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La guerre de la France en Libye était basée sur des mensonges [parlement britannique]

 L'article en anglais est long. J'en ai recopié ci dessous qu'une infime partie. Passages en gras rajoutés.

Un rapport du Parlement britannique détaille comment la guerre de l'OTAN en Libye en 2011 était fondée sur des mensonges, Salon, 16 sept. 2016

« Enquête britannique : Kadhafi n'allait pas massacrer les civils ; les bombardements occidentaux ont aggravé l'extrémisme islamiste.

Un nouveau rapport du Parlement britannique montre que la guerre de l'OTAN en Libye en 2011 était basée sur un ensemble de mensonges.

"Libye : Examen de l'intervention et de l'effondrement et les futures options politiques du Royaume-Uni", une enquête de la commission bipartisane des affaires étrangères de la Chambre des communes, condamne fermement le rôle du Royaume-Uni dans la guerre, qui a renversé le gouvernement du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et plongé le pays d'Afrique du Nord dans le chaos.

"Nous n'avons vu aucune preuve que le gouvernement britannique ait effectué une analyse correcte de la nature de la rébellion en Libye", indique le rapport. "La stratégie britannique était fondée sur des hypothèses erronées et une compréhension incomplète des faits."

La commission des affaires étrangères conclut que le gouvernement britannique "n'a pas su identifier que la menace pour les civils était surévaluée et que les rebelles comprenaient un élément islamiste important."

L'enquête sur la Libye, qui a été lancée en juillet 2015, s'appuie sur plus d'un an de recherches et d'entretiens avec des politiciens, des universitaires et des journalistes, entre autres. Le rapport, qui a été publié le 14 septembre, révèle ce qui suit :

  • Kadhafi n'avait pas prévu de massacrer des civils. Ce mythe a été exagéré par les rebelles et les gouvernements occidentaux, qui ont fondé leur intervention sur des renseignements insuffisants.
  • La menace des extrémistes islamistes, qui ont eu une grande influence sur le soulèvement, a été ignorée et les bombardements de l'OTAN ont encore aggravé cette menace, donnant à ISIS [l'état islamique] une base en Afrique du Nord.
  • La France, qui a lancé l'intervention militaire, était motivée par des intérêts économiques et politiques, et non humanitaires.
  • Le soulèvement - qui était violent et non pacifique - n'aurait probablement pas réussi sans l'intervention et l'aide militaires étrangères. Les médias étrangers, en particulier Al Jazeera (Qatar) et Al Arabiya (Arabie Saoudite), ont également diffusé des rumeurs infondées sur Kadhafi et le gouvernement libyen.
  • Les bombardements de l'OTAN ont plongé la Libye dans une catastrophe humanitaire, tuant des milliers de personnes et en déplaçant des centaines de milliers d'autres, transformant la Libye, pays africain au niveau de vie le plus élevé, en un État défaillant déchiré par la guerre.

Le mythe selon lequel Kadhafi massacrerait des civils et le manque de renseignements (...)

L'extrémisme islamiste et la propagation des armes libyennes (...)

Les motivations économiques et politiques de la France (...)

Le rapport note également que les principales raisons pour lesquelles la France a poussé à une intervention militaire en Libye étaient les "ressources financières presque inépuisables" de Kadhafi, les projets du dirigeant libyen de créer une monnaie alternative au franc français en Afrique, "les plans à long terme de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique francophone" et le désir "d'accroître l'influence française en Afrique du Nord." (...)

Les officiers de renseignement français ont exprimé cinq facteurs qui ont motivé Sarkozy :

    "a. Le désir d'obtenir une plus grande part de la production pétrolière libyenne,

    b. Accroître l'influence française en Afrique du Nord,

    c. Améliorer sa situation politique intérieure en France,

    d. Fournir à l'armée française une occasion de réaffirmer sa position dans le monde,

    e. Répondre à l'inquiétude de ses conseillers quant aux projets à long terme de Kadhafi de supplanter la France en tant que puissance dominante en Afrique francophone."

Le rôle crucial de l'intervention étrangère (...)

Désastre humanitaire et échos de la guerre en Irak

Le rapport de la commission des affaires étrangères reproche au Royaume-Uni, aux États-Unis et à la France de ne pas avoir élaboré "une stratégie pour soutenir et façonner la Libye post-Kadhafi."

Le résultat de cela, note le rapport dans le résumé, "a été l'effondrement politique et économique, les combats entre milices et entre tribus, les crises humanitaires et migratoires, les violations généralisées des droits de l'homme, la dissémination des armes du régime Kadhafi dans toute la région et la croissance d'ISIL [l'état islamique] en Afrique du Nord." (...)

Avant les bombardements de l'OTAN en 2011, en revanche, la Libye était la nation la plus riche d'Afrique, avec l'espérance de vie et le PIB par habitant les plus élevés. Dans son livre "Perilous Interventions", l'ancien représentant de l'Inde auprès de l'ONU, Hardeep Singh Puri, note qu'avant la guerre, la Libye comptait moins de pauvres parmi sa population que les Pays-Bas. Les Libyens avaient accès à des soins de santé gratuits, à l'éducation, à l'électricité et à des prêts sans intérêt, et les femmes bénéficiaient de grandes libertés qui avaient été applaudies par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU en janvier 2011, à la veille de la guerre qui a détruit le gouvernement.

Aujourd'hui, la Libye reste si dangereuse que la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes n'a en fait pas pu se rendre dans le pays pendant son enquête. Elle note dans le rapport qu'une délégation s'est rendue en Afrique du Nord en mars 2016. Ils ont rencontré des politiciens libyens à Tunis, mais "n'ont pas pu se rendre à Tripoli, Benghazi, Tobrouk ou ailleurs en Libye en raison de l'effondrement de la sécurité intérieure et de l'État de droit. (...) »

La crise de mai 58 [revue de web] 6/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - témoignages d'acteurs

 Précédemment :


Le général Jouhaud

Dernière mission pour le général Jouhaud (réservé aux abonnés), Le Monde, 21 mai 1984

« [Le général Jouhaud est] ancien chef d'état-major général de l'armée de l'air (…) Serons-nous enfin compris ? C'est le titre de son nouvel ouvrage. “ Mon dernier livre ”, assure-t-il. Son ultime message de colère, car on ne saurait parler de cri tant ce réquisitoire apparaît serein. Un réquisitoire dirigé contre les “ barons ” gaullistes qui entretiennent volontiers l'interprétation selon laquelle les pieds-noirs auraient été les uniques responsables de l'enchaînement dramatique des évènements survenus en Algérie de 1958 à 1962. À preuve de la complicité qui associa les fidèles du général De Gaulle aux chefs de l'armée française en Algérie lorsqu'il s'agit, en mai 1958, de porter au pouvoir l'homme du 18 juin 1940 - vieille controverse, - le général Edmond Jouhaud produit un nouveau document : le témoignage écrit du général Jean-Louis Nicot, ancien major général de l'armée de l'air, qui affirme avoir reçu, par l'intermédiaire de MM. Pierre Lefranc et Michel Debré, le 29 mai 1958, l'aval personnel du général De Gaulle au déclenchement de la fameuse opération “ Résurrection ” qui devait imposer l'homme de Colombey-les-Deux-Églises au président Coty et au Parlement sous la pression des parachutistes transportés, pour la circonstance vers la capitale. (…) »

 

De Gaulle “putschiste” (réservé aux abonnés), Le Monde, 21 mai 1984

« À preuve de son affirmation selon laquelle le général De Gaulle aurait accepté, en mai 1958, de revenir aux affaires par un coup d'État militaire, le général Edmond Jouhaud produit, dans son dernier ouvrage, le témoignage écrit, inédit jusqu'à présent, du général Jean-Louis Nicot, major général de l'armée de l'air, affecté à l'époque à l'état-major des forces armées.

Le 27 mai, accompagné du commandant Vitasse, le général Nicot se rend ensuite rue de Solferino. Il y va, écrit-il “ pour informer ces ” messieurs “ que les trois chefs d'état-major des armées et le général Ely sont d'accord pour permettre le retour aux affaires du général De Gaulle avec le concours et l'appui des forces armées (exception faite du général Lorillot qui n'a pas été mis dans le coup), mais en spécifiant bien que rien ne se ferait sans que les chefs d'état-major aient ” l'accord explicite du général De Gaulle. “ Assistaient à cette réunion, précise-t-il, ” MM. Foccart, Debré, Lefranc, Guichard et d'autres dont j'oublie les noms. Ce qui est certain, c'est que “ les principaux lieutenants ” du général De Gaulle étaient présents et qu'ils nous ont, ce jour-là, assuré que c'était bien le souhait du général De Gaulle de revenir, par ce moyen, aux affaires, étant donné qu'aucune ouverture politique ne semblait se faire jour “.

“ Le général Nicot rend compte de cet entretien aux chefs d'état-major qui restent sceptiques sur les affirmations des fidèles du général. Ils hésitent à s'engager sur le simple accord de l'état-major gaulliste. Ils sont tellement et de toutes parts sollicités pour intervenir qu'ils invitent Nicot à retourner rue de Solferino au plus tôt. Ce dernier s'y rend le 29 mai vers 11 heures.

“ Ces messieurs, écrit le général Nicot, me réitèrent le feu vert du général : Vous pouvez déclencher l'opération. ” J'exige alors qu'on téléphone devant moi à Colombey, car je ne puis faire fond sur l'assertion d'une équipe très excitée." (…) »

 

La crise de mai 58 [revue de web] 5/6

 La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - les journalistes

 Précédemment :

 

Les Frères Bromberger, 1959

Compte-rendu : “Les 13 complots du 13 mai (réservé aux abonnés), Le Monde, 5 fév. 1959

« Le titre est commercial, mais il n'est pas exact (1). De complots il n'y en eut que deux : celui des “ activistes ” et celai des “ gaullistes ”, s'ignorant souvent, se contrariant quelquefois, mais se conjuguant finalement puisque comptant l'un et l'autre sur une seule et même force : l'armée, qui n'avait pas attendu le 13 mai pour devenir un État dans l'État. En son sein quelques officiers, bien placés, ont moins tiré les ficelles que tenu les fils, longtemps à l'insu du commandant en chef, puis la plupart des états-majors se sont préparés ou prêtés au “ putsch ” qui, prévu pour le 28 mai, visait à porter, au besoin malgré lui, le général De Gaulle au pouvoir s'il n'avait pas été appelé par le président de la République puis investi par l'Assemblée nationale. Telle est la trame du livre des frères Bromberger, qui se lit comme un roman, mais constitue l'histoire d'évènements décisifs, graves ou burlesques, qui sont encore mal connus de la plupart des Français. (…) »

 

La crise de mai 58 [revue de web] 4/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - les historiens Grey Anderson et Patrick Lagouyete

 Précédemment :

 

Grey Anderson, 2018

« Grey Anderson est un historien et essayiste américain. Titulaire d’un doctorat en histoire de l’université de Yale, ses recherches portent sur l’histoire politique et militaire de l’Europe contemporaine. Il écrit régulièrement sur la vie politique française pour la presse américaine. » La Fabrique

Grey Anderson, La guerre civile en France. 1958-1962. Du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS, La Fabrique, 2018

« Mai 1958, c’est le début d’une séquence insurrectionnelle où le sort de la France s’est joué à Alger, c’est la fin de la IVe République et le retour au pouvoir de De Gaulle savamment orchestré par le cercle des fidèles, c’est l’arrivée aux commandes d’une nouvelle équipe qui va construire et faire accepter une Constitution encore en vigueur après un demi-siècle. Bref, mai 1958, c’est un moment fondamental au sens fort du terme.

D’où vient donc que, s’agissant de commémoration, ce moment est éclipsé par rapport à mai 1968, toujours célébré, toujours commenté y compris par ses adversaires ?

Les chapitres de ce livre donnent la réponse : si mai 1968 est un moment joyeux et solaire, les quatre années de guerre civile qui s’écoulent entre la prise du gouvernement général à Alger le 13 mai 1958 et la fin de l’OAS au printemps 1962 n’ont rien que l’on aime se rappeler : une haine et une violence extrêmes, l’usage généralisé de la torture, les exactions policières contre les Algériens révoltés et ceux qui les soutiennent, le mensonge officiel qui présente le retrait d’Algérie comme une victoire et le complot initial comme le triomphe de la démocratie

Écrit par un universitaire américain, ce livre dévoile les mécanismes du refoulement de cette réalité douloureuse qui a façonné durablement l’État français et ses institutions. » (Contretemps)

 

[Notes de lecture] Grey Anderson, La guerre civile en France, 1958-1962 : du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS, Renaud Baumert, professeur de droit public, Jus Politicum n°23 - revue de droit politique, déc. 2019

« Pour qui s’intéresse à la période, l’ouvrage de Grey Anderson est d’un grand intérêt. Il constitue, à l’évidence, une excellente synthèse historique. L’auteur, qui a su s’appuyer sur des sources nombreuses et variées, propose un récit riche, alerte et circonstancié. Au-delà de la simple relation des évènements, La guerre civile en France témoigne d’une réjouissante sensibilité critique. Loin de célébrer l’avènement d’une Ve République supposément salutaire, M. Anderson ne cache rien des turpitudes, des brutalités et des coups de Jarnac qui présidèrent à sa naissance. Au demeurant, la chose est faite sans manichéisme. Ainsi, de nombreux développements permettent de comprendre le dessein politique des différents acteurs – indépendamment de la sympathie ou de l’antipathie que l’on peut nourrir à leur endroit. Entre autres choses, le livre de Grey Anderson a donc le mérite de restituer le climat de violence et d’exacerbation des passions politiques qui entoura la formation de notre régime politique. C’est sans doute là, d’ailleurs, son principal dessein : il se veut un remède à la tentation – jamais éteinte – de bâtir un « grand récit national » consensuel et lénifiant. (…)

Si la qualité générale de l’ouvrage nous paraît incontestable, il est néanmoins possible d’exprimer quelques réserves mineures. (…) Grey Anderson n’hésite pas à qualifier la prise de pouvoir gaulliste de « coup d’État » (dans le titre de l’ouvrage, ainsi qu’à la p. 16). Bien entendu, on peut sensément défendre cette interprétation. On regrettera simplement qu’elle ne soit pas autrement justifiée. Michel Winock, qui a consacré une vingtaine de pages à cette question, préfère y voir un « coup d’État de velours » ou encore un « coup d’État “damoclétien” (…) »

 

La crise de mai 1958 [revue de web] 3/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - les historiens et universitaires

 Précédemment :

 

Maurice Moissonnier, 1959

Maurice Moissonnier (1927-2009), « professeur agrégé d’histoire, professeur d’histoire-géographie dans l’enseignement secondaire, spécialisé dans l’histoire du mouvement ouvrier lyonnais et communiste. » Wikipédia, maitron, l’Humanité

Analyse du 13 mai, Maurice Moissonnier, Revue la Nouvelle Critique n°106 Radioscopie du Gaullisme (p. 3-30), mai 1959

sur le Portail Archives Numériques et Données de la Recherche (PANDOR), Maison des Sciences de l’Homme de Dijon et laboratoires de recherche en sciences humaines et sociales de l’université de Bourgogne.

visualiser ou télécharger le PDF

 

René Rémond, 1983

René Rémond (1918-2007) : « est un historien français. Ses travaux sur l’histoire politique, intellectuelle et religieuse de la France contemporaine, par leur souci d’ouvrir l’histoire politique à la science politique et de dégager les tendances de long terme des courants de pensée et de la vie politique, ont contribué au renouvellement du domaine à partir des années 1970. Il est le père d’une typologie des « Droites en France », issue de l’ouvrage Les Droites en France, en trois familles héritées des conflits du XIXe siècle : « orléaniste », « bonapartiste » et « légitimiste », qui a fait date. Il a joué également un rôle important dans la constitution en France du courant historiographique de l’histoire du temps présent. Il est élu à l’Académie française en 1998. » (Wikipédia)

Biographie de l’auteur
Eminent spécialiste des questions politiques françaises, René Rémond a été successivement doyen, puis président de l’université de Nanterre, avant de devenir président de la Fondation Nationale des Sciences politiques. Il est notamment l’auteur de Introduction à l’histoire de notre temps (3 vol. : 1. L’Ancien Régime et la Révolution ; 2.Le XIXè siècle : 3. Le XXè siècle : de 1914 à nos jours), de Les Droites en France, de Notre Siècle, 1918-1995 et de l’Anticléricalisme en France. De 1815 à nos jours."

1958, le retour de De Gaulle, René Rémond, éditions Complexe, 1983

Quatrième de couverture

« Le 13 mai 1958, Alger est en état d’insurrection et les Algérois d’origine européenne en appellent au général De Gaulle pour maintenir la souveraineté de la France sur l’Algérie. Le même jour Pierre Pfimlin, chrétien-démocrate, est investi à Paris par les députés à la présidence du Conseil de la IVe République. D’Alger monte l’exigence d’un “ gouvernement de salut public ” dont De Gaulle pourrait prendre la tête. Ce dernier, depuis sa retraite de Colombey les-Deux-Églises, fait savoir qu’il se tient prêt à “assumer les pouvoirs de la République”. Le 19 mai, le Général donne une conférence de presse pour dire qu’il refuse de recevoir le pouvoir des factieux d’Alger, et tente de rassurer les journalistes : “Croit-on qu’à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ?” Rumeurs, intimidations, confusions, espoirs se mêlent alors, dans un temps politique et historique comme suspendu. Étrange fil temporel finalement dénoué par le président de la République René Coty qui, le 1er juin 1958, en appel au “plus illustre des Français”. De Gaulle forme sans attendre un gouvernement de rassemblement. La IVe République s’écroule en quelques heures. C’était il y a cinquante ans. René Rémond, dans un livre devenu un classique du récit politique, propose une analyse limpide d’un moment de crise majeure du système politique français, restituant dans toute leur épaisseur historique des questions qui sont alors posées dans l’urgence : la France va-t-elle vers la guerre civile ? De Gaulle est-il un dictateur ? Comment fonder une nouvelle République ? »

« 1958. Depuis trois ans, la France mène une guerre épuisante en Algérie. Depuis trois ans, les gouvernements se succèdent, sans parvenir à résoudre ce conflit. Le 13 mai, à Alger, une manifestation tourne à l’insurrection, et pousse l’armée à instaurer un Comité de salut public. À Paris, le pouvoir en place demeure impuissant. Une guerre de sécession menace d’éclater. C’est dans ces circonstances que la France rappelle De Gaulle. De fait, c’est une nouvelle République, la Ve, qui va s’instaurer. Tel est le dénouement d’une crise qui mit le pays à deux doigts de la guerre civile. »

Compte-rendus

« On a plaisir à retrouver dans cet ouvrage d’excellente vulgarisation les qualités bien connues de René Rémond : finesse et équilibre des analyses, balancement des hypothèses, harmonie de la forme. » (L’Information historique)

« Un anniversaire qui ne fait toujours pas l’unanimité, du moins sur les origines immédiates de l’évènement. René Remond déploie objectivement « l’éventail des explications » et des interprétations, qu’il ramène à trois types. Quoi qu’il en soit, il ne croit pas courir de risque à penser que l’année 1958 s’inscrira dans les évènements majeurs qui marqueront « la mémoire du siècle ». Il pense aussi que cette crise du passé est de celles — rares — qui peuvent aider à en comprendre d’autres.

Ici « le retour de De Gaulle » ne commence ni ne finit avec la démission de la IVe République : le livre recherche les causes, puis s’étend à l’Algérie d’au-delà du 13 mai, à la Constitution, à la naissance de la Ve République et à l’entrée de De Gaulle à l’Elysée. Des réflexions pour conclure aident à éclairer le récit de ces évènements « à la fois indéterminés et déterminants ». » Le retour de De Gaulle, Yves Florenne, Le Monde diplomatique, sept 1983

« Il y a parfois plus de richesse de substance dans de petits volumes que dans des ouvrages imposants. On ne étonnera pas que ce soit le cas de ce dernier « René Rémond » où en 170 pages l’auteur analyse l’année 1958 pour expliquer la fin de la Quatrième et l’avènement de la Cinquième. Des faits connus l’auteur sait à la fois retracer avec clarté la chronologie et rechercher les différentes explications possibles : la fermeté et la densité du style, comme l’ouverture esprit et le souci des rapprochements historiques feront certainement de ce petit livre un classique fondamental ; (…) Cette analyse supérieurement maîtrisée de année 1958 est utilement complétée par une trentaine de pages où figurent des textes essentiels de l’époque et une chronologie très intelligemment sélective. » (Jacques Chapsal, Revue française de Science politique, 34ᵉ année, n°3, 1984. p. 506)

Conclusion (p. 165)

« La restitution jour par jour de l’enchaînement des faits aura… fait apparaître en pleine lumière le caractère fortuit d’une partie des évènements et montré qu’ils étaient la fois indéterminés et déterminants. La chronologie éclairée par ce qu’on sait ou devine des intentions et des calculs des protagonistes, impose la conviction que rien n’était au départ absolument joué et que la crise aurait pu emprunter d’autres voies. Il était pas écrit d’emblée que le général De Gaulle entrerait à l’Elysée aux premiers jours de janvier 1959 ni que la Quatrième République ferait place à la Cinquième avec le consentement de la grande majorité des Français. La contingence de l’histoire, c’est une leçon trop souvent méconnue par les historiens.. »

Les 44 premières pages

 

Le 13 mai 1958 : un coup d’État ? (abonnés), René Rémond, fév. 1998

« Depuis plus de trois ans, la France fait la guerre en Algérie. À Paris, les gouvernements se succèdent en vain. Le 13 mai, à Alger, une manifestation tourne à l’insurrection. Un Comité de salut public encadré par les militaires se met en place.

Dès lors, trois pouvoirs s’affrontent : à Paris, un pouvoir légalement investi. À Alger, un pouvoir de fait. Enfin, le pouvoir moral du général De Gaulle.

Le 13 mai 1958 marque le point de départ de la crise qui va jeter bas en moins de trois semaines la IVe République et déclencher un processus qui aboutira, quelques mois plus tard, à l’instauration de la Ve République. Or celle-ci à ce jour a déjà duré quarante ans, soit bien plus longtemps que chacun des régimes dont la France a fait successivement l’essai depuis plus de deux siècles, à l’exception de la IIIe République. Quarante ans déjà : cela signifie que la grande majorité du corps électoral a voté pour la première fois de son existence sous la Ve République. Quarante ans de pratique et de fonctionnement des institutions pour trois semaines de crise et quelques heures d’agitation : rarement le rapport entre l’origine et les suites aura été aussi disproportionné. Que s’est-il donc passé en ce mois de mai 1958 pour engendrer pareil enchaînement ?

Tout régime, comme toute entreprise humaine, reste tributaire de ses origines : elles éclairent les intentions des fondateurs (….) »

 

La crise de mai 58 [revue de web] 2/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - guide de lecture

Retrouvez, dans une première partie, le déroulement des évènements et  un répertoire de quelques noms.

Historiographie, Wikipédia

« L’historiographie désigne généralement l’histoire de la science historique, c’est-à-dire l’étude de la façon d’écrire l’histoire, mais peut aussi, selon l’approche choisie, désigner les manières d’écrire l’histoire, « l’art de l’histoire » ou encore l’ensemble des publications traitant du passé et écrites par les historiens.

Tout peut être objet d’histoire, par exemple le déroulement des évènements, ou les modes de vie de sociétés. L’historien utilise différentes sources : des sources privées comme les témoignages écrits ou oraux ; des sources publiques (presse, archives) et des sources matérielles (objets, monnaie, vestiges archéologiques). Tous les objets, les sources et les méthodes de l’Histoire ont évolué. C’est le rôle de l’historiographie d’illustrer tous ces changements.

Définitions 

Le terme « histoire » est ambigu en français dans la mesure où il peut désigner à la fois le récit et la science historique, deux notions qui, par exemple, en allemand font l’objet d’une terminologie différenciée, historie désignant la connaissance des faits et leur documentation tandis que geshichte désigne le récit qui les traduit, les met en forme.

Le terme « historiographie » n’est lui-même pas dénué d’ambiguïté dans la mesure où, « sous la même appellation, se retrouvent des interrogations et des travaux très divers et que se pose régulièrement la question des discours sur la discipline, de la description des pratiques, [constituant] un champ à géométrie variable, selon l’approche choisie »1.

L’« historiographie » peut ainsi désigner l’histoire de la science historique, l’histoire de l’histoire ou « l’art de l’histoire » (en latin : ars historica), la démarche qui relate l’histoire de l’histoire, l’étude de la façon ou des manières d’écrire l’histoire voire, selon les cas, l’ensemble des publications traitant du passé et écrites par les historiens, la littérature historique, ou encore l’« histoire littéraire des livres d’histoire ». Par ailleurs, l’historiographie, dont l’objet permet aux historiens d’analyser concepts et débats ainsi que d’étudier les pratiques et les discours, est devenue un champ historique singulier, pouvant elle-même faire l’objet d’étude historiographique. »

Guides de Lecture

Le 13 Mai dans l’historiographie, Pierre Girard, 2010

Girard, Pierre. “Le 13 Mai dans l’historiographie”. In Mai 1958 : Le retour du général De Gaulle, (pp. 31-38), Presses universitaires de Rennes, 2010.

« La bibliographie du 13 Mai est paradoxale, bien qu’organisée selon une séquence commune à la plupart des évènements contemporains. Paraissent d’abord les livres des journalistes politiques, dans la foulée, au lendemain même de l’épisode. Du fait de l’importance de la crise, de l’ampleur de ses conséquences, s’expriment alors de grandes plumes, les Bromberger, sympathisants du coup d’Alger1, Sirius, le pseudonyme d’Hubert Beuve-Méry quand il veut prendre de la hauteur, qui publie très vite une sélection à peine retouchée d’éditoriaux du Monde, effectivement pleine de hauteur2. On peut ranger dans la même catégorie Jean Ferniot, bien que son livre soit un peu plus tardif3. Les ouvrages de J.-R. Tournoux, largement diffusés, sont de la même veine4, à un étage inférieur. Ce sont des ouvrages bien informés, qui établissent la chronologie des faits, décrivent les réseaux à l’œuvre, mais sans bien les hiérarchiser. Mais là où ils pèsent le plus lourdement sur l’historiographie, c’est dans la manière dont ils fixent un registre de vocabulaire dont elle ne se départira plus, « les complots », « le suicide », « le coup », un registre qui renvoie à la guerre secrète ou au jeu d’échecs. Ils installent aussi l’appareil des très nombreuses références historiques qui forment un arrière-plan omniprésent dans l’esprit des contemporains, puis des historiens, 6 février 1934, guerre d’Espagne, marche sur Rome, mais aussi 18 Brumaire et 2 Décembre. Dès cette première étape paraissent, plus rares, les premiers récits de témoins importants, comme Jacques Dauer5, en réaction à cette salve journalistique. (…)

La crise de mai 58 [revue de web] 1/6

La fin de la IVe République et le retour au pouvoir du général De Gaulle - présentation, contexte, déroulement des évènements

 

Exergue

« L’histoire n’est pas ce qui s’est passé, mais une histoire de ce qui s’est passé. Et il y a toujours différentes versions, différents récits, sur les mêmes événements. Une version peut tourner principalement autour d’un ensemble spécifique de faits, tandis qu’une autre version peut les minimiser ou ne pas les inclure du tout.

Comme les contes, chacune de ces différentes versions de l’histoire contient des leçons différentes. Certaines histoires nous disent que nos dirigeants, au moins, ont toujours essayé de bien faire pour tout le monde. D’autres remarquent que les empereurs n’ont pas à cœur l’intérêt des esclaves. Certaines nous enseignent que c’est à la fois ce qui a toujours été et ce qui sera toujours. D’autres nous conseillent de ne pas confondre une domination passagère avec une supériorité intrinsèque. Enfin, certaines histoires brossent un tableau où seules les élites ont le pouvoir de changer le monde, tandis que d’autres soulignent que le changement social est rarement imposé d’en haut.

Quelle que soit la valeur de ces nombreuses leçons, l’histoire n’est pas ce qui s’est passé, mais les récits de ce qui s’est passé et les leçons que ces récits contiennent. Le choix même des histoires à enseigner dans une société façonne notre vision de la façon dont ce qui est, est arrivé et, à son tour, de ce que nous comprenons comme possible. Ce choix de l’histoire à enseigner ne peut jamais être « neutre » ou « objectif ». Ceux qui choisissent, soit en suivant un programme établi, soit en étant guidés par des préjugés cachés, servent leurs intérêts. Leurs intérêts peuvent être de poursuivre ce monde tel qu’il existe actuellement ou de créer un nouveau monde. » History is a weapon

 

Présentation

Cette revue de web a été suscitée par la vidéo de Patchwork : « Le coup d’État du général De Gaulle » publiée le 9 juin 2022 et basée sur le livre de l’historien américain Grey Anderson La guerre civile en France, 1958-1962 : du coup d’État gaulliste à la fin de l’OAS (La Fabrique, 2018). Le mois de mai 1958 marqua la fin de la IVe République et donc le début de notre Ve République, un moment important de notre histoire contemporaine donc.

C’est un gros dossier que j'ai donc découpé en six billets (publiés prochainement). Je vous conseille de vous familiariser avec la chronologie des faits ci-dessous. Un répertoire des “personnages principaux” est disponible pour être au fait de qui est qui et qui fait quoi. Pour chaque article, portez attention à qui écrit, qui parle, son statut et sa position en terme politique par exemple.

Les passages en gras sont ajoutés. Hormis les PDF intégrés (embedded), il n’y a que des extraits d’articles, je vous incite à lire en entier les papiers qui vous intéressent. En deuxième partie les historiens seront nos guides, à commencer par trois articles qui passent en revue la littérature, ceux de Pierre Girard, Grey Anderson et Bryan Muller. Par simplicité, j’ai classé les ouvrages des historiens de manière chronologique. La section consacrée à Grey Anderson est la plus conséquente. N’oubliez pas les productions décapantes des journalistes Christophe Nick et Rémi Kauffer. À la fin du dossier, vous retrouverez quelques témoignages d’acteurs, celui du général Jouhaud sur l’opération Résurrection achèvera de vous dessiller les yeux.

Manque à cette revue de web, le pan des relations internationales c’est-à-dire essentiellement l’influence des États-Unis — grand argentier des finances françaises— suite au bombardement de Sakiet Sidi Youssef et l’état de l’opinion publique métropolitaine.

Si les PDF intégrés ne s’affichent pas, vous trouverez au-dessus de chacun, un lien pour le visionner et le télécharger. Pour référence, vous pouvez télécharger tous les PDF et les documents audio à cette adresse La crise de mai 1958.

Le visionnage d’un documentaire vous donnera une vue d’ensemble. Celui de Patrick Rotman et Virginie Linhart, « De Gaulle, le retour, 13 mai 1958 » (2005) est incontournable.

« Depuis le 9 avril, la France n'a plus de gouvernement. Celui de Félix Gaillard, renversé, expédie les affaires courantes. On a fait appel à Georges Bidault, puis à René Pléven. Aucun n'a recueilli l'investiture de l'Assemblée. Les ultras à Alger, qui ne cessent de comploter, se sont assurés l'appui des hommes politiques partisans de l'Algérie française.

Le 13 mai, une gerbe est déposée au monument aux morts d'Alger, en mémoire de la fusillade par le FLN de trois soldats français prisonniers depuis 1956. L'immense foule qui a assisté à la cérémonie part à l'assaut de l'immeuble du gouvernement général à Alger, aux cris de « Vive Massu ! Vive l'Algérie française ! ». L'immeuble envahi, la mise à sac commence. Massu, constatant que le mouvement est impossible à maîtriser, sauf à tirer sur une foule désarmée, décide de le « coiffer ». Il se nomme président d'un comité de salut public.

A 20h45, il lit sur le balcon sa proclamation :« Moi, Général Massu, je viens de former un comité de salut public (…) pour qu'en France soit formé un gouvernement de salut public, présidé par le Général De Gaulle ». Le 29 mai, dans un message au Parlement le président de la République René Coty demande l'investiture du Général De Gaulle comme chef de gouvernement.Comment la « marmite algéroise » a-t-elle pu imposer par un coup de force militaire le retour au pouvoir du Général De Gaulle et précipiter la liquidation de la IVème République ?

C'est tout l'objet de ce documentaire, réalisé autour d'un témoignage exceptionnel : celui de Lucien Neuwirth, réserviste en uniforme, venu de la métropole, qui s'est associé avec Léon Delbecque, représentant de Jacques Soustelle, pour se déclarer organisateurs de la manifestation de l'après-midi du 13 mai à Alger. Ces gaullistes, en noyautant le comité de salut public issu de l'émeute, vont l'orienter en faveur du retour du Général De Gaulle au pouvoir. »

 

La crise de mai 1958 - répertoire des noms

Répertoire des noms

Chaban-Delmas Jacques (1915-2000)
- ministre de la défense nationale du gouvernement Gaillard (du 6 novembre 1957 au 14 mai 1958)
- deuxième cercle gaulliste (Pozzi)

Coty René (1882-1962)
- président de la République de 1954 au 8 janvier 1959

Debré Michel (1912-1996)
- deuxième cercle gaulliste (Pozzi), membre de “l'état-major” de la rue de Solférino (les bureaux de Charles De Gaulle à Paris), s'occupe plus particulièrement des relations avec les militaires
- membre des Républicains sociaux (parti gaulliste)
- dirige l'hebdomadaire “le courrier de la colère”, pro-Algérie française et anti-IVe République
- Wikipédia : « haut fonctionnaire, résistant et homme d'État français. Il est le premier à exercer la fonction de Premier ministre de la Ve République, du 8 janvier 1959 au 14 avril 1962. Résistant et gaulliste, il est sénateur d’Indre-et-Loire de 1948 à 1958. Avec le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, il devient garde des Sceaux. Il dirige en parallèle le groupe de travail chargé de la rédaction de la Constitution de la Ve République. Nommé Premier ministre à la suite de l’élection du général de Gaulle à la présidence de la République (…) »

Delbecque Léon (1919_1991)
- troisième cercle gaulliste (Pozzi)
- chef du bureau d'action psychologique au cabinet de Chaban-Delmas en 1957, ministre de la Défense nationale. chargé de mission et responsable de l’« antenne » algéroise du ministère de la Défense nationale
- des proches du Général (Lucien Neuwirth, Léon Delbecque, Jacques Soustelle) font d’incessants allers-retours entre Alger et Paris en avril-mai 1958 pour persuader les activistes et l’armée d’Algérie de la nécessité de faire appel au Général
- Wikipédia : « Lors du putsch d'Alger de mai 1958, il participe à la création du Comité de salut public, dont il devient le vice-président. C'est aussi lui qui aurait convaincu le général en chef Raoul Salan de faire son appel au retour de Charles de Gaulle (« vive de Gaulle » du haut du Gouvernement général, devant la foule) qui est déterminant dans l'issue de la crise de mai 1958. »
- représente Soustelle et de Gaulle en Algérie

Dulac André général (1907-1992)
- chef d’état-major et adjoint du général Salan commandant supérieur interarmées en Algérie
- il assure pour le général Salan les liaisons avec “l'état-major” gaulliste et De Gaulle.

Ely Paul général (1897-1975)
- « Chef d'état-major des forces armées, puis de la Défense nationale de 1953 à 1959 »

Foccart Jacques (1913-1997)
- premier cercle gaulliste (Pozzi)
- “éminence grise” de la rue de Solférino (les bureaux de Charles De Gaulle à Paris)
- s'occupe des contacts avec les politiques et les militaires
- travaille avec Debré, Delbecque, Neuwirth à fédérer les mouvements intéressés par la défense de l'Algérie française.  
- en liaison directe avec Colombey-les-deux-Eglises (De Gaulle) avec Olivier Guichard, le collaborateur direct du Général
- Wikipédia « Ancien résistant, gaulliste historique, il a mené diverses activités commerciales avant de devenir secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974 sous le général de Gaulle puis sous Georges Pompidou, devenant un personnage central de cette politique qui sera désignée plus tard sous le nom de « Françafrique. (…) Il est un des organisateurs de l'Opération Résurrection. »

Gaillard Félix (1919-1970)
- président du Conseil des ministres du 6 novembre 1957 au 15 avril 1958.
- parti radical
- Wikipédia « À 38 ans, c'est le plus jeune chef de gouvernement jamais nommé en France. (…) Son gouvernement, qui regroupe pour la première fois depuis 1951 socialistes et indépendants, obtient l'investiture par 337 voix pour, 173 voix contre et 20 abstentions. Le 8 février 1958, l'aviation française bombarde le village tunisien de Sakiet Sidi Youssef, afin de détruire un camp de repli du FLN, causant la mort de 69 personnes dont 21 enfants. L'émotion internationale est très vive et le 17 février, le gouvernement de Félix Gaillard est contraint d'accepter une médiation anglo-américaine sur la question tunisienne. Cette rencontre tripartite a lieu dans la résidence privée de Félix Gaillard à Barbezieux en Charente. Il suscite de ce fait l'hostilité des militaires et des partisans de l'Algérie française ainsi que de sa majorité. (…) Il est renversé à l'Assemblée nationale le 15 avril 1958, accusé de faiblesse face à la pression américaine exercée dans la médiation de bons offices visant au règlement de l'affaire Sakiet, le diplomate américain Robert Murphy ayant soutenu fermement la position tunisienne. »

Guichard Olivier (1920-2004)
- premier cercle gaulliste (Pozzi)
- s'occupe des contacts avec les politiques
- est l’« agent de liaison » du Général, selon les propres termes utilisés par ce dernier dans ses Mémoires d’espoir. Il rencontre de nombreuses personnalités politiques et militaires à qui il fait part de l’état d’esprit de son patron et, en retour, il dresse au Général un bilan détaillé de la situation politique
- Wikipédia « Baron du gaullisme », il fut plusieurs fois ministre sous les présidences de Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing (devenant à cette époque « numéro deux du gouvernement ») (…) De 1951 à 1958, il est le chef de cabinet du général de Gaulle pendant la « traversée du désert » de ce dernier. »

Jouhaud Edmond général (1905-1995)
- commandement de la 5e région aérienne en Algérie en 1957, et adjoint interarmées au général Salan

Lacoste Robert (1898-1989)
- administrateur général (ministre) du Gouvernement général algérien de février 1956 au 14 mai 1958

Lagaillarde Pierre (1931-2014)
- poujadiste, officier parachutiste de réserve, avocat, ancien président de l’Association générale des étudiants d’Algérie
- animateur du comité des sept (Wikipédia « alliance anti-indépendantiste secrète partisane de l'Algérie française. Basée à Alger durant la guerre d'Algérie (1954-1962), elle est conduite par des membres de groupuscules contre-révolutionnaire locaux, personnalités poujadistes influentes et théoriciens révolutionnaires d'extrême-droite (…) Le but des Sept était de planifier et mettre en place une conspiration visant à renverser le régime de la Quatrième République, dont les gouvernements successifs étant jugés favorables à « l'abandon » de l'Algérie française par la France, et à remettre le pouvoir entre les mains de l'armée par un coup d’État militaire, celui du 13 mai 1958. »)
- l'un des instigateurs de la prise du Gouvernement général le 13 mai 1958
- nommé au Comité de Salut public le 13 mai 1958

Massu Jacques général (1908-2002)
- commandant de la 10ème division de parachutistes qui a mené la « bataille d’Alger »
- gaulliste
- Wikipédia « compagnon de la Libération et commandant en chef des forces françaises en Allemagne, il s'illustre notamment dans la colonne Leclerc et la 2e DB durant la Seconde Guerre mondiale. (…) Le 13 mai 1958, des manifestations éclatent en Algérie faisant suite à l'assassinat de trois soldats français par le FLN. Lorsque la foule algéroise envahit le siège du gouvernement général, Jacques Massu est le seul, grâce à sa popularité, à pouvoir se faire entendre de la population européenne. Faute de pouvoir enrayer le mouvement, il en prend la tête et fonde un Comité de salut public dont il est nommé président »

Neuwirth Lucien (1924-2013)
- troisième cercle gaulliste (Pozzi)
- se déclare organisateur de la manifestation du 13 mai - porte-parole du comité de salut public constitué à Alger le 13 mai 1958 au soir
- intermédiaire de Delbecque, muté par celui-ci au 5e Bureau, chargé de l’action psychologique
- des proches du Général (Lucien Neuwirth, Léon Delbecque, Jacques Soustelle) font d’incessants allers-retours entre Alger et Paris en avril-mai 1958 pour persuader les activistes et l’armée d’Algérie de la nécessité de faire appel au Général
- directeur de la radiodiffusion-télévision française en Algérie (Radio Alger) et représentant permanent en Algérie de Jacques Soustelle

Pflimlin Pierre (1907-2000)
- Président du Conseil (des ministres) du 14 mai 1958 au 1 juin 1958
- chrétien démocrate

Salan Raoul général (1899-1984)
- commandant supérieur Interarmées de l'Algérie (10ème région militaire)
- rejoint le comité de salut public le 15 mai 1958
- Wikipedia « Général, il est le militaire le plus décoré de France. Son état de service porte de 1917 à 1960, année où il prend sa retraite. Il participe au putsch des généraux en 1961. Il est également le chef de l'Organisation armée secrète (OAS), qui lutte pour le maintien du statu quo de l'Algérie française. Condamné à la prison à perpétuité, il est amnistié en 1968 et réintégré dans le corps des officiers. (…) Le 13 mai 1958, après la mise à sac du bâtiment de la Délégation générale en Algérie par des manifestants, il donne son accord au général Massu pour que celui-ci entre dans le Comité de salut public (1958) alors formé à Alger. Dans la soirée, le président du conseil démissionnaire, Félix Gaillard, lui confirme de nouveau la délégation des pouvoirs civils et militaires en Algérie. Dans la nuit, Pierre Pflimlin, qui vient d'être investi président du Conseil par l'Assemblée nationale, confirme cette délégation. Le 15 mai, Raoul Salan termine, devant une foule rassemblée à Alger, un discours par « Vive la France ! Vive l’Algérie française ! » puis, poussé par le gaulliste Léon Delbecque, il ajoute « Vive de Gaulle ! ». Cette intervention contribue au retour du général de Gaulle, qui est nommé président du conseil le 29 mai et investi par l'Assemblée nationale le 1er juin. »

Soustelle Jacques (1912-1990)
- gouverneur général de l’Algérie du 1er février 1955 (nomination par le Président du Conseil Pierre Mendès-France) au 30 janvier 1956 ( fin de fonction par le Président du Conseil Guy Mollet)
- retourne le 17 mai 1958 à Alger, où il vient activer les réseaux gaullistes et organiser des cortèges qui réclament le retour au pouvoir du général de Gaulle.
- Wikipedia « est un ethnologue, homme politique et académicien français. Homme de gauche, membre de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, il est ensuite député, secrétaire général du RPF, gouverneur général de l'Algérie au début de la guerre et plusieurs fois ministre (Information, Colonies, etc.). Fervent partisan de l'Algérie française, il soutient l’OAS, puis s’exile. Il fait un retour en politique à la fin des années 1960 et retrouve un siège de député en 1973. Il est élu à l’Académie française en 1983. »

Le coup d'État du général de Gaulle (transcription, extraits), Patchwork

Le coup d'État du général de Gaulle [vidéo, 37'], Patchwork, 9 juin 2022

Transcription (extraits)

« Aujourd'hui, j'aimerais vous parler du coup d'état dont on ne parle pas, qui frappe la France en mai 1958 et a pour conséquence l'arrivée au pouvoir de Charles De Gaulle.

(...)

Il n'existe pas de célébration officielle des origines de la Ve République, et le peu qu'on en retient se résume souvent à l'histoire suivante : - La IVe République, instaurée en 1946, marque le retour de la démocratie parlementaire en France mais souffre de l'instabilité de ses gouvernements, qui durent rarement plus d'un an. - En 1954 démarre la Guerre d'Algérie, qui amène les institutions politiques françaises à leurs plus extrêmes limites, ce qui fait qu'en mai 1958, le régime se trouve au bord du gouffre. - Mais heureusement à ce moment là surgit le général De Gaulle, qui attendait son heure depuis des années, et qui, rappelé au pouvoir, instaure la Ve république, apportant à la France paix et stabilité. Pour beaucoup, cette histoire apparaît comme une évidence : De Gaulle aurait sauvé la France. C'est à peu près comme ça qu'il présentera les faits lors d'un discours télévisé prononcé le 6 juin 1962, dans lequel il décrit une France au bord de la guerre civile qu'il aurait redressée avant de lui apporter les institutions lui permettant d'agir. Mais cette histoire est très largement fantasmée. En fait, on a même des raisons de penser qu'à l'origine de la Ve République se trouve un coup d'état dont Charles De Gaulle se serait rendu complice. Il ne serait pas tant le sauveur de la République que celui qui l'a amenée assez proche de la catastrophe pour se rendre indispensable. Ce que je vous propose dans cette vidéo, c'est de décortiquer tout ça. De revenir sur les événements qui ont marqué le mois de mai 1958 de manière à mieux comprendre les origines du régime politique qui est le nôtre.

(...)

Le 7 mai 1954, à l'annonce de la défaite française face au Viet Minh, les fidèles de De Gaule tentent de profiter de l'événement pour se rapprocher du pouvoir. Ils organisent un grand rassemblement à l'Arc de Triomphe le 9 mai dans l'espoir de provoquer un soulèvement populaire, et De Gaulle lui-même va jusqu'à envisager un coup de force contre le gouvernement français. Seulement, la mobilisation populaire ne vient pas, et les gaullistes doivent se résigner. Certains parmi eux se font alors une place dans les institutions, comme Chaban-Delmas qui participe à plusieurs reprises au gouvernement français entre 1954 et 1958. D'autres encore font le choix de tisser des liens avec les partisans de l'Algérie Française. On pense par exemple à Jean-Baptiste Biaggi qui mène en février 1956 le mouvement de contestation contre le gouvernement à Alger. On pense à Jacques Soustelle, qui participe à la création de l’Union pour le salut et renouveau de l'Algérie française [USRAF] le mois suivant, un rassemblement qui porte une ligne dure vis-à-vis de l'Algérie Française. Et on pense aussi à Michel Debré, qui fonde en 1957 "Le Courrier de la Colère", un journal qui en appelle numéro après numéro à la nécessité d'un gouvernement fort pour contrer le FLN. De Gaulle peut également compter sur l'appui d'un petit groupe de députés à l'Assemblée Nationale qui adoptent une stratégie d'agitation parlementaire bruyante dans le but de déstabiliser le régime. Bref : tous espèrent un retour aux affaires du Général, et œuvrent en ce sens depuis leur position respective. 

Au début de l'année 1958, cette stratégie commence à payer, et une partie de l'opinion semble acquise à l'idée d'un retour aux affaires du Général De Gaulle. En février, Chaban-Delmas qui est alors ministre de la défense, nomme un autre gaulliste, Léon Delbecque, à la tête du 5ème bureau de l'armée français, en charge de la guerre contre-révolutionnaire. Son objectif : utiliser tous les moyens dont il dispose pour amener De Gaulle au pouvoir, et pour cela il réactive le réseau gaulliste de Paris, auquel participe le secrétaire personnel du Général. Dès mars, Delbecque se rend à Alger où il monte un groupe clandestin, le Comité de Vigilance, qui rassemble les ultras de l'Algérie Française : poujadistes, pétainistes et divers néofascistes. A ce moment là, des liens sont également tissés entre les milieux gaullistes et les associations d'anciens combattants. De Gaulle rencontre certains de leurs représentants fin mars, à qui il affirme que si la "paralysie progressive du régime" persiste, « il fera face à ses responsabilités et reprendra en mains les rênes de la nation ».

 A la mi-avril, en raison de concessions faites par le gouvernement français à la Tunisie, ce dernier est renversé par une opposition de droite pro-Algérie Française menée par le député gaulliste Jacques Soustelle. Dans les semaines qui suivent, les députés gaullistes à l'Assemblée feront en sorte que le nouveau gouvernement mette le plus de temps possible à se former, de manière à bloquer la situation en métropole. A Alger, Léon Delbecque compte bien profiter de la situation et, à l'aide du Comité de Vigilance, il organise une manifestation le 26 avril pour exiger la formation d'un gouvernement de salut public qui prendrait en mains la guerre d'Algérie. A cette occasion, 200 000 affiches qui proclament "Appelons De Gaulle" sont diffusées partout en France. Malgré l'interdiction officielle, la foule envahit les rues d'Alger et de manière très symbolique, l'armée refuse de la disperser. Cette journée est un grand succès pour les partisans de l'Algérie Française, et tous, gaullistes comme ultras, y voient une répétition générale en vue d'une prochaine fois qui ira jusqu'au bout.

Dans les jours qui suivent, après avoir tenté sans succès de retourner le gouverneur général d'Alger, Léon Delbecque se rapproche du commandant en chef en Algérie Raoul Salan qu'il tente de rallier à la cause gaulliste. Il s'appuie pour cela sur un petit réseau gaulliste auquel participe notamment Lucien Neuwirth et Alain de Sérigny, et sur plusieurs officiers sensibles à sa cause, comme les généraux Massu, Allard et Jouhaud. Ensemble, ils poussent le général Salan à envoyer un télégramme au chef d'état major des armées, le général Ely, dans lequel il laisse planer la menace d'un soulèvement des officiers à Alger. De leur côté, les agents gaullistes à Paris assurent au général Ely que de Gaulle serait le seul à même d'éviter la guerre civile. Cette menace sera largement diffusée au cours du mois, et aura une influence capitale sur la suite des événements.  

Le 8 mai, on apprend l'exécution de trois soldats français par le FLN et en réaction, le général Salan décide que l'armée organisera une cérémonie en leur honneur le 13 mai. Les autorités civiles tentent d'interdire les manifestations à Alger ce jour là mais elles doivent faire face au refus de Salan qui recommande au passage à Pierre Pflimlin, pressenti pour former le prochain gouvernement, de se retirer au profit du général De Gaulle. De son côté, le Comité de Vigilance de Delbecque élabore un plan pour la journée du 13 mai. Celui-ci consiste à amener la foule réunie lors de la cérémonie jusqu'au bâtiment du Gouvernement Général d'Alger de manière à l'occuper symboliquement et à en appeler à la constitution d'un gouvernement de salut public. Mais ce que Delbecque ne sait pas, c'est que certains membres du Comité de Vigilance, rassemblés dans une cellule clandestine nommée le Groupe des Sept, espèrent le doubler pour mener leur propre coup de force ce jour là. Ce sera donc à qui saura tirer avantage de cette journée.

Vient enfin le 13 mai. Ce jour là, des rassemblements ont lieu partout en métropole, organisés par des associations d'anciens combattants et des groupes d'extrême-droite, et à Alger où la grève générale est prononcée. Le slogan le plus visible dans la ville est "De Gaulle au pouvoir". Pendant la cérémonie d'hommage aux militaires tués par le FLN, le Groupe des Sept se met en mouvement et mène une partie de la foule au Gouvernement Général. Une fois sur place, ils doivent faire face aux CRS, qui sont très vite dépassés par la foule et reçoivent l'ordre de se retirer pour être remplacés par l'armée. Seulement, les parachutistes tardent à venir, ce qui laisse le champ libre aux manifestants. Ces derniers forcent alors l'enceinte du Gouvernement Général et le mettent à sac. Le problème, c'est qu'une fois arrivés là, le groupe des sept se trouve comme désemparé et ne sait pas quoi faire. Il se passe une heure avant que plusieurs officiers dont le général Salan arrivent au Gouvernement Général, et de manière à calmer les insurgés, ils prennent la décision de former un comité de salut public. Ils s'emparent des pouvoirs civils et militaires à Alger et exigent la démission du gouvernement français au profit d'un gouvernement de salut public qui travaillerait au maintien de l'Algérie française. En d'autres termes, il s'agit d'un coup d'état. Dès le lendemain, des comités de salut public sont créés dans toutes les villes d'Algérie, la plupart du temps dirigées par des militaires, et à Paris, la nouvelle du coup d'état précipite l'élection d'un nouveau gouvernement dirigé par Pierre Pflimlin.

Mais ce coup d'état a ça de particulier que personne ne l'assume. A Alger, les officiers, à qui les manifestants ont forcé la main, insistent sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un coup d'état et que ce qu'ils font, ils le font pour maintenir l'ordre. De son côté, le gouvernement fait mine d'approuver l'initiative des officiers en confiant les pleins pouvoirs civils et militaires au général Salan après coup, de manière à le couvrir. Pierre Pflimlin refuse d'agir contre les officiers d'Alger, car cela pourrait mener à la guerre civile. Une situation qui ne profiterait selon lui qu'aux communistes, ces derniers étant parmi les seuls à condamner fermement le coup d'état qui vient d'avoir lieu. 

Les gaullistes quant à eux, qui s'étaient fait distancer par le Groupe des Sept, se trouvent dans une situation dont ils peuvent prendre l'avantage. Ils s'assurent du contrôle des médias locaux et prennent place au sein du Comité de salut public. Dès le lendemain du coup d'état, le général Salan oscille entre sa loyauté au gouvernement et sa volonté d'aller jusqu'au bout, et pour s'assurer que ce soit cette deuxième option qui l'emporte, Delbecque poursuit ses efforts. Cela aboutit le 15 mai à un discours au cours duquel le général Salan finit par lâcher un "Vive de Gaulle" face à la foule, ce qui a l'effet d'une bombe sur les esprits. Il n'agit pas sous la menace, mais les gaullistes ont réussi à faire du retour de De Gaulle la seule issue réaliste, par opposition au Groupe des Sept qui voudrait que Salan lui-même prenne le pouvoir à Paris, ce dont il n'a clairement pas l'intention. De Gaulle répondra à ce discours par un communiqué public dans lequel il s'annonce prêt à gouverner.

Les officiers d'Alger commencent alors à réfléchir dans le plus grand secret à un plan d'action en vue de démettre le gouvernement français et de manière à porter De Gaulle au pouvoir. Dans les jours qui suivent, Salan s'entoure de plusieurs gaullistes pour le conseiller, notamment Jacques Soustelle qui arrive à Alger le 17 mai. A partir de là, le comité de salut public d'Alger rend de plus en plus clair sa volonté de voir De Gaulle reprendre le pays en mains. En réaction à ça, les membres du Parlement conjurent le Général de clarifier ses positions et de renier l'action des officiers, mais ce dernier refuse. Il donne une conférence de presse le 19 mai au cours de laquelle il annonce une "sorte de résurrection" qui pourrait bientôt advenir et face aux critiques portées contre les officiers, il affirme que l'armée n'a rien à se reprocher. C'est au cours de cette conférence qu'il lâche sa célèbre phrase « Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur? ».

Au même moment à Alger, le général Salan s'enquiert du soutien dont il dispose dans le Sud-Ouest, pour appuyer l'opération militaire en cours d'élaboration. Son nom de code : "Opération Résurrection" en référence à la conférence de De Gaulle. En résumé, le plan consiste à faire débarquer en région parisienne plusieurs unités de parachutistes provenant du Sud-Ouest et d'Algérie avec pour objectif de faire capituler le gouvernement en faveur du Général de Gaulle. Les réseaux gaullistes sont mis au courant le 21 mai. Le 22 mai, alors qu'il hésitait encore à renoncer jusque là, on assiste à un durcissement de la ligne tenue par le Général Salan, qui élargit le Comité de Salut Public d'Alger à toute l'Algérie. Il lui devient difficile à partir de là de prétendre qu'il agirait au nom du gouvernement français, dont il usurpe très gravement l'autorité.

Dans les jours qui suivent, les partisans du Général de Gaulle appellent à la création de comités de salut public partout en France. On en voit alors plusieurs se former dans le Sud-Ouest et en Corse, et le Général Salan prend alors la décision d'envoyer un régiment de parachutistes sur l'île. Cette action aboutit le 24 mai au renversement des autorités civiles et militaires sur place. Le coup d'état s'étend à la Corse. Face à cette situation, on assiste à plusieurs types de réactions à Paris. De Gaulle, fidèle à lui-même, refuse de condamner l'action de ses partisans, et essuie la condamnation du Parlement. Le PCF de son côté, se mobilise à travers des comités antifascistes déployés partout en France, mais en raison de son isolement, il peine à mobiliser autant qu'il le voudrait. Le gouvernement français, auquel participe une coalition de partis allant des socialistes aux démocrates chrétiens, hésite quant à lui à répondre fermement à la menace qui pèse sur la République, mais il finit par renoncer par peur que la situation tourne à la guerre civile.

Dans la nuit du 26 au 27 mai, le président du conseil Pierre Pflimlin tente de négocier en secret avec De Gaulle, mais dès le lendemain, ce dernier rend public un communiqué mensonger dans lequel il annonce que Pfilmlin et lui ont entamé le processus permettant son arrivée au pouvoir. Aucun démenti n'est alors communiqué par le président du conseil, par peur que cela puisse enflammer la situation. Au soir du 27, le gouvernement français est traversé par le défaitisme, et contraint de s'allier au PCF s'il veut résister à De Gaulle, il finit par démissionner.

De Gaulle de son côté s'assure qu'il bénéficiera du soutien de l'armée au cas où le Parlement lui résisterait, et il fait savoir au général Miquel, qui se trouve à la tête des forces factieuses du Sud-Ouest, « qu'en cas d'événements dépassant le cadre de la légalité, il prendra la situation telle qu'elle se présentera ». Il fait également part de ses intentions à Salan, à qui il explique qu'il ne veut pas apparaître tout de suite, mais être appelé comme un arbitre venant, à la demande de tout le monde, prendre la direction du pays pour lui épargner les déchirements inutiles.

A ce stade, la plupart des parlementaires ont cédé à la menace de guerre civile brandie par les partisans du Général, mais face à sa demande d'obtenir une nouvelle constitution, les pleins pouvoirs et la mise en congé du Parlement, il doit faire face au refus du Président de l'Assemblée Nationale, André le Troquer, farouchement opposé au pouvoir personnel. Le 29 mai au matin, De Gaulle finit par s'impatienter et envoie un télégramme au Général Salan dans lequel il lui annonce "C'est à vous de jouer maintenant". Des notes identiques émanent du réseau gaulliste parisien, indiquant que l'Opération Résurrection devrait commencer au soir. Des régiments de parachutistes sont donc sur le point d'être envoyés à Paris pour soumettre le Parlement.

Mais finalement dans la journée, face à l'insistance du président de la République René Coty, le Troquer finit par céder aux exigences des gaullistes. De Gaulle a gagné, et comme il n'est plus nécessaire de soumettre le Parlement, l'Opération Résurrection est annulée. Le soir-même, Coty invite le Général à l’Élysée, et dans les jours qui suivent, un gouvernement d'union nationale dirigé par De Gaulle et qui exclut le PCF est formé. Il sera investi par le Parlement le 1er juin. De Gaulle reçoit alors les pleins pouvoirs et il nomme un comité réduit chargé de rédiger une nouvelle constitution. Cette dernière est validée par référendum le 28 septembre 1958, et elle est mise en application le 4 octobre. Les élections qui suivent marquent le triomphe des gaullistes qui peuvent enfin gouverner le pays comme ils l'entendent.

(...)

« On se rend compte en examinant les événements qui ont mené à la chute de la IVe République que les gaullistes y ont joué un rôle central. Ils ont su prendre appui sur le mécontentement au sein de la population pied-noire et du corps des officiers pour créer les conditions du coup d'état du 13 mai 1958. Ils ont fait en sorte d'orienter l'action des militaires dans le sens d'un retour au pouvoir de De Gaulle et ils y parviennent à la fin du mois. La menace de la guerre civile suffit à faire plier les parlementaires, et il n'est alors plus nécessaire de prendre Paris par la force. Charles de Gaulle lui-même s'informe de l'avancement des opérations tout au long du mois de mai, il fait transmettre ses intentions aux officiers et il impose le rythme à certains moments cruciaux. Il fait pleinement usage de ce coup d'état pour arriver à ses fins, et on peut même dire qu'à partir d'un certain point, il en a été directement complice. Certains historiens comme Michel Winock préfèrent parler de "coup d'état de velours" pour qualifier ces événements, dans la mesure où la transmission du pouvoir à De Gaulle s'est faite dans la légalité et il n'y a pas eu à aller jusqu'au coup de force, même si cela s'est joué à très peu de choses près. 

Au moment où le président de l'Assemblée Nationale finit par céder à De Gaulle, les régiments de parachutistes étaient en route pour soumettre le Parlement, et ils sont détournés de leur objectif à la dernière minute. Contrairement à l'idée qu'on s'en fait généralement, l'action des gaullistes n'a donc rien d'un sauvetage. Au contraire, De Gaulle et ses partisans ont tiré profit de la crise que traversait la IVe République pour arriver au pouvoir. Et ça, c'est quelque chose qu'on a du mal à se figurer, tant il va de soi que De Gaulle aurait sauvé la France.

On entend pas beaucoup parler de la stratégie de déstabilisation adoptée par les gaullistes au cours des années 50, et on en sait rarement plus concernant la place qu'ils prennent dans les événements de mai 1958. Les historiens, eux, le savent parfaitement, et il existe une très grande littérature consacrée à cette période, mais quand on regarde du côté des manuels scolaires et des documentaires, le rôle qu'a joué De Gaulle dans ces événements est bien souvent euphémisé. A aucun moment il n'est question de la responsabilité du Général de Gaulle dans cette crise, il ne fait que revenir au pouvoir. Comme l'explique Grey Anderson, il y a là une forme de refoulement à l’œuvre : une interprétation neutralisante de cette période de crise s'est imposée au fil du temps dans les esprits. Et les gaullistes n'y sont pas pour rien là dedans puisqu'une fois au pouvoir, ils tenteront de faire passer le coup d'état dont ils se sont rendus complices pour un sursaut démocratique. Ils iront même jusqu'à affirmer qu'ils ont sauvé la France des militaires d'Alger, qui étaient pourtant parmi leurs alliés les plus fidèles. »

(...)

En bref, on a vu au cours de cette vidéo la manière dont la Ve République a été mise en place en France. A la fin des années 50, la guerre d'Algérie précipite la IVe République dans la crise, mais contrairement à ce qu'on entend parfois, les gaullistes ne se sont pas présentés à ce moment comme des sauveurs. C'est en s'appuyant sur l'armée qu'ils ont pu prendre le pouvoir et installer la Ve République. Quelque chose d'important à retenir est que la manière dont les institutions ont changé à cette époque n'était pas une nécessité historique, et ce n'est que par la suite que les gaullistes tenteront de les imposer comme allant de soi, en même temps qu'ils transformeront le coup d'état dont ils se sont rendus complice en sursaut démocratique. »

Vite lu, Vite vu du Dimanche 23 mai 2021

Sommaire

  • Smicard au chômage
  • Publicité pour le poulet
  • Manipulation de l'opinion : les faux fans de la Chine
  • Manipulation de l'opinion : faux avis sur Amazon
  • Psychose sécuritaire, haro sur les médias !
  • Surveillance de masse
  • Histoire: la France et ses militaires (en arrière-plan des deux tribunes de militaires)
  • Un point de vue nuancé sur les origines du Sars-cov-2

Le climat en France métropolitaine jusqu'à 2100

Météo-France, le Centre National de Recherches Météorologiques, le Centre Européen de Recherche et de Formation Avancée en Calcul Scientifique et l'Institut Pierre-Simon-Laplace viennent de publier leurs nouvelles projections du climat futur de la métropole française jusqu'à l'horizon 2100.

« Ces nouvelles données, très bien documentées, vont remplacer celles présentées en 2014 dans le rapport sur «Le climat de la France au 21ème siècle» à l’élaboration duquel j’avais eu le plaisir d’être associé. Même s’il y a des différences notables, avec des réchauffements un peu plus élevés en 2020, jusqu’à près de 0,5 °C dans le cas du scénario émetteur, ces deux publications sont caractérisées par une remarquable continuité. (…)

Le climat que nous connaissons aujourd’hui est globalement compatible avec les projections présentées en 1990 dans le premier rapport du GIEC. Ceci concerne aussi bien le rythme de réchauffement et son amplification dans les régions de l’Arctique que l’accélération de l’élévation du niveau de la mer ; en outre, l’intensification de certains événements extrêmes, envisagée dans le troisième rapport publié en 2001, est désormais perceptible.

Que mes collègues modélisateurs du climat (…) aient, dès les années 1980, correctement anticipé ce que nous vivons aujourd’hui, nous invite à faire confiance à ce qu’ils envisagent à horizon 2050 et au-delà. Leur message est clair : pour que les jeunes d’aujourd’hui puissent s’adapter au climat qu’ils connaîtront dans la seconde partie de ce siècle, il faut enclencher, de façon urgente, une réduction des émissions suffisamment rapide et massive pour que la neutralité carbone soit atteinte, si possible dès 2050. » Jean Jouzel, spécialiste de l'étude des glaces et des climats passés, ex-vice-président du groupe de travail n°1 du GIEC.

Les Nouvelles Projections Climatiques De Référence Pour La Métropole [extraits]

Passages en gras et [italique] rajoutés.

Violences policières : deux hauts fonctionnaires disent leurs vérités

Maintien de l’ordre : du terrain au politique

« On enfonce le coin de la démocratie et de la liberté d’expression. » Laurent Bigot

Présentation par Régis Portalez, polytechnicien et gilets jaunes :

« Le 2 octobre, une conférence intitulée “Maintien de l’ordre : du terrain au politique” était organisée à l’initiative de X-Alternative, une association de polytechniciens formée à la suite des gilets jaunes. Elle a pu avoir lieu grâce à un partenariat avec le Dissident Bar, lieu d’expression des dissidents de tous pays, et avec Le Média TV, qui l’a filmée. Et la restitue ici. Deux intervenants étaient à l’honneur : Laurent Bigot, ancien sous-préfet et Bertrand Cavallier, général de gendarmerie ayant quitté le service actif, ancien commandant du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier.

Une nation multiple et divisée [revue de web]

maj le 5 janv. 2020

L'archipel français naissance d'une nation multiple et divisée de Jérôme Fourquet, édition du Seuil, 7 Mars 2019.

Présentation de l'éditeur :

"L'auteur souligne la fragmentation sociale actuelle de la France, montrant combien s'est affaibli le socle commun des références et des valeurs dans le pays. Entre sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, instauration d'une société multiculturelle, un bouleversement anthropologique est à l’œuvre."

"En quelques décennies, tout a changé. La France, à l'heure des gilets jaunes, n'a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun. Et lorsque l'analyste s'essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c'est un archipel d'îles s'ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur.
C'est que le socle de la France d'autrefois, sa matrice catho-républicaine, s'est complètement disloqué. Jérôme Fourquet envisage d'abord les conséquences anthropologiques et culturelles de cette érosion, et il remarque notamment combien notre relation au corps a changé (le développement de pratiques comme le tatouage et l'incinération en témoigne) ainsi que notre rapport à l'animalité (le veganisme en donne la mesure). Mais, plus spectaculaire encore, l'effacement progressif de l'ancienne France sous la pression de la France nouvelle induit un effet d'« archipelisation » de la société tout entière : sécession des élites, autonomisation des catégories populaires, formation d'un réduit catholique, instauration d'une société multiculturelle de fait, dislocation des références culturelles communes (comme l'illustre, par exemple, la spectaculaire diversification des prénoms).

À la lumière de ce bouleversement sans précédent, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique : dans ce contexte de fragmentation, l'agrégation des intérêts particuliers au sein de coalitions larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l'élection présidentielle de 2017 et les suites que l'on sait...

Avec de nombreuses cartes, tableaux et graphiques originaux réalisés par Sylvain Manternach, géographe et cartographe."
L'auteur, Jérôme Fourquet, né le 8 février 1973 au Mans, est un politologue français. Il est directeur du département « opinion et stratégies d’entreprise » de l'institut de sondages IFOP depuis 2011. Ses travaux portent notamment sur le Front national et, plus largement, sur les comportements et attitudes politiques en lien avec les religions, l’immigration ou les questions d’identité. Il est également expert en géographie électorale.

Emma - La réforme des retraites en BD

Emma, ingénieure informaticienne le jour, dessinatrice la nuit, nous as pondu il y a déjà trois mois, une BD de 32 pages pour nous éclairer sur la réforme des retraites. Je vous laisse apprécier.

Je retiens (entre autre car il y a bien d'autres soucis) :
  • que la hausse de la productivité n’est pas prise en compte,
  • que 50 % des personnes de 60 ans n’ont pas de travail (nous savons tous qu’après 50 ans, dans notre pays, il est difficile de trouver un emploi si on est au chômage)
  • et que l’espérance de vie en bonne santé stagne à 65 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes.

Castaner : "Je ne connais aucun policier qui ai attaqué des gilets jaunes"



« La guerre, c'est la paix. La liberté, c'est l’esclavage. L'ignorance, c'est la force. », Georges Orwell, 1984.

Violences policières et gilets jaunes, ARTE Journal, 12 jan 2019
"Depuis deux mois les manifestations des gilets jaunes se succèdent chaque samedi. Des affrontements parfois violents ont lieu, provoquant des blessés dans les rangs de la police, mais aussi du côté des manifestants. Amnesty International a dénoncé la recrudescence de violences policières et de blessés graves dus à l'emploi d'armes comme les flash-balls de dernière génération. La police des polices a ouvert 78 enquêtes pour des violences policières."
David Dufresne : "La police s’est enfermée dans une logique d’escalade et d'affrontement", Nouvelobs, 11 janv 2019

Philippe Seguin, au temps du traité de Maastricht

C'était l'époque de la fondation de l'Union Européenne :
« La France n’est pas la France quand elle n’est plus capable, comme aujourd’hui, de par­tager équitablement les profits entre le travail, le capital et la rente, quand elle conserve une fiscalité à la fois injuste et inefficace, quand elle se résigne à voir régresser la solidarité et la promotion sociale, quand elle laisse se déliter ce qu’autrefois on appelait fièrement le creuset français et qui était au cœur du projet républicain ».

Philippe Seguin, 5 mai 1992

Tout change pour que rien ne change...

Les médias au service du régime présidentiel pseudo-démocratique

"L’élection présidentielle se fait par une vaste opération de propagande et de manipulation médiatique: ce sont les médias qui choisissent en influençant la foule médiatisée, et qui lui vendent une image. En sublimant un personnage, un acteur, cette élection détruit toutes les sources de vie démocratique, notamment le Parlement qui devient un Parlement croupion. L’élection se fait sur une surenchère de promesses démagogiques et fondamentalement nuisibles pour l’intérêt général (...)

 La vie publique se transforme en  spectacle médiatisé et en décors de carton-pâte. Les postures et les coups de menton se substituent à l’action authentique. Au prix d’une formidable mystification, le chaos quotidien, le renoncement et l’impuissance de l’État sont vendus à l’opinion comme une « transformation profonde de la France ». La vanité, sous produit de l’impuissance, s’impose dès lors comme le principe fondamental du régime. La fracture démocratique, entre une petite clique influente, totalement déconnectée de la réalité, et la population, plongée dans ses drames quotidiens, ne cesse de se creuser."
​Maxime Tandonnet, énarque​, haut fonctionnaire au ministère de l'intérieur, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l'intérieur et à l'immigration

médias et réseaux sociaux - la fabrique du pouvoir; Macron ou la tentation autoritaire | Juan Branco

Le 18 juillet dernier, Aude Lancelin s'entretenait,  avec Juan Branco, extraits :

« (...) Selon vous, les réseaux sociaux peuvent-ils à un moment donné être davantage encadrés qu’ils ne le sont aujourd’hui, littéralement repris en main par le même type de puissance financière ? Y a-t-il des risques nouveaux qui pèsent sur ce type de réseau ?

Ils le sont déjà. L’algorithmisation des feeds (en gros, ce qui fait apparaître l’information sur Twitter ou Facebook). Il faut se rappeler que Facebook au départ montrait de façon chronologique tout ce qui était fait par tous vos amis sans filtre aucun. Twitter également. Là, il y a une algorithimisation progressive qui fait que de plus en plus vous avez un contenu filtré au préalable sur un certain nombre de critères qui n’ont évidemment qu’un objectif : accroître votre présence sur le site et vous faire aller vers les contenus les plus rentables pour le site en question. Votre accès à l’information est donc progressivement filtré par des acteurs qui n’ont qu’une intention : rentabiliser votre présence. Ce sont ces plateformes qui aujourd’hui déterminent à quelle information vous allez avoir accès, qu’elle soit vraie fausse, orientée ou pas. (...)

Mais la question qui est posée à travers tout cela, c’est tout simplement le fait qu’il y a des groupes privés – qui par ailleurs n’appartiennent pas à notre espace politique, qui sont aux Etats-Unis, qui décident de ce qui doit être montré ou pas – qui ont la capacité de tuer une information et de mettre telle autre. Avant même la question de la manipulation de l’information de façon intentionnelle, le simple fait que ça existe et que ce qui est affiché le soit sur critère de rentabilité et non pas sur critère de pertinence politique pose un vrai problème démocratique. C’est en fait pour moi la question fondamentale aujourd’hui.


De la même façon, quand on parle de l’appartenance des groupes traditionnels à des oligarques. Je tiens beaucoup à ce terme d’ « oligarque ». Xavier Niel, aujourd’hui, quand on parle de lui, je pense qu’il faut vraiment insister sur ce fait que sa fortune s’est construite non pas sur le dos, mais en tous cas en dépendance de l’Etat et du bien public. C’est quelqu’un qui, si demain l’Etat prend une décision en sa défaveur, perd complètement sa fortune du jour au lendemain. S’il perd ses licences d’exploitation, qu’elles soient téléphoniques ou Internet, son groupe disparaît. Et cela, c’est un pouvoir que l’Etat, c’est-à-dire les Français, a à tout moment de le lui retirer. Il décide d’investir dans les médias, il le dit de façon très claire pour qu’on ne l’ « emmerde plus », pour reprendre ses termes. Dans ces médias, il joue un rôle très indirect mais marqué (vous le savez beaucoup mieux que moi), celui de placer quelqu’un qui a un rôle plus ou moins invisible pour le public, qui va être le directeur général des médias en question (en l’occurrence Louis Dreyfus), qui ne va pas avoir de rôle immédiat dans la sélection de ce qui doit être publié ou non. Ce n’est pas quelqu’un qui va pouvoir dire (vous me contredirez si je me trompe) : cet article ne peut pas sortir. Il n’a pas de rôle dans le rédactionnel immédiat. Sauf que c’est quelqu’un qui, sur le long terme, va décider de qui va être recruté ou non, qui voit ses contrats renouvelés ou non, sous quelles conditions, qui va être nommé aux postes de responsabilité – la rédaction en chef, la direction de la rédaction, etc. Qui donc va influencer de façon beaucoup plus pernicieuse, sur le long terme, la production de l’information et qui va faire qu’on ne va pas avoir besoin d’intervenir directement dans la production de l’information. (...)

C’est-à-dire qu’il est très difficile de créer un nouveau média, il faut des capitaux importants. Les fortunes sont concentrées, c’est très difficile de se lancer. Du coup, ils savent très bien qu’ils ne vont pas se faire remplacer, ils vont en fait abaisser le seuil progressivement, et tout ira bien jusqu’à ce que ça explose. Outre cela, sur l’espace traditionnel, on a un problème très similaire de concentration du pouvoir politique – parce que c’est ça au final, la capacité de décider quelle information doit être lue, comment elle doit être produite et mise en œuvre, placée dans les mains de personnes qui ont, derrière leurs discours éthiques, une seule intention : faire rentabiliser l’investissement de leurs actionnaires, parce que sinon ils sont sortis de leurs entreprises. On se trouve face à un assèchement de l’espace politique très dangereux pour la démocratie, et même pour la santé mentale de nos concitoyens. On est très appauvris et on n’arrive pas à avoir prise sur ce qui nous affecte.

(...) Vous avez écrit récemment à ce sujet un texte montrant qu’il y avait quelque chose de particulièrement dangereux dans le type de pouvoir en train de se mettre en place. Vous parlez d’ « inspiration poutinienne », de « gestion oligarchique des médias », de « pulsion autoritaire », de « contrôle absolu de l’espace public ». Est-ce que vous avez le sentiment que ce message-là peut passer en ce moment auprès de la population ?
 
C’est le danger de ce genre de pouvoir qui se met en place au départ de façon démocratique, ou d’apparence démocratique, et qui du coup va s’imposer par des schémas très indirects. De la même façon, il est très difficile aujourd’hui de percevoir Xavier Niel comme un oligarque, et de faire installer cette idée que c’est quelqu’un qui investit dans les médias pour s’assurer de garder sa fortune personnelle, créer des réseaux d’influence au sein de l’Etat qui vont faire que, dans l’ensemble, il va constituer du pouvoir. Du coup, derrière, il va appuyer ses affidés, en l’occurrence Emmanuel Macron qu’il connaît depuis longtemps. Il avait été l’un des premiers à qui Macron avait annoncé qu’il comptait se présenter à la présidence de la République alors qu’il était encore secrétaire général adjoint à l’Elysée, donc même pas encore ministre. (...)

Ce qui est intéressant bien qu’étant un autre sujet, c’est la dépendance à l’argent de qui veut faire quelque chose aujourd’hui en France, et cette sorte de rite initiatique qu’il est obligé de passer, et de passer en quelque sorte par les milliardaires pour faire quelque chose. Parce que l’accès aux capitaux pour lancer des projets intéressants est devenu très difficile. Donc on me présente à cette personne et à la fin il nous dit : – Ah, j’ai reçu un texto d’Emmanuel Macron. Je dis : c’est un être méprisable ? – Non, non, il est très bien, je m’entends bien avec lui, d’ailleurs il veut devenir président de la République. Il dit cela un peu en rigolant, mais il fait part de cette complicité invisible qu’Emmanuel Macron construit, grâce à son accès au pouvoir que lui a donné le fait d’avoir fait l’ENA, d’être devenu Inspecteur général des Finances, puis d’avoir été nommé secrétaire général de l’Elysée (la banque Rothschild au milieu, je ne suis pas sûr que c’est à ce moment-là qu’il le rencontre). En tout cas, il s’est constitué son carnet d’adresses via la puissance publique, via l’Etat, via la République, et il va ensuite s’appuyer sur cette personne et sur un certain nombre d’autres pour construire sa base de lancement qui derrière va lui permettre de devenir effectivement président de la République. Evidemment, il y a des liens de dépendance qui se créent à ce moment-là. Quand vous vous êtes appuyé sur la mansuétude voire les réseaux de cette personne, notamment pour les levées de fonds, pour arriver à la présidence de la République, au-delà de l’affinité idéologique qui peut exister et qui est réelle, qui est une affinité de classe en fait, il va y avoir toute série de service contre service, de don contre don, qui ne sont pas perçus comme étant de l’ordre de la corruption ou du conflit d’intérêt par ces individus. Ils pensent vraiment mutuellement qu’il va y avoir en face d’eux quelqu’un de grande valeur et qu’il s’agit de défendre pour sa valeur et non pas parce qu’en fait il va défendre des intérêts mutuels. Rien que ça, rien que l’existence d’un système oligarchique est très difficile à montrer. C’est très difficile d’aller au-delà de l’image de Macron, l’homme qui partait de rien et qui est devenu quelqu’un. Parce qu’il faut une connaissance très fine du système de l’intérieur.


Le jeune homme très doué, qui a eu le courage de la solitude, de partir…

Alors que n’importe quelle personne qui est passée par ces étapes (comme moi par exemple, Normale, etc.) sait très bien à quel point ce parcours est parfaitement classique et offre à tous les moments les moyens de l’opportunisme le plus crasse, qui vont permettre de monter, en deçà de tout engagement idéologique ou autre, pour prendre une position de pouvoir. Il n’y a rien de plus facile quand on a fait Henri IV. On a raté Normale, d’accord, mais on a réussi l’ENA derrière. On se débrouille bien, grâce à son capital culturel qui permet d’avoir accès à tout ça, parce qu’on est fils d’un médecin chef d’un service urgentiste. Par ailleurs, on a une relation avec quelqu’un qui a une connaissance très fine de comment se constituent les élites politiques, quelles sont les priorités sur lesquelles il faut investir en termes éducationnels, quels livres il faut lire, qu’est-ce qui plaît en gros au système ; et comment on se déploie facilement une fois qu’on fait ce choix d’être sans foi ni loi et de ne vouloir que le pouvoir pour le pouvoir. Donc montrer que c’est une mise en scène complète est très compliqué, parce qu’il n’y a pas d’espace médiatique notamment pour déployer ce décryptage.
D’autre part, il est difficile de faire le lien entre cela et la constitution de cette image à travers ces médias-là, qui sont détenus par les Xavier Niel, et de montrer que ce n’est pas un complot immédiat. Ce n’est pas Xavier Niel qui dit : « vous mettez en Une Emmanuel Macron ». C’est beaucoup plus fin que ça. Tout ça prend du temps, c’est une élaboration très compliquée à comprendre. Donc soit on entre dans le discours simple : ah oui, c’est un oligarque, Macron c’est un vendu, c’est un complot, vous vous faîtes manipuler. Du coup, les gens sentent qu’il n’y a pas de finesse dans l’analyse, il est difficile de convaincre au-delà de ceux qui sont déjà convaincus. Soit vous entrez dans l’élaboration complexe, et là il faut demander aux personnes un temps qu’elles n’ont pas, les amener à faire des plateformes comme celle-ci vers lesquelles elles ne vont pas naturellement. Je ne suis pas sûr qu’on puisse résister à ce genre de déferlante qui est si bien huilée, qui mobilise à la fois des pouvoirs financiers, médiatiques, étatiques, la haute fonction publique – pas n’importe laquelle, le corps le plus puissant de France avec M. Jouyet qui était au cœur de ce corps, qui était directeur de l’Inspection générale des Finances : et que M. Macron a remplacé par intérim pendant deux ans, ce qui lui a permis de placer des inspecteurs généraux des Finances dans l’appareil d’Etat avant même qu’il soit parti chez Rothschild… Tout cela, ce sont des petites choses qui ne sont pas connues, qui ne sont pas décryptées, sur lesquelles on n’enquête pas. Et qui pourtant sont les seules explications à l’ascension fulgurante de cet individu et à la constitution, depuis, d’un pouvoir oligarchique de façon transversale – qui allie haute fonction publique, investisseurs qui défendent les intérêts de classe, ses hommes à lui qu’il est en train de faire monter – qui vise à écraser complètement l’espace démocratique.
Ça ne sert à rien d’avoir un discours alarmiste a priori, mais pour moi c’est structurel. Il n’y a pas d’intention autoritaire particulière chez Macron. Bon, il se prend pour Jupiter, c’est un enfant-roi… On pourrait faire de la psychologie de bazar, mais structurellement son pouvoir se constitue de façon à devenir autoritaire. Parce que pour le maintenir, pour maintenir les intérêts de ceux qui l’ont porté jusque-là, il est obligé de passer par une forme autoritaire d’exercice du pouvoir qui s’auto-entretient. De la même façon, je ne suis pas sûr que Poutine ne se soit pas pris pour un tsar dès le premier jour où il est arrivé au pouvoir, alors que c’est tout le contraire : il avait été placé là de la même façon que Macron. Il y avait une opportunité qui était vue à travers cet être et plusieurs personnes s’y sont engouffrées. Je ne pense pas qu’aujourd’hui Macron se voie comme quelqu’un qui voudrait exercer un pouvoir autoritaire. Je pense qu’il est convaincu de sa bonne foi, mais qu’à terme on se rendra compte de la grande violence en fait du dispositif qu’il est en train de mettre en œuvre. (...) »

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