergie alimentaire. La consommation d’énergie augmentera donc dans un avenir proche, en particulier avec l’essor de la classe moyenne mondiale.

Ensuite, il y a le changement climatique. L’humanité a déjà dépassé le seuil de 1 °C de réchauffement global au cours de ce siècle, et il est presque certain qu’elle dépassera 1,5 °C entre 2030 et 2052. Même si toutes les nations parties à l’Accord de Paris ratifient leurs engagements, le réchauffement atteindrait encore entre 2,6 °C et 3,1 °C d’ici 2100.

Le danger de l’impuissance politique

Notre étude montre que les politiques mondiales sont loin de répondre à ces menaces existentielles. Pour assurer l’avenir de la Terre, il faut prendre des décisions prudentes et à long terme. Toutefois, les intérêts à court terme et un système économique qui concentre les richesses entre les mains d’un petit nombre d’individus y font obstacle.

Les leaders populistes de droite ayant des programmes anti-environnementaux sont de plus en plus nombreux et, dans de nombreux pays, les groupes de protestation environnementale ont été qualifiés de « terroristes ». L’environnementalisme s’est transformé en une arme d’idéologie politique, au lieu d’être considéré comme un mode universel d’auto-préservation.

Les campagnes de désinformation financées, telles que celles contre l’action climatique et la protection des forêts, protègent les profits à court terme et prétendent qu’une action environnementale significative est trop coûteuse, tout en ignorant le coût plus large de l’inaction. Dans l’ensemble, il semble peu probable que les investissements des entreprises changent à une échelle suffisante pour éviter une catastrophe environnementale.

Changer de cap

Un changement fondamental est nécessaire pour éviter cet avenir effroyable. Plus précisément, nous suggérons, comme beaucoup d’autres, de :

  • abolir l’objectif de la croissance économique perpétuelle
  • révéler le coût réel des produits et des activités en obligeant ceux qui endommagent l’environnement à payer pour sa restauration, par exemple en fixant un prix pour le carbone
  • éliminer rapidement les combustibles fossiles
  • réglementer les marchés en réduisant les monopoles et en limitant l’influence indue des entreprises sur les politiques
  • réduire le lobbying des entreprises auprès des représentants politiques
  • éduquer et autonomiser les femmes dans le monde entier, notamment en leur donnant le contrôle de la planification familiale.

Ne pas détourner le regard

De nombreuses organisations et personnes se consacrent à la réalisation de ces objectifs. Cependant, leurs messages n’ont pas suffisamment pénétré les sphères politiques, économiques et universitaires pour faire une grande différence.

Ne pas reconnaître l’ampleur des problèmes auxquels l’humanité est confrontée n’est pas seulement naïf, c’est aussi dangereux. Et la science a un rôle important à jouer à cet égard.

Les scientifiques ne doivent pas édulcorer les défis écrasants qui nous attendent. Ils doivent au contraire dire les choses telles qu’elles sont. Toute autre attitude est au mieux trompeuse, et au pire potentiellement mortelle pour l’entreprise humaine.

Vite lu, vite vu du Dimanche 26 déc 2021

Au sommaire

  • Costa Rica
  • En 1970, l'écologie c'était farfelu. Et aujourd'hui ?
  • Économie politique
  • Grande-Bretagne : La flambée sans précédent du prix du gaz menace de provoquer une crise nationale, avertissent les fournisseurs
  • La reddition de l'Allemagne en matière d'énergie
  •  Électricité : aux heures de pointe, allez-y mollo !
  • Agriculture française, dépendance au pétrole et au gaz naturel, aberration de la mondialisation et du capitalisme
  • Ruptures, documentaire
  • Bourse, le gagnant rafle tout (The winner takes all)

Mort d'une petite planète. Ecologie sociale ?

La crise environnementale a sa source dans l'organisation sociale de nos sociétés. C'est la thèse défendue par Murray Bookchin fondateur de l'écologie sociale (Wikipédia).

« Mort d’une petite planète – c’est la croissance qui nous tue » Extrait, traduction (non publiée) de « Death of a Small Planet », in The Progressive, 1989.
"Au final, la «société industrielle», pour utiliser un euphémisme raffiné pour symboliser le capitalisme, est aussi devenu une explication facile pour les maux environnementaux qui affligent notre époque. Mais une merveilleuse ignorance obscurcit le fait que, il y a plusieurs siècles, la plus grande partie des forêts d’Angleterre, dont les célèbres repaires de Robin des Bois, ont été abattues par les haches rudimentaires des prolétaires ruraux pour produire du charbon de bois dédié à une économie métallurgique techniquement simple et pour dégager le terrain pour des élevages de mouton très profitables. Et cela s’est passé bien avant la Révolution industrielle.

La technologie peut amplifier un problème ou accélérer ses effets. Mais avec ou sans “imagination technologique” (pour reprendre l’expression de Jacques Ellul), elle ne produit que rarement le problème lui-même. En fait, la rationalisation du travail par des moyens de chaînes de montages remonte clairement à des sociétés préindustrielles comme celles qui ont construit les pyramides dans l’Égypte antique, qui a développé une vaste machinerie humaine pour construire ses temples et ses mausolées.

Considérer la croissance en-dehors de son contexte social propre revient à déformer et privatiser le problème. Il est inexact et injuste de forcer les gens à croire qu’ils sont personnellement responsables pour les dangers écologiques du moment car ils consomment et prolifèrent trop volontiers.

Cette privatisation de la crise environnementale, comme les cultes New Age qui se concentrent sur les problèmes personnels plutôt que sur les dislocations sociales a réduit plusieurs mouvements environnementaux à une totale inefficacité et menace de diminuer leur crédibilité auprès du public. Si la «simplicité volontaire» et le recyclage militant sont les principales solutions à la crise environnementale, la crise va certainement perdurer et s’intensifier.

Ironiquement, plusieurs personnes ordinaires et leur famille ne peuvent pas se permettre de vivre «simplement». C’est une initiative exigeante quand on considère le coût de «simples» objets faits mains et le prix exorbitant de la nourriture biologique et des biens «recyclés». De plus, ce que la «fin de production» de la crise environnementale ne peut pas vendre à des «fins de consommation», elle va certainement le vendre aux militaires. General Electric jouit d’une grande renommée non seulement pour ses réfrigérateurs mais aussi pour ses mitraillettes Gatling. Ce côté trouble du problème environnemental – celui de la production militaire – peut seulement être ignoré en développant une naïveté écologique tellement vide d’expression qu’il n’y a de mots pour la décrire.

La préoccupation du public pour l’environnement ne peut être abordée en mettant la faute sur la croissance sans nommer clairement les causes de la croissance. Une explication ne peut pas non plus se limiter à citer le «consumérisme» tout en ignorant le rôle sinistre joué par la rivalité entre producteurs dans la formation des goûts du public et pour guider leur pouvoir d’achat. En dehors des coûts impliqués, la plupart des gens ne veulent très justement pas «vivre simplement». Ils ne veulent pas diminuer leur liberté de voyager ou leur accès à la culture, ni réduire des besoins qui souvent servent à enrichir la personnalité et la sensibilité humaine.

Aussi rébarbatifs que puissent paraître certains slogans de «radicaux» environnementalistes, tel «Retour au pléistocène!» (un slogan du groupe Earth First!), ils ne sont pas moins dégradants et dépersonnalisants que les utopies technocratiques de H.G.Wells du début de ce siècle.

Cela demandera un fort degré de sensibilité et de réflexion – des attributs qui sont encouragés par l’acquisition d’articles tels que les livres, les œuvres d’art et la musique – pour obtenir une compréhension de ce qu’en fin de compte quelqu’un a besoin ou n’a pas besoin pour être une personne vraiment épanouie. Sans de telles personnes en assez grand nombre pour contester la destruction de la planète, le mouvement environnemental sera aussi superficiel dans le futur qu’il est inefficace aujourd’hui.

Ainsi, la question de la croissance peut être utilisée autant pour nous livrer des banalités concernant nos façons de consommer et notre passion technocratique pour les gadgets (je constate que le bouddhisme n’a pas rendu le Japon moins technocratique que les États-Unis) que pour guider la pensée du public vers les questions élémentaires qui amènent clairement l’attention vers les sources sociales de la crise écologique."

L'écologie sociale selon Murray Bookchin :
" Murray Bookchin s'oppose à la vision productiviste d'une intelligence humaine séparée d'une nature qu'elle ne vise qu'à transformer en ressources, conception propre à un humanisme progressiste dans lequel le capitalisme et le capitalisme d'État se rejoignent. Mais il rejette aussi celle, caractéristique de l'écologie profonde, de la résorption dans la nature d’une humanité réduite au statut d'espèce animale parasite, notamment parce que cette perspective ne tient aucun compte de la polarisation interne aux sociétés humaines. Il récuse tout autant celle de l'environnementalisme, qui partage avec les précédentes une approche globalisante, tendant en l'occurrence à faire porter à chaque individu la culpabilité de la crise écologique.
Dans sa vision d'une écologie sociale, même si les facteurs démographiques ou proprement environnementaux entrent en ligne de compte, la clé de la domination et de l'exploitation de la nature se trouve dans les rapports de domination et d'exploitation qui s'exercent à l'intérieur de la société humaine. La cause première de la crise écologique n'est rien d'autre que la logique du « toujours plus », qui est celle du capitalisme.
Selon Murray Bookchin, la séparation de l'esprit humain d'avec la nature est un processus parallèle à la constitution des sociétés hiérarchisées, et ces deux dimensions de nos modes de socialisation imprègnent profondément les mentalités. Pour s'en dégager, il faut étudier les communautés « organiques » et concevoir de nouveaux modes de socialisation inspirés des pratiques anciennes d'entraide, en vue de réconcilier l'humanité avec la nature et de la réinscrire dans le processus naturel de l'évolution. Est en effet postulée une nature humaine : l'homme est la nature prenant conscience d'elle-même ; l'humanité représente l'émergence dans l'évolution, à un niveau jamais atteint auparavant, de la rationalité, de la réflexivité et de l'aide mutuelle.
Ce postulat, irrecevable pour une pensée déconstructionniste, s'inscrit dans une conception d'ensemble qui voit dans la nature elle-même une dynamique tendant vers la liberté par la coopération. En s'appuyant sur une relecture des apports de la biologie qui souligne les phénomènes d'association, d'entraide et de symbiose, et non exclusivement de concurrence et de sélection, elle permet de replacer dans la continuité d'une nature non hiérarchique la perspective d'une société non hiérarchisée, elle-même posée comme le cadre le mieux adapté au développement d'une personnalité singulière dans un tissu communautaire."

Le jour du dépassement

Pour exister, les sociétés humaines extraient des ressources finies qui sont stockées sous la terre (minerais et énergies fossiles). A l'échelle de l'espèce humaine, ces ressources sont non-renouvelables, il s'écoule des millions d'années (voir des milliards) le temps que les réserves se forment.

Nous utilisons aussi, des ressources renouvelables qui sont produites par la terre au fil des saisons, essentiellement de la biomasse (productions agricoles, forêts, ...). Depuis 1970, nous consommons plus chaque année que ce que la terre régénère annuellement, nous réduisons les stocks de ressources écologiques (population de poissons par exemple) et accumulons toujours plus des déchets.




1974, André Gorz visionnaire

Allez lire Leur écologie et la nôtre, par André Gorz, 1974, le texte est court, puissant et visionnaire :
  • les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres. Dans le cadre de l’actuel mode de production, il n’est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles.
  • Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse — pourtant entièrement illusoire — qu’ils cesseront un jour d’être « sous-privilégiés », et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser « au-dessus » des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as « mieux » que les autres.

    Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres.
Lire aussi le courrier des lecteurs, au bas de l'article, qui en rajoute une couche sur le capitalisme financier.

Marchandisation de l'être humain et avenir de la planète

Commentaire de Gérard Malavois sous la vidéo de Xerfi Canal, Les gilets jaunes : social, politique et violence [Michel Wieviorka], 21 janv. 2019. Ce qui importe ici n'est pas la critique de la personne mais du discours :
Il faut savoir que sous couvert de faire de la sociologie, M. Wieviorka est en réalité un fin idéologue de droite, défenseur d’un ultra-libéralisme qui a notamment conduit l’Union européenne à demander à M. Macron de procéder à la casse du code du travail, à la casse de la protection sociale, à la casse de la sécurité sociale, à la disparition du CDI, à la baisse des prestations sociales, des allocations de chômage, des pensions de retraite, etc.

Ceci explique que M. Wieviorka a une vision pour la moins étroite et pauvre du sens à donner au mouvement des Gilets jaunes. Pour simplifier, M. Wieviorka admet que si c’est un mouvement qui a des revendications sociales et économiques respectables, il considère cependant que ce mouvement donne l’image d’un pays qui préfère la voiture à la lutte contre le changement climatique. Autrement dit, pour Mr Wieviorka, c’est un mouvement juste dans l’essentiel de ses demandes, mais catastrophique pour le futur de notre pays. En vérité, le discours ultralibéral de M. Wieviorka consiste, insidieusement, à mettre en opposition la défense de la cause écologique, la sienne, avec celle de la cause anthropologique, qui serait donc celle des Gilets jaunes, selon lui.

Tout d’abord, il n'est pas inintéressant de noter que lorsque M. Wieviorka a l’occasion de s’exprimer publiquement, il le fait toujours en prenant bien soin de ne jamais faire référence au fait que nous vivons aujourd’hui dans une société dominée par une aristocratie ultra-libérale de la finance, celle des puissances d’argent et de la loi des marchés financiers qui, avec son obsession du profit, broie les individus et ce sans aucun état d’âme et de la manière la plus effroyable. Tout comme il prend tout autant soin de ne jamais souligner le fait que notre société est aujourd’hui confrontée à une marchandisation généralisée de l'humain à un niveau encore jamais atteint dans l’histoire de l’humanité.

Voilà bien une vérité que j’aimerai entendre de la bouche de M. Wieviorka : celle que tout devient vénal aujourd'hui, tout. Depuis le résultat d'un match de football, jusqu'à la vente de ce qu'on ose appeler une trousse d'embryon à implanter. C’est effarant de voir à quel point tout est devenu vénal, n’est-ce pas M. Wieviorka ? En réalité, M. Wieviorka est un authentique défenseur de cette société ultra-libérale dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui nous confronte à une marchandisation généralisée de l’humain[1] qui passe par une liquidation de toutes les valeurs humaines, pour n’en garder qu'une seule : celle de l'argent, du profit, qui culmine dans la valeur boursière. Dans notre société, l'argent serait ainsi la seule valeur qui mérite d'être dite valeur.

De la même façon, M. Wieviorka ne voit pas à quel point le peuple est méprisé, comment les gens sont traités aujourd’hui. Il ne voit pas, par exemple, comment les Gilets jaunes sont maltraités, comment on méprise leurs revendications depuis le début de leur mouvement. Tous ces Gilets jaunes qui sont à la fois représentatifs du peuple, de toutes les conditions sociales, de toutes les générations et qui ne demandent qu'à faire honnêtement leur travail, qu’à vivre décemment et dignement de leur travail, de leur retraite et dont leur aspiration est de pouvoir offrir un meilleur avenir à leurs enfants, à nos enfants ! Pouvoir vivre dignement et décemment, est-ce là trop demander aujourd’hui, M. Wieviorka ?

La vérité, celle que M. Wieviorka ne veut pas entendre, c’est que nous entrons dans une ère de dé-civilisation, de déshumanisation sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Alors que nous avons pris conscience du désastre écologique et à quel point la planète terre va mal, il devient tout aussi urgent que nous prenions conscience à quel point le genre humain est lui aussi fondamentalement malmené, à quel point il va tout aussi mal que la planète elle-même. A quel point ce qu’on nous fait vivre, ce qu’on nous fait mal vivre aujourd'hui est devenu dès plus insupportable et intolérable.

L’évidence, celle que M. Wieviorka ne veut pas admettre, est là sous nos yeux : on ne sauvera pas la planète sans sauver le genre humain, ni le genre humain sans la planète. Il n’existe aucune échappatoire, aucune issue autre pour la survie de l’humanité et donc de la planète elle-même que de défendre ses deux causes, cause écologique et cause anthropologique, en même temps.

Voilà donc le genre de propos que j’aimerais bien entendre un jour de la bouche de quelqu’un comme M. Wieviorka : nous disant à quel point il est urgent de faire barrage à la dictature de l’argent et de changer en profondeur cette société de moins en moins humaine et de plus en plus aliénante, pour que l’humain y retrouve enfin une place centrale, dans l’harmonie et le respect de son environnement écologique.
Solidarité avec le mouvement des Gilets jaunes

[1] Karl Polanyi, Une pensée pour le XXIe siècle - J. Maucourant

Sur la schizophrénie ambiante en matière écologique...

Extraits de deux textes qui se télescopent dans mon fil de lecture; le premier, très court, pointe une contradiction de nos sociétés en matière écologique, le second est en fait un livre, sous-titré « Réformer l'écologie pour nous adapter à la réalité » et semble vouloir répondre à la question « Comment avons-nous fait pour en arriver là ? Comment expliquer en particulier que nos projets écologiques n’aient eu aucun effet positif à ce jour, voire des effets inverses, alors que des solutions auraient dû être mises en œuvre et avoir été efficaces dès les années 1970, en particulier pour le climat, dont l’évolution subit une très grande inertie ? », les premiers chapitres sont à lire sur le web.

« Un impossible rêve : la vertu écologique », Vincent Rey, Blog de Paul Jorion, 31/10/2017
Les appels à la « vertu écologique » ont beau être nombreux, la dégradation de l’environnement (0) suit son cours. Combien de temps nous reste-t-il, pour réaliser que la recherche de la vertu est un vœu pieux, en matière d’environnement ?
(...)
Nous sommes obstinés, nous voulons « croire » en l’émergence d’une « vertu écologique globale », qui résulterait en quelque sorte, de la somme de nos « vertus écologiques individuelles » (5). Cette croyance est une illusion
(...)
Nous préférons « croire » ce que nous espérons, la survenue d’un Homme meilleur, quitte à occulter les mises en garde de plus en plus nombreuses des scientifiques (0).
(...)
Une attitude de déni, comparable à celle d’un homme amoureux, refusant d’admettre qu’il n’est pas aimé en retour, faisant des offrandes (6), suppliant l’être aimé de l’épargner, l’insultant bientôt, furieux de son impuissance. Le plus tôt un tel Homme trouve en lui la force de renoncer à ses faux espoirs, le mieux c’est pour lui, même s’il doit avoir, en abandonnant ses illusions, l’impression de se couper un bras. Cet Homme vertueux n’existant pas, alors inutile de perdre du temps : il faut regarder en face la TOTALITÉ DE L’ACTIVITÉ HUMAINE, pour en analyser secteur par secteur, ce qui impacte l’environnement : une tâche immense, révolutionnant non seulement toute la structure des revenus, mais aussi toute la structure des souverainetés et des influences.
(...)
Ce n’est pas l’écologie qui est un impossible rêve, c’est l’écologie qui repose sur le volontariat, sur l’individu vertueux.

« Transition 2017 – 1/4 : La réalité n’existe pas », Vincent Mignerot, Adrastia, juil 2017
« Transition 2017 – 3/4 : Mythologie écologique », Vincent Mignerot, Adrastia, juil 2017
L’humanité, malgré ses bonnes intentions, est condamnée à faire brûler la maison et essayer de ranger la cuisine après.
(...)
Abstraction faite du jeu moral opportuniste et du gain narcissique obtenu par le porteur de la bonne parole écologique, la réalité existe toujours autour du discours : l’essentiel des humains ne veut pas détruire l’environnement mais le fait quand même, et c’est là notre critique et notre inquiétude principale. Les humains détruisent d’autant plus l’environnement qu’il leur est possible de brandir l’étendard de la bonne intention pour demain. Le discours messianique perd tout sens opératoire dès lors que le public se l’approprie pour se dissimuler à lui-même la factualité de son action. Nous aurons balisé au fil de ces textes les éléments qui sous-tendent la construction d’un discours écologique idéalisé capable de rassurer artificiellement les populations sur leur avenir : raisonnement à rebours sur la possibilité de protéger l’environnement, sur la possibilité de substituer une énergie par une autre, sur la possibilité de s’affranchir de la compétition pour l’existence, attribution arbitraire et conflictualisée de la faute écologique à un autre que l’individu lui-même.
5 Honnêteté écologique
Que se passerait-il si nous cessions – si nous en sommes capables – d’attribuer à un autre, de quelque façon que ce soit, la responsabilité de ce que nous opérons chacun sur le monde ?
Si nous continuons à avancer dans la défausse et les illusions collectives, ne risquons-nous pas aujourd’hui, étant donné le contexte, de restaurer le risque d’une gouvernance du clivage et de la violence, le déni de réalité étant le plus court chemin vers l’attaque concrète de cette réalité ?
Convoquer des tiers, quels qu’ils soient, pour apaiser notre esprit et légitimer notre action doit sûrement être proscrit désormais si nous souhaitons ouvrir à la conscientisation réelle de notre impact. Le rejet de responsabilité est sans aucun doute le plus performant outil de procrastination écologique, l’histoire semble le montrer très exactement.
Parmi les défis auxquels nous expose l’effondrement à venir, il n’est pas le moindre que d’admettre enfin que dans le processus collectif de destruction de l’équilibre écologique vital, chacun fait sa part.
Plan des articles de Vincent Mignerot :
Avant-propos général
1/4 : La réalité n’existe pas
    1 Trop tard
    2 Trop complexe
    3 Trop injuste
    4 Pour toujours
2/4 : Écologie et post-vérité
    1 Protection de l’environnement
    2 Substitution des énergies
    3 Compétition existentielle
    4 Post-vérité
3/4 : Mythologie écologique
    1 Substitution causale
    2 Culture de la substitution
    3 Responsabilité réelle
    4 Messianisme écologique
    5 Honnêteté écologique
4/4 : Éléments pour un programme et une éthique de transition, mise en ligne reportée

Mythologie écologique

 Mythologie écologique, Vincent Mignerot, Adrastia, 6 juillet 2017. (Les accentuations sont ajoutées) :
"Abstraction faite du jeu moral opportuniste et du gain narcissique obtenu par le porteur de la bonne parole écologique, la réalité existe toujours autour du discours : l’essentiel des humains ne veut pas détruire l’environnement mais le fait quand même, et c’est là notre critique et notre inquiétude principale. Les humains détruisent d’autant plus l’environnement qu’il leur est possible de brandir l’étendard de la bonne intention pour demain. Le discours messianique perd tout sens opératoire dès lors que le public se l’approprie pour se dissimuler à lui-même la factualité de son action. Nous aurons balisé au fil de ces textes les éléments qui sous-tendent la construction d’un discours écologique idéalisé capable de rassurer artificiellement les populations sur leur avenir : raisonnement à rebours sur la possibilité de protéger l’environnement, sur la possibilité de substituer une énergie par une autre, sur la possibilité de s’affranchir de la compétition pour l’existence, attribution arbitraire et conflictualisée de la faute écologique à un autre que l’individu lui-même.
[...]
Que se passerait-il si nous cessions – si nous en sommes capables – d’attribuer à un autre, de quelque façon que ce soit, la responsabilité de ce que nous opérons chacun sur le monde ? Si nous continuons à avancer dans la défausse et les illusions collectives, ne risquons-nous pas aujourd’hui, étant donné le contexte, de restaurer le risque d’une gouvernance du clivage et de la violence, le déni de réalité étant le plus court chemin vers l’attaque concrète de cette réalité ? Convoquer des tiers, quels qu’ils soient, pour apaiser notre esprit et légitimer notre action doit sûrement être proscrit désormais si nous souhaitons ouvrir à la conscientisation réelle de notre impact. Le rejet de responsabilité est sans aucun doute le plus performant outil de procrastination écologique, l’histoire semble le montrer très exactement. Parmi les défis auxquels nous expose l’effondrement à venir, il n’est pas le moindre que d’admettre enfin que dans le processus collectif de destruction de l’équilibre écologique vital, chacun fait sa part."

Revue de Web [48/49] Ecologie / Génétique / Big data / Réseaux sociaux / Médias / Surveillance / Pensée critique

Qu’est-ce que l’écologie scientifique ? par Vincent Devictor
"Comme toute science, l’écologie scientifique a le monde qu’elle prétend étudier qui lui colle à la peau. Cela n’invalide pas la scientificité de l’écologie mais, au contraire, confirme que l’écologie scientifique n’est pas différente des autres activités scientifiques. L'écologue doit assumer le fait que les interactions du monde vivant qu’il étudie sont elles-mêmes en interaction avec d’autres sphères, qu’elles soient éthique, politique ou citoyenne."

 

Génétique et transhumanisme

 

Internet et données

  • 10 trucs que j’ignorais sur Internet et mon ordi (avant de m’y intéresser…) – Framablog
  • Comment armer la transparence ? | InternetActu.net
    • "« La transparence nous leurre lorsqu’une des parties est en mesure de profiter indûment de l’autre grâce à un meilleur accès à l’information ». L’important n’est pas la quantité d’information disponible ou publique, mais la symétrie d’accès à l’information pourrait-on résumer. « Demandez-vous si le développement des technologies de l’information vous a permis d’en savoir plus sur l’état ou s’il a permis à l’état d’en savoir plus sur vous ? L’informatisation des services bancaires a-t-elle permis aux particuliers d’en savoir plus sur leurs banques ou aux banques d’en savoir plus sur leurs clients ? » Pour Roger Taylor, l’âge de la transparence de l’information semble avoir surtout rendu le monde plus opaque."
    • "La transparence ne concerne donc pas la quantité d’information, mais bien plutôt sa symétrie. Symétrie d’accès, de contrôle, mais aussi de capacité à utiliser les données, de manière individuelle comme collective ou institutionnelle."
  • Trump : les 5 échecs des nouvelles technologies | InternetActu.net
    "Le séisme de l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis est d'autant plus fort que personne n'avait vraiment prévu un tel résultat. Jusqu'à la veille au soir, les sondeurs et prévisionnistes étaient confiants dans la victoire démocrate. Or, la réalité ne s'est pas conformée aux données. Que s'est-il passé et qu'est-ce que cela signifie ? Retour sur les 5 défis que l'élection de Trump a adressé aux nouvelles technologies. "
    • "Est-ce la fin des Big Data ?"
      • "L’échec des technologies de ciblage personnalisé ?"
      • "L’insoluble problème des bulles de filtres"
      • "La victoire de Trump et l’échec de la Silicon Valley"
      • "Des limites du fact-checking au défi attentionnel"

      Surveillance démocratie


      Pensée critique, science et citoyenneté

      • Alterscience, alterscientifiques, antiscience - sylvestre Huet
        publié le 12 fév 2013. "Existe t-il une science alternative ? C’est le discours souvent entonné par des scientifiques prétendant détenir une «vérité» différente de celle d’une science vilipendée comme «officielle». "
        • "En tous cas, voici un livre stimulant et utile pour comprendre des côtés obscurs de l’histoire des sciences mais aussi des turpitudes actuelles et futures."
      • Apprendre à construire le désaccord pour réinventer le dialogue sociétal - Richard-Emmanuel Eastes
        • "l’exercice de la démocratie suggère que, compte tenu de leurs extraordinaires impacts sociétaux, ces progrès scientifiques et techniques fassent l’objet d’un minimum d’appréciation et de choix de la part de la société civile, en fonction des risques et des bénéfices qu’ils présentent d’une part, mais également à l’aune des valeurs qu’ils contribuent à bousculer."
      • Les jeux de discussion : comprendre et se comprendre - Richard-Emmanuel Eastes
        "Êtes-vous pour ou contre l’euthanasie ? La corrida ? L’expérimentation animale ? Le nucléaire ? Les OGM ? Le port du voile ? Autant de sujets de débat que peu d’enseignants se risquent à organiser, de crainte que les échanges ne se transforment rapidement en pugilat entre les élèves, puis avec et entre les parents de ces derniers. Autant de sujets essentiels sur lesquels il serait pourtant nécessaire que chaque (futur) citoyen parvienne à se faire, par une réflexion propre nourrie par la confrontation des points de vue, sa propre opinion."
        • "les « jeux de discussion » [...] permettent en effet de susciter à la fois l’expression des participants, leur tolérance vis-à-vis des opinions contraires aux leurs, la clarification de leurs valeurs et leur besoin d’acquérir de nouvelles connaissances. Ils promeuvent ainsi une attitude positive face à « l’autre » et peuvent s’appliquer à toute question socialement vive, qu’elle soit d’origine scientifique et technique ou non, en proposant une construction de l’opinion individuelle sereine et libérée des préjugés. "
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