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La crise de mai 58 [revue de web] 6/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - témoignages d'acteurs

 Précédemment :


Le général Jouhaud

Dernière mission pour le général Jouhaud (réservé aux abonnés), Le Monde, 21 mai 1984

« [Le général Jouhaud est] ancien chef d'état-major général de l'armée de l'air (…) Serons-nous enfin compris ? C'est le titre de son nouvel ouvrage. “ Mon dernier livre ”, assure-t-il. Son ultime message de colère, car on ne saurait parler de cri tant ce réquisitoire apparaît serein. Un réquisitoire dirigé contre les “ barons ” gaullistes qui entretiennent volontiers l'interprétation selon laquelle les pieds-noirs auraient été les uniques responsables de l'enchaînement dramatique des évènements survenus en Algérie de 1958 à 1962. À preuve de la complicité qui associa les fidèles du général De Gaulle aux chefs de l'armée française en Algérie lorsqu'il s'agit, en mai 1958, de porter au pouvoir l'homme du 18 juin 1940 - vieille controverse, - le général Edmond Jouhaud produit un nouveau document : le témoignage écrit du général Jean-Louis Nicot, ancien major général de l'armée de l'air, qui affirme avoir reçu, par l'intermédiaire de MM. Pierre Lefranc et Michel Debré, le 29 mai 1958, l'aval personnel du général De Gaulle au déclenchement de la fameuse opération “ Résurrection ” qui devait imposer l'homme de Colombey-les-Deux-Églises au président Coty et au Parlement sous la pression des parachutistes transportés, pour la circonstance vers la capitale. (…) »

 

De Gaulle “putschiste” (réservé aux abonnés), Le Monde, 21 mai 1984

« À preuve de son affirmation selon laquelle le général De Gaulle aurait accepté, en mai 1958, de revenir aux affaires par un coup d'État militaire, le général Edmond Jouhaud produit, dans son dernier ouvrage, le témoignage écrit, inédit jusqu'à présent, du général Jean-Louis Nicot, major général de l'armée de l'air, affecté à l'époque à l'état-major des forces armées.

Le 27 mai, accompagné du commandant Vitasse, le général Nicot se rend ensuite rue de Solferino. Il y va, écrit-il “ pour informer ces ” messieurs “ que les trois chefs d'état-major des armées et le général Ely sont d'accord pour permettre le retour aux affaires du général De Gaulle avec le concours et l'appui des forces armées (exception faite du général Lorillot qui n'a pas été mis dans le coup), mais en spécifiant bien que rien ne se ferait sans que les chefs d'état-major aient ” l'accord explicite du général De Gaulle. “ Assistaient à cette réunion, précise-t-il, ” MM. Foccart, Debré, Lefranc, Guichard et d'autres dont j'oublie les noms. Ce qui est certain, c'est que “ les principaux lieutenants ” du général De Gaulle étaient présents et qu'ils nous ont, ce jour-là, assuré que c'était bien le souhait du général De Gaulle de revenir, par ce moyen, aux affaires, étant donné qu'aucune ouverture politique ne semblait se faire jour “.

“ Le général Nicot rend compte de cet entretien aux chefs d'état-major qui restent sceptiques sur les affirmations des fidèles du général. Ils hésitent à s'engager sur le simple accord de l'état-major gaulliste. Ils sont tellement et de toutes parts sollicités pour intervenir qu'ils invitent Nicot à retourner rue de Solferino au plus tôt. Ce dernier s'y rend le 29 mai vers 11 heures.

“ Ces messieurs, écrit le général Nicot, me réitèrent le feu vert du général : Vous pouvez déclencher l'opération. ” J'exige alors qu'on téléphone devant moi à Colombey, car je ne puis faire fond sur l'assertion d'une équipe très excitée." (…) »

 

La crise de mai 58 [revue de web] 5/6

 La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - les journalistes

 Précédemment :

 

Les Frères Bromberger, 1959

Compte-rendu : “Les 13 complots du 13 mai (réservé aux abonnés), Le Monde, 5 fév. 1959

« Le titre est commercial, mais il n'est pas exact (1). De complots il n'y en eut que deux : celui des “ activistes ” et celai des “ gaullistes ”, s'ignorant souvent, se contrariant quelquefois, mais se conjuguant finalement puisque comptant l'un et l'autre sur une seule et même force : l'armée, qui n'avait pas attendu le 13 mai pour devenir un État dans l'État. En son sein quelques officiers, bien placés, ont moins tiré les ficelles que tenu les fils, longtemps à l'insu du commandant en chef, puis la plupart des états-majors se sont préparés ou prêtés au “ putsch ” qui, prévu pour le 28 mai, visait à porter, au besoin malgré lui, le général De Gaulle au pouvoir s'il n'avait pas été appelé par le président de la République puis investi par l'Assemblée nationale. Telle est la trame du livre des frères Bromberger, qui se lit comme un roman, mais constitue l'histoire d'évènements décisifs, graves ou burlesques, qui sont encore mal connus de la plupart des Français. (…) »

 

La crise de mai 58 [revue de web] 4/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - les historiens Grey Anderson et Patrick Lagouyete

 Précédemment :

 

Grey Anderson, 2018

« Grey Anderson est un historien et essayiste américain. Titulaire d’un doctorat en histoire de l’université de Yale, ses recherches portent sur l’histoire politique et militaire de l’Europe contemporaine. Il écrit régulièrement sur la vie politique française pour la presse américaine. » La Fabrique

Grey Anderson, La guerre civile en France. 1958-1962. Du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS, La Fabrique, 2018

« Mai 1958, c’est le début d’une séquence insurrectionnelle où le sort de la France s’est joué à Alger, c’est la fin de la IVe République et le retour au pouvoir de De Gaulle savamment orchestré par le cercle des fidèles, c’est l’arrivée aux commandes d’une nouvelle équipe qui va construire et faire accepter une Constitution encore en vigueur après un demi-siècle. Bref, mai 1958, c’est un moment fondamental au sens fort du terme.

D’où vient donc que, s’agissant de commémoration, ce moment est éclipsé par rapport à mai 1968, toujours célébré, toujours commenté y compris par ses adversaires ?

Les chapitres de ce livre donnent la réponse : si mai 1968 est un moment joyeux et solaire, les quatre années de guerre civile qui s’écoulent entre la prise du gouvernement général à Alger le 13 mai 1958 et la fin de l’OAS au printemps 1962 n’ont rien que l’on aime se rappeler : une haine et une violence extrêmes, l’usage généralisé de la torture, les exactions policières contre les Algériens révoltés et ceux qui les soutiennent, le mensonge officiel qui présente le retrait d’Algérie comme une victoire et le complot initial comme le triomphe de la démocratie

Écrit par un universitaire américain, ce livre dévoile les mécanismes du refoulement de cette réalité douloureuse qui a façonné durablement l’État français et ses institutions. » (Contretemps)

 

[Notes de lecture] Grey Anderson, La guerre civile en France, 1958-1962 : du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS, Renaud Baumert, professeur de droit public, Jus Politicum n°23 - revue de droit politique, déc. 2019

« Pour qui s’intéresse à la période, l’ouvrage de Grey Anderson est d’un grand intérêt. Il constitue, à l’évidence, une excellente synthèse historique. L’auteur, qui a su s’appuyer sur des sources nombreuses et variées, propose un récit riche, alerte et circonstancié. Au-delà de la simple relation des évènements, La guerre civile en France témoigne d’une réjouissante sensibilité critique. Loin de célébrer l’avènement d’une Ve République supposément salutaire, M. Anderson ne cache rien des turpitudes, des brutalités et des coups de Jarnac qui présidèrent à sa naissance. Au demeurant, la chose est faite sans manichéisme. Ainsi, de nombreux développements permettent de comprendre le dessein politique des différents acteurs – indépendamment de la sympathie ou de l’antipathie que l’on peut nourrir à leur endroit. Entre autres choses, le livre de Grey Anderson a donc le mérite de restituer le climat de violence et d’exacerbation des passions politiques qui entoura la formation de notre régime politique. C’est sans doute là, d’ailleurs, son principal dessein : il se veut un remède à la tentation – jamais éteinte – de bâtir un « grand récit national » consensuel et lénifiant. (…)

Si la qualité générale de l’ouvrage nous paraît incontestable, il est néanmoins possible d’exprimer quelques réserves mineures. (…) Grey Anderson n’hésite pas à qualifier la prise de pouvoir gaulliste de « coup d’État » (dans le titre de l’ouvrage, ainsi qu’à la p. 16). Bien entendu, on peut sensément défendre cette interprétation. On regrettera simplement qu’elle ne soit pas autrement justifiée. Michel Winock, qui a consacré une vingtaine de pages à cette question, préfère y voir un « coup d’État de velours » ou encore un « coup d’État “damoclétien” (…) »

 

La crise de mai 1958 [revue de web] 3/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - les historiens et universitaires

 Précédemment :

 

Maurice Moissonnier, 1959

Maurice Moissonnier (1927-2009), « professeur agrégé d’histoire, professeur d’histoire-géographie dans l’enseignement secondaire, spécialisé dans l’histoire du mouvement ouvrier lyonnais et communiste. » Wikipédia, maitron, l’Humanité

Analyse du 13 mai, Maurice Moissonnier, Revue la Nouvelle Critique n°106 Radioscopie du Gaullisme (p. 3-30), mai 1959

sur le Portail Archives Numériques et Données de la Recherche (PANDOR), Maison des Sciences de l’Homme de Dijon et laboratoires de recherche en sciences humaines et sociales de l’université de Bourgogne.

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René Rémond, 1983

René Rémond (1918-2007) : « est un historien français. Ses travaux sur l’histoire politique, intellectuelle et religieuse de la France contemporaine, par leur souci d’ouvrir l’histoire politique à la science politique et de dégager les tendances de long terme des courants de pensée et de la vie politique, ont contribué au renouvellement du domaine à partir des années 1970. Il est le père d’une typologie des « Droites en France », issue de l’ouvrage Les Droites en France, en trois familles héritées des conflits du XIXe siècle : « orléaniste », « bonapartiste » et « légitimiste », qui a fait date. Il a joué également un rôle important dans la constitution en France du courant historiographique de l’histoire du temps présent. Il est élu à l’Académie française en 1998. » (Wikipédia)

Biographie de l’auteur
Eminent spécialiste des questions politiques françaises, René Rémond a été successivement doyen, puis président de l’université de Nanterre, avant de devenir président de la Fondation Nationale des Sciences politiques. Il est notamment l’auteur de Introduction à l’histoire de notre temps (3 vol. : 1. L’Ancien Régime et la Révolution ; 2.Le XIXè siècle : 3. Le XXè siècle : de 1914 à nos jours), de Les Droites en France, de Notre Siècle, 1918-1995 et de l’Anticléricalisme en France. De 1815 à nos jours."

1958, le retour de De Gaulle, René Rémond, éditions Complexe, 1983

Quatrième de couverture

« Le 13 mai 1958, Alger est en état d’insurrection et les Algérois d’origine européenne en appellent au général De Gaulle pour maintenir la souveraineté de la France sur l’Algérie. Le même jour Pierre Pfimlin, chrétien-démocrate, est investi à Paris par les députés à la présidence du Conseil de la IVe République. D’Alger monte l’exigence d’un “ gouvernement de salut public ” dont De Gaulle pourrait prendre la tête. Ce dernier, depuis sa retraite de Colombey les-Deux-Églises, fait savoir qu’il se tient prêt à “assumer les pouvoirs de la République”. Le 19 mai, le Général donne une conférence de presse pour dire qu’il refuse de recevoir le pouvoir des factieux d’Alger, et tente de rassurer les journalistes : “Croit-on qu’à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ?” Rumeurs, intimidations, confusions, espoirs se mêlent alors, dans un temps politique et historique comme suspendu. Étrange fil temporel finalement dénoué par le président de la République René Coty qui, le 1er juin 1958, en appel au “plus illustre des Français”. De Gaulle forme sans attendre un gouvernement de rassemblement. La IVe République s’écroule en quelques heures. C’était il y a cinquante ans. René Rémond, dans un livre devenu un classique du récit politique, propose une analyse limpide d’un moment de crise majeure du système politique français, restituant dans toute leur épaisseur historique des questions qui sont alors posées dans l’urgence : la France va-t-elle vers la guerre civile ? De Gaulle est-il un dictateur ? Comment fonder une nouvelle République ? »

« 1958. Depuis trois ans, la France mène une guerre épuisante en Algérie. Depuis trois ans, les gouvernements se succèdent, sans parvenir à résoudre ce conflit. Le 13 mai, à Alger, une manifestation tourne à l’insurrection, et pousse l’armée à instaurer un Comité de salut public. À Paris, le pouvoir en place demeure impuissant. Une guerre de sécession menace d’éclater. C’est dans ces circonstances que la France rappelle De Gaulle. De fait, c’est une nouvelle République, la Ve, qui va s’instaurer. Tel est le dénouement d’une crise qui mit le pays à deux doigts de la guerre civile. »

Compte-rendus

« On a plaisir à retrouver dans cet ouvrage d’excellente vulgarisation les qualités bien connues de René Rémond : finesse et équilibre des analyses, balancement des hypothèses, harmonie de la forme. » (L’Information historique)

« Un anniversaire qui ne fait toujours pas l’unanimité, du moins sur les origines immédiates de l’évènement. René Remond déploie objectivement « l’éventail des explications » et des interprétations, qu’il ramène à trois types. Quoi qu’il en soit, il ne croit pas courir de risque à penser que l’année 1958 s’inscrira dans les évènements majeurs qui marqueront « la mémoire du siècle ». Il pense aussi que cette crise du passé est de celles — rares — qui peuvent aider à en comprendre d’autres.

Ici « le retour de De Gaulle » ne commence ni ne finit avec la démission de la IVe République : le livre recherche les causes, puis s’étend à l’Algérie d’au-delà du 13 mai, à la Constitution, à la naissance de la Ve République et à l’entrée de De Gaulle à l’Elysée. Des réflexions pour conclure aident à éclairer le récit de ces évènements « à la fois indéterminés et déterminants ». » Le retour de De Gaulle, Yves Florenne, Le Monde diplomatique, sept 1983

« Il y a parfois plus de richesse de substance dans de petits volumes que dans des ouvrages imposants. On ne étonnera pas que ce soit le cas de ce dernier « René Rémond » où en 170 pages l’auteur analyse l’année 1958 pour expliquer la fin de la Quatrième et l’avènement de la Cinquième. Des faits connus l’auteur sait à la fois retracer avec clarté la chronologie et rechercher les différentes explications possibles : la fermeté et la densité du style, comme l’ouverture esprit et le souci des rapprochements historiques feront certainement de ce petit livre un classique fondamental ; (…) Cette analyse supérieurement maîtrisée de année 1958 est utilement complétée par une trentaine de pages où figurent des textes essentiels de l’époque et une chronologie très intelligemment sélective. » (Jacques Chapsal, Revue française de Science politique, 34ᵉ année, n°3, 1984. p. 506)

Conclusion (p. 165)

« La restitution jour par jour de l’enchaînement des faits aura… fait apparaître en pleine lumière le caractère fortuit d’une partie des évènements et montré qu’ils étaient la fois indéterminés et déterminants. La chronologie éclairée par ce qu’on sait ou devine des intentions et des calculs des protagonistes, impose la conviction que rien n’était au départ absolument joué et que la crise aurait pu emprunter d’autres voies. Il était pas écrit d’emblée que le général De Gaulle entrerait à l’Elysée aux premiers jours de janvier 1959 ni que la Quatrième République ferait place à la Cinquième avec le consentement de la grande majorité des Français. La contingence de l’histoire, c’est une leçon trop souvent méconnue par les historiens.. »

Les 44 premières pages

 

Le 13 mai 1958 : un coup d’État ? (abonnés), René Rémond, fév. 1998

« Depuis plus de trois ans, la France fait la guerre en Algérie. À Paris, les gouvernements se succèdent en vain. Le 13 mai, à Alger, une manifestation tourne à l’insurrection. Un Comité de salut public encadré par les militaires se met en place.

Dès lors, trois pouvoirs s’affrontent : à Paris, un pouvoir légalement investi. À Alger, un pouvoir de fait. Enfin, le pouvoir moral du général De Gaulle.

Le 13 mai 1958 marque le point de départ de la crise qui va jeter bas en moins de trois semaines la IVe République et déclencher un processus qui aboutira, quelques mois plus tard, à l’instauration de la Ve République. Or celle-ci à ce jour a déjà duré quarante ans, soit bien plus longtemps que chacun des régimes dont la France a fait successivement l’essai depuis plus de deux siècles, à l’exception de la IIIe République. Quarante ans déjà : cela signifie que la grande majorité du corps électoral a voté pour la première fois de son existence sous la Ve République. Quarante ans de pratique et de fonctionnement des institutions pour trois semaines de crise et quelques heures d’agitation : rarement le rapport entre l’origine et les suites aura été aussi disproportionné. Que s’est-il donc passé en ce mois de mai 1958 pour engendrer pareil enchaînement ?

Tout régime, comme toute entreprise humaine, reste tributaire de ses origines : elles éclairent les intentions des fondateurs (….) »

 

La crise de mai 58 [revue de web] 2/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - guide de lecture

Retrouvez, dans une première partie, le déroulement des évènements et  un répertoire de quelques noms.

Historiographie, Wikipédia

« L’historiographie désigne généralement l’histoire de la science historique, c’est-à-dire l’étude de la façon d’écrire l’histoire, mais peut aussi, selon l’approche choisie, désigner les manières d’écrire l’histoire, « l’art de l’histoire » ou encore l’ensemble des publications traitant du passé et écrites par les historiens.

Tout peut être objet d’histoire, par exemple le déroulement des évènements, ou les modes de vie de sociétés. L’historien utilise différentes sources : des sources privées comme les témoignages écrits ou oraux ; des sources publiques (presse, archives) et des sources matérielles (objets, monnaie, vestiges archéologiques). Tous les objets, les sources et les méthodes de l’Histoire ont évolué. C’est le rôle de l’historiographie d’illustrer tous ces changements.

Définitions 

Le terme « histoire » est ambigu en français dans la mesure où il peut désigner à la fois le récit et la science historique, deux notions qui, par exemple, en allemand font l’objet d’une terminologie différenciée, historie désignant la connaissance des faits et leur documentation tandis que geshichte désigne le récit qui les traduit, les met en forme.

Le terme « historiographie » n’est lui-même pas dénué d’ambiguïté dans la mesure où, « sous la même appellation, se retrouvent des interrogations et des travaux très divers et que se pose régulièrement la question des discours sur la discipline, de la description des pratiques, [constituant] un champ à géométrie variable, selon l’approche choisie »1.

L’« historiographie » peut ainsi désigner l’histoire de la science historique, l’histoire de l’histoire ou « l’art de l’histoire » (en latin : ars historica), la démarche qui relate l’histoire de l’histoire, l’étude de la façon ou des manières d’écrire l’histoire voire, selon les cas, l’ensemble des publications traitant du passé et écrites par les historiens, la littérature historique, ou encore l’« histoire littéraire des livres d’histoire ». Par ailleurs, l’historiographie, dont l’objet permet aux historiens d’analyser concepts et débats ainsi que d’étudier les pratiques et les discours, est devenue un champ historique singulier, pouvant elle-même faire l’objet d’étude historiographique. »

Guides de Lecture

Le 13 Mai dans l’historiographie, Pierre Girard, 2010

Girard, Pierre. “Le 13 Mai dans l’historiographie”. In Mai 1958 : Le retour du général De Gaulle, (pp. 31-38), Presses universitaires de Rennes, 2010.

« La bibliographie du 13 Mai est paradoxale, bien qu’organisée selon une séquence commune à la plupart des évènements contemporains. Paraissent d’abord les livres des journalistes politiques, dans la foulée, au lendemain même de l’épisode. Du fait de l’importance de la crise, de l’ampleur de ses conséquences, s’expriment alors de grandes plumes, les Bromberger, sympathisants du coup d’Alger1, Sirius, le pseudonyme d’Hubert Beuve-Méry quand il veut prendre de la hauteur, qui publie très vite une sélection à peine retouchée d’éditoriaux du Monde, effectivement pleine de hauteur2. On peut ranger dans la même catégorie Jean Ferniot, bien que son livre soit un peu plus tardif3. Les ouvrages de J.-R. Tournoux, largement diffusés, sont de la même veine4, à un étage inférieur. Ce sont des ouvrages bien informés, qui établissent la chronologie des faits, décrivent les réseaux à l’œuvre, mais sans bien les hiérarchiser. Mais là où ils pèsent le plus lourdement sur l’historiographie, c’est dans la manière dont ils fixent un registre de vocabulaire dont elle ne se départira plus, « les complots », « le suicide », « le coup », un registre qui renvoie à la guerre secrète ou au jeu d’échecs. Ils installent aussi l’appareil des très nombreuses références historiques qui forment un arrière-plan omniprésent dans l’esprit des contemporains, puis des historiens, 6 février 1934, guerre d’Espagne, marche sur Rome, mais aussi 18 Brumaire et 2 Décembre. Dès cette première étape paraissent, plus rares, les premiers récits de témoins importants, comme Jacques Dauer5, en réaction à cette salve journalistique. (…)

La crise de mai 58 [revue de web] 1/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - présentation, contexte, déroulement des évènements

 

Exergue

« L’histoire n’est pas ce qui s’est passé, mais une histoire de ce qui s’est passé. Et il y a toujours différentes versions, différents récits, sur les mêmes événements. Une version peut tourner principalement autour d’un ensemble spécifique de faits, tandis qu’une autre version peut les minimiser ou ne pas les inclure du tout.

Comme les contes, chacune de ces différentes versions de l’histoire contient des leçons différentes. Certaines histoires nous disent que nos dirigeants, au moins, ont toujours essayé de bien faire pour tout le monde. D’autres remarquent que les empereurs n’ont pas à cœur l’intérêt des esclaves. Certaines nous enseignent que c’est à la fois ce qui a toujours été et ce qui sera toujours. D’autres nous conseillent de ne pas confondre une domination passagère avec une supériorité intrinsèque. Enfin, certaines histoires brossent un tableau où seules les élites ont le pouvoir de changer le monde, tandis que d’autres soulignent que le changement social est rarement imposé d’en haut.

Quelle que soit la valeur de ces nombreuses leçons, l’histoire n’est pas ce qui s’est passé, mais les récits de ce qui s’est passé et les leçons que ces récits contiennent. Le choix même des histoires à enseigner dans une société façonne notre vision de la façon dont ce qui est, est arrivé et, à son tour, de ce que nous comprenons comme possible. Ce choix de l’histoire à enseigner ne peut jamais être « neutre » ou « objectif ». Ceux qui choisissent, soit en suivant un programme établi, soit en étant guidés par des préjugés cachés, servent leurs intérêts. Leurs intérêts peuvent être de poursuivre ce monde tel qu’il existe actuellement ou de créer un nouveau monde. » History is a weapon

 

Présentation

Cette revue de web a été suscitée par la vidéo de Patchwork : « Le coup d’État du général De Gaulle » publiée le 9 juin 2022 et basée sur le livre de l’historien américain Grey Anderson La guerre civile en France, 1958-1962 : du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS (La Fabrique, 2018). Le mois de mai 1958 marqua la fin de la IVe République et donc le début de notre Ve République, un moment important de notre histoire contemporaine donc.

C’est un gros dossier que j'ai donc découpé en six billets (publiés prochainement). Je vous conseille de vous familiariser avec la chronologie des faits ci-dessous. Un répertoire des “personnages principaux” est disponible pour être au fait de qui est qui et qui fait quoi. Pour chaque article, portez attention à qui écrit, qui parle, son statut et sa position en terme politique par exemple.

Les passages en gras sont ajoutés. Hormis les PDF intégrés (embedded), il n’y a que des extraits d’articles, je vous incite à lire en entier les papiers qui vous intéressent. En deuxième partie les historiens seront nos guides, à commencer par trois articles qui passent en revue la littérature, ceux de Pierre Girard, Grey Anderson et Bryan Muller. Par simplicité, j’ai classé les ouvrages des historiens de manière chronologique. La section consacrée à Grey Anderson est la plus conséquente. N’oubliez pas les productions décapantes des journalistes Christophe Nick et Rémi Kauffer. À la fin du dossier, vous retrouverez quelques témoignages d’acteurs, celui du général Jouhaud sur l’opération Résurrection achèvera de vous dessiller les yeux.

Manque à cette revue de web, le pan des relations internationales c’est-à-dire essentiellement l’influence des États-Unis — grand argentier des finances françaises— suite au bombardement de Sakiet Sidi Youssef et l’état de l’opinion publique métropolitaine.

Si les PDF intégrés ne s’affichent pas, vous trouverez au-dessus de chacun, un lien pour le visionner et le télécharger. Pour référence, vous pouvez télécharger tous les PDF et les documents audio à cette adresse La crise de mai 1958.

Le visionnage d’un documentaire vous donnera une vue d’ensemble. Celui de Patrick Rotman et Virginie Linhart, « De Gaulle, le retour, 13 mai 1958 » (2005) est incontournable.

« Depuis le 9 avril, la France n'a plus de gouvernement. Celui de Félix Gaillard, renversé, expédie les affaires courantes. On a fait appel à Georges Bidault, puis à René Pléven. Aucun n'a recueilli l'investiture de l'Assemblée. Les ultras à Alger, qui ne cessent de comploter, se sont assurés l'appui des hommes politiques partisans de l'Algérie française.

Le 13 mai, une gerbe est déposée au monument aux morts d'Alger, en mémoire de la fusillade par le FLN de trois soldats français prisonniers depuis 1956. L'immense foule qui a assisté à la cérémonie part à l'assaut de l'immeuble du gouvernement général à Alger, aux cris de « Vive Massu ! Vive l'Algérie française ! ». L'immeuble envahi, la mise à sac commence. Massu, constatant que le mouvement est impossible à maîtriser, sauf à tirer sur une foule désarmée, décide de le « coiffer ». Il se nomme président d'un comité de salut public.

A 20h45, il lit sur le balcon sa proclamation :« Moi, Général Massu, je viens de former un comité de salut public (…) pour qu'en France soit formé un gouvernement de salut public, présidé par le Général De Gaulle ». Le 29 mai, dans un message au Parlement le président de la République René Coty demande l'investiture du Général De Gaulle comme chef de gouvernement.Comment la « marmite algéroise » a-t-elle pu imposer par un coup de force militaire le retour au pouvoir du Général De Gaulle et précipiter la liquidation de la IVème République ?

C'est tout l'objet de ce documentaire, réalisé autour d'un témoignage exceptionnel : celui de Lucien Neuwirth, réserviste en uniforme, venu de la métropole, qui s'est associé avec Léon Delbecque, représentant de Jacques Soustelle, pour se déclarer organisateurs de la manifestation de l'après-midi du 13 mai à Alger. Ces gaullistes, en noyautant le comité de salut public issu de l'émeute, vont l'orienter en faveur du retour du Général De Gaulle au pouvoir. »

 

La crise de mai 1958 - répertoire des noms

Répertoire des noms

Chaban-Delmas Jacques (1915-2000)
- ministre de la défense nationale du gouvernement Gaillard (du 6 novembre 1957 au 14 mai 1958)
- deuxième cercle gaulliste (Pozzi)

Coty René (1882-1962)
- président de la République de 1954 au 8 janvier 1959

Debré Michel (1912-1996)
- deuxième cercle gaulliste (Pozzi), membre de “l'état-major” de la rue de Solférino (les bureaux de Charles De Gaulle à Paris), s'occupe plus particulièrement des relations avec les militaires
- membre des Républicains sociaux (parti gaulliste)
- dirige l'hebdomadaire “le courrier de la colère”, pro-Algérie française et anti-IVe République
- Wikipédia : « haut fonctionnaire, résistant et homme d'État français. Il est le premier à exercer la fonction de Premier ministre de la Ve République, du 8 janvier 1959 au 14 avril 1962. Résistant et gaulliste, il est sénateur d’Indre-et-Loire de 1948 à 1958. Avec le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, il devient garde des Sceaux. Il dirige en parallèle le groupe de travail chargé de la rédaction de la Constitution de la Ve République. Nommé Premier ministre à la suite de l’élection du général de Gaulle à la présidence de la République (…) »

Delbecque Léon (1919_1991)
- troisième cercle gaulliste (Pozzi)
- chef du bureau d'action psychologique au cabinet de Chaban-Delmas en 1957, ministre de la Défense nationale. chargé de mission et responsable de l’« antenne » algéroise du ministère de la Défense nationale
- des proches du Général (Lucien Neuwirth, Léon Delbecque, Jacques Soustelle) font d’incessants allers-retours entre Alger et Paris en avril-mai 1958 pour persuader les activistes et l’armée d’Algérie de la nécessité de faire appel au Général
- Wikipédia : « Lors du putsch d'Alger de mai 1958, il participe à la création du Comité de salut public, dont il devient le vice-président. C'est aussi lui qui aurait convaincu le général en chef Raoul Salan de faire son appel au retour de Charles de Gaulle (« vive de Gaulle » du haut du Gouvernement général, devant la foule) qui est déterminant dans l'issue de la crise de mai 1958. »
- représente Soustelle et de Gaulle en Algérie

Dulac André général (1907-1992)
- chef d’état-major et adjoint du général Salan commandant supérieur interarmées en Algérie
- il assure pour le général Salan les liaisons avec “l'état-major” gaulliste et De Gaulle.

Ely Paul général (1897-1975)
- « Chef d'état-major des forces armées, puis de la Défense nationale de 1953 à 1959 »

Foccart Jacques (1913-1997)
- premier cercle gaulliste (Pozzi)
- “éminence grise” de la rue de Solférino (les bureaux de Charles De Gaulle à Paris)
- s'occupe des contacts avec les politiques et les militaires
- travaille avec Debré, Delbecque, Neuwirth à fédérer les mouvements intéressés par la défense de l'Algérie française.  
- en liaison directe avec Colombey-les-deux-Eglises (De Gaulle) avec Olivier Guichard, le collaborateur direct du Général
- Wikipédia « Ancien résistant, gaulliste historique, il a mené diverses activités commerciales avant de devenir secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974 sous le général de Gaulle puis sous Georges Pompidou, devenant un personnage central de cette politique qui sera désignée plus tard sous le nom de « Françafrique. (…) Il est un des organisateurs de l'Opération Résurrection. »

Gaillard Félix (1919-1970)
- président du Conseil des ministres du 6 novembre 1957 au 15 avril 1958.
- parti radical
- Wikipédia « À 38 ans, c'est le plus jeune chef de gouvernement jamais nommé en France. (…) Son gouvernement, qui regroupe pour la première fois depuis 1951 socialistes et indépendants, obtient l'investiture par 337 voix pour, 173 voix contre et 20 abstentions. Le 8 février 1958, l'aviation française bombarde le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef, afin de détruire un camp de repli du FLN, causant la mort de 69 personnes dont 21 enfants. L'émotion internationale est très vive et le 17 février, le gouvernement de Félix Gaillard est contraint d'accepter une médiation anglo-américaine sur la question tunisienne. Cette rencontre tripartite a lieu dans la résidence privée de Félix Gaillard à Barbezieux en Charente. Il suscite de ce fait l'hostilité des militaires et des partisans de l'Algérie française ainsi que de sa majorité. (…) Il est renversé à l'Assemblée nationale le 15 avril 1958, accusé de faiblesse face à la pression américaine exercée dans la médiation de bons offices visant au règlement de l'affaire Sakiet, le diplomate américain Robert Murphy ayant soutenu fermement la position tunisienne. »

Guichard Olivier (1920-2004)
- premier cercle gaulliste (Pozzi)
- s'occupe des contacts avec les politiques
- est l’« agent de liaison » du Général, selon les propres termes utilisés par ce dernier dans ses Mémoires d’espoir. Il rencontre de nombreuses personnalités politiques et militaires à qui il fait part de l’état d’esprit de son patron et, en retour, il dresse au Général un bilan détaillé de la situation politique
- Wikipédia « Baron du gaullisme », il fut plusieurs fois ministre sous les présidences de Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing (devenant à cette époque « numéro deux du gouvernement ») (…) De 1951 à 1958, il est le chef de cabinet du général de Gaulle pendant la « traversée du désert » de ce dernier. »

Jouhaud Edmond général (1905-1995)
- commandement de la 5e région aérienne en Algérie en 1957, et adjoint interarmées au général Salan

Lacoste Robert (1898-1989)
- administrateur général (ministre) du Gouvernement général algérien de février 1956 au 14 mai 1958

Lagaillarde Pierre (1931-2014)
- poujadiste, officier parachutiste de réserve, avocat, ancien président de l’Association générale des étudiants d’Algérie
- animateur du comité des sept (Wikipédia « alliance anti-indépendantiste secrète partisane de l'Algérie française. Basée à Alger durant la guerre d'Algérie (1954-1962), elle est conduite par des membres de groupuscules contre-révolutionnaire locaux, personnalités poujadistes influentes et théoriciens révolutionnaires d'extrême-droite (…) Le but des Sept était de planifier et mettre en place une conspiration visant à renverser le régime de la Quatrième République, dont les gouvernements successifs étant jugés favorables à « l'abandon » de l'Algérie française par la France, et à remettre le pouvoir entre les mains de l'armée par un coup d’État militaire, celui du 13 mai 1958. »)
- l'un des instigateurs de la prise du Gouvernement général le 13 mai 1958
- nommé au Comité de Salut public le 13 mai 1958

Massu Jacques général (1908-2002)
- commandant de la 10ème division de parachutistes qui a mené la « bataille d’Alger »
- gaulliste
- Wikipédia « compagnon de la Libération et commandant en chef des forces françaises en Allemagne, il s'illustre notamment dans la colonne Leclerc et la 2e DB durant la Seconde Guerre mondiale. (…) Le 13 mai 1958, des manifestations éclatent en Algérie faisant suite à l'assassinat de trois soldats français par le FLN. Lorsque la foule algéroise envahit le siège du gouvernement général, Jacques Massu est le seul, grâce à sa popularité, à pouvoir se faire entendre de la population européenne. Faute de pouvoir enrayer le mouvement, il en prend la tête et fonde un Comité de salut public dont il est nommé président »

Neuwirth Lucien (1924-2013)
- troisième cercle gaulliste (Pozzi)
- se déclare organisateur de la manifestation du 13 mai - porte-parole du comité de salut public constitué à Alger le 13 mai 1958 au soir
- intermédiaire de Delbecque, muté par celui-ci au 5e Bureau, chargé de l’action psychologique
- des proches du Général (Lucien Neuwirth, Léon Delbecque, Jacques Soustelle) font d’incessants allers-retours entre Alger et Paris en avril-mai 1958 pour persuader les activistes et l’armée d’Algérie de la nécessité de faire appel au Général
- directeur de la radiodiffusion-télévision française en Algérie (Radio Alger) et représentant permanent en Algérie de Jacques Soustelle

Pflimlin Pierre (1907-2000)
- Président du Conseil (des ministres) du 14 mai 1958 au 1 juin 1958
- chrétien démocrate

Salan Raoul général (1899-1984)
- commandant supérieur Interarmées de l'Algérie (10ème région militaire)
- rejoint le comité de salut public le 15 mai 1958
- Wikipedia « Général, il est le militaire le plus décoré de France. Son état de service porte de 1917 à 1960, année où il prend sa retraite. Il participe au putsch des généraux en 1961. Il est également le chef de l'Organisation armée secrète (OAS), qui lutte pour le maintien du statu quo de l'Algérie française. Condamné à la prison à perpétuité, il est amnistié en 1968 et réintégré dans le corps des officiers. (…) Le 13 mai 1958, après la mise à sac du bâtiment de la Délégation générale en Algérie par des manifestants, il donne son accord au général Massu pour que celui-ci entre dans le Comité de salut public (1958) alors formé à Alger. Dans la soirée, le président du conseil démissionnaire, Félix Gaillard, lui confirme de nouveau la délégation des pouvoirs civils et militaires en Algérie. Dans la nuit, Pierre Pflimlin, qui vient d'être investi président du Conseil par l'Assemblée nationale, confirme cette délégation. Le 15 mai, Raoul Salan termine, devant une foule rassemblée à Alger, un discours par « Vive la France ! Vive l’Algérie française ! » puis, poussé par le gaulliste Léon Delbecque, il ajoute « Vive de Gaulle ! ». Cette intervention contribue au retour du général de Gaulle, qui est nommé président du conseil le 29 mai et investi par l'Assemblée nationale le 1er juin. »

Soustelle Jacques (1912-1990)
- gouverneur général de l’Algérie du 1er février 1955 (nomination par le Président du Conseil Pierre Mendès-France) au 30 janvier 1956 ( fin de fonction par le Président du Conseil Guy Mollet)
- retourne le 17 mai 1958 à Alger, où il vient activer les réseaux gaullistes et organiser des cortèges qui réclament le retour au pouvoir du général de Gaulle.
- Wikipedia « est un ethnologue, homme politique et académicien français. Homme de gauche, membre de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, il est ensuite député, secrétaire général du RPF, gouverneur général de l'Algérie au début de la guerre et plusieurs fois ministre (Information, Colonies, etc.). Fervent partisan de l'Algérie française, il soutient l’OAS, puis s’exile. Il fait un retour en politique à la fin des années 1960 et retrouve un siège de député en 1973. Il est élu à l’Académie française en 1983. »

Le coup d'État du général de Gaulle (transcription, extraits), Patchwork

Le coup d'État du général de Gaulle [vidéo, 37'], Patchwork, 9 juin 2022

Transcription (extraits)

« Aujourd'hui, j'aimerais vous parler du coup d'état dont on ne parle pas, qui frappe la France en mai 1958 et a pour conséquence l'arrivée au pouvoir de Charles De Gaulle.

(...)

Il n'existe pas de célébration officielle des origines de la Ve République, et le peu qu'on en retient se résume souvent à l'histoire suivante : - La IVe République, instaurée en 1946, marque le retour de la démocratie parlementaire en France mais souffre de l'instabilité de ses gouvernements, qui durent rarement plus d'un an. - En 1954 démarre la Guerre d'Algérie, qui amène les institutions politiques françaises à leurs plus extrêmes limites, ce qui fait qu'en mai 1958, le régime se trouve au bord du gouffre. - Mais heureusement à ce moment là surgit le général De Gaulle, qui attendait son heure depuis des années, et qui, rappelé au pouvoir, instaure la Ve république, apportant à la France paix et stabilité. Pour beaucoup, cette histoire apparaît comme une évidence : De Gaulle aurait sauvé la France. C'est à peu près comme ça qu'il présentera les faits lors d'un discours télévisé prononcé le 6 juin 1962, dans lequel il décrit une France au bord de la guerre civile qu'il aurait redressée avant de lui apporter les institutions lui permettant d'agir. Mais cette histoire est très largement fantasmée. En fait, on a même des raisons de penser qu'à l'origine de la Ve République se trouve un coup d'état dont Charles De Gaulle se serait rendu complice. Il ne serait pas tant le sauveur de la République que celui qui l'a amenée assez proche de la catastrophe pour se rendre indispensable. Ce que je vous propose dans cette vidéo, c'est de décortiquer tout ça. De revenir sur les événements qui ont marqué le mois de mai 1958 de manière à mieux comprendre les origines du régime politique qui est le nôtre.

(...)

Le 7 mai 1954, à l'annonce de la défaite française face au Viet Minh, les fidèles de De Gaule tentent de profiter de l'événement pour se rapprocher du pouvoir. Ils organisent un grand rassemblement à l'Arc de Triomphe le 9 mai dans l'espoir de provoquer un soulèvement populaire, et De Gaulle lui-même va jusqu'à envisager un coup de force contre le gouvernement français. Seulement, la mobilisation populaire ne vient pas, et les gaullistes doivent se résigner. Certains parmi eux se font alors une place dans les institutions, comme Chaban-Delmas qui participe à plusieurs reprises au gouvernement français entre 1954 et 1958. D'autres encore font le choix de tisser des liens avec les partisans de l'Algérie Française. On pense par exemple à Jean-Baptiste Biaggi qui mène en février 1956 le mouvement de contestation contre le gouvernement à Alger. On pense à Jacques Soustelle, qui participe à la création de l’Union pour le salut et renouveau de l'Algérie française [USRAF] le mois suivant, un rassemblement qui porte une ligne dure vis-à-vis de l'Algérie Française. Et on pense aussi à Michel Debré, qui fonde en 1957 "Le Courrier de la Colère", un journal qui en appelle numéro après numéro à la nécessité d'un gouvernement fort pour contrer le FLN. De Gaulle peut également compter sur l'appui d'un petit groupe de députés à l'Assemblée Nationale qui adoptent une stratégie d'agitation parlementaire bruyante dans le but de déstabiliser le régime. Bref : tous espèrent un retour aux affaires du Général, et œuvrent en ce sens depuis leur position respective. 

Au début de l'année 1958, cette stratégie commence à payer, et une partie de l'opinion semble acquise à l'idée d'un retour aux affaires du Général De Gaulle. En février, Chaban-Delmas qui est alors ministre de la défense, nomme un autre gaulliste, Léon Delbecque, à la tête du 5ème bureau de l'armée français, en charge de la guerre contre-révolutionnaire. Son objectif : utiliser tous les moyens dont il dispose pour amener De Gaulle au pouvoir, et pour cela il réactive le réseau gaulliste de Paris, auquel participe le secrétaire personnel du Général. Dès mars, Delbecque se rend à Alger où il monte un groupe clandestin, le Comité de Vigilance, qui rassemble les ultras de l'Algérie Française : poujadistes, pétainistes et divers néofascistes. A ce moment là, des liens sont également tissés entre les milieux gaullistes et les associations d'anciens combattants. De Gaulle rencontre certains de leurs représentants fin mars, à qui il affirme que si la "paralysie progressive du régime" persiste, « il fera face à ses responsabilités et reprendra en mains les rênes de la nation ».

 A la mi-avril, en raison de concessions faites par le gouvernement français à la Tunisie, ce dernier est renversé par une opposition de droite pro-Algérie Française menée par le député gaulliste Jacques Soustelle. Dans les semaines qui suivent, les députés gaullistes à l'Assemblée feront en sorte que le nouveau gouvernement mette le plus de temps possible à se former, de manière à bloquer la situation en métropole. A Alger, Léon Delbecque compte bien profiter de la situation et, à l'aide du Comité de Vigilance, il organise une manifestation le 26 avril pour exiger la formation d'un gouvernement de salut public qui prendrait en mains la guerre d'Algérie. A cette occasion, 200 000 affiches qui proclament "Appelons De Gaulle" sont diffusées partout en France. Malgré l'interdiction officielle, la foule envahit les rues d'Alger et de manière très symbolique, l'armée refuse de la disperser. Cette journée est un grand succès pour les partisans de l'Algérie Française, et tous, gaullistes comme ultras, y voient une répétition générale en vue d'une prochaine fois qui ira jusqu'au bout.

Dans les jours qui suivent, après avoir tenté sans succès de retourner le gouverneur général d'Alger, Léon Delbecque se rapproche du commandant en chef en Algérie Raoul Salan qu'il tente de rallier à la cause gaulliste. Il s'appuie pour cela sur un petit réseau gaulliste auquel participe notamment Lucien Neuwirth et Alain de Sérigny, et sur plusieurs officiers sensibles à sa cause, comme les généraux Massu, Allard et Jouhaud. Ensemble, ils poussent le général Salan à envoyer un télégramme au chef d'état major des armées, le général Ely, dans lequel il laisse planer la menace d'un soulèvement des officiers à Alger. De leur côté, les agents gaullistes à Paris assurent au général Ely que de Gaulle serait le seul à même d'éviter la guerre civile. Cette menace sera largement diffusée au cours du mois, et aura une influence capitale sur la suite des événements.  

Le 8 mai, on apprend l'exécution de trois soldats français par le FLN et en réaction, le général Salan décide que l'armée organisera une cérémonie en leur honneur le 13 mai. Les autorités civiles tentent d'interdire les manifestations à Alger ce jour là mais elles doivent faire face au refus de Salan qui recommande au passage à Pierre Pflimlin, pressenti pour former le prochain gouvernement, de se retirer au profit du général De Gaulle. De son côté, le Comité de Vigilance de Delbecque élabore un plan pour la journée du 13 mai. Celui-ci consiste à amener la foule réunie lors de la cérémonie jusqu'au bâtiment du Gouvernement Général d'Alger de manière à l'occuper symboliquement et à en appeler à la constitution d'un gouvernement de salut public. Mais ce que Delbecque ne sait pas, c'est que certains membres du Comité de Vigilance, rassemblés dans une cellule clandestine nommée le Groupe des Sept, espèrent le doubler pour mener leur propre coup de force ce jour là. Ce sera donc à qui saura tirer avantage de cette journée.

Vient enfin le 13 mai. Ce jour là, des rassemblements ont lieu partout en métropole, organisés par des associations d'anciens combattants et des groupes d'extrême-droite, et à Alger où la grève générale est prononcée. Le slogan le plus visible dans la ville est "De Gaulle au pouvoir". Pendant la cérémonie d'hommage aux militaires tués par le FLN, le Groupe des Sept se met en mouvement et mène une partie de la foule au Gouvernement Général. Une fois sur place, ils doivent faire face aux CRS, qui sont très vite dépassés par la foule et reçoivent l'ordre de se retirer pour être remplacés par l'armée. Seulement, les parachutistes tardent à venir, ce qui laisse le champ libre aux manifestants. Ces derniers forcent alors l'enceinte du Gouvernement Général et le mettent à sac. Le problème, c'est qu'une fois arrivés là, le groupe des sept se trouve comme désemparé et ne sait pas quoi faire. Il se passe une heure avant que plusieurs officiers dont le général Salan arrivent au Gouvernement Général, et de manière à calmer les insurgés, ils prennent la décision de former un comité de salut public. Ils s'emparent des pouvoirs civils et militaires à Alger et exigent la démission du gouvernement français au profit d'un gouvernement de salut public qui travaillerait au maintien de l'Algérie française. En d'autres termes, il s'agit d'un coup d'état. Dès le lendemain, des comités de salut public sont créés dans toutes les villes d'Algérie, la plupart du temps dirigées par des militaires, et à Paris, la nouvelle du coup d'état précipite l'élection d'un nouveau gouvernement dirigé par Pierre Pflimlin.

Mais ce coup d'état a ça de particulier que personne ne l'assume. A Alger, les officiers, à qui les manifestants ont forcé la main, insistent sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un coup d'état et que ce qu'ils font, ils le font pour maintenir l'ordre. De son côté, le gouvernement fait mine d'approuver l'initiative des officiers en confiant les pleins pouvoirs civils et militaires au général Salan après coup, de manière à le couvrir. Pierre Pflimlin refuse d'agir contre les officiers d'Alger, car cela pourrait mener à la guerre civile. Une situation qui ne profiterait selon lui qu'aux communistes, ces derniers étant parmi les seuls à condamner fermement le coup d'état qui vient d'avoir lieu. 

Les gaullistes quant à eux, qui s'étaient fait distancer par le Groupe des Sept, se trouvent dans une situation dont ils peuvent prendre l'avantage. Ils s'assurent du contrôle des médias locaux et prennent place au sein du Comité de salut public. Dès le lendemain du coup d'état, le général Salan oscille entre sa loyauté au gouvernement et sa volonté d'aller jusqu'au bout, et pour s'assurer que ce soit cette deuxième option qui l'emporte, Delbecque poursuit ses efforts. Cela aboutit le 15 mai à un discours au cours duquel le général Salan finit par lâcher un "Vive de Gaulle" face à la foule, ce qui a l'effet d'une bombe sur les esprits. Il n'agit pas sous la menace, mais les gaullistes ont réussi à faire du retour de De Gaulle la seule issue réaliste, par opposition au Groupe des Sept qui voudrait que Salan lui-même prenne le pouvoir à Paris, ce dont il n'a clairement pas l'intention. De Gaulle répondra à ce discours par un communiqué public dans lequel il s'annonce prêt à gouverner.

Les officiers d'Alger commencent alors à réfléchir dans le plus grand secret à un plan d'action en vue de démettre le gouvernement français et de manière à porter De Gaulle au pouvoir. Dans les jours qui suivent, Salan s'entoure de plusieurs gaullistes pour le conseiller, notamment Jacques Soustelle qui arrive à Alger le 17 mai. A partir de là, le comité de salut public d'Alger rend de plus en plus clair sa volonté de voir De Gaulle reprendre le pays en mains. En réaction à ça, les membres du Parlement conjurent le Général de clarifier ses positions et de renier l'action des officiers, mais ce dernier refuse. Il donne une conférence de presse le 19 mai au cours de laquelle il annonce une "sorte de résurrection" qui pourrait bientôt advenir et face aux critiques portées contre les officiers, il affirme que l'armée n'a rien à se reprocher. C'est au cours de cette conférence qu'il lâche sa célèbre phrase « Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur? ».

Au même moment à Alger, le général Salan s'enquiert du soutien dont il dispose dans le Sud-Ouest, pour appuyer l'opération militaire en cours d'élaboration. Son nom de code : "Opération Résurrection" en référence à la conférence de De Gaulle. En résumé, le plan consiste à faire débarquer en région parisienne plusieurs unités de parachutistes provenant du Sud-Ouest et d'Algérie avec pour objectif de faire capituler le gouvernement en faveur du Général de Gaulle. Les réseaux gaullistes sont mis au courant le 21 mai. Le 22 mai, alors qu'il hésitait encore à renoncer jusque là, on assiste à un durcissement de la ligne tenue par le Général Salan, qui élargit le Comité de Salut Public d'Alger à toute l'Algérie. Il lui devient difficile à partir de là de prétendre qu'il agirait au nom du gouvernement français, dont il usurpe très gravement l'autorité.

Dans les jours qui suivent, les partisans du Général de Gaulle appellent à la création de comités de salut public partout en France. On en voit alors plusieurs se former dans le Sud-Ouest et en Corse, et le Général Salan prend alors la décision d'envoyer un régiment de parachutistes sur l'île. Cette action aboutit le 24 mai au renversement des autorités civiles et militaires sur place. Le coup d'état s'étend à la Corse. Face à cette situation, on assiste à plusieurs types de réactions à Paris. De Gaulle, fidèle à lui-même, refuse de condamner l'action de ses partisans, et essuie la condamnation du Parlement. Le PCF de son côté, se mobilise à travers des comités antifascistes déployés partout en France, mais en raison de son isolement, il peine à mobiliser autant qu'il le voudrait. Le gouvernement français, auquel participe une coalition de partis allant des socialistes aux démocrates chrétiens, hésite quant à lui à répondre fermement à la menace qui pèse sur la République, mais il finit par renoncer par peur que la situation tourne à la guerre civile.

Dans la nuit du 26 au 27 mai, le président du conseil Pierre Pflimlin tente de négocier en secret avec De Gaulle, mais dès le lendemain, ce dernier rend public un communiqué mensonger dans lequel il annonce que Pfilmlin et lui ont entamé le processus permettant son arrivée au pouvoir. Aucun démenti n'est alors communiqué par le président du conseil, par peur que cela puisse enflammer la situation. Au soir du 27, le gouvernement français est traversé par le défaitisme, et contraint de s'allier au PCF s'il veut résister à De Gaulle, il finit par démissionner.

De Gaulle de son côté s'assure qu'il bénéficiera du soutien de l'armée au cas où le Parlement lui résisterait, et il fait savoir au général Miquel, qui se trouve à la tête des forces factieuses du Sud-Ouest, « qu'en cas d'événements dépassant le cadre de la légalité, il prendra la situation telle qu'elle se présentera ». Il fait également part de ses intentions à Salan, à qui il explique qu'il ne veut pas apparaître tout de suite, mais être appelé comme un arbitre venant, à la demande de tout le monde, prendre la direction du pays pour lui épargner les déchirements inutiles.

A ce stade, la plupart des parlementaires ont cédé à la menace de guerre civile brandie par les partisans du Général, mais face à sa demande d'obtenir une nouvelle constitution, les pleins pouvoirs et la mise en congé du Parlement, il doit faire face au refus du Président de l'Assemblée Nationale, André le Troquer, farouchement opposé au pouvoir personnel. Le 29 mai au matin, De Gaulle finit par s'impatienter et envoie un télégramme au Général Salan dans lequel il lui annonce "C'est à vous de jouer maintenant". Des notes identiques émanent du réseau gaulliste parisien, indiquant que l'Opération Résurrection devrait commencer au soir. Des régiments de parachutistes sont donc sur le point d'être envoyés à Paris pour soumettre le Parlement.

Mais finalement dans la journée, face à l'insistance du président de la République René Coty, le Troquer finit par céder aux exigences des gaullistes. De Gaulle a gagné, et comme il n'est plus nécessaire de soumettre le Parlement, l'Opération Résurrection est annulée. Le soir-même, Coty invite le Général à l’Élysée, et dans les jours qui suivent, un gouvernement d'union nationale dirigé par De Gaulle et qui exclut le PCF est formé. Il sera investi par le Parlement le 1er juin. De Gaulle reçoit alors les pleins pouvoirs et il nomme un comité réduit chargé de rédiger une nouvelle constitution. Cette dernière est validée par référendum le 28 septembre 1958, et elle est mise en application le 4 octobre. Les élections qui suivent marquent le triomphe des gaullistes qui peuvent enfin gouverner le pays comme ils l'entendent.

(...)

« On se rend compte en examinant les événements qui ont mené à la chute de la IVe République que les gaullistes y ont joué un rôle central. Ils ont su prendre appui sur le mécontentement au sein de la population pied-noire et du corps des officiers pour créer les conditions du coup d'état du 13 mai 1958. Ils ont fait en sorte d'orienter l'action des militaires dans le sens d'un retour au pouvoir de De Gaulle et ils y parviennent à la fin du mois. La menace de la guerre civile suffit à faire plier les parlementaires, et il n'est alors plus nécessaire de prendre Paris par la force. Charles de Gaulle lui-même s'informe de l'avancement des opérations tout au long du mois de mai, il fait transmettre ses intentions aux officiers et il impose le rythme à certains moments cruciaux. Il fait pleinement usage de ce coup d'état pour arriver à ses fins, et on peut même dire qu'à partir d'un certain point, il en a été directement complice. Certains historiens comme Michel Winock préfèrent parler de "coup d'état de velours" pour qualifier ces événements, dans la mesure où la transmission du pouvoir à De Gaulle s'est faite dans la légalité et il n'y a pas eu à aller jusqu'au coup de force, même si cela s'est joué à très peu de choses près. 

Au moment où le président de l'Assemblée Nationale finit par céder à De Gaulle, les régiments de parachutistes étaient en route pour soumettre le Parlement, et ils sont détournés de leur objectif à la dernière minute. Contrairement à l'idée qu'on s'en fait généralement, l'action des gaullistes n'a donc rien d'un sauvetage. Au contraire, De Gaulle et ses partisans ont tiré profit de la crise que traversait la IVe République pour arriver au pouvoir. Et ça, c'est quelque chose qu'on a du mal à se figurer, tant il va de soi que De Gaulle aurait sauvé la France.

On entend pas beaucoup parler de la stratégie de déstabilisation adoptée par les gaullistes au cours des années 50, et on en sait rarement plus concernant la place qu'ils prennent dans les événements de mai 1958. Les historiens, eux, le savent parfaitement, et il existe une très grande littérature consacrée à cette période, mais quand on regarde du côté des manuels scolaires et des documentaires, le rôle qu'a joué De Gaulle dans ces événements est bien souvent euphémisé. A aucun moment il n'est question de la responsabilité du Général de Gaulle dans cette crise, il ne fait que revenir au pouvoir. Comme l'explique Grey Anderson, il y a là une forme de refoulement à l’œuvre : une interprétation neutralisante de cette période de crise s'est imposée au fil du temps dans les esprits. Et les gaullistes n'y sont pas pour rien là dedans puisqu'une fois au pouvoir, ils tenteront de faire passer le coup d'état dont ils se sont rendus complices pour un sursaut démocratique. Ils iront même jusqu'à affirmer qu'ils ont sauvé la France des militaires d'Alger, qui étaient pourtant parmi leurs alliés les plus fidèles. »

(...)

En bref, on a vu au cours de cette vidéo la manière dont la Ve République a été mise en place en France. A la fin des années 50, la guerre d'Algérie précipite la IVe République dans la crise, mais contrairement à ce qu'on entend parfois, les gaullistes ne se sont pas présentés à ce moment comme des sauveurs. C'est en s'appuyant sur l'armée qu'ils ont pu prendre le pouvoir et installer la Ve République. Quelque chose d'important à retenir est que la manière dont les institutions ont changé à cette époque n'était pas une nécessité historique, et ce n'est que par la suite que les gaullistes tenteront de les imposer comme allant de soi, en même temps qu'ils transformeront le coup d'état dont ils se sont rendus complice en sursaut démocratique. »

Une nation multiple et divisée [revue de web]

maj le 5 janv. 2020

L'archipel français naissance d'une nation multiple et divisée de Jérôme Fourquet, édition du Seuil, 7 Mars 2019.

Présentation de l'éditeur :

"L'auteur souligne la fragmentation sociale actuelle de la France, montrant combien s'est affaibli le socle commun des références et des valeurs dans le pays. Entre sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, instauration d'une société multiculturelle, un bouleversement anthropologique est à l’œuvre."

"En quelques décennies, tout a changé. La France, à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun. Et lorsque l'analyste s'essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur.
C'est que le socle de la France d'autrefois, sa matrice catho-républicaine, s'est complètement disloqué. Jérôme Fourquet envisage d'abord les conséquences anthropologiques et culturelles de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de pratiques comme le tatouage et l'incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l'animalité (le veganisme en donne la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d'« archipelisation » de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique, instauration d'une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes (comme l'illustre, par exemple, la spectaculaire diversification des prénoms).

À la lumière de ce bouleversement sans précédent, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l'agrégation des intérêts particuliers au sein de coalitions larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l'élection présidentielle de 2017 et les suites que l'on sait...

Avec de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach, géographe et cartographe."
L'auteur, Jérôme Fourquet, né le 8 février 1973 au Mans, est un politologue français. Il est directeur du département « opinion et stratégies d’entreprise » de l'institut de sondages IFOP depuis 2011. Ses travaux portent notamment sur le Front national et, plus largement, sur les comportements et attitudes politiques en lien avec les religions, l’immigration ou les questions d’identité. Il est également expert en géographie électorale.

Emma - La réforme des retraites en BD

Emma, ingénieure informaticienne le jour, dessinatrice la nuit, nous as pondu il y a déjà trois mois, une BD de 32 pages pour nous éclairer sur la réforme des retraites. Je vous laisse apprécier.

Je retiens (entre autre car il y a bien d'autres soucis) :
  • que la hausse de la productivité n’est pas prise en compte,
  • que 50 % des personnes de 60 ans n’ont pas de travail (nous savons tous qu’après 50 ans, dans notre pays, il est difficile de trouver un emploi si on est au chômage)
  • et que l’espérance de vie en bonne santé stagne à 65 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes.

Castaner : "Je ne connais aucun policier qui ai attaqué des gilets jaunes"



« La guerre, c'est la paix. La liberté, c'est l’esclavage. L'ignorance, c'est la force. », Georges Orwell, 1984.

Violences policières et gilets jaunes, ARTE Journal, 12 jan 2019
"Depuis deux mois les manifestations des gilets jaunes se succèdent chaque samedi. Des affrontements parfois violents ont lieu, provoquant des blessés dans les rangs de la police, mais aussi du côté des manifestants. Amnesty International a dénoncé la recrudescence de violences policières et de blessés graves dus à l'emploi d'armes comme les flash-balls de dernière génération. La police des polices a ouvert 78 enquêtes pour des violences policières."
David Dufresne : "La police s’est enfermée dans une logique d’escalade et d'affrontement", Nouvelobs, 11 janv 2019

Philippe Seguin, au temps du traité de Maastricht

C'était l'époque de la fondation de l'Union Européenne :
« La France n’est pas la France quand elle n’est plus capable, comme aujourd’hui, de par­tager équitablement les profits entre le travail, le capital et la rente, quand elle conserve une fiscalité à la fois injuste et inefficace, quand elle se résigne à voir régresser la solidarité et la promotion sociale, quand elle laisse se déliter ce qu’autrefois on appelait fièrement le creuset français et qui était au cœur du projet républicain ».

Philippe Seguin, 5 mai 1992

Tout change pour que rien ne change...

Les médias au service du régime présidentiel pseudo-démocratique

"L’élection présidentielle se fait par une vaste opération de propagande et de manipulation médiatique: ce sont les médias qui choisissent en influençant la foule médiatisée, et qui lui vendent une image. En sublimant un personnage, un acteur, cette élection détruit toutes les sources de vie démocratique, notamment le Parlement qui devient un Parlement croupion. L’élection se fait sur une surenchère de promesses démagogiques et fondamentalement nuisibles pour l’intérêt général (...)

 La vie publique se transforme en  spectacle médiatisé et en décors de carton-pâte. Les postures et les coups de menton se substituent à l’action authentique. Au prix d’une formidable mystification, le chaos quotidien, le renoncement et l’impuissance de l’État sont vendus à l’opinion comme une « transformation profonde de la France ». La vanité, sous produit de l’impuissance, s’impose dès lors comme le principe fondamental du régime. La fracture démocratique, entre une petite clique influente, totalement déconnectée de la réalité, et la population, plongée dans ses drames quotidiens, ne cesse de se creuser."
​Maxime Tandonnet, énarque​, haut fonctionnaire au ministère de l'intérieur, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l'intérieur et à l'immigration

La question énergétique, socle de nos sociétés

"C’est surtout la nourriture d’un parc de machines qui a permis une multiplication par plusieurs centaines de la production en un siècle et demi. Sans énergie abondante, l’humanité ressemblerait à ce qu’elle était en 1800 : un demi-milliard d’agriculteurs, avec 25 ans d’espérance de vie à la naissance.
De ce fait, cela n’a pas de sens de faire des projets sur l’économie, la diplomatie, les transports ou l’école en faisant n’importe quoi sur l’énergie. Cela revient à faire des projets – d’études, de logement, de travail – pour un individu avec lequel on ferait par ailleurs n’importe quoi sur son alimentation ou sa respiration. Aucune chance que ça marche !"
La vertu du bouton reset par Jean-Marc Jancovici, 24 mai 2017.

Consommation d’énergie primaire en Europe, bois exclu, en millions de tonnes équivalent pétrole (une tonne équivalent pétrole = 11600 kWh). source : Jancovici

Qui gouverne réellement à Bercy ?

"C’est la machine, la structure qui a la main. De par l’influence des fonctionnaires, de Bruxelles et des lobbys, tout cela crée un réseau de contraintes et le ministre ne peut pas faire grand-chose ; sans ministre cela fonctionnerait."



Les chiffres de l'élection présidentielle vus autrement

Les abstentions lors du deuxième tour établissent un record :
J'ai additionné les chiffres de l'abstention, des bulletins nuls et blancs : au premier tour ils comptent pour 24 % des inscrits sur les listes électorales, les votes pour Macron, 18 %. Au deuxième tour, Macron récupère les votes de 44 % des inscrits alors qu' abstentionnistes, blancs et nuls comptent pour 34 %.
Mérome dans "Le verdict des burnes" va plus loin en prenant en compte les français en âge de voter.

Jacques Généreux présente le programme économique de Mélenchon [audio, 18 min]

Jacques Généreux, l’économiste de « la France insoumise » était l’invité de Guillaume Erner le 16 mars dernier, pour présenter le programme économique de Jean-Luc Mélenchon.

Avant de proposer un projet, il faut établir un diagnostic : le système économique est à l’envers, car il est à l’avantage des détendeurs de l’argent. L’économie est pilotée par l’obsession de la rentabilité financière à court terme. Du fait de la libre circulation des capitaux et du libre échange généralisé, le système donne les pleins pouvoirs aux détenteurs du capital. La transition écologique a été stoppée par cette vision de l’économie.

L’objectif est donc de remettre le système économique à l’endroit. Il ne s’agit pas d’être compétitif ou de réduire ni d’augmenter la dépense publique ; avoir un objectif chiffré n’est pas une finalité politique. L’objectif c’est de sauver la planète pour nos enfants, c’est-à-dire lancer une transition écologique, c’est de repartager les richesses équitablement, de faire que l’on vive dans des sociétés humaines où chacun peut contribuer à la production de richesse, c’est de sauver l’Union européenne en modifiant le rapport de force pour la refonder.

Je vous laisse écouter la suite :

Hommes politiques, grands patrons et médias

Interview d'Aude Lancelin ex directrice adjointe de l'Obs, sur France culture le 13 octobre dernier, pour la parition de son livre "Le monde libre" sous titré "une plongée sans précédent dans la servitude des médias". L'ouvrage, écrit après son éviction du journal au printemps dernier, décrit les relations entre ces trois pouvoirs.




Dans l'émission d'"arrêt sur image" du 17 novembre 2016, Daniel Schneidermann demande à Isabelle Attard, député du Calvados non-affiliée, comment la majorité a renoncé à revoir les seuils de concentration au capital des médias dans la loi Bloch sur l'indépendance des médias. Réponse de l'élu : "Les politiques au plus haut niveau de l'état ont décidé de fricoter avec les lobbys, les multinationales et ceux qui dirigent la presse" et Isabelle Attard de citer quelques exemples de cette collusion entre politiques et grande entreprises.

"Quand on a mis le doigt dans le pot de confiture on ne prend pas la parole et il faudra un jour que tu comprennes que tu es la seule dans l'opposition"  réflexion d'un député républicain (dans l'opposition)  à Attard en sortie de commission parlementaire.




Pour terminer une infographie crée par les journalistes du monde diplomatique :
Les médias français qui possèdent quoi ? Le monde diplomatique


[Revue de Web 46/47] USA, Donald Trump

Trump en tête: l'interview de Laure Mandeville qui annonçait l'ouragan

"Grand reporter au Figaro, Laure Mandeville est chef du bureau Amérique depuis 2009. Elle suit le candidat républicain depuis le début de la campagne et vient de publier Qui est vraiment Donald Trump? aux éditions des Équateurs. Cet entretien a été publié un mois avant l'élection américaine."

Le point de vue d'un démographe (E. Todd)

  • "Crise de la socitété américaine, crise de la globalisation ?" par Emmanuel Todd [vidéo]
    "Lors du débat du 26 septembre dernier, les deux candidats à la présidentielle américaine se sont accordés pour désigner un ennemi commun : la globalisation. Dernière forme prise par la mondialisation, elle est marquée par l’instantanéité des échanges et par le néolibéralisme. Or, si la société américaine a su jouir des avantages de ce système, elle a dû faire face à des revers aux conséquences dramatiques. Ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui la globalisation concentre les critiques de bon nombre de citoyens américains. Beaucoup d’entre eux ne font plus confiance au multiculturalisme et sont tentés par le populisme. Emmanuel Todd travaille actuellement sur les tensions de la société américaine, et leurs liens avec la globalisation."
  • Emmanuel Todd : "La question du racisme doit être posée sans illusion mais le discours qui vise à dire que le vote Trump est le vote des petits blancs racistes n'est pas seulement absurde, c'est juste le contraire" | Atlantico.fr

    "Nous en sommes au point où le groupe majoritaire, les Blancs, représentant 72% du corps électoral, est tellement en souffrance que sa mortalité augmente. Les causes de cette augmentation ne sont pas "naturelles" : il s'agit de suicides, d'alcool, de drogue, d’empoisonnements médicamenteux. A l’instinct je me suis dit : à ce stade, le système idéologique néo-libéral peut craquer. Cet indicateur est vraiment le signe que la globalisation économique a fini par conduire à une insécurité individuelle et sociale insupportable même en pays anglo-saxon. Les sondages "sortie des urnes" ont bien montré qu’au fond, la principale motivation du vote Trump était la volonté de changement. Tout sauf ce que représente Clinton."

Les 28 première mesures promises par Donald Trump

"Source : Breibart, 22/10/2016"

What Does President Trump Mean for the Economy & Market? | Cullen Roche

"What’s it all mean for the financial markets? Well, the fiscal stimulus is the key here and it likely means we see higher profits, higher interest rates, higher growth and higher inequality. It will be good for the overall economy, but it will be REALLY good for the wealthy. So, in a weird sort of way the Trump economy might not look that different from the Obama economy where profits and stock markets boomed and the wealth largely flowed to the rich."

The economic consequences of Mr Trump - Martin Wolf 


Donald Trump’s false promises to his supporters - Martin Wolf

"Some will benefit from his plans, but the white working class will not be among them"

La future équipe de Donald Trump

  • Dans la future administration Trump, un ancien de Goldman Sachs au Trésor, un pétrolier à l’Énergie et un lobbyiste climato-sceptique à l’Environnement ? - Observatoire des multinationales
    "Donald Trump a construit une grande partie de sa victoire surprise à l’élection présidentielle américaine sur un discours de rejet des élites de Washington et de Wall Street. Une stratégie gagnante qui lui a permis d’attirer une grande partie des classes populaires blanches, au détriment des Démocrates. Mais ceux qui ont pris au sérieux sa rhétorique anti-libérale, et sa dénonciation du libre-échange, des délocalisations et des excès de la finance, risquent fort de déchanter. Donald Trump se prépare en effet à nommer une équipe qui accordera une large place aux intérêts économiques. Avec notamment un ancien dirigeant de Goldman Sachs au Trésor et le patron d’une firme pétrolière au Secrétariat à l’Énergie."
  • Donald Trump n'est pas anti-guerre, il veut juste que l'armée américaine se concentre sur le vol du pétrole, par Robert Mackey
    • "En février, lorsque le président Obama envisageait l’intervention en Libye pour laquelle sa secrétaire d’État, Hillary Clinton, militait avec force, Trump demanda une action immédiate pour renverser le Colonel Khadafi, dans une déclaration postée sur sa chaîne YouTube."
  • Donald Trump, après avoir violemment critiqué la guerre en Irak, choisit le faucon en chef de l'Irak comme conseiller à la sécurité
    "Source : The Intercept, le 12/09/2016" Lundi, Donald Trump a retenu l'ancien directeur de la CIA et extrémiste néo-conservateur James Woolsey comme son conseiller principal sur les questions de sécurité nationale. Woolsey, qui a quitté la CIA en 1995, est devenu l'un des promoteurs les plus virulents à Washington de la guerre des États-Unis en Irak et au Moyen-Orient. À ce titre, le choix de Woolsey constitue soit un accroc à la rhétorique non interventionniste de Trump, soit une orientation vers une approche néoconservatrice plus musclée pour résoudre les conflits internationaux.
    • "Woolsey, en revanche, était un membre clé du Projet pour le Nouveau Siècle Américain, un think tank néoconservateur dont l’objectif était clairement de favoriser une seconde guerre en Irak. Woolsey a signé une lettre en 1998 appelant Clinton à renverser Saddam Hussein. Par ailleurs, il est apparu sur CNN quelques heures seulement après les attaques du 11/9, y rendant l’Irak responsable des attaques. Woolsey a continué de mettre en avant une telle relation, malgré l’absence totale de preuves à l’appui de son argument. Il accuse également l’Iran."
  • Donald Trump Recruits Corporate Lobbyists to Select His Future Administration - Lee Fang
    "As Donald Trump finishes his campaign with a promise to break the control of Washington by political insiders, his transition team is preparing to hand his administration over to a cozy clique of corporate lobbyists and Republican power brokers."
 

Les opinions de Bruno Bertez sur D. Trump et la macro

  • Voila, c'est fait Trump est le 45e président des Etats-Unis. Ne boudons pas notre plaisir . – bruno Bertez
    • "Pour analyser, pour commenter il semble préférable de laisser retomber un peu l’enthousiasme ou la crainte, les émotions ne favorisent guère la lucidité. Surtout dans les situations qui se présentent comme des ruptures, on ne prolonge pas, pas tout de suite les tendances existantes , on ne met pas en place les conditions des nouvelles. L’enseignement du Vote Brexit est présent à tous les esprits: surprise,  incrédulité, peur de l’inconnu, de l’aventure et puis en face on s’organise pour limiter l’impact, pour désamorcer, voire pour remettre en cause; dans toutes les ruptures, il y a des forces de rappel qui se mettent en branle et finalement il se produit une sorte d’amortissement des phénomènes. La tendance à ce que les choses rentrent dans l’ordre ancien est forte et elle joue pendant quelque temps. Il y a pour les uns une sorte de deuil à faire et pour les autres une sorte de travail de réconciliation des rêves et des espoirs avec la réalité."
    • "la fonction historique des populistes est de donner espoir, de re-présenter la colère du peuple. De lui redonner conscience de lui même et de ses interêts communs. Presque une conscience de classe."
    • "La ligne de partage populiste est dans le refus de la globalisation faite sous le signe de la finance, dans le refus de la perte d ‘identité, dans le refus de la relativisation de tout, dans le refus de la guerre, dans le refus de l’idéologie du pseudo modernisme. Le populisme remet en valeur le « hot » en regard du « cool », le réel en regard des signes et de l’imaginaire. Le vrai en regard de l’opinion et du consensus trafiqués."
  • Editorial, l'oeuvre de Trump et de Mère Theresa [May] – bruno Bertez
    • "Ce que nous avons retenu de Trump, c’est la déclaration faite le 21 Juillet, lors de son acceptation de la Nomination en tant que candidat républicain; notez la, elle est claire, sans ambiguité: « americanism, not globalism will be our credo ». Le Boston Globe a mis en haut de « une », jeudi dernier : « Trump won, globalisation lost. Now what ». Voila un bon journal ou du moins un bon patron de journal, il a tout compris: « Trump a gagné, la globalisation a perdu, et maintenant? Et le plus clairvoyant de tous les médias a été Counterpunch, vendredi : « The real meaning of this upset is that Wall Street’s globalization project has been rejected by the citizens of its homeland ». « Le vrai sens de ce bouleversement est que le projet de globalisation élaboré par Wall Street a été rejeté par les citoyens du pays même qui lui a donné naissance ». Voila du journalisme. CNN n’est pas aussi clairvoyant, mais il proclame dans la bouche de Jake Tapper: « les américains ont voté pour Trump, parce qu’ils en ont marre des inégalités, marre de la globalisation, et de la politique telle qu’on la pratique en vertu du status quo ». Tapper frôle l’essentiel, c’est à dire la clarification du sens du vote sous les apparences, sous les modes d’apparaître comme le refus des inégalités croissantes. "
    • "Peut on être plus perspicace : « Nous ne pouvons nier qu’il y a eu des côtés négatifs à la globalisation tout au long de ces dernières années; et dans notre zèle, dans notre enthousiasme à promouvoir l’agenda de la globalisation comme réponse à tous nos maux, nous avons négligé l’impact qu’elle avait sur tous ceux qui,  chez nous  voient ces forces selon un autre éclairage ». Peut-on être plus claire et en même temps plus mesurée!  Bravo mère  Theresa!  Et la suite, du propos de la sainte mère Theresa nous enchante, nous y souscrivons à 100%: « demander au business de travailler avec le gouvernement et de faire sa part est profondément pro-business, car il est fondamental de maintenir la confiance dans le capitalisme et les marchés libres ». Nous buvons du petit lait, car elle a raison: l’enjeu c’est de retrouver la légitimité de nos systèmes sociaux et économiques, l’enjeu c’est d’échapper au socialisme universel, globaliste  et de retrouver des marchés libres, lieux de confrontation des aspirations individuelles."
  • Trump: essai. Tentative de mise en ordre, les miracles existent-ils? – bruno Bertez
    L’insuffisance de l’investissement est un constat, c’est presque un problème de société, une question sociétale dans un monde qui aspire plus à la consommation qu’à l’effort. A la jouissance qu’à la frustration et au détour. C’est le problème, mais la solution ne se décrète pas. C’est la limite du dirigisme, du volontarisme, bref ce sur quoi bute l’illusion de la toute puissance des Politiciens.
  • Ne manquez pas, notre opinion de long terme. Scénario Trump, mission impossible – bruno Bertez

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