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Le Capitalisme, Pierre-Yves Gomez

« Qu’est-ce que le capitalisme ? Le mot est couramment utilisé, mais sait-on clairement ce qu’il signifie et ce qui le distingue d’autres systèmes économiques mais aussi politiques ? Car plus qu’un système économique, le capitalisme est une forme d’organisation de la société, un aménagement des liens sociaux et une croyance collective qui policent nos comportements. À partir d’une approche historique, Pierre-Yves Gomez met au jour la structure du capitalisme en la comparant à celle d’autres civilisations. Il montre en particulier l’importance qu’y joue l’État-nation, la place ambiguë du « marché », le rapport à l’environnement naturel qu’il impose et pourquoi la recherche du profit constitue la clé de voûte de sa culture. Une analyse décapante et rigoureuse qui permettra au citoyen éclairé de se faire sa propre opinion sur l’avenir de nos sociétés. » Éditions Que sais-je ? 

 

Le capitalisme  - Pierre-Yves Gomez [entretien, 8'], Xerfi, 14 mai 2022

« La caractéristique essentielle du capitalisme est l'inégalité sociale. Alain Cotta : « Une caractéristique essentielle du système : affirmer son existence et sa particularité sur la possibilité devenue rapidement une réalité d'un inégalité sociale majeure » (...)

Ce qui caractérise le capitalisme, sa structure, une forme de société fondée sur l'inégalité et qui accepte l'inégalité économique comme un fait de nature, puisque il y a propriété privée et accumulation de propriété. Ceux qui accumulent beaucoup vont avoir mécaniquement une puissance plus importante que les autres. (...) Le capitalisme a produit substantiellement des inégalités sociales (...)

Le capitalisme commence à naitre au XIIIe siècle et ce n'est qu'en 1902 que l'école allemande et Werner Sombart vont poser le mot. Le terme communisme apparaît avant... »

 

La naissance du capitalisme - Pierre-Yves Gomez [entretien, 8'], Xerfi, 8 juin 2022

« Le point de démarrage de l'histoire c'est la fin de l'éclatement politique en Europe. C'est la loi d'Elias. Elias avait montré que lorsque des systèmes politiques sont en concurrence, il y a une lutte pour les ressources et nécessairement il y a une tension vers le monopole. C'est ce qui se passe dans la seconde partie du Moyen-Âge. Dans différentes régions de l'Europe, on voit un système de concentration des pouvoirs, avec la naissance de ce qu'on va appeler les États-Nations. C'est vrai en Espagne d'abord, c'est vrai en France et en Angleterre et puis, un peu plus tard, en Allemagne et en Italie. Le point de démarrage du capitalisme c'est qu'en fait le pouvoir politique se concentre. Or, le système féodal était fondé sur l'éclatement du pouvoir politique et la concentration du pouvoir économique dans les communautés. En fait, l'usage des ressources était très largement géré de manière communautaire parce qu'il y avait une solidarité pour cultiver la terre, pour l'eau en particulier. Plus le pouvoir politique se concentre et s'empare du monopole de la violence légitime et plus il va laisser le pouvoir d'usage des ressources au particulier, au privé. On va inventer l'individu, invention moderne du XVIIe-XVIIIe siècle et la personne privée, maîtresse d'elle-même pour gérer ses biens. (..) À la fin du Moyen-Âge, on a une concentration du pouvoir politique et par vase communiquant une décentralisation très forte du pouvoir économique. En clair, le pouvoir politique arrive à se concentrer autour de l'État-nation - le roi - parce qu'il met en rivalité les particuliers en termes économiques. C'est la rivalité économique qui remplace la rivalité féodale. Et cette rivalité économique s'appelle le marché. Donc on va inventer une institution, le marché, qui n'est pas du tout naturel, c'est une trouvaille politique pour maintenir en compétition les acteurs. Étant en compétition, ils ne peuvent pas prendre l'ascendant sur les ressources et donc sur le pouvoir politique. Comme ça, par petites touches, se met en place un système qui devient ce qu'on appellera le capitalisme qui articule donc un état fort et une rivalité permanente entre des acteurs économiques qui ont une autonomie de décision quant à l'usage des ressources, dans la créativité, dans tout ce qu'on dit de positif sur le capitalisme et qui naît de cette tension, de cette compétition permanente. C'est la guerre de tous contre tous que Hobbes avait déjà théorisé au milieu du XVIIe siècle. »


Le capitalisme : comment sont apparus les entrepreneurs - Pierre-Yves Gomez [entretien, 8'], Xerfi, 21 juin 2022

« En France, le capitalisme naît des pouvoirs publics (...) Plus l’état se concentre et devient l’État-nation et plus il est obligé de gérer des ressources collectives. Sauf qu’il n’a pas les moyens de le faire puisque c’est un espace politique et non un espace économique. En tout cas ça ne s’est pas passé comme ça en occident européen. Donc, ne pouvant pas, par exemple, construire les routes pour assurer la sécurité des places fortes — le fameux fort de Vauban en France — il n’a pas les moyens de construire, il n’a pas d’ouvriers, il va faire appel à des acteurs qui sont les artisans, pour construire le fort par exemple. Faire appel à des acteurs qui sont les artisans des corporations. Sauf que ces artisans des corporations répondent à des logiques communautaires de l’ancien régime. C’est eux qui ont construit les cathédrales. Les cathédrales ont mis trois siècles à se construire, entre autres parce que la régulation ne se faisait pas, elle était pour le coup très communautaire. Et donc, une catégorie sociale va émerger d’acteurs qui vont être des entremetteurs, des entre preneurs, qui vont prendre le marché public. À charge pour eux de trouver, les ouvriers, les moyens, les ressources pour pouvoir réaliser le travail dans les temps. On est vraiment dans l’appel d’offres public. Là on est à la fin du XVIIe siècle. L’entrepreneur naît historiquement de ce besoin de l’État-nation d’assurer des fonctions économiques qu’il ne peut pas et ne veut pas assurer et, qu’il va déléguer à ces fameux entrepreneurs, qui sont au début des sortes de personnes qui connaissent les métiers, qui ont de l’entregent et qui donc, vont entre prendre.

Ces entrepreneurs ne sont rémunérés qu’aux résultats. (...) La notion de profit naît à ce moment-là. Le profit c’est ce qui reste à l’entrepreneur après qu’il a rémunéré l’ensemble des parties prenantes. Ce qui est encore aujourd’hui la définition du profit économique, dans un compte de résultat en entreprise c’est la même chose. Pragmatiquement ça naît de façon très politique. On a un état nation qui a besoin de forts, qui a besoin de routes, qui a besoin de canaux pour créer des moyens de communication qui assurent la centralité du pouvoir et donc délégation. C’est comme ça que naissent les entrepreneurs en France.

En Angleterre, c’est un peu différent parce que l’État-nation n’est pas aussi fort, les besoins économiques de l’État-nation ne sont pas les mêmes. En revanche après les guerres civiles anglaises, l’état distribue des terres aux grands féodaux qu’il a vaincu. Ils les rémunèrent de cette façon. Or, pour tenir le rang à la cour, la seule possibilité pour ces féodaux, est d’obliger leurs tenanciers à extraire le plus possible de valeur des terres. Parce qu’ils n’ont aucun autre moyen d’augmenter [leur revenu]. Il n’y a pas de bénéfice à la française, il n’y a pas de bénéfice au sens religieux, tout ça a été déjà distribué. Et donc la seule possibilité c’est de maximiser le rendement de leurs terres. D’où, à partir du XVIIe — XVIIIe siècle, une obsession des propriétaires terriens anglais à maximiser la productivité de la terre. Et là, encore une fois, des intermédiaires vont assurer le meilleur rendement possible. (...)  Là, c’était des tenanciers qui faisaient travailler les autres. Et donc est née cette notion (...) d’acteurs intermédiaires chargés de maximiser le profit.

Ce que j’aime bien lorsque nous raconte l’histoire, finalement, c’est que l’on croit ex post que l’entrepreneur serait né comme ça, comme une sorte de héros. En fait, cet intermédiaire est plus ou moins habile, plus ou moins riche, plus ou moins capable de gérer ces contrats et va finir par s’imposer du fait même que l’État en France, que les grands propriétaires en Angleterre ont besoin des intermédiaires. Et il va finir par s’imposer à partir du XVIIIe siècle, comme la figure même de l’individu émancipé. Le basculement idéologique c’est le XVIIIe siècle, lorsque le Siècle des Lumières considère que l’individu émancipé c’est l’entrepreneur. C’est celui qui est suffisamment habile pour pouvoir rémunérer les différentes parties prenantes, les ouvriers pour faire simple et aussi rémunérer le capital. (...) Donc une naissance qui est loin d’être héroïque, qui est très pratique, pragmatique, dans l’ordre des choses. Cette histoire n’est évidemment pas planifiée, elle se fait par des ajustements, par des logiques internes. À un moment donné - XVIIIe siècle : l’entrepreneur héroïque, XIXe siècle : l’entrepreneur politique - ce sont les entrepreneurs qui vont s’emparer du pouvoir politique et qui vont être maires de communes, députés. Donc cette catégorie sociale marginale, entre-deux, qui n’est pas la noblesse de l’aristocratie ouvrière des corporations va devenir centrale à partir du XIXe siècle. »


Régulation et expansion du capitalisme - Pierre-Yves Gomez [entretien, 8'], Xerfi, 30 août 2022

« À l’intérieur même du capitalisme, il y a une structure qui produit de l’expansion. D’abord parce que le capitalisme est fondé sur le profit et la rivalité pour obtenir le profit. Or, pour obtenir toujours plus de profits lorsqu’on est en rivalité, la seule solution c’est d’aller en chercher toujours ailleurs. Parce que dans un endroit confiné, c’est la guerre de tous contre tous qui conduit à la mort de certains. Donc pour éviter cette guerre civile on va chercher des colonies, des terres à exploiter pour qu’il y ait plus de profits. Ensuite, il y a dans le capitalisme lui-même, un besoin de tout transformer en logique profitable, la nature d’abord. La nature devient une ressource à partir du XVIIe siècle. Elle est vue comme une ressource et donc quelque chose à exploiter, pas un milieu dans lequel on s’inscrit (...) On a un système qui dans sa logique même produit une nécessité d’expansion. (...) »


Après le capitalisme : transformation, diversité, disparition - Pierre-Yves Gomez [entretien, 8'], Xerfi, 11 juil. 2022

- Empires industriels centralisés du post-capitalisme autoritaire : En Chine, Russie, récupération de la gestion des ressources par l'appareil public.
- Les très grandes entreprises multinationales qui dépassent les États-nations et qui pour certaines battent monnaies (prérogative de l'État), constituent de nouvelles féodalités c'est-à-dire des formes de pouvoirs politico-économiques confondues avec de nouvelles formes de gouvernement des personnes à l'intérieur de ces très grandes structures (ex : les GAFAM).
- Migrations : les mouvement des populations transportent de nouvelles manières de faire société, de faire de l'économie (ex : économies dites parallèles des banlieues)


Liste de lecture de l'entretien

La maîtrise des énergies fossiles a donné naissance au monde contemporain

Extrait de la préface à « La fabrication du monde moderne : Matériaux et dématérialisation » (2014) de Vaclav Smil (Roots of Progress)

Traduction avec DeepL. Passages en gras rajoutés.

« L’histoire de l’humanité — l’évolution de notre espèce, le passage préhistorique de l’agriculture de subsistance à l’agriculture permanente, l’essor et le déclin des civilisations antiques, médiévales et modernes, les progrès économiques des deux derniers siècles, la mécanisation de l’agriculture, la diversification et l’automatisation de la protection industrielle, l’augmentation considérable de la consommation d’énergie, la diffusion des nouveaux réseaux de communication et d’information et l’amélioration impressionnante de la qualité de vie — n’aurait pas été possible sans une utilisation croissante et de plus en plus complexe des matériaux. L’ingéniosité humaine a d’abord transformé ces matériaux en vêtements, outils, armes et abris simples, puis en habitations plus élaborées, en structures religieuses et funéraires, en métaux purs et alliés, et, au cours des dernières générations, en infrastructures industrielles et de transport étendues, en mégapoles, en composés synthétiques et composites, ainsi qu’en substrats et catalyseurs d’un nouveau monde électronique.

Ce progrès matériel n’a pas été une avancée linéaire, mais a consisté en deux périodes inégales. Tout d’abord, la très lente ascension qui s’est étendue de la préhistoire aux débuts de la modernisation économique rapide, c’est-à-dire jusqu’au XVIIIe siècle dans la plupart des pays d’Europe, jusqu’au XIXe siècle aux États-Unis, au Canada et au Japon, et jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Chine. L’écrasante majorité des gens vivaient dans ces sociétés prémodernes avec des quantités limitées de biens simples qu’ils fabriquaient eux-mêmes ou qui étaient produits par un travail artisanal en pièces uniques ou en petits lots tandis que les produits fabriqués en plus grandes quantités, qu’il s’agisse d’objets en métal, de briques et de tuiles cuites ou de verres à boire, étaient trop chers pour être possédés par le plus grand nombre. La principale raison de cette maîtrise limitée des matériaux était la contrainte énergétique : pendant des millénaires, nos capacités d’extraction, de transformation et de transport des biomatériaux et des minéraux ont été limitées par les capacités des moteurs animés (muscles humains et animaux) assistés de dispositifs mécaniques simples et par les capacités des trois anciens moteurs mécaniques qui ne s’amélioraient que lentement : les voiles, les roues hydrauliques et les moulins à vent. Seule la conversion de l’énergie chimique des combustibles fossiles en énergie cinétique peu coûteuse et universellement utilisable des moteurs mécaniques (d’abord par la combustion externe du charbon pour alimenter les machines à vapeur, puis par la combustion interne de liquides et de gaz pour alimenter les moteurs à essence et diesel et, plus tard encore, les turbines à gaz) a apporté un changement fondamental et a marqué le début de la deuxième phase, rapidement ascendante, de la consommation matérielle, une ère encore accélérée par la production d’électricité et par l’essor des synthèses chimiques commerciales produisant une énorme variété de composés allant des engrais aux plastiques et aux médicaments.

C’est ainsi que le monde s’est divisé entre la minorité aisée qui contrôle des flux matériels massifs et les incarne dans des structures durables ainsi que dans des produits de consommation durables ou éphémères et la majorité à faible revenu dont les possessions matérielles ne représentent qu’une petite fraction des stocks et des flux matériels du monde riche. Aujourd’hui, la liste des produits dont la plupart des Américains affirment ne pas pouvoir se passer comprend des voitures, des fours à micro-ondes, des ordinateurs domestiques, des lave-vaisselle, des sèche-linge et des climatiseurs domestiques (Taylor et al., 2006) et ils ont oublié à quel point nombre de ces possessions sont récentes, car il y a seulement 50 ans, beaucoup d’entre elles étaient rares ou inexistantes. En 1960, moins de 20 % des ménages américains disposaient d’un lave-vaisselle, d’un sèche-linge ou de la climatisation, les premiers téléviseurs couleur venaient tout juste d’apparaître, et il n’y avait pas de fours à micro-ondes, de magnétoscopes, d’ordinateurs, de téléphones portables ou de 4x4.

En revanche, les pauvres des pays à faible revenu qui ont la chance d’avoir leur propre maison vivent dans une petite structure en briques de terre ou en bois mal construite, avec pour tout bagage un lit, quelques casseroles et des vêtements usés. Les lecteurs qui n’ont pas d’image concrète de cette grande fracture matérielle devraient se tourner vers Material World : A Global Family Portrait, de Peter Menzel, dans lequel des familles de 30 nations sont photographiées devant leur logement, au milieu de tous leurs biens domestiques (Menzel, 1995). Et ce contraste matériel privé a son pendant public dans la différence entre les infrastructures étendues et coûteuses du monde riche (réseaux de transport, villes fonctionnelles, agricultures produisant d’importants excédents alimentaires, fabrication largement automatisée) et leurs équivalents inadéquats et défaillants dans les pays pauvres. »

Historique de la consommation d'énergie primaire dans le monde

Historique des consommations d'énergie primaire dans le monde depuis la révolution industrielle, en pourcentage du mix énergétique et en valeur absolue


Les transitions énergétiques sont très longues : 50 à 100 ans

Évolution de la part de la biomasse (bois) et du charbon dans le mix énergétique britannique 1800-1940 (Visual Capitalist Elements)

Évolution des parts du charbon, pétrole et gaz naturel dans le mix énergétique mondiale 1950-2000 (Visual Capitalist Elements)

Évolution des parts de la biomasse, des renouvelables, des énergies fossiles et du nucléaire dans le mix énergétique mondiale 2000-2020 (Visual Capitalist Elements)


Les transitions énergétiques n'ont jamais existé : ce sont plutôt des additions

Consommation énergie primaire par source 1800-2020 en TerraWatt-heure (Visual Capitalist Elements)

Le monde n'a jamais autant utilisé de charbon qu'en 2019.

L'Allemagne a investi des centaines de milliards d'euros dans la transition énergétique et les énergies renouvelables depuis l'an 2000. Pourtant la part des énergies fossiles dans son mix énergétique a très peu diminué.

Part des énergies fossiles (charbon + pétrole + gaz naturel) dans la consommation d’énergie primaire :


1990 2010 2019
Monde (conso. finale)     82,70 %     ????? %     81,40 %
Chine     75,80 %     91,00 %     87,60 %
États-Unis     86,40 %     84,10 %     81,80 %
Allemagne     87,60 %     78,00 %     77,94 %
France     58,10 %     50,10 %     47,80 %



Sources : Wikipédia s’appuie sur les données de l’Agence Internationale de l’Énergie (voir références et liens en bas des pages Wikipédia). 


 Consommation d'énergie primaire en valeur absolue et relative évolution 1990-2010-2021

Upper-middle-income countries : Pays à revenu moyen supérieur
High-income countries : Pays à revenu élevé
Lower-middle-income countries : Pays à revenu moyen inférieur

 

Consommation relative d'énergie primaire par source, 1990

 


Consommation absolue d'énergie primaire par source, 1990

 


Consommation relative d'énergie primaire par source, 2010


Consommation absolue d'énergie primaire par source, 2010

  


Consommation relative d'énergie primaire par source, 2021

  

 

Consommation absolue d'énergie primaire par source, 2021

 

James C. Scott, Homo Domesticus - Une Histoire profonde des premiers États - recensions

La préhistoire de l'État, Nonfiction.fr, 16 avril 2018

« Le livre de James C. Scott propose simultanément une synthèse de la recherche la plus récente sur les débuts de l’histoire de l’humanité et un regard critique sur la naissance des États. Il se donne pour objectif de remettre en cause certaines idées reçues sur la sédentarité, la domestication des animaux et le développement de l’agriculture, dans le lien que ces phénomènes entretiennent, d'après les conceptions communément admises, avec l’émergence des structures étatiques.

Les guerres commerciales sont des guerres de classes

Les guerres commerciales sont des guerres de classes

Extraits traduits de l’interview de M. Pettis et M. Klein par A. Tooze pour la parution de « Trade Wars are Class Wars ».

« Le nouveau livre de Michael Pettis et Matthew Klein, « Trade Wars Are Class Wars », commence par une épigraphe [1] de John A. Hobson : « La lutte pour les marchés, l’empressement des producteurs à vendre plus grand que celui des consommateurs à acheter, est le couronnement d’une fausse économie de distribution. L’impérialisme est le fruit de cette fausse économie » [2]. Pettis et Klein mettent à jour la thèse hobsonienne pour le XXIe siècle, en soutenant que, si les guerres commerciales sont souvent considérées comme le résultat d’un leadership atavique [3] ou des priorités économiques contrastées d’États nations distincts, elles sont mieux comprises comme les symptômes malins des inégalités domestiques qui nuisent aux travailleurs du monde entier.
Dans un compte rendu panoramique des changements survenus dans l’économie mondiale au cours des dernières décennies, Pettis et Klein détaillent l’évolution des maux économiques qui définissent l’économie politique internationale moderne. C’est une lecture essentielle et provocante qui a de larges implications pour la politique internationale, l’étude des inégalités et l’avenir du système monétaire mondial ».
 

Pourquoi l'Europe de l'Ouest a prospéré?

Dans cette série de quatre vidéos, Edouard Cottin-Euziol, maitre de conférence en science économique, résume les thèses de deux livres d'histoire globale qui expliquent l'essor de la civilisation européenne occidentale. Selon Jared Diamond et David Cosandey, les causes seraient d'ordre géographique, biologique, technologique et politique.



PS: Abonnez-vous à la chaîne d' Edouard, il a un sacré talent de synthèse et de vulgarisation.

Marchandisation de l'être humain et avenir de la planète

Commentaire de Gérard Malavois sous la vidéo de Xerfi Canal, Les gilets jaunes : social, politique et violence [Michel Wieviorka], 21 janv. 2019. Ce qui importe ici n'est pas la critique de la personne mais du discours :
Il faut savoir que sous couvert de faire de la sociologie, M. Wieviorka est en réalité un fin idéologue de droite, défenseur d’un ultra-libéralisme qui a notamment conduit l’Union européenne à demander à M. Macron de procéder à la casse du code du travail, à la casse de la protection sociale, à la casse de la sécurité sociale, à la disparition du CDI, à la baisse des prestations sociales, des allocations de chômage, des pensions de retraite, etc.

Ceci explique que M. Wieviorka a une vision pour la moins étroite et pauvre du sens à donner au mouvement des Gilets jaunes. Pour simplifier, M. Wieviorka admet que si c’est un mouvement qui a des revendications sociales et économiques respectables, il considère cependant que ce mouvement donne l’image d’un pays qui préfère la voiture à la lutte contre le changement climatique. Autrement dit, pour Mr Wieviorka, c’est un mouvement juste dans l’essentiel de ses demandes, mais catastrophique pour le futur de notre pays. En vérité, le discours ultralibéral de M. Wieviorka consiste, insidieusement, à mettre en opposition la défense de la cause écologique, la sienne, avec celle de la cause anthropologique, qui serait donc celle des Gilets jaunes, selon lui.

Tout d’abord, il n'est pas inintéressant de noter que lorsque M. Wieviorka a l’occasion de s’exprimer publiquement, il le fait toujours en prenant bien soin de ne jamais faire référence au fait que nous vivons aujourd’hui dans une société dominée par une aristocratie ultra-libérale de la finance, celle des puissances d’argent et de la loi des marchés financiers qui, avec son obsession du profit, broie les individus et ce sans aucun état d’âme et de la manière la plus effroyable. Tout comme il prend tout autant soin de ne jamais souligner le fait que notre société est aujourd’hui confrontée à une marchandisation généralisée de l'humain à un niveau encore jamais atteint dans l’histoire de l’humanité.

Voilà bien une vérité que j’aimerai entendre de la bouche de M. Wieviorka : celle que tout devient vénal aujourd'hui, tout. Depuis le résultat d'un match de football, jusqu'à la vente de ce qu'on ose appeler une trousse d'embryon à implanter. C’est effarant de voir à quel point tout est devenu vénal, n’est-ce pas M. Wieviorka ? En réalité, M. Wieviorka est un authentique défenseur de cette société ultra-libérale dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui nous confronte à une marchandisation généralisée de l’humain[1] qui passe par une liquidation de toutes les valeurs humaines, pour n’en garder qu'une seule : celle de l'argent, du profit, qui culmine dans la valeur boursière. Dans notre société, l'argent serait ainsi la seule valeur qui mérite d'être dite valeur.

De la même façon, M. Wieviorka ne voit pas à quel point le peuple est méprisé, comment les gens sont traités aujourd’hui. Il ne voit pas, par exemple, comment les Gilets jaunes sont maltraités, comment on méprise leurs revendications depuis le début de leur mouvement. Tous ces Gilets jaunes qui sont à la fois représentatifs du peuple, de toutes les conditions sociales, de toutes les générations et qui ne demandent qu'à faire honnêtement leur travail, qu’à vivre décemment et dignement de leur travail, de leur retraite et dont leur aspiration est de pouvoir offrir un meilleur avenir à leurs enfants, à nos enfants ! Pouvoir vivre dignement et décemment, est-ce là trop demander aujourd’hui, M. Wieviorka ?

La vérité, celle que M. Wieviorka ne veut pas entendre, c’est que nous entrons dans une ère de dé-civilisation, de déshumanisation sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Alors que nous avons pris conscience du désastre écologique et à quel point la planète terre va mal, il devient tout aussi urgent que nous prenions conscience à quel point le genre humain est lui aussi fondamentalement malmené, à quel point il va tout aussi mal que la planète elle-même. A quel point ce qu’on nous fait vivre, ce qu’on nous fait mal vivre aujourd'hui est devenu dès plus insupportable et intolérable.

L’évidence, celle que M. Wieviorka ne veut pas admettre, est là sous nos yeux : on ne sauvera pas la planète sans sauver le genre humain, ni le genre humain sans la planète. Il n’existe aucune échappatoire, aucune issue autre pour la survie de l’humanité et donc de la planète elle-même que de défendre ses deux causes, cause écologique et cause anthropologique, en même temps.

Voilà donc le genre de propos que j’aimerais bien entendre un jour de la bouche de quelqu’un comme M. Wieviorka : nous disant à quel point il est urgent de faire barrage à la dictature de l’argent et de changer en profondeur cette société de moins en moins humaine et de plus en plus aliénante, pour que l’humain y retrouve enfin une place centrale, dans l’harmonie et le respect de son environnement écologique.
Solidarité avec le mouvement des Gilets jaunes

[1] Karl Polanyi, Une pensée pour le XXIe siècle - J. Maucourant

Penser l’institution et le marché avec Polanyi - résumé



Jérôme Maucourant et Sébastien Plociniczak, « Penser l’institution et le marché avec Karl Polanyi », Revue de la régulation [En ligne], 10 | 2e semestre / Automne 2011, mis en ligne le 21 décembre 2011, consulté le 19 décembre 2016. URL : http://regulation.revues.org/9439


Karl Polanyi n’a pas élaboré une théorie complète des institutions économiques mais il y a tout de même dans ses écrits une analyse du marché en tant qu’institution ou processus institutionnalisé. Le marché n’est ni spontané ni autorégulateur. Le capitalisme appelé aussi société de marché est caractérisé par un croyance en l’autorégulation marchande. Cette croyance est l’une des origines de la crise actuelle. Grâce à l'œuvre de Polanyi, on resitue les marchés au sein des contextes socio-économiques.

Introduction


Le néo-institutionnalisme émerge à partir de 1970. Pendant la même période, l’économie « mainstream » ne prend pas en compte les fondements extra-économiques de la discipline. Elle se veut une compréhension rationnelle du comportement humain qu'elle considère comme une relation entre des moyens rares à usages alternatifs et des fins. Elle manque pourtant de contenu empirique comme le montre l’échec des recommandations libérales à la chute de l’URSS.

L’analyse institutionnelle est légitime si on reconnaît que :
  • la construction sociale de grandes règles structure les flux économiques
  • les règles du marché n’émergent pas spontanément d’un jeu d’acteurs rationnels dans un monde d’optimalité
  • l’auto-régulation des marchés est conçue comme un mythe
Si Polanyi n’a pas développé une théorie des institutions économiques, il analyse pourtant le marché comme tel même si cela n’est pas explicite.
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